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SITUATION AGRICOLE EN ANJOU

Nous avons eu un hiver très humide, et au mois de février une série de beau temps ensoleillé, qui avait hâté le départ des premiers bourgeons; mais, avec mars, le mauvais temps nous est revenu , et la froidure aussi.

Le 6 avec de la neige le thermomètre est descendu à — 5°, le 7, à — 7°, le 8 à — 1" également. La conséquence de ce refroidissement subit a été la perte de beaucoup de bouquets floraux, chez les poiriers, les pêchers, les abricotiers et les pruniers.

Les jardins ont aussi beaucoup souffert et les longues pousses de clématites Jakmani ont été brûlées par la gelée ; les pivoines, les roses, les lilas, et nombre d'autres arbustes ont également souffert.

Les emblavures d'hiver sont en bon état; les blés sont drus, verts et bien piqués. Elles ont pu en grande partie être faites à l'automne, il n'en restait guère qu'un cinquième en souffrance. Cela provient de ce que nos vendanges ont été presque nulles en 1882, comme quantité j'entends, car la qualité des vins rouges et blancs est moyenne, elle semble même se relever un peu à la suite des premiers soutirages.

Les choux ont été légèrement frappés par les dernières gelées. Cela est sans grande importance, car ils louchent à leur fin.

Les semailles de printemps qui restent à faire, se font tant bien que mal, à ti'avers le fort temps qui nous est revenu. Cependant, je crois qu'elles touchent à leur fin, parce que les fermiers se sont hâtés de mettre à profit les beaux jours du mois de février.

Au milieu de tous ces contretemps, les fourrages n'ont fort heureusement pas manqué aux animaux de rente. Aussi les marchés de l'Anjou sont-ils bien garnis; jusqu'aux premiers jours de mars, les prix ont été très avantageux, et les bêtes grasses s'enlevaient prestement; mais sur les derniers marchés, les vendeurs ont trouvé une détente sérieuse qui, je l'espère, ne sera que passagère.

En résumé, noire culture n'est pas dans de trop mauvaises conditions, elle serait même dans de très bonnes, si le blé se vendait mieux; et si la viande reprenait son cours d'il y a quinze jours. La préférence donnée par l'intendance de Bretagne aux blés étrangers, a contribué singulièrement à enrayer les cours du blé sur les marchés de l'Anjou. Cela est très malheureux. A. Bouchard.

Les paniquesen foire deviennentfréquentes. On en cherche la cause qu'on a d'abord attribuée à la mouche hippobosque, dite mouche plate; mais, comme ces paniques sévissent aussi bien en hiver qu'en été, en hiver, où pas un moucheron ne bourdonne, cette explication a dû être abandonnée.

Puis, en vertu du penchant, inné dans les multitudes surtout, de mettre toute mésaventure sur le compte de la malveillance, on a vu, dans ces alertes subites, la main des pick-pockets, qui, pour voler plus à l'aise, provoqueraient ces débandades désordonnées, au moyen de quelque composition d'eux seuls connue.

Si celte dernière raison était la vraie, les paniques séviraient de préférence sur les marchés des grandes villes, où les voleurs sont plus nombreux, et les porte-monnaies mieux garnis, or c'est le contraire qui arrive : plus une localité est pauvre, plus ses foires sont sous le coup de ces affolements redoutables.

Mais, sans recourir aux drogues répandues à mauvaise fin, n'y a-t-il pas, dans la nature, une matière ayant la propriété d'affoler le bétail? Le sang versé ne produit-il pas cet effet? Nous savons tous que la senteur du sang, sa couleur seule, rend furieuses les bêtes aumaiiles. Qu'un troupeau de vaches, une bande de bœufs, vienne à passer sur un terrain où, une saignée ayant été pratiquée, la place s'est imprégnée de sang, on voit soudain un de ces animaux émettre un beuglement sourd et prolongé, lequel est à l'instant répété par toute la troupe, qui, entrant en furie, s'entreprend des cornes et commence à se battre avec rage.

Nous avons là une représentation fidèle de ce qui se passe en un foi rail, quand une terreur panique y fait explosion.

Or, ces émanations du sang versé, qui irritent jusqu'à la frénésie le bétail, elles se retrouvent dans toutes les foires, non plus en se dégageant du sol, mais en se dégageant des mains et des vêtements des nombreux bouchers, qui ne manquent pas d'y, venir palper, en un examen des plus minutieux et des plus topiques, les animaux qu'ils veulent acheter. Comment ce ruminant, qu'une tache de sang horripile, n'entrerait-il pas en folie furieuse au toucher de ces mains, au frôlement de ces habits, tant de fois ensanglantés, qui sont mis en contact avec ses naseaux !

Les. bouchers de campagne, soit dit sans les froisser, ne sont pas en général d'une propreté irréprochable : on en voit, et souvent, venir sur le foirail en tenue de travail. Chacun de nous, en approchant de ces très utiles préparateurs, n'a pu qu'être frappé de l'odeur de boucherie qu'exhale toute leur personne. Si cette senteur nous affecte, combien plus elle doit affecter un animal dont l'odorat dépasse si fort le nôtre en finesse et en portée ?

Il y avait jadis moins de paniques en foire, parce qu'il y avait moins de bouchers. A présent, chaque village a le sien, qui tue en sa maison et y met en quartiers.

Si les paniques ne sévissent jamais sur les marchés des grandes villes, cela tient à ceci : que messieurs les bouchers de ville sont plus propres sur eux que leurs confrères les ruraux. Et puis, les bouchers de ville n'abattent ni ne dépècent eux-mêmes ; ils ont pour ces grosses besognes des aides qui ne quittent guère l'abattoir.

A})rès cela, loin de moi la pensée de songer à faire interdire aux bouchers l'entrée de ces foires, dont ils sont, je ne dirai pas le plus bel ornement, mais l'organe le plus nécessaire. Leur recommander, d'autre part, d'échanger, avant de se rendre au marché, leur linge souillé contre du linge frais, comme aussi de se laver les mains jusques aux coudes, selon le précepte musulman, tout cela serait évidemment peine perdue et, au surplus, n'aboutirait pas à grand'chose, vu que les émanations dont ils sont imprégnés adhèrent à tout leur individu, barbe et cheveux compris.

Mais, sansrecourir à la moindre contrainte, leremède, Dieu merci, est des plus simples et des plus faciles.

Il y suffirait (Vua arrêté municipal, obligeant toute b'îte bovine, sitôt arrivée sur le champ de foire, à être solidement attachée aux barrières, bornes, anneaux qui sont disposés ou qu'on disposerait à cette fin.

Un bon licou, une solide attache, et l'on n'entendra plus parler de ces alertes qui nuisent aux transactions, en mettant en fuite vendeurs et acheteurs, quand elles ne vont pas jusqu'à les estropier.

Honoré Sclafer.

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