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CONTRE LE PHYLLOXERA DANS LE MIDI DE LA FRANGE

Depuis plus de cinq années que j'emploie le suUbcarbonate de potassium, avec beaucoup de succès dans le Midi, il m'a été permis de faire un grand nombre d'essais comparatifs et, après m'être rendu un compte exact des résultats obtenus, dans tous les sols de notre région, je crois pouvoir indiquer le meilleur mode d'emploi de cet excellent insecticide.

Pour la région du Midi, où les souches sont très espacées les unes des autres et dont le système radicu-aire est très développé, on doit faire au pied de chaque cep une cuvette pour contenir la solution toxique, sans mettre les premières racines à découvert.

Dans chaque cuvette, on verse 40 litres d'une solution sulfocarbonatée, renfermant 100 grammes de sulfocarbonate de potassium dosant :

Ib pour 100 de sulfure de carbone 22 » » de potasse (KO).

Si les ceps ont moins de trois ans, on ne met que 70 grammes de sulfocarbonate, dans 30 litres d'eau, soit 30 litres de solution.

Les doses indiquées ci-dessus sont très elïicaces sur les insectes : mais, elles ne le sont pas autant sur les œufs. Or, du mois de novembre à la fin d'avril, il n'y a que des jeunes plxylloxeras sur les racines, et de fin avril à la fin d'octobre, elles sont couvertes d'insectes et d'œufs. L'époque du traitement est donc tout indiquée : c'est pendant cette période d'hibernation du phylloxéra qu'il faut l'attaquer. On peut affirmer que tout traitement qui sera fait avant ou après ces deux dates, ne remplira pas le double but qu'on se propose en employant cet insecticide : détruire r insecte sans nuire aux racines. Un grand nombre d'œufs étant épargnés, on aura, étant donnée la faculté prodigieuse de reproduction du puceron, de nombreux phylloxéras sur les racines, quelques jours après l'opération. L'effet insecticide sera donc presque nul. On aura seulement les bénéfices d'un maigre arrosage à l'eau sulfocarbonatée, très avantageusement remplacé par un copieux arrosage à l'eau pure, coûtant bien moins cher.

Pour ceux qui n'auront pas pu entreprendre le sulfocarbonatage de leurs vignes l'hiver, et qui ont l'intention de le pratiquer l'hiver suivant, je conseille, dans ce but, d'amoindrir les effets désastreux de la réinvasion estivale par l'emploi du sulfocarbonate au mois de juillet ou d'août ; seulement, il faudra diminuer de ~ la dose du sulfocarbonate ; autrement on s'exposerait à griller les souches traitées.

Jusqu'à ce jour, on s'est contenté de préparer la solution sulfocarbonatée, dans de grands réservoirs en métal ou en bois et de puiser la solution, après avoir eu soin d'agiter convenablement, avec des seaux ou des arrosoirs, pour la porter aux pieds des souches; puis, dans le but de faire enfoncer plus profondément la solution dans le sol, on arrose à l'eau pure le fond des cuvettes, après imbibition complète de la solution sulfocarbonatée. On voit de suite que les résultats de l'opération sont subordonnés à l'attention de l'ouvrier, qui pourra oublier, soit de remuer, pour assurer un mélange intime du sulfo-

carbonate avec l'eau, les deux liquides n'ayant pas la même densité, soit de remplir les mesures, ce qui donnera des dosages complètement dilïerenls; une partie des souches recevra une dose suili santé et d'autres souches une dose trop forte.

On se trouvera très bien d'employer un bidon doseur a\ec lequel on dose exactement l'eau et le sulfocarbonale à mettre par chaque cep. Ce bidon (figures 6 à 10) se compose tout simplement d'un seau cylindrique A' en tôle galvanisé, muni d'une anse B'; sur le bord supérieur est fixé un petit mesureur en plomb, K, qui se meut autour

Fie-. 6. — Bidon doseur de M. (^uleroii'.

Fig. 7. — Coupe verticale suivant la ligne AB.

d'une tige G, fixée au bord par une petite chape I. Ce mesureur contient juste la dose à mettre par souche. On le remplit de sulfocarbonale à l'aide d'une cafelière renfermant le liquide^; une fois plein, on n'a plus qu'à la faire basculer à l'aide d'une clef à T, qui est fixée à l'extrémité de la tige G, pour faire déverser le contenu dans le bac A' que ^^ l'on remplit d'eau. La solution ainsi formée est versée au pied de la souche, et ainsi de suite pour celles que l'on veut traiter.

Je ne verso pas de l'eau claire dans les cuvettes, après imbibition de la solution, parce que j'ai reconnu qu'en agissant ainsi on épargnait un grand nombre de pucerons qui se trouvent sur les racines superficielles, et que, pour que l'insecte fut tué, il fallait que la solution sulfocarbonalée restât en contact avec lui.

Après imbibition complète de la solution, on applique les engrais et on recouvre les cuvettes en pig. 8. — Coupe horizontale l'amenant la terre au pied de chaque"souche traitée.

Le sulfocarbonate de potassium est un excellent insecticide, et, grâce à lui nous pourrons conserver une grande partie de notre beau vignoble.

Depuis que je m'occupe du traitement des vignes phylloxérées par le sulfocarbonate de potassium, j'ai fait un grand nombre d'essais

1. L'appareil doseur de la ligure 6 fonciionne par un mouvement oscillant de droite à gauche, au moyen d'un té, et revient toujours à la position verticale.

1. Je fais construire en ce moment un autre bidon (fig. 9) afln de supprimer la cafetière renfermant le sulfocarbonate pour le bidon (fi^'. fi).

comparatifs. J'ai conservé mon vignoble^ et mes tonneaux sont pleins de vin comme avawt la maladie, tandis que mes voisins, qui n'ont pas traité, ont perdu et arraché la plus grande partie de leurs vignes.

Première année. — Dans cette première année, je me suis contenté de suivre avec beaucoup d'attention tous les traitements au sulfocarbonate qui ont été entrepris, sur une assez grande surface, dans les arrondissements de Béziers et de Montpellier. Je me suis vite aperçu que les résultats étaient variés.

Les traitements faits avec une dose de sulfocarbonate de 50 à 75 grammes dissous dans 20 litres d'eau, plus 5 litres d'eau claire versés par-dessus, ont donné des résultats très irréguliers. Les vignes traitées étaient relativement belles; mais en examinant les souches séparément, on constatait des différences très grandes.

Les traitements faits avec des doses d'eau et de sulfocarbonate plus

Fis. 9. — Deuxième forme du bidon doseur'.

Fig. 10. — Coupe verticale du bidon doseur.

fortes présentaient également de grandes irrégularités, et souvent môme on constatait la mort de quelques souches.

Deuxième année. — L'année suivante, je divisai par parties égales plusieurs de mes vignes, et je fis verser moi-même, dans les cuvettes pratiquées au pied de chaque cep, des doses d'eau et de sulfocarbonate différentes.

J'employai de 50 à 150 grammes de sulfocarbonate et de 20 à 50 litres par souche.

Jusqu'à la dose de 100 grammes de sulfocarbonate, je n'ai pas eu à enregistrer un seul cas de mort; mais, avec des doses variant de 100 à 150 grammes, j'ai grillé un assez grand nombre de souches, surtout en traitant après le mois d'avril. Les doses qui m'ont donné les résultats les plus réguliers, sont celles de 90 à 100 grammes de sulfocarbonate dilué dans 30 litres d'eau, plus 10 litres d'eau pure. Avec

1. L'appareil doseur de la fi^'ure 9 foni^liLiane par un mouvement de pression sur la tige verticale A, qui ouvre le fond du ;iodet doseur c quand il est rempli de liquide. Un robinet D est disposé, à cet effet, sous le récipient de sulfocurLonate B.

104 EMPLOI DQ SULFOGARBONATE DE POTASSIUM.

ces doses je n'ai pas compromis le système radiculaire et l'effet insecticide a été aussi satisfaisant qu'avec des doses plus fortes. Seulement, sur toutes les racines superficielles je trouvais,, quelques jours après l'opération, un assez grand nombre d'insectes vivants, et, au mois de juillet, en faisant des fouilles nouvelles, je trouvais toutes les racines couvertes d'insectes, ce qui annulait les bons effets produits par mes traitements. C'est alors que je fis sur quelques souches un deuxième traitement avec 75 grammes de sulfocarbonate dilué dans 30 litres d'eau, plus 10 litres d'eau claire, en même temps que sur un petit nombre d'autres souches j'employais des doses plus fortes. Les fouilles faites quelques jours après l'opération prouvèrent que ces solutions n'avaient pas détruit tous les œufs et que les insectes des racines supérieures avaient même été épargnés.

En résumé, il résulte des traitements de cette deuxième année d'expériences : que les doses de 50 à 75 grammes de sulfocarbonate, dilués dans 20 litres d'eau, soit 20 litres de solution, plus 5 litres d'eau claire, ne sont pas suffisantes, pour débarrasser complètement la souche de tous les pucerons ; qu'avec des doses trop fortes, on compromet une grande partie des racines et que souvent même on tue les souches; tandis qu'en employant de 90 à 100 grammes de sulfocai'bonate, dans 30 litres d'eau, plus 10 litres comme eau de lavage, on débarrasse les racines inférieures du phylloxéra, lorsque l'on opère avant la ponte des insectes, c'est-à-dire, lorsque les traitements sont faits avant la fin d'avril.

Troisième année. — Les traitements ont été pratiqués du 15 janvier au 20 avril. Seulement, comme dans mes précédents traitements, je trouvais toujours quelques jours après l'opération, des phylloxéras vivants sur les racines superficielles, j'ai pensé que cela pouvait être dû à l'eau claire versée dans les cuvettes, après imbibition de la solution sulfocarbonatée.

Pour savoir si j'étais dans le vrai, j'ai choisi deux vignes, complètement envahies par le phylloxéra :

La première, A, de 1220 souches, dans un terrain, silico-argileux ; l'autre, B, de 1780 souches, dans un terrain caillouteux et argileux.

L Voici les résultats constatés dans la première :

Vigne A. Carré n" 1 a reçu 90 grammes de sulfocarbonate dilué dans 40 litres d'eau, n» 2 — 90 — — 30 4-10

L'opération a été faite du 1 5 au 19 mars. Le 1 5 avril je fis les fouilles au pied de presque toutes les souches traitées. Voici ce que j'ai observé :

Carré n° \ . — Pas un seul puceron sur les racines, partout où la solution avait pénétré.

Carré n" 2. — Quelques pucerons sur les racines, les plus rapprochées du fond des cuvettes.

Carré n° 3. — Les racines supérieures étaient couvertes d'insectes vivants, comme avant l'opération.

IL Dans la vigne B les effets ont été absolument les mêmes; on avait employé 1 00 grammes de sulfocarbonate par souche, dose par conséquent trop élevée. Les phylloxéras que l'on trouvait vivants sur les racines superficielles des souches traitées quelques jours après l'opération, avaient donc bien été épargnés par l'intervention de l'eau pure versée par-dessus la solution.

En résuin'i : opérer de novembre à avril; employer de 90 à 100 grammes de sulfocarbonate par souche et réduire à 70 grammes pour les vignes jeunes; ne point ajouter d eau pure après la dissolution sulfocarbonatée ; pour les taches découvertes en été, faire deux traitements à huit ou dix jours de distance et à dose réduite d'un tiers, le second étant destiné à faire périr les insectes provenant des œufs épargnés par le premier. Culeron,

proprielairo à tBéziers (Héraul)

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