XIV. — Situation agricole en Suisse
Depuis quelques années, le rendement des récoltes a été peu satisfaisant dans plusieurs cantons de la Suisse, notamment dans ceux, de Berne et de Zuricli ; il en est résulté un état de gêne considérable chez beaucoup de cultivateurs. Le blé n'a pas donné, en 1881 et 1882, pour l'ensemble du pays, plus d'un million d'hectolitres, soit à peu près le cinquième de ce qui est nécessaire à la consommation. La récolte des pommes de terre a été faible aussi, et les importations de tujbercules se sont sensiblement élevées. Cette situation a été la cause d'un accroissement considérable des dettes hypothécaires. Les cantons de la Suisse française sont dans une situation moins défavorable.
XV. — Nouvelles de l'état des récoltes en terre. Les noies de nos correspondants signalent les effets du refroidissement du mois de mars sur les principales plantes. M. de la Morvonnais nous adresse la lettre suivante, de Bruz (Ille-et-Vilaine), à la date du 25 mars :
« La première quinzaine-de mars a été favorable aux labours; le vent sec du nord avait ressuyé les terres. Les blés d'hiver, car on ne fait guère ici de blés de printemps qui en définitive réussissent peu et pèsent moins, paraissent un peu maigres surtout dans les endroits restés iiumides; mais tout n'est pas dit, si le mois d'avril est favorable. D'ailleurs on pourra, on devra même recourir cette année aux engrais en couverture.
a Beaucoup de cultivateurs craignant de ne pas réussir par l'emploi des engrais en couverture au printemps, préfèrent les donner à l'automne avant de semer le blé. Ils auraient mal opéré pour cette année, au moins pour les sels azotés et les sels de potasse, qui sont très solubles dans l'eau, et auraient été entraînés parles pluies de l'automne et de l'hiver.
« Les gelées des 10 et 11 mars ont fait rougir les avoines d'hiver et les prairies; mais cela peut se rattraper aisément. Quelques fleurs de pêchers et surtout d'abricotiers, ont été atteintes dans nos jardins.
« En somme, il y a eu quelque diminution dans les emblavuresen blés d'hiver, et depuis Paris jusqu'ici on peut compter presque un quart en moins pour ces assolements.
« Les pommiers et poiriers promettent encore, les années humides ont été favorables à leur végétation. 2)
Dans la note qu'il nous adresse de Saverdun (Ariège), à la date du 20 mars, M. Léod'Ounous insiste sur l'importance des irrigations pour cette région :
« Les fermes qui entourent notre établissement ont donné de bons produits, et celles qui sont affermées le sont à de bonnes conditions. La vigne taillée et cultivée par mes orphelins, venus des départements de l'Hérault et du Gard, est jusqu'à présent à l'abri des ravages du phylloxéra, de l'anthracnoseet du mildew.
« Voilà plus de vingt-cinq ans ([uen^us demandons la canalisation de laBasse- Ariège; ce que l'on a fait dans la Haute-Garonne n'est presque rien à côté de ce qu'il reste à faire, et pourtant presque tous vos correspondants du Midi, et vousmême, ne cessez de prouver qu'une batellerie du Rhône, coûte deux ou trois fois plu-s qu'elle ne rapporte.
« Nous avons obtenu cet automne de magnifiques produits de nos gros maïs blancs, je vous en envoie quelques épis. Je ne saurais trop en conseiller la culture à partir du grand bassin de la Loire, grâce aux qualités spéciales qu'il donne; aux produits de nos basses-cours, nos deux départements de la Haute-Garonne et de l'Ariègc, fournissent aux besoins de 'i à 5 départements du Midi, jadis si riches, et presque ruinés depuis bien des années. «
Dans la note suivante qu'il nous adresse d'Antibes (Alpes-Maritinies), notre confrère M. Naudin signale des désastreux effets du froid dans le Roussillon et en Provence.
« A Port-Vendres (Pyrénées-Orientales), j'ai trouvé les vignes ruinées par le phylloxéra et complètement gelées par le froid intense survenu inopinément aux premiers jours de mars. Tout le vignoble roussillonnais est ou détruit ou très menacé; c'est une désolation universelle, at bien des vignerons émigrent.
(c La Provence a aussi été très maltraitée par le froid et la neige. Notre jardin de la villa Thuret a perdu beaucoup d'arbres, totalement mis en pièces par le poids de la neige, et beaucoup de plantes exotiques par la gelée quia suivi. De mémoire de Provençal, on n'avait rien vu de semblable en ce pays. »
Pendant les derniers jours de mars et depuis le commencement d'avril, le temps est i edevenu printanier. La végétation arbustive qui avait été retardée a pris un vigoureux essor. Les travaux s'achèvent avec activité, et il est permis d'espérer que la plus grande partie du retard éprouvé sera réparée. Quant aux emblavures d'automne, elles présentent un aspect très variable suivant lesrégions, et il est impossible encore de se faire une opinion quelconque sur le résukat que peut donner la récolle. J.-A. Barral.