Voir le Journal du 31 mars, tome l" de 1883, page
2. BoussiNGAULT, Ëconomie rurale, t. II, p. 420; 1851. — Regnault, Cours de chimie, l. IV, p. 522; 1860. — Wurtz, Dictionnaire de chimie, t. JI, p. 192.
3. Annales de l'Institut national agronomique, n" 5; année 1879-18S0.
lif^ entre les deux lamelles de verre, sans autre préparation, se présente sous forme d'un tissu membraneux, composé de matière grasse et de bactéries rondes, globuleuses, immobiles. Les plaques un peu épaisses ont un reflet bleuâtre.
Quand la tache bleue est d'origine récente, on ne trouve avec elle 'dans l'échantillon examiné, aucun tube mycélien en développement: mais on observe presque toujours, dans la masse, une cristallisation en feuillets transparents, striés et frangés, se réunissant vers un centre commun. Le dessin d'une violette aplatie rend assez fidèlement la figure de ce groupement. Cette cristallisation, toujours la même, signalée très fréquemment dans nos notes, est sans aucun doute produite par un acide gras.
Ces observations et les suivantes ont été faites avec un microscope de Nachet.
Dans certains cas, pour éliminer la plus grande partie de la matière grasse, j'ai traité par l'eau distillée la pellicule mycodermiquequi devait être examinée au microscope. Les fragments de la pellicule, réunis dans une petite capsule, étaient délayés avec quelques gouttes d'eau distillée, puis on décantait l'émulsion grasse; les parcelles bleues du tissu se réunissaient au fond du vase et se laissaient diviser et laver, tout en conservant leur coloration bleue, à la condition cependant de ne pas trop prolonder le lavage.
Ainsi préparé, l'échantillon se montre moins empâté ; les bactéries rondes apparaissent plus nettes, toujours immobiles. La cristallisation de l'acide gras se trouve altérée, on ne rencontre que feuillets épars, mais de nombreux microbes s'agitent ordinairement dans les parties liquides.
J'ai dit qu'une moisissure blanche se développait sur la surface de la crème en même temps et quelquefois plus rapidement que la pellicule bleue. Cette inucorée., en tubes rameux et cloisonnés, n'a aucun rapport avec le pigment bleu; dans ce milieu acide, sa végétation est des plus actives; en quelques jours, elle forme un treillis serré; cependant les articles rameux se terminent presque toujours comme le tube fermé de nos laboratoires, et jamais je n'ai remarqué que la fructification de cette mucorée, tandis que, après soixante heures de séjour à l'air, la crème, ne présentant aucune inoissure bleue, servait parfois de terrain fertile et de remarquables végétations. Les tubes soyeux du Mucor racemosus pouvaient atteindre déjà 0"'.010 de hauteur ; un petit renflement noirâtre terminait la tige ; cette tête, capsulaire, comme celle d'un pavot, s'écrasait sous les lamelles de verre et laissait échapper de nombreuses spores, en olives. Sur ce même parterre, en végétation, j'ai aussi récolté un beau 'pénicillium^ resté blanc, en pleine fructification.
J'ai fait de très nombreuses observations microscopiques sur la pe-llicule obtenue, par voie d'ensemencement, de la membrane bleue, dans le lait : toujours j'ai retrouvé le même enchevêtrement de bactéries et de matière grasse, sans tubes mycéliens, quand la tache bleue analysée était récente ou se conservait luisante.
Cependant mes observations restaient incomplètes, en ce qui concerne la culture et l'isolement du microbe qui doit sécréter le pigment bleu du lait : la nature même de cette matière colorante m'est encore inconnue. Afin de me tenir prêt pour la plus prochaine occasion, je
me mis à étudier les méthodes. Notre confrère, M. Van Tieghem, accueillit mes communications avec une complaisance tout aimable et voulut bien me faire connaître des expériences de Schroeter et de Cohn qui pouvaient jeter quelque lumière sur la question.
Schroeter, en 1870, observa de petites cellules elliptiques, immobiles, sur des tranches de pommes de terre bouillies, qu'elles coloraient en bleu intense; il les a désignées sous le nom de liacteridium cyaneuin. Le pigment, bleu foncé, soluble dans l'eau, virait au rouge par les acides, pour repasser au bleu par les alcalis.
M. Cohn, en 187.2, reproduisit ce pigment bleu, par ensemencement dans un liquide nourricier approprié ; il obtint une pellicule mycodermique, composée de bactéries rondes : cette pellicule jouait le rôle de mère d'un pigment bleu, comparable au tournesol; le microbe fut alors désigné par M. Cohn sous le nom de Micrococcus cyaneus. Sa description pouvait s'appliquer aux bactéries de la pellicule mycodermique qui constitue le lait bleu.
Je croyais- aussi trouver d'utiles rapprochements à faire entre le pigment du lait bleu et la matière colorante des suppurations bleues, la pyocyanine, découverte par Fordos en 1851 et isolée, par lui, en cristaux d'un bleu foncé rappelant l'indig'o^ La pyocyanine joue le rôle d'un -ilcaloïde.; elle forme, avec les acides, des composés cristallins. La réaction caractéristique de la pyocyanine est le passage du bleu au rouge par les acides, non le rouge pelure d'oignon du tournesol, mais un rouge carmin, rouge cerise. (Jn alcali ramène la couleur primitive.
En 1882, M. Carie Gessard reprenait avec grand succès l'étude des pansements bleus et de la pyocyanine^ ; il se mettait à rechercher, par la méthode des cultures de M. Pasteur, le microbe qui secrète la pyocyanine. Après un grand nombe, d'ensemencements successifs, M. Gessard paraît avoir isolé un organisme qui se montre constant dans sa forme et dans sa réaction physiologique : la production de pigment pour les différents liquides de cultures. Cet organisme se développe dans 1 urine neutralisée, la décoction de carottes, la salive, la sueur, les liquides albumineux.
Cependant, M. Gessard déclare n avoir pas réiisai à cultiver le microbe de la pyocianine dans le lait qui^ suivant lui, serait coloré en bleu par un autre organisme''.
Pour appuyer encore cette conclusion, d'ailleurs très précise, je citerai quelques lignes d'une note de Braconnot, qui avait eu l'occasion d'examiner le lait bleu\ Il reconnut de suite que la coloration bleue n'était pas due à l'indigo, ainsi que le pensait Klaproth. Ensuite Braconnot ajoutait : « Si'l'on compare cette matière colorante bleue avec toutes celles qui ont été reconnues jusqu'à présent dans le règne végétal, on n'en voit aucune qui lui ressemble par ses propriétés, puisque généralement elles rougissent par les acides et verdissent avec les alcalis, tandis que la matière colorante bleue du lait n''est point affectée par les acides et prend un beau rouge sous f influence des alcalis. » Cetie remarque si intéressante, due à un expérimentateur habile, vint trop tard à ma connaissance : je n'ai pu moi-même constater la réaction si inattendue produite, par les alcalis, sur le pigment bleu