L^ÉGHANGE DES PARCELLES DE TERRAIN
Tout le monde l'avoue : aucune des promesses faites à l'agriculture n'a été tenue jusqu'ici. Dans le Nord, la situation très compromise de la sucrerie française appelle ou une réforme de la base de l'impôt sur le sucre indigène, ou une élévation des droits sur les sucres étrangers. Dans le Midi, on réclame ou le vinage à prix réduit, ou également une élévation des droits de douane sur les alcools allemands introduits sous forme de vins par nos frontières d'Espagne et d'Italie; on y demande en vain l'exécution du canal du Rhône pour le développement des irrigations. Quant à la réduction de l'impôt foncier, on semble perdre tout espoir à ce sujet. Nos législateurs, tout en regrettant qu'aucune de ces questions d'un intérêt majeur ne puisse aboutir, se rejettent sur l'état de nos finances, sur le maintien obligatoire de l'équilibre du budget, équilibre qui est cependant l'objet d'un doute pour beaucoup de monde. Mais enfin l'agriculture se ruine, et on sera bien avancé, disait il y a quelque temps M. Barrai dans ce Journal, lorsqu'on aura rendu sa ruine irrémédiable? les hnances s'en porteront-elles mieux ?
Cependant on annonce que le grand conseil de l'agriculture créé sous un précédent ministère, vient de se réunir, que des commissions ont été nommées et que des mesures législatives et administratives vont être prises. Ce conseil a entendu du reste le rapport de M. Jametel sur la proposition de laisser aux communes deux journées de prestation sur trois, pour la confection et l'entretien de leurs chemins vicinaux et ruraux. On sait en effet qu'il est des communes oîi par les exigences des chemins de grande communication et d'intérêt commun, une seule journée sur trois peut seule être réservée aux chemins vicinaux et ruraux. On ne peut qu'applaudir à cette proposition, et si de plus le principe de la prestation était maintenu et qu'administrativement le ministre de l'intérieur voulût bien recommander, par l'entremise des préfets, lemploi des prestations, de manière à ce qu'elles soient appliquées, autant que possible, sur les portions de chemins les plus voisines de la demeure de ceux qui les exécutent, la voirie communale n'aurait, selon nous, plus rien à demander. Mais enfin une pareille mesure toucherait gravement aux finances des départements.
Il en est une autre au contraire proposée à la Chambre par MM. A. Girard et Jametel, qui a été l'objet d'un rapport favorable au nom de la Commission chargée de l'examiner, et qui occasionnerait peu de sacrifices à l'Etat, En effet, on parle d^une somme de 800,000 fr., chiffre qui n'est qu'une illusion en face d'un budget de 3 milliards. Celte mesure qui est du reste réclamée depuis longtemps par Tagri-
106 r/ÉCIfANGK DHS PAUOKf.LES DE TERRAIN.
culture, c'est l'échange sans droits ou à des droits très minimes des parcelles de terre contiguës ou même non contiguës, mais situées dans la même commune. La proposition de M. Jametel qui paraît connaître la campagne et ses besoins immédiats, n'est pas aussi large, nous devons le reconnaître ; l'honorable député demande seulement une modification à l'article 4 de la loi du 27 juillet 1870 et un droit fixe d'un franc sur les échanges des immeubles ruraux non bâtis, situés dans le même canton ou dans les cantons limitrophes.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que sont signalés les inconvénients de l'extrême division du sol. Dans l'est, ce mouvement est arrivé à son extrême limite, les parcelles de 6, 8 et 10 ares y dominent. On y a cherché du reste à remédier à cet état de choses par des abornements volontaires, et on a même demandé une loi qui les rendit obligatoires dans la même commune. Mais il faudrait alors que les opérations de bornage, la création des chemins d'exploitation, la rectification des parcelles soient au nombre des travaux considérés par la loi du 21 juin 1865 comme pouvant faire l'objet d'associations syndicales. Dans le centre, le morcellement est signalé comme le principal obstacle au progrès de la petite culture. Qu'attendre même sous ce rapport d'une petite exploitation, où un bétail peu nombreux, de mauvaise qualité et pauvrement nourri sur des pâturages comme la lande ou la bruyère, ne donne que des fumures insuffisantes et de mauvaise qualité? l'exploitant vit, il est vrai, lui et sa famille; mais quelle existence !
Dans l'ouest il existe quelques arrondissements où les fermes et les métairies ont pour ainsi dire disparu et nous citerons notamment celui de Redon, Est-ce un indice de progrès? Assurément non. Le démon de la propriété a poussé le petit cultivateur à sacrifier tout au désir d'acheter un lopin de terre. Séduits par les hauts prix que pouvait leur procurer la division de leurs biens, prix qui sont sans rapport avec leur valeur locative réelle, les propriétaires ont vendu leurs fermes et les acquéreurs les ont revendues par fractions de parcelles. Le paysan est déshonoré quand il n'a pas acheté à la fin de l'année quelquessillonsde terre (le sillon de 1"'. 60). — Il en résulte que la moitié des parcelles reste en friche : elles sont tellement petites qu'il y aurait désavantage souvent à aller cultiver, engraisser, labourer, herser, récolter des parcelles de 2 à 3 ares souvent éloignées de 2 et 3 kilomètres. Le paysan devenu propriétaire, souvent au moyen d'un emprunt ruineux pour lui, n'a plus il est vrai de loyer à payer, ni de nouveaux besoins; il vit comme par le passé, sans faire d efîort pour progresser.
Le contrôleur des contributions directes de Redon avait, il y a vingt ans, 14,000 parcelles de mutations par an, c'est à-dire 14,000 numéros du cadastre changeant de propriétaires par successions, donations, partages, ventes et actes translatifs de propriété; il en a aujourd'hui le double. Que dire d'un pareil état de chose, si ce n'est qu'il conduit à l'abandon forcé de toute culture rationnelle, de toute production de quelque valeur et finalement à l'égalité dans la misère? Une disposition législative permettant l'échange sans droits de portions contiguës ou non contiguës dans la même commune, ou même avec un droit de 1 pour 100 comme le demandent M.M. A. Girard et Jametel dans leur proposition soumise à la Chambre, pourrait atténuer une pareille situation géodésique, qui se reproduit dans maints
l'échange des parcelles de TEIIRAIX. 107
arrondissements, en dehors des pays vignobles où le parcelletnent n'offre pas, il est vrai, d'aussi tristes inconvénients.
Ce qn'il y a de sini^ulier, c'est que le même esprit de partage favorisé peut-être par la fausse application faite par les tribunaux, et à leur suite les hommes d'affaires, des articles 826, 827, 83;î du Code civil, qui ne se sont pas montrés toujours éclaires au point de vue de Féconoraie rurale, se retrouve pour la propriété bâtie dans l'arrondissement en question qui jouit pourtant d'.un député et d'un souspréfet. On y partage une maison à 2 ouvertures (souvent la porte et une fenêtre) entre 2 et 3 enfants que laisse le défunt. Chacun jouit divisément de sa pirt de l'appartement commun, portion délimitée par une raie à la craie ou des points de repère conventionnels. Mais là le remède paraît venir de l'excès du mal, les querelles sont si fréquentes entre les cohabitants, amoureux de l'égalité lors du partage, que les plus pauvres veulent aujourd'hui posséder, tout au moins habiter, une maison ou une masure à eux.
Qu'y a-t-il d'étonnant si la pulvérisation du sol, dans maintes contrées de la France, a frappé M. Jenkins, secrétaire de la Société royale d'Angleterre, dans un voyage qu'il a fait dans le Nord de la France, la Bretagne et la Normandie? Il se livre du reste à ce propos à quelques considérations morales sur l'esprit d'insouciance avec lequel le désir immodéré de la propriété fait contracter des emprunts ruineux au petit cultivateur français.
L'extrême division du sol en France avait frappé avant lui Arthur Young; et François de Neufchâleau disait plus tard, après ce célèbre voyageur anglais, que par un meilleur arrangement de la surface de la propriété on pourrait doubler la surface consacrée à l'agriculture. On doit donc applaudir à toute mesure qui pourra atténuer l'état de choses que nous signalons. A. de la Morvonnais.
PHYSALIS EDULIS [Alkekenge)
Parmi les questions si sérieuses et si utiles, traitées dans le Journal de f agriculture, voulez-vous me permettre, cher et savant directeur, de rappeler l'attention de vos nombreux lecteurs sur les avantages que nous retirons de l'introduction, qu'a faite M. Balcarce, ministre plénipotentiaire de la République Argentine, du Physalis EdiUts, appelé aussi coqueret comestible.
Ce petit fruit, peu difficile à obtenir, vient sur de jolies touffes agréables à la vue, et ne demande pas de soins particuliers; les services qu'il rend doivent engager à sa propagation. • A la fin de mars ou dans le mois d'avril, on sème les graines sur couche chaude, sous châssis, puis, on repique le plant à bonne exposition aussitôt que les gelées ne sont plus à craindre. Chaque pied doit être espacé d'environ 0"'.60. 11 faut avoir soin, aussitôt que les tiges ont atteint une certaine hauteur, de les attacher à des tuteurs, ou mieux tendre des fils de fer pour les soutenir; car les tiges sont très vigoureuses, fines et forment un véritable buisson de l^.oO de haut. Il est bon de couvrir la terre d'un fort paillis, qui conserve l'humidité convenable à cette plante. Lorsque les tiges ont atteint tout leur développement, il faut en pincer l'extrémité. Après la floraison, succèdent les fruits qui sont portés sur des pédoncules minces, flexibles, laissant
108 PHYSALIS EDULIS.
pendre la baie ou fruit; aussitôt qu'il grossit, le calice, violacé jusqu'à la moitié environ de son développement, couvre presque entièrement le fruit, et il ne se déchire que lorsque celui-ci arrive à maturité. Le fruit est d'un jaune très pâle et verdâtre, lisse, couvert d'une matière visqueuse', dégageant un peu l'odeur de la tomate; il est rond; la peau qui recouvre le fruit est extrêmement fine; elle contient une partie grasse et mucilagineuse, très serrée, qui renferme de nombreuses semences plates, lisses, jaune pâle; la faiblesse du pédoncule et le poids des baies font détacher ces dernières instantanément de la tige, si on ne les récolte pas assez vite. Il est donc important de les surveiller, si on ne veut pas les perdre.
Ces petites tomates sont très apéritives et diurétiques.
Ce qui fait surtout le mérite de ces petites tomates,, c'est qu'elles servent à faire un sirop, qui est en grand usage au Mexique dans les maladies des voies respiratoires et les bronchites.
Voici la recette du sirop de Phy salis Edulis.
Prendre 210 grammes de fruits bien mûrs coupés en plusieurs morceaux; faire bouillir dans un litre d'eau, jusqu'à réduction de moitié ; presser dans un linge fin, bien blanc, en serrant un peu ; joindre à ce jus 500 grammes de sucre et faire cuire à consistance de sirop.
Quant aux fruits qui n'arrivent pas à maturité, on les prépare au vinaigre, comme les cornichons ; beaucoup de personnes les préfèrent à ces derniers. ^ E. Vavin.
SUR LES CHANGEMENTS A INTRODUIRE