‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 385 sur 683 · EMPLOI DU SIILFOCARBONATE CONTRE LE PHYLLOXERA · texte numérisé non relu

EMPLOI DU SIILFOCARBONATE CONTRE LE PHYLLOXERA

La puissance du sulfocarbonate de potassium pour combattre le phylloxéra ressort de plus en plus avec le temps. Ses qualités, à tous égards, deviennent déplus en plus évidentes, et au lieu d'être, comme on l'a légèrement avancé, une cause de stérilisation du sol, c'est, au contraire, une substance d'une très grande fertilité et d'une extrême puissance sur la végétation, qui peut non seulement combattre efficacement la maladie à tous ses degrés et ramener les vignes les plus épuisées à la prospérité et les y maintenir ensuite, mais qui exerce encore une action fort remarquable sur la fructification de la vigne qui est plus abondante, moins exposée à la coulure et donne finalement des raisins plus gros et mieux nourris.

Ces faits, qui sont le fruit de près de dix années d'observations de notre part, doivent être considérés comme assez bien établis pour ([ue l'on prenne de plus en plus confiances dans ce remède dont la découverte ne peut être considérée autrement que comm.e un trait de génie de la part de son promoteur, M, J.-B. Dumas, tant il possède les qualités voulues pour ce à quoi il est destiné., lesquelles qualités lui assurent de beaucoup le premier rang parmi tous les remèdes proposés pour combattre la terrible maladie de la vigne.

C'est aussi ce que comprennent tous les viticulteurs du Médoc qui en ont aujourd'hui adopté définitivement l'emploi, pour ainsi dire à l'exclusion de tous autres, et ce que commencent à faire également les viticulteurs du Midi auxquels il convient encore mieux par la nature du climat, les conséquences de son emploi et les hauts revenus de la vigne dans cette région.

Néanmoins, en présence de la puissante action du phylloxéra sur la vigne, la culture de celle-ci devra être désormais intensive, c'està-dire à gros revenus, afin de pouvoir supporter des frais de traitement et de culture de toutes sortes, et être faite dans les sols les plus fertiles et les plus aptes à la défense, tels que sol frais profond, et

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autant que possible de nature siliceuse. Les traitements au sulfocarbonate, quoique parfaitement efficaces, sont cependant avantageusement secondés par les fumures riches et rapidement assimilables.

Dès que l'on se voit directement menacé de l'invasion phylloxérique, ou tout au moins dès que l'insecte a été rencontré, par des recherches, ou que ses moindres effets se sont manifestés, il ne faut pas hésiter, il faut immédiatement soumettre le vignoble à un traitement régulier et intégral. Il ne faut jamais perdre de vue que lorsque le mal apparaît extérieurement, c'est quil est fait.

En agissant ainsi : on retardera l'invasion générale du vignoble, le prix du traitement sera le plus faible possible, il ny aura pas d' interruption dans la récolte., qui sera même plus belle ^ et l'on aura des revenus pour payer le remède ; tandis que si l'on attend pour commencer les opérations de défense, que tout le vignoble soit envahi, tout parsemé dé taches, ou même uniformément affaibli, les traitements coûteront plus cher, parce quil faudra plus de mlfocarbonate^^plus d^ engrais., plus de soins, et peut-être deux opéralions dans Vannée ; il y aura interruption dans la récolte et pas de revenu ouun revenu insuffisant pour couvrir les frais.

Le procédé qui consiste à ne traiter que les taches, au fur et à mesure qu'elles apparaissent, est aussi on ne peut plus funeste parce que l'on s'expose sûrement à laisser tomber le vignoble et à dépenser beaucoup en pure perte ; c'est vouloir toujours courir après le mal au lieu de lui couper chemin, ou vouloir poursuivre son ombre.

Les effets du fléau étant rapidement devenus désastreux, il faut savoir prendre une résolution assez à temps et ne pas malheureusement, comme beaucoup de propriétaires le font, vouloir voir trop longtemps; il faut s'informer et agir et se dire qu'il est préférable de tenter quelque chose que d'avoir plus tard le regret de n'avoir rien fait, ce qui est finalement bien plus coûteux que plusieurs sulfocarbonatages.

D'ailleurs, grâce au prix élevé du vin, la culture de la vigne étant très rémunératrice et le sulfocarbonate étant un remède d'une efficacité certaine, ce serait vouloir se laisser ruiner bénévolement que d'abandonner son vignoble sans y porter secours.

P. MOUILLEFERT,

Professeur à l'École nationale d'agriculture de Grignon

ALAMBICS DU SYSTÈiME VALYN

Le travail de la distillation dans les habitations, pour les faibles quantités de boissons alcooliques, pour les essences de plantes, etc., se fait assez difficilement, parce que les appareils que Ton peut employer sont de trop petite dimension, ou qu'ils coûtent trop cher, aussitôt que les quantités qu'ils peuvent travailler atteignent quelques litres.

Les alambics du système Valyn, qui sont vendus par M. Broquet, constructeur à Paris, sont des appareils qui peuvent satisfaire à ce besoin. Ces alambics sont construits d'après les mêmes principes que ceux qui servent aux grandes distillations; ils contiennent les mêmes organes, disposés de manière à occuper peu de place et à ne pas exiger de grandes dépenses de matériel.

ALAMBir.S DU SYSTÈME VALYN.

Le petit modèle est représenté par la fig. 2; il coûte 50 fr. On voit qu'il est chauffé par une petite lampe à essence ou à alcool. La chaudière est naturellement placée au-dessus, et les vapeurs s'échappent par un tuyau qui les conduit dans le serpentin réfrigérant placé audessous de la lampe.

Dans le grand modèle, dont la chaudière doit être placée sur' un fourneau, la disposition ne peut plus être la même ; le serpentin do-

Felil modèle de ralainbic Vaiyn.

Grand modèle de l'alambic Valyn.

mine l'appareil, ainsi que le montre la fig. 3. Avec cet appareil, on peut distiller à feu nu ou au bain-marie ; il peut contenir 1 2 à 15 litres du liquide à distiller. Le prix varie depuis 75 jusquà 150 fr. et audessus, suivant les dimensions qu'on lui donne. L. de Sardriac.

Réponse à M. A. Tiersonnier et à M. le marquis de Poncins.

Je viens, un peu tardivement, répondre à quelques points des articles publiés dans les numéros du 10 et du 17 mars de ce Journal^ par nos honorables amis MM. Tiersonnier et de Poncins, articles attaquant non seulement mes opinions, mais j'ai le regret de le constater, mon humble personne. Tout ce qui se produit en public est sujet à la critique, et moi, homme déplume, je serais bien mal venu de me formaliser des contradictions que mes opinions peuvent soulever. Au contraire, c'est de la discussion que jaillit la lumière ; mais la discussion ne peut être salutaire et féconde qu'à une seule condition, c'est que les discutants se renferment strictement dans le sujet et n'aient point recours aux personnalités. J'arrive d'un long voyage en Angleterre, et ce n'est qu'il y a deux jours que j'ai pu prendre connaissance des articles en question. Ceci expliquera le délai dans ma réponse.

A M. le marquis de Poncins qui a développé ses arguments avec beaucoup de mesure, je n'ai qu'un reproche à faire, c'est qu'il ait jugé à propos de me donner une leçon de politesse la plus vulgaire, dont rien ne saurait justifier ni l'opportunité ni la convenance. M. de Poncins semble ignorer que la politesse est un acte extérieur qui ne

s'adresse qu'aux individus et non au\ sociétés, aux cprps constitués et aux assemblées publiques. Il y a bien ce que l'on appelle le langage parlementaire, mais ceci, non plus, ne s'applique qu'aux individus préopinant's et non à l'assemblée tout entière. En disant que la trouvaille de la Société des agriculteurs de France au sujet des primes d'étalonnage est absurde, ridicule et inutile, ces épithètes ne s'appliquaient qu'à la mesure que mes contradicteurs semblent considérer comme un trait de génie, et que je m'obstine à regarder comme absurde, ridicule et inutile. En vérité, j'étais bien loin de penser qu'il pût entrer dans l'esprit de personne que j'appliquais ces qualificatifs, soit à la Société en général, soit aux personnes dignes d'égards et de respect qui la composent. Certes M. le marquis de Poncins n'a pas sans doute la prétention d'affirmer que la Société des agriculteurs de France, ni même son Conseil et ses Commissions soient investis de la prérogative de l'infaillibilité, et cependant il l'insinue, en parlant de ses délibérations, faites par des gens sérieux et de l'adhésion de l'assemblée générale, etc. Vous êtes trop absolu dans votre confiance, Monsieur le marquis. Les assemblées d'hommes, même les plus respectables, ne sont point à l'abri des erreurs ni des fausses mesures. Le D*" Desprez nous dénonce même un phénomène de l'insanité, qu'il nomme la folie du nombre, et constate que des hommes qui, pris individuellement, jouissent de toutes leurs facultés mentales, de toutes les prérogatives de leur intelligence et de leur jugement, et qui peuvent fort bien, une fois réunis en assemblée, être atteints de cette aberration dont il parle et promulguer les choses les plus stupéfiantes. L'histoire même la plus contemporaine ne nous offre-t-elle pas de nombreux exemples de cette insanité du nombre'^ Loin de moi la pensée d'appliquer cette observation à la Société des agriculteurs de France. Je suis l'un des plus anciens membres-fondateurs de cette Société, à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir depuis sa fondation, et certes je ne lô cède à personne pour le respect, les égards et la considération que m'inspirent le caractère, la position de la plupart de ses membres, et la haute intelligence qui les distingue; je ne rappelle la théorie du D*" Desprez que pour prouver que les assemblées humaines n'ont point la prérogative d'infaillibilité que M. le marquis de Poncins prête si complaisamment à la Société des agriculteurs de France. L'accusation de manque de politesse 7nêine la plus vulgaire qu'il me lance si injustement n'est donc qu'un trait inoffensif, teluin imbelle^ qui tombe à mes pieds sans m'atteindre.

Mais, nous dit M. de Poncins, le Comice de Montbrison, et à ce sujet il cite les noms les plus respectables et les plus justement respectés, — a décidé qu'il donnerait des primes d'étalonnage. Ce n'est point là un argument. A ce compte, nous pourrons apprendre demain que le Comice de Concarneau en a fait autant, et alors nous n'aurons plus qu'à nous prosterner et à adorer en silence : les oracles auront parlé et la critique n'est plus permise. Quant à moi, je déclare que je n'éprouve point ce fétichisme pour les délibérations des Sociétés quelles qu'elles soient, bien que j'aie le plus grand respect pour tout ce qui est respectable ici-bas. Qu'un Comice, restreint dans son action par les limites étroites de sa circonscription, offre ces primes à ses sociétaires comme moyen d'encouragement, cela se conçoit ; mais qu'une grande Société, comme celle des agriculteurs de France, voulant manifester son

influence en frappant un grand coup, aboutisse à l'application de cette mesure puérile, à l'élevage de la France entière^ j'avoue que cela me semble stupéfiant et je persiste à penser, sans être coupable du manque de la politesse la plus vulgaire envers les membres de cette excellente institution, qu'elle a manqué une belle occasion de s'abstenir et de rester dans l'inaction qui semble être une des conditions de son existence.

Maintenant j'arrive à M. Tiersonnier que je croyais plus calme et moins sujet à s'emporter. Je laisse de côté la partie de ses articles qui traitent du sujet en discussion. De même que M. de Poncins et presque dans les mômes termes, il développe ses idées avec beaucoup de force et de logique. A cela je n'ai rien à dire. Le public a sous les yeux les deux côtés de la question et il est à même de juger. Mais lorsque M. Tiersonnier, sortant de ce terrain de discussion légitime, s'oublie au point de m'attaquer personnellement en m'attribuant de la façon la plus gratuite des prétentions que je n'ai point et que je n'ai jamais eues, il dépasse les bornes d'une discussion loyale et aboutit à des insinuations contre un bomme qui ne lui a jamais témoigné autre chose que la plus haute estime et les sentiments les p]us affectueux. M. Tiersonnier, se formalisant de l'opinion que j'ai franchement formulée, que les taureaux durham, exposés au dernier concours, étaient fort médiocres, à quelques exceptions près, — ce qui est parfaitement vrai, et je maintiens mon dire de la façon la plus absolue, — s'écrie avec une pointe de sarcasme et de perfidie dont je n'aurais jamais cru capable un homme aussi naturellement bon, bienveillant et serviable que M. Tiersonnier : « Il est très possible qu'ils (les taureaux exposés) fussent loin d'approcher ceux qu'il (M. de la Tréhonnais) importe d'Angleterre, ou qu'il élève dans son domaine de Saron ; mais dans ce cas, je regrette vivement (et ce sentiment sera, j'en suis sûr, partagé par tous les intéressés) que M. de la Tréhonnais n'ait pas exposé lui-même quelques-uns de ces magnifiques spécimens qui lui donnent le droit de critiquer ceux des autres d'une manière absolue. Quelle utile leçon pour l'élevage français qui aurait vu alors ce qu'il fallait faire et comment il fallait le faire! » Puis M. Tiersonnier, toujours sur le môme ton d'ironie et de sarcasme, continue : « M. de la Tréhonnais, dit-il, vend des animaux, il fait même fréquemment insérer dans le Journal de l'agriculture des annonces qui se terminent par la mention « œuvre ^e propagande. » Le triomphe éclatant d'animaux présentés par M. de la Tréhonnais eût été, ce me semble, mieux qu'une annonce de journal, une œuvre de propagande par excellence, d'après ce principe, que s'il est bon d'enseigner les hommes par la plume et la parole, il est encore mieux de les enseigner par l'exemple. »

Yoilà comment se termine cette aimable communication. In caudâ veneîium. Pour que tout ce beau raisonnement ei'it quelque valeur, il faudrait j cher monsieur Tiersonnier, que vous puissiez citer une seule parole de mes conversations^ un seul mot de mes écrits, pouvant établir clairement et succinctement la position de détracteurjaloux et d'instructeur que vous m'attribuez si gratuitement. Où, quand et comment ai-je jamais prétendu que mes animaux soit importés d'Angleterre, soit élevés à Saron, sont supérieurs à ceux de qui que ce soit? C'est tout simplement une supposition sur laquelle vous avez voulu asseoir votre argu-

LES ANIMAUX REPRODUCTEURS AU CONCOURS DE PARIïi, !27

menium ad hominem, au moyen duquel vous avez voulu m'accabler. Vous dites que vous regrettez vivement que je n'expose pas mes animaux dans les concours. Comme votre étonneinent me parait naturel, je vais tout à l'heure vous expliquer pourquoi je n'expose jamais. Il est bon qu'on sache la raison de mon attitude d'abstention, car s'il fallait en croire vos insinuations, on pourrait soupçonner que c'est par crainte d insuccès et par conscience d'infériorité que je n'expose pas dans les concours.

M. Tiersonnier fait une allusion sarcaslique aux annonces que je publie dans ce Journal, et il l'ail remarquer, entre guillemets, que ces annonces se terminent en disant que mon but est une « œuvre de propagande. » Nous allons voir, par simple rapprochement, comment M. Tiersonnier et moi comprenons cette œuvre de propagande, car lui, M. Tiersonnier, a toujours eu recours au moyen qu'il veut bien me recommander, c'est-à-dire au système des concours. Or, voici quelle est l'économie de ce système que M. Tiersonnier a pratiqué depuis qu'il s'occupe d'élevage et d'agriculture. Ce système consiste tout simplement à choisir quelques beaux durhams, à les engraisser outre mesure, c'est-à-dire à détruire leur vitalité productive et à les présenter dans les concours. C'est toute une science que la pratique raisonnée de ce système. On étudie les programmes de tous les concours régionaux, et, comme les règlements permettent de présenter des durhams dans toutes les circonscriptions, on calcule avec soin quels sont les concours où il y aura chance de trouver le moins de concurrents, et quelles sont les catégories qui offrent le moins de risques d'une concurrence quelconque. Or comme les concours, dans certaines régions, ont lieu à des intervalles qui varient de quelques jours à un mois, on a tout le temps de se rendre à plusieurs concours dans la même année. De cette manière, quand les calculs sont exacts et les mesures bien prises, on a chance de remporter des honneurs pour flatter sa vanité, de bonnes et solides primes en argent pour remplir sa bourse, des médailles d'or, d'argent et de bronze pour orner le médailler du salon, efdes plaques pour appendre, comme de glorieux trophées, aux parois des étables. Voilà l'œuvre de propagande que M. Tiersonnier me conseille et qu'il s'étonne de ne pas me voir adopter, de préférence à l'annonce dans un journal, {)arce que c'est le. seul qu'il ait suivi luimême et que, paraît-il, il s'en est très bien trouvé. Sachez bien, monsieur Tiersonn^ier, que ce n'est point un reproche que je vous fais, encore moins un blâme que je vous inflige, c'est tout simplement un fait que je constate. De même que je ne vous conteste pas la liberté de suivre en cela votre système, je pense que vous ne contesterez pas non plus la mienne d'en suivre un autre qui me semble, à tort ou à raison, bien mieux adapté à mon œuvre de propagande. Moi, je n'expose jamais, et cela pour les raisons suivantes :

1° C'est un moyen de réclame fort coûteux dont je n'ai pas besoin, et, à ce propos, malgré nos sarcasmes sur mes durhams de Saron, je puis vous dire que si je me décidais jamais à courir les expositions, je suis à même de le faire avec au moins autant de succès que les plus heureux; 2° je tiens trop à obtenir des produits de mes reproducteurs mâles et femelles pour sacrifier les plus beaux et les meilleurs en vue des concours; 3° parce qu'en produisant beaucoup de veaux, cela me permet de poursuivre cette œuvre de propagande dont vous semblez

VOUS moquer, laquelle consiste à pouvoir livrer au\ Comices et aux cultivateurs peu aisés, de bOxTS reproducteurs, à des prix abordables pour leurs moyens pécuniaires.

11 n'y a guère que cinq ans que j'ai commencé la fondation de mon troupeau actuel où je me suis efforcé de réunir les meilleures vaches laitières de la race duriiam, en achetant, à n'importe quel prix, les vaches primées dans les concours laitiers. 11 ne m'est donc pas encore possible de produire des résultats bien frappants du succès de mon oeuvre de propagande. Ma»s en dehors des ventes nombreuses que j'ai faites à l'exportation, j'ai pu livrer à plusieurs Comices et à un assez grand nombre de cultivateurs, et cela à des prix minimes, des reproducteurs dont ils sont on ne peut plus satisfaits. Je puis assurer M. Tiersonnier que j'estime les témoignages de satisfaction que je reçois dès à présent de tous mes clients, bien au-dessus des récompenses que, si je le voulais, je pourrais obtenir dans les concours. Voilà comment je comprends mon œuvre de propagande. M. Tiersonnier peut montrer à ses amis un médailler bien garni et ses écuries tapissées de plaques indiquant les prix qu'il a obtenus. Moi, je puis montrer les nombreuses lettres que je reçois de ceux à qui j'ai fourni des reproducteurs. Pour l'édifier à cet égard, je prends la liberté d'en transcrire une ici, non parce que 'c'est la plus satisfaisante, mais parce que c'est la plus récente. Cette lettre est datée du 19 mars, et je l'ai reçue avant hier seulement; elle est écrite par un éleveur alsacien qui, il y a quelque temps, m'avait envoyé son frère, ne pouvant venir luimême, m'acheter deux jeunes génisses et un jeune taureau.

Le 19 mars 1883.

« Cher monsieur et ami, j'ai, à mon grand plaisir, à vous donner les meilleures nouvelles des animaux de pure race durham que vous m'avez cédés. La génisse Nymphe de Saron a vêlé il y a trois mois ; elle a donné pendant le premier mois 14 litres de lait par jour (à son premier veau), et après trois mois, elle en donna 12 et demi. J'ai quelques bêtes pures aussi Jjonnes, aucune supérieure.

ce Vous me connaissez ; vous avez vu. Je ne suis pas un faiseur comme certains qui écrivent que les durhams ne donnent pas de lait. Souvent ces gens-là n'en ont pas vu de durhams.

a Le taureau Prince de Saron est d'une grande finesse, d'une santé splendide, très prolifique. Quant à Princesse de Saron, vous l'avez dit : c'est une perle; elle devient chaque jour plus -belle. Elle vêlera d'ici à trois mois et demi. Mon frère et moi, nous tenons soixante têtes de bétail; nous éliminons tout ce qui n'est pas pur durham. Nous avons le lait pour objectif et le vendons 0 fr. 20 le litre.

« Mes bœufs durhams purs travaillent tous les jours douze heures, et sont gras à pleine peau. A Gumbach, nous avons des hollandaises splendides.

« Depuis qu'il y a des durhams, voici ce que me dit le vacher : les durhams mangent bien moins, donnent presque autant de lait qui est bien meilleur. De plus, les durhams ne deviennent, bien que donnant beaucoup de lait, jamais aussi maigres; je n'en désire d'autres que des durhams.

« A la iiâte,etbien à vous d'estime affectueuse, X. »

Je ne nomme pas notre correspondant parce que je n'ai point sa permission. Mais je n'ai pu résister à publier sa lettre, laquelle démontre, par des faits, la nature et l'objet de mon œuvre de propagande.

Dernièrement j'ai livré un assez grand nombre de taureaux dans mes environs, dans le centre, le sud-est et le midi de la France, à des prix forts réduits, et je ne reçois que des lettres dans le genre de celles

que je vitjns do transcrire. Voilà comment je comprends mon rôle de propaj^ateur et comment je l'accomplis. D'ailleurs mes animaux sont accessibles à tous ceux qui me font l'honneur de me visiter à Saron, et les visiteurs sont nombreux ; il en vient de l'étranger et de toutes les parties de la France. Mon ami, M. Tiersonnier lui-même, m'a promis de venir me voir ce printemps, et je compte biea sur sa visite. Il verra si mon triomphe, bien qu'il ne se produise pas au grand jour des expositions publiques, n'en est pas moins éclatant et surtout utile, ce qui est préférable.

Dans une autre partie de son article, M. Tiersonnier parle de patriotisme, qui, selon lui, consiste à faire croire aux éleveurs français que tout ce qu'ils possèdent et tout ce qu'ils font est ce qu'il y "a de mieux dans le meilleur des mondes possibles. Pour moi, cette espèce de patriotisme est tout simplement un chauvinisme trompeur et funeste. C'est comme cela qu'on arrête le progrès. M. Tiersonnier, qui a voyagé en Angleterre, visité les grandes écuries et les grandes étables, prétend que nos durhams français valent mieux que ceux qu'on voit en Angleterre; alors, monsieur Tiersonnier, dites-nous donc d'oi^i viennent les durhams que nous avons en France ? et si les nôtres sont si supérieurs, pourquoi les acheteurs s'obstinent-ils à aller en Angleterre pour acheter des animaux d'élite? Le vrai patriotisme est une force, et ce que vous préconisez est une faiblesse.

F.-R. DE LA TrÉHONiNAIS.

BIBLIOGRAPHIE AGRICOLE

La lutte contre le phylloxéra^ par J.-A. Barral, secrétaire perpétuel de la Société nationale d'agriculture. — Un fort volume in- 18 avec 87 gravures intercalées dans le texte. — Librairie Marpon et Flammarion, rue Racine, 26, à Paris. — Prix : 5 fr.

Nos lecteurs n'ont pas perdu le souvenir de l'éloquente conférence faite par M. Barrai le 1" avril 1882, à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, sur le phylloxéra, ses mœurs et les moyens employés pour lutter contre l'extension de ses ravages. Cette conférence a eu un légitime retentissement; en quelques semaines, la brochure qui en renfermait le texte a été complètement épuisée. Pour répondre à des désirs réitérés, on a demandé à M. Barral d'en publier une nouvelle édition, en y ajoutant l'exposé des faits nouveaux et un grand nombre de documents auxquels il n'avait pu être donné place dans le cadre restreint d'une conférence. Telle est l'origine du livre que nous présentons aujourd'hui à nos lecteurs.

La viticulture, on peut même dire l'agriculture, n'a jamais eu à lutter contre un fléau aussi redoutable que celui qui s'est abattu sur nos vignobles. De véritables montagnes de papier ont été noircies pour exposer au monde stupéfait à la fois les malheurs croissants chaque jour, et les multiples efforts de l'imagination humaine pour les enrayer, n'aboutissant souvent, hélas ! qu'aux plus amères déceptions. Mais il n'existait pas encore de livre donnant à la fois des indications précises sur les mœurs de l'insecte, sur les progrès que son invasion a réalisés, sur les procédés divers employés avec succès soit pour le détruire, soit pour reconstituer les vignobles disparus. C'est à ce point de vue que le livre de M. Barral peut être considère comme une œuvre absolument nouvelle, condensant pour les viticulteurs les résultats des études si nombreuses qui ont été laites sur ce sujet depuis

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tantôt quinze ans que M. Paul de Gasparin jeta le premier cr? d'alarme sur la mort des vignes dans le déparlement de Vaucluse. Le journal, dans son oeuvre incessamment renouvelée, esl obligé de marcher en accumulant les documents nouveaux; le livre a l'avantage de pouvoir résumer les faits recueillis et d'en présenter à l'esprit l'enchaînement et la masse harmonique, de former un corps de doctrine où rien n'est plus laissé à l'influence du jour.

La première partie du livre de M. Barrai est la reproduction de la conférence faite à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale; nos lecteurs en ont eu le texte sous les yeux; nous n'insisterons donc pas. Quant à la deuxième partie, d'une étendue aussi considérable que la première, elle est remplie d'un grand nombre de documents nouveaux. Nous citerons des notes sur la propagation du phylloxéra en 1882, sur l'action administrative dans la lutte contre le fléau, sur Torganisation des syndicats, sur la destruction de l'œuf d'hiver par les badigeonnages, sur les conditions pratiques dé l'établissement de la submersion des vignes, sur l'emploi économique du sulfure de carbone et les charrues sulfureuses, sur le progrès de l'emploi des sulfocarbonates, sur la greffe de la vigne, sur les pépinières et les plantations de cépages américains, etc. On voit que tous les cotés de la question vitale pour la viticulture nationale sont abordés. Quant à la manière dont ils sont traités, à la méthode et à l'exposition, on comprendra que nous n'ayons pas à insister ici; le directeur du Journal de l'agriculture est trop connu et trop aimé de tous ses lecteurs, pour que nous prenions la liberté de le leur présenter et d'apprécier l'autorité avec laquelle il leur parle.

Souvent, nous avons entendu émettre le regret qu'il n'y eût pas de livre écrit spécialement en vue des viticulteurs, pour leur faire connaître le phylloxéra et les phases de la lutte soutenue contre ses ravages, se tenant en dehors à la fois des discussions scientifiques abstraites et des polémiques irritantes, exposant les faits avec clarté, propre, en un mot, à servir de guide dans la pratique. Nous estimons que le livre de M. Barrai comble cette lacune, et c'est pourquoi on lui sera reconnaissant de le donner au public intéressé, dont le nombre s'accroît malheureusement chaque jour. Henry Sagnier.

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