LA PROPRIÉTÉ EXCITANTE DE L'AVOINE
position Ions les moyens de travail scientifique dont dispose l'établissement.
Ces recherches ont abouti d'une manière complètement satisfaisante. Leurs principaux résultats, ainsi que la méthode suivie pour les obtenir, ont été communiqués, vers la fin de l'été, à une société savante dont j'ai l'honneur de faire partie, afin de me permettre de poursuivre ensuite et de leriU' ^c-' mon travail, en pleine sécurité et à loisir. La précaution n'es*, Ijé'.'S ! oas toujours inutile; je m'en suis quelquefois aperçu. M;' co i^ i»"i.m'„< -on a reçu, paraît-il, une grande publicité, qui témo'-, le ce l'io cet iv si^^et, et qui ne pouvait que m'encourager à condi^' e lo, a^v.i' Ciii^/eoi'is à bonne fin.
On ne pourrait p; s soi^go-' à ' '^ «.ose- ici dans tous ses détails. La description du dispositif expe me'Hal et celle des expériences réalisées à son aide, en explorant l'c. itabilité neuro-musculaire du cheval, avant et après l'ingestion de Tavoine ou du principe immédiat excitant que j'en ai pu isoler, prendraient trop de place. On les trouvera dans le mémoire complet que va publier prochainement le Journal de Vanatomie et de la physiologie, de MM. Ch. Robin et G. Pouchet. Il faut se borner à l'indication des faits qui résultent des constatations expérimentales, et aux développements pratiques qui sont les conséquences de ces faits, récemment communiqués à l'Académie des sciences. Leur exposé va suivre, dans l'ordre logique.
Le péricarpe du fruit de l'avoine contient une substance soluble dans l'alcool, qui jouit de la propriété d'exciter le système nerveux moteur. Un auteur, cité par MM. Magne et Baillet, et dont il m'a été impossible de me procurer le travail original, avait, paraît-il, déjà supposé l'existence de cettB substance, mais en la considérant comme un principe aromatique analogue à celui de la vanille. Elle n'a même avec ce principe aucune analogie. C'est une matière azotée, dont la formule est probablement celle d'un alcaloïde comme ceux de l'opium, de la noix vomique, eto., et que je propose de nommer avénine.
Toutes les variétés de l'avoine cultivée paraissent aptes à élaborer la substance ainsi définie par sa propriété physiologique; mais il est certain qu'elles possèdent cette aptitude à des degrés très différents. Les différences ne sont point qualitatives, mais seulement quantitatives : la substance élaborée est identique dans toutes les variétés.
Ces différences ne dépendent pas seulement de la variété de la plante, elles dépendent aussi du lieu oii celle-ci a été cultivée. Les avoines de variété blanche contiennent moins de principe excitant que celles de variété noire; mais pour certaines des premières, notamment pour celle cultivée en Suède, la différence est minime; elle est au contraire considérable pour d'autres, notamment pour celles cultivées en Russie.
Au-dessous de la proportion de 9 de principe excitant pour 1,000 d'avoine séchée à l'air, la dose est insuffisante pour exciter le cheval; à partir de cette proportion, l'action excitante est certaine.
On ne peut pas attribuer ou refuser avec certitude à l'avoine la propriété excitante, d'après sa variété de couleur, attendu que certaines blanches la possèdent sûrement et que certaines noires en peuvent être dépourvues. Le dosage du principe excitant, en prenant pour base la proportion qui vient d'être indiquée, donnera donc seul un moyen certain d'appréciation; toutefois, il y a de fortes probabi'iLés pour que
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les avoines blanches, d'une provenance quelconque, soient moins excitantes que les noires ou ne le soient pas du tout.
L'aplatissement du grain d'avoine ou sa mouture affaiblit considérablement sa propriété excitante, en altérant, selon toutes probabilités, la substance à laquelle cette propriété est due; avec l'avoine aplatie, l'action est plus prompte, mais beaucoup moins forte et moins durable. Cette action, immédiate et plus intense avec le principe isolé, se fait attendre quelques minutes avec l'avoine entière; dans les deux cas elle va se renforçant jusqu'à un certain moment, puis s'affaiblit et se dissipe ensuite. La durée totale de l'effet d'excitation a toujours paru, dans les expériences, être d'environ une heure par kilogramme d'avoine ingérée.
il est évident, d'après cela, que l'expérimentation scientifique a donné raison à ceux qui, empiriquement, considéraient, d'une manière générale, l'avoine comme l'aliment indispensable pour les chevaux exécutant leur travail en mode de vitesse, c'est-à dire pour les chevaux qui doivent trotter ou galoper, dans nos climats tempérés. Il n'y a donc pas possibilité, sans porter atteinte à leur aptitude, de substituer entièrement à l'avoine, dans leur ration journalière, un aliment quelconque, si grande que puisse être la valeur nutritive de celui-ci. La propriété excitante de l'avoine lui est particulière. Je m'en suis assuré par des expériences comparatives.
Mais étant donnée la connaissance que nous avons maintenant de l'équivalent mécanique des aliments, ou en d'autres termes de la quantité d'énergie que dégage, dans l'organisme, un poids déterminé d'aliments digestibles au maximum, il y a lieu de distinguer, en ce qui concerne l'avoine, entre les propriétés nutritives et la propriété excitante spéciale.
Selon la quantité de travail à développer en mode de vitesse, il se peut qu'un défaut de concordance existe entre l'énergie et Texcitabilité nécessaires pour le développemenl de cette quantité de travail. Nous savons, par exemple, que les avoines excitantes contiennent, par kilogramme, la quantité du principe actif connu qui est suffisante pour produire, durant une heure, l'état d'excitation nécessaire. Si le travail doit durer 4 heures, il faudra donc 4 kilog. d'avoine pour maintenir cet état.
Il se pourra que ces 4 kilog. d'avoine ne contiennent point la quantité d'énergie nécessaire pour alimenter le travail. Et c'est ce qui se présente souvent. C'est le cas, notamment, pour les chevaux d'omnibus de Paris, dont le travail journalier s'élève à 2 millions de kilogrammètres environ. L'énergie qui se dégage de 4 kilog. d'avoine ne correspond ou n'équivaut qu'à 800,000 kilogrammètres, en moyenne. Dès lors, pour que ces chevaux fussent suffisamment alimentes, il leur en faudrait plus du double; mais avec une quantité double, on voit qu'ils seraient excités deux fois autant que le nécessaire, soit durant 8 heures au lieu de 4.
Il suit de là que le but pratique sera mieux atteint, dans le cas pris pour exemple, en substituant à 4 des kilog. d'avoine, leur équivalent nutritif sous forme d'un ou de plusieurs autres aliments de même ordre, mais non excitants. Et c'est en effet ce que les essais empiriques ont vérifié depuis plusieurs années sur une très grande échelle. Aux avantages techniques rendus excessivement probables par la
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détermination de l'équivalent mécanique des aliments, et maintenant démontrés par celle du principe excitant spécial de l'avoine, se sont joints les avantages économiques résultant des différences de prix commerciaux, en faveur des autres denrées alimentaires, par rapport à l'avoine, à valeur nutritive égale.
La présence du principe excitant dans le péricarpe de l'avoine pour rait faire naître l'idée de la substitution des sons aux grains entiers, en vue de l'action spéciale dont il s'agit, si nous n'avions constaté que la mouture affaiblit beaucoup cette action, si elle ne la détruit pas complètement. Il y a lieu de penser que les sons d'avoine seraient tout à fait dépourvus de propriété excitante.
En conséquence, on est autorisé à poser en fait que pour obtenir d'un cheval, dans les climats tempérés, le meilleur service aux allures vives, il est indispensable de faire entrer dans sa ration alimentaire autant de fois un kilogramme d'avoine reconnue excitante que son service doit durer d^heures. Au delà, son excitabilité est excessive et superflue; en deçà, elle est insuffisante et la fatigue des organes locomoteurs se produit. Au cas où la valeur nutritive delà quantité d'avoine ainsi déterminée ne peut pas suffire pour alimenter le travail moteur, le surplus nécessaire s'emprunte sans inconvénient à un autre aliment concentré quelconque, ce qui permet de donner la préférence à celui qui fournit la protéine alimentaire au plus bas prix de revient.
Il y a là, pour l'alimentation des moteurs animés, soit de l'industrie, soit des armées, des bases scientifiques certaines, dont l'application peut avoir des résultats techniques et économiques d'une portée qui n'échappera pas sans doute aux esprits attentifs.
Il est à peine besoin de faire ressortir encore une autre conséquence pratique de nos recherches, relative au mode qui convient le mieux pour utiliser la propriété spéciale de Tavoine. L'observation empirique, qui du reste se montre rarement en défaut dans ces sortes de choses, semblait l'avoir prévue. Il est habituel de diviser la ration journalière d'avoine en plusieurs portions et de donner au cheval chacune de ces portions au moment du départ pour la course. Lorsque celle-ci doit dépasser une certaine limite de temps, on la partage en deux par un repos, durant lequel on donne de nouveau de l'avoine.
Cette façon d'agir, traditionnelle parmi les conducteurs de chevaux, est parfois considérée comme purement routinière et on lui oppose certain dicton arabe, vrai pour ce qui concerne l'orge dont les Orientaux nourrissent leurs chevaux. Si l'avoine, comme l'orge et les autres aliments concentrés, n'agissait que par l'énergie qu'elle met à la disposition de la machine animale, il est certain que son action serait plus efficace après la digestion complète, et qu'il serait plus sage de la faire consommer plusieurs heures avant de mettre cette machine en mouvement.
Mais les résultats de nos expériences ont montré que son effet excitant se manifeste presque aussitôt après l'ingestion, et que cet effet se dissipe au bout d'un temps déterminé, bien avant que la digestion soit achevée. Ces résultats justifient donc la pratique commune et doivent conduire à sa généralisation, contrairement à l'opinion de ceux qui en contestent l'utilité.
C'est au moment du départ du moteur que l'avoine doit lui être donnée en vue de son effet spécial, en mesurant la quantité d'après la