D'HORTICULTURE
Que de monde la semaine dernière à l'exposition des Charaps-Ëly- Bées î C'est un véritable succès, et l'on est heureux de voir que l'œuvre de vulgarisation entreprise par la Société centrale suit une marche progressive du meilleur augure. Il n'y a pas à dire, le goût est aux fleurs, il est à l'horticulture tout entière, et c'est à l'heureuse inlluence de la Société, c'est au talent et à l'activité de son éminent président M. Lavallée, et aussi à son administration qu'on le doit.
Dès que mercredi 28 mars, le pavillon eut ouvert ses portes, une foule compacte n'a cessé de visiter cette attrayante exposition et avec tant d'empressement qu'il fallait faire queue pour pouvoir entrer. En vérité, la foule avait bien raison, car tout était charmant dans ce temple de l'horticulture. Quel contraste avec le dehors où les gelées obstinées continuent à empêcher les arbres de montrer la moindre
EXPOSITION d'horticulture DE PARIS. 31
feuille sans qu'elle devienne victime du froid. A l'intérieur tout est en fleur, et l'on ne se douterait pas que nous venons de traverser l'hiver le plus désagréable qu'il soit possible d'imaginer. Depuis plusieurs jours, les organisateurs de l'exposition étaient sous l'empire de craintes vives, car les dernières gelées survenues si inopinément faisaient appréhender des défections nombreuses; mais celles-ci restèrent rares et les grands établissements ont malgré tout envoyé de beaux produits.
La disposition adoptée avait été celle d'une sorte de jardin paysager avec des pelouses vallonnées toutes couvertes de corbeilles de dimensions variables, occupées par les fleurs. Ce qui frappait dès l'entrée, c'était la masse fleurie des azalées et des rhododendrons. Trois grandes maisons de Versailles, Truffaut, Moser et Royer, se sont partagé les récompenses décernées à ces plantes aussi intéressantes par leur floribundité remarquable que par la diversité extrême de leur coloris.
En dehors de ces Azalées de l'Inde dont je viens de parler, la maison Moser avait réuni en une grande corbeille toute une collection des Azalea mollis, plante des plus charmantes dans laquelle on commence à distinguer des colorations fort agréables. Encore un peu, et cette intéressante espèce, qui jouit de l'avantage précieux de résister à nos hivers sans abri, sera représentée par une diversité de coloris semblable à celle des Azalées de serre. Il faut signaler parmi ces plantes de plein air, V Alazea amama au port trapu, compact, et aux fleurs excessivement abondantes d'un rose éclatant.
La maison Vilmorin a envoyé beaucoup de bien belles plantes. Et d'abord des Cinéraires d'une perfection absolue : port correct, coloris vif et net, dimension énorme des fleurs, tout se trouve réuni chez ces plantes dignes des plus grands éloges. Pais des Calcéolaires hybrides; ce sont des primeurs en cette saison, et cependant les individus présentés étaient d'une correction parfaite. Enfin une collection fort belle de Jacinthes en cent variétés dans laquelle les meilleurs coloris étaient représentés. La coloration la plus nouvelle, et par suite la plus recherchée, c'est le rouge violacé de tons divers.
Un petit lot composé d'une soixantaine de plantes au plus, attirait dès l'entrée l'attention des visiteurs qui ne manquaient pas tous, les uns après les autres, d'aller lui rendre visite : c'étaient des Orchidées présentées par M. Bleu qui, seul, avait osé sortir ces plantes si aimées du public des serres chaudes où elles avaient été cultivées. C'est du dévouement de la part de M. Bleu, car ces plantes représentent une somme d'argent considérable, et le froid de la semaine dernière aurait bien pu les faire souffrir, et c'eût été dommage, car toutes étaient couvertes de ces fleurs charmantes et bizarres dont cette famille nous présente tant d'exemples.
Je citerai encore, parmi les lots nombreux qui remplissaient l'exposition, ceux de M. Lévêque qui, bien qu il soit hors concours, ne cesse néanmoins d'envoyer un nombre prodigieux de plantes; c est à lui qu'appartenaient les deux magnifiques corbeilles de roses forcées, placées près de l'entrée, et plusieurs grands massifs de camélias. On ne saurait trop savoir gré à cet intelligent horticulteur de contribuer ainsi, pour une aussi large part, à l'éclat des expositions de la Société.
Les légumes, eux aussi, étaient admis à ce concours, mais l'on n'en comptait qu'un nombre fort restreint de lots. Les horticulteurs