‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 494 sur 683 · LA LUTTE CONTRE LE PHYLLOXERA · texte numérisé non relu

LA LUTTE CONTRE LE PHYLLOXERA

culteurs en leur montrant dans tous les détails, les principes d'organisation collective pour la lutte par les syndicats, après une exposition des règlements administratifs, relatifs à la question; un véritable traité de la submersion des vignes, avec l'indication détaillée des moyens mécaniques à employer et des prix de revient; renseignements qui, en raison de l'extension énorme qu'a prise la submersion dans ces deux dernières années, sont un document du plus» haut prix pour les viticulteurs. Du reste M. Barrai traite la submersion avec amour; on sent que s'il n'en est pas le père, il en est tout au moins le parrain, et il l'a suivie jour par jour depuis les premiers essais de M. Louis Faucon, aujourd'hui notre collègue à la Société nationale d'agriculture. Du reste les inclinations de M. Barrai ne portent ni sur son jugement, ni sur son impartialité, et l'emploi du sulfure de carbone et des sulfocarbonates avec tous les détails d'application n'est pas présenté moins complètement que celui de l'inondation des vignes. Enfin ce beau livre est terminé dignement par une élude scientifique sur les causes du magnifique développement pris par la culture de la vigne dans les dunes sablonneuses d'Aiguës -Mortes. M. Barrai montre que ce succès est dû à la fois à la nature calcaire du sable et à une nappe d'eau douce coulant au-dessous et entretenant par l'ascension capillaire un mouvement dans la couche sablonneuse qui lui permet d'utiliser les engrais apportés, et alimente ainsi une végétation luxuriante. Appliquait à cette observation les procédés de la science, il a montré par l'ascension de l'eau dans des tubes remplis de ce sable calcaire ou de sable siliceux l'énorme avantage des sables calcaires pour la rapidité de l'ascension, avantage qui deviendrait une ruine sans la présence constante des eaux souterraines, qui alimt^,ntent ce mouvement hâté par l'évaporation de la surface. C'est dans l'ouvrage qu'il faut lire les détails de ces expériences et la promesse de les continuer et de les compléter, promesse que nous rappellerons à l'auteur, car on nous permettra de dire en terminant cet article que nous y sommes personnellement intéressé, ayant déjà écrit en 1872 dans notre Traité de la détermination des terres arables, entre autres passages relatifs au mouvement de l'eau dans les sols calcaires, à la page 32: a Les phénomènes de capillarité ne sont pas les mêmes dans un sable siliceux et un sable calcaire... deux caisses identiques remplies l'une de sable siliceux, l'autre de sable calcaire, imbibées de la même quantité d'eau, et prises au bout d'un temps déterminé, accusent par la différence de poids la rapidité plus grande d'évaporation du sable calcaire. » Et à la page 34, j'explique par une nappe d'eau souterraine à une profondeur variant de 1 à 2 mèlres au-dessous de la surface la fécondité et la haute valeur locative des terrains crayeux dits Paluds du comtat venaissin.

On me pardonnera cette constatation d'un accord d'observations qui est un honneur pour moi, en raison de l'intérêt que l'approfondissement de celte question du mouvement de l'eau dans les terrains suivant leur nature présente à tous ceux déjà nombreux qui lluttent avec l'eau contre le fléau, et je terminerai en souhaitant avec M. Barrai que des résolutions intelligentes viennent en centupler le nombre en mettant l'eau de nos fleuves à la disposition des agriculteurs.

P. DE Gasparin,

Membre de la Société nationale d'agriculture.

I. Organisation du concours. — Bel-Abbès est la première des petites villes de l'Algérie qui ait eu l'honneur d'être le siège du concours régional annuellement organise dans la colonie. C'est assez dire qu'il a iallu étudier à nouveau chaque détail d'organisation, et que l'expérience du passé n'a pu être utilisée que d'une façon restreinte.

Il est permis d'affirmer aujourd'hui que la municipalité s'en est tirée à son honneur, et d'ajouter que toutes les recherches et études auxquelles on s'est livré ne seront pas perdues pour les localités de môme importance auxquelles elles faciliteront la tâche en pareille circonstance.

Depuis longtemps déjà le Comice agricole de cette région, soucieux des intérêts qui lui sont confiés, avait émis plusieurs vœux pour solliciter cette création en Algérie, sentant bien qu'après Alger, Oran, Constantine et Bône, il serait difficile de trouver un endroit mieux choisi pour faire cette expérience. Mais la municipalité, certainement préoccupée des conséquences financières de l'entreprise, était hésitante, ce qui aurait pu amener un ajournement de cette question, si la population entière n'avait vivement sollicité sa mise en pratique, forçant ainsi toute hésitation à céder devant le courant d'opinion nettement favorable qui s'accentuait chaque jour davantage.

Dans ces conditions, la proposition qui devait servir de point de départ, fut bientôt transmise à l'autorité supérieure, et dès le 14 septembre 1882, un arrêté ministériel faisait connaître à tous les intéressés que le concours général d'animaux reproducteurs, d'animaux gras, d'instruments et de produits agricoles de l'Algérie se tiendrait, en 1883, dans la ville de Bel-Abbès, du 7 au 16 aviil.

Il semble qu'au début on ait été un peu étourdi de ce résultat, comme si l'on n'avait pas eu la certitude qu'il fût possible de l'obtenir, et chacun, pendant un certain temps, nous devons le dire, se prépara à coopérer à l'œuvre générale d'une façon isolée, sans se prêter un mutuel concours, sans que l'on réunît tous ces efl'orts pour leur donner une plus grande impulsion.

C'est ainsi que le Comice agricole se mit résolument à l'œuvre, grâce au dévouement de tous ses membres qui, considérant le concours agricole un peu comme leur chose propre, travaillèrent comme les abeilles d'une ruclie, en vue d'un succès dont une bonne partie leur revient, si nous en croyons l'appréciation du gouverneur général et du commissaire général, comme nous le verrons plus loin.

De son côté la municipalité, contrairement à ce qui s'était fait en 1880, à Oran, oià tous les bons vouloirs et toutes les aptitudes avaient été réclamées, avait nommé, le 10 novembre 1882, une Commission restreinte de treize membres, dite d'initiative, chargée, à l'aide de sous-commissions, d'étudier tout oe qui concernait l'installation du concours, les moyens de publicité, les fêtes, les logements nécessaires aux visiteurs que l'on attendait.

Nous avons tellement la conviction que l'école que vient de faire en ce moment notre contrée doit être utile aux centres de même importance qui ne pourraient, à ce point de vue, tirer aucun enseignement utile du passé légué par les grandes villes de la colonie, que nous n'hésitons pas à donner quelques détails sur tout ce qui s'est fait, tout en les résumant le plus possible pour ne pas abuser de la bienveillance de nos lecteurs.

Nous relevons donc à l'avoir de cette période : le marché de gré à gré passé le 30 novembre 1882 avec M. Bice, de la maison Duéret de Lyon, pour tout ce qui concerne la construction des baraquements du concours; l'étude des aménagements à faire, travaux particuliers incombant à la ville, éclairage, sentinelles, pompiers, fournitures de litière; publicité à faire par la voie des journaux et à l'aide des placards ; fêtes à organiser pour agrémenter le concours ; logements à préparer pour les visiteurs ayant un caractère officiel.

Pendant ce temps la population entière, s'intéressant chaque jour davantage à la grande œuvre, ne manquait pas une occasion de manifester ses regrets de voir tenues à l'écart plusieurs personnes ([ui auraient pu prêter le concours de leur expérience, et le 11 décembre 1882, la Commission d'initiative s'étant dissoute, le conseil municipal fit appel au bon vouloir de tous, et nomma une grande commission, dite d'exécution, et comprenant les membres du premier Comité, seize rnembres du comice agricole, les maires, les administrateurs et plusieurs notabilités de l'arrondissement.

Désormais les faits vont passer du domaine de l'étude dans celui de la pratique, et un élan irrésistible s'empare de tous ceux qui n'hésitent pas à mettre de côté leurs petites préférences personnelles pour atteindre loyalement et à coup sûr le but poursuivi : la prospérité de notre ville, appelée pendant quelques jours à être la capitale de l'Algérie.

La Commission d'exécution se réunit pour la première fois le II janvier 1883, sous la présidence de droit du maire, me fit l'honneur de me désigner comme premier vice-président, et nomma cinq sous-commissions chargées de conduire à bien l'exécution des projets précédemment étudiés, et d'organiser une exposition industrielle et scolaire annexée au concours sur notre proposition.

Il n'entre pas dans notre pensée de suivre tous ces intéressés à l'œuvre, et de décrire la tâche qu'ils ont laborieusement accoaiplie. Cet examen serait excessif et dépasserait les limites du compte rendu qui nous a été confié par la direction de ce journal, si l'on se rappelle que ces commissions ont été en permanence pendant quatre longs mois, se réunissant plusieurs fois dans la journée, souvent même pendant la nuit, et amoncelant à côté de faits pratiques de tous les instants, des milliers de documents élaborés avec le plus grand som.

Du reste la municipalité de cette ville ne laissera pas son œuvre inachevée, et tiendra à honneur de publier les efforts de tous ses collaborateurs, les difficultés surmontées par eux, l'enseignement à tirer de cet essai important.

Il nous suffira de rappeler que tous ont été à la hauteur de leur tâche et qu'ils ont rempli leur devoir avec le zèle et le dévouement le plus louables. Nous voudrions les citer tous, parce qu'ils ont tous été à la peine, et que le résultat final n'a été obtenu que grâce à leur bienveillante coopération, mais puisqu'il faut nous restreindre et que nous sommes forcément limité, nous signalerons en particulier dans la commission générale, M. Yiviani, deuxième vice-président; en ce 3ui concerne l'aménagement de l'emplacement choisi : surveillants, conduites 'eau, ornementation et décoration du jardin, MM. Pastre, agent voyer départemental, le capitaine Perret, le D'' Fabriès ; pour la publicité des p>us étendues : MM. le D'' Fabriès, Maréchal, Perrin, élève diplômé de Montpellier; pour les logements,- MM. Oliva, Thiédey, Bédoc; pour l'exposition industrielle, scolaire et ; canine , MM. André, adjoint au maire, Bernard, entrepreneur, Clerc, ingénieur, Ciavaldini, procureur de la République; de Baudéan, vétérinaire militaire.

Parmi les nombreux faits qui intéressent le sujet que nous traitons et que nous nous voyons dans la nécessité de laisser dans l'ombre, bien qu'à regret, nous le répétons, il en est deux cependant que nous devons plus particulièrement signaler comme ayant eu une grande influence sur le succès de l'œuvre.

C'est, en premier lieu, la recherche des moyens propres à obvier à la pénurie des logements à mettre à la disposition des visiteurs. Cette vive préoccupation avait fait naître des craintes réelles dès le début de l'entreprise, et ce n'est qu'au prix de sacrifices importants de la part de la municipalité et d'un dévouement à toute épreuve de la commission spéciale, qu'il a été possible de vaincre une des plus grandes difficultés qu'aient à surmonter, en semblables circonstances, les petites villes de l'Algérie.

Ajoutons que, grâce à l'obligeance de l'administration militaire, de l'inspection académique, du service des lits militaires et de plusieurs propriétaires, les écoles, une partie de la caserne de cavalerie, et de nombreux particuliers ont pu être pourvus de lits, mis en partie gracieusement à la disposition de tous ceux qui avaient un caractère officiel, et dont un très grand nombre ont été loués, supprimant ainsi un des écueuils qui étaient le plus à craindre.

L'emplacement à choisir pour le concours offrait une solution d'une réelle importance; et l'on comprend que chacun ait témoigné ses préférences à ce sujet.

Un bon emplacement doit remplir plusieurs conditions parmi lesquelles on peut tout d'abord citer : la proximité du lieu où la population se trouve agglomérée, l'étendue assez vaste pour réunir les diverses expositions, la possibilité de clore l'enceinte pour ne permettre, à un moment donné, l'entrée du concours qu'à des conditions déterminées, un paysage intéressant orné de nombreuses plantations anciennes ou préparées pour la circonstance, des bâtiments bien appropriés au but poursuivi, la facilité pour tous de tirer un profit réel do l'examen des produits exposés tout en trouvant le moyen de se récréer, de se promener dans les allées bien aménagées, la certitude de pouvoir assurer les divers services de l'exposition, notamment en ce qui concerne l'arrivée et le départ des objets de toute nature, l'alimentation en eau pour les animaux, etc.

C'est après un examen des plus sérieux que, contrairement à l'avis de la municipalité, mais conformément au vœu de la grande majorité de la population, M. Du Peyrat, commissaire général, s'est prononcé en faveur d'un ancien jardin public créé par les soins de la Légion étrangère, sous les murs mêmes de la ville.

Ce choix a eu certainement une grande influence sur le succès que la presse algérienne enregistre en ce moment.

Get endroit spacieux, facilement fermé, assez prêt de la ville pour offrir le but d'une promenade sans fatigue, était des mieux disposés pour recevoir dans d'excellentes conditions tous les services du concours agricole.

Un bâtiment central avait été élevé pour les produits près de la grande avenue plantée de platanes, tandis que de nombreuses installations pour les animaux et les divers services, placées de tous côtés dans les massifs, les contre-allées, les petits bois agrémentaient l'ensemble, tout en permettant aux visiteurs de voir successivement ces diverses parties, sans lassitude, à leur heure, et d'une manière très avantageuse à l'étude comparée que chacun désirait entreprendre.

Nui autre emplacement n'aurait pu offrir un accès meilleur, puisqu'il était

Fig. 13. — Plan du Concou r sapSidi-bel-Abbès.

facile d'y aboutir de tous les points de la ville et de la banlieue en même temps que de la gare. Cet endroit, qui a toujours été considéré comme préférable à tout autre, en raison du magnifique paysage que l'on y trouve et de la beauté du parc où sont réunis en très grande quantité de fort beaux arbres, est devenu un lieu délicieux, décoré d'une manière ravissante par un jeune soldat qui a tiré un excellent parti de cette situation déjà fort belle.

Il nous reste à constater, avant de poursuivre notre étude, que les frais nécessités par ces améliorations ne seront pas perdus, puisqu'ils serviront à rendre plus belle encore une de nos rares mais ravissantes promenades que n'abandonnera plus notre population qui se rappelle toujours avec plaisir les beaux jours du passé, où l'excellente musique de Ja Légion étrangère l'attirait deux fois par semaine sous ces bosquets, et qui ne saurait oublier les fêtes données à la ville, en cet endroit, le 29 août 1857, par le regretté colonel Chabrière, à l'occasion d'un anniversaire glorieux pour son régiment.

IL Te7iue du concours. — Gomme toujours nous devons enregistrer un peu de

1. Légende du plan : A. produits agricoles; B, expositions industrielle et scolaire; C, machines industrielles; D, espèce bovine; E, espèce chevaline; F. espèce asine; F', animaux de basse-cour; G, machines agricoles; I à T, bureaux de l'administration du Concours.

retard à l'occasion de l'ouverture du concours régional de Bel-Abbès et ajouter qu'ici, de même que partout ailleurs, on n'était pas entièrement prêt à l'heure dite; mais cela tientà des considérations que nous reprendrons bientôtpour montrer ce qu'il y aurait à faire de ce côté.

Nous ne signalons le fait à cette heure que pour en tirer cette conséquence que si nous n'avons pas eu beaucoup d'étrangers pendant la période du concours, cela tient un peu à la déception des premiers venus qui n'ont pas craint, en manifestant leur appréciation d'une manière trop vive, de ralentir l'élan qui s'était produit dès les premiers jours.

Nous avons pu constater qu'une grande afiluence de monde s'était donné rendezvous chez nous, mais nous devons dire qu'il s'agissait surtout d'amis des habitants de notre ville qui ont eu à exercer largement les devoirs de l'hospitalité, et que les étrangers, attirés d'ordinaire par les fêtes ou par l'attraction qu'otîre toujours l'inconnu, étaient relativement peu nombreux.

Aussi les fêtes magnifiques données parla municipalité notamment avec l'intention d'attirer un nombreux public et de fournir ainsi une occasion de faire faire des dépenses qui restent dans le pays, n'ont atteint le but qu'en partie. Il y a là un enseignement réel pour les villes de second ordre de la colonie qui éviteront certainement à l'avenir de tomber dans cet excès.

Le peu d'étrangers arrivés chez nous, les nombreuses cartes de faveur distribuées, l'indécision du début que nous venons de signaler, la pluie bienfaisante tombée à diverses reprises, l'ouverture gratuite accordée les deux derniers jours dans un intérêt louable, mais précisément au moment oià il s'est présenté le plus de monde, sont les principales raisons pour lesquelles les entrées n'ont produit que 3,600 fr. environ, bien que le concours ait été largement visité par tous ceux qui y avaient un intérêt quelconque.

Ce chiffre est bien faible si on le compare à celui de 15,000 fr. obtenu au concours régional d'Oran en 1880, et surtout aux sacrifices considérables que s'est imposés la municipalité de Bel-Abbès.

En ce qui concerne plus particulièrement le concours régional, le retard n'a pour ainsi dire pas existé, puisque conformément au programme les produits ont été reçus dès le samedi 7 avril, tandis que les animaux ont été successivement admis aux jours indiqués. D'ailleurs, aucune ouverture officielle, aucun discours, pas un acte de nature à rappeler que la grande période est ouverte, et que tout le monde est convié à venir juger les divers mérites, ou bien à prendre part aux réjouissances préparées à cet effet.

Les fêtes ont été cependant nombreuses et fort belles ; nous allons en parler dans un moment, mais nous devons dire dès maintenant qu'elles ont été bien ordonnées, parfaitement exécutées, et agencées dételle sorte qu'elles devaient peu détourner les intéressés du concours; les principales d'entre elles s'étaient produites les premiers jours, ou bien encore aux heures voulues pour ne pas créer de difficultés, par une concurrence, à l'exposition elle-même.

Nous ne saunons donner une idée plus exacte de cette période qu'en résumant les principaux faits qui se sont produits chaque jour ; c'est d'ailleurs remplir un devoir de reconnaissance envers la municipalité et les commissions d'organisation, que de signaler leurs efforts et d'en constater le succès.

Le concours a été ouvert le 7 avril par une salve d'artillerie et par la réception des machines, des instruments, ainsi que des produits, leur classement et installation, la réception des objets de l'exposition industrielle et scolaire. — Les dimanche et lundi 8 et 9 avril, tandis que l'on continuait à recevoir les diverses productions des exposants, et que le jury des produits et des instruments commençait ses opérations, la Société de Bel-Abbès offrait à la population et aux nombreux étrangers le spectacle de courses variées parmi lesquelles, en dehors des courses plates, d'obstacles, de gentlemen et même d'amazones, qui ont surtout un but de curiosité, nous devons plus particulièrement citer les courses au trot attelé et au trot monté, encouragées par la Société d'agriculture de la contrée.

Ces essais, qui se multiplient dans la colonie, olïrent un attrait réel, et c'est avec une véritable satisfaction que nous les signalons, rappelant que les trotteurs attelés ont parcouru 3,100 mètres en sept minutes dix-sept secondes, les trotteurs montés ayant fait le même parcours en six minutes dix secondes. C'est encore Malvu qui est sorti vainqueur de cette lutte ; cet excellent cheval a d'ailleurs lait souvent ses preuves sur notre hippodrome, et tout le monde se souvient qu'en 1880 et iSSl il remportait les mêmes prix à Oran et Bel-Abbès, parcourant 3,100 mètres en

six minutes trois secondes. Ses succès constants révèlent des qualités sérieuses que le monde du sport ne saurait trop apprécier.

Mais la fête indii^ène du parc est celle qui a attiré le plus de monde sur .'hippodrome, en raison de l'inconnu qu'elle offrait à beaucoup, et de l'attrait particulier de ces réunions. Les organisateurs avaient Lien fait les choses et rien n'y a manqué : fantasia exécutée par 500 cavaliers arabes, musique indigène, danse des aimées, luttes entre deux champions qui ont le pouvoir de fortement émotionner tous les spectateurs, diffa splendide, avec 60 moutons cuits en entier, le couscous traditionnel, et la vue de toute une population faisant particulièrement honneur à cette dernière partie du programme de la Commission.

Pour nous cette journée a été bien autrement remplie par la visite de l'école d'agriculture de Montpellier, dont 30 élèves accompagnés du directeur et de quelques professeurs, ont successivement visité le concours, la ferme Bastide, le vignoble Pcray, recueillant partout les notes les plus intéressantes sur la culture de la contrée, et laissant dans le pays le meilleur souvenir. Une collation offerte le soir par les membres du Comice nous a fourni l'occasion de faire une page d'histoire sur ce beau territoire, et d'entendre la parole autorisée du sympathique directeur de l'école.

Le mercredi le concours acquiert une réelle importance par la réception des animaux de diverses espèces, après la visite faite par M. Pers, vétérinaire de la commune, et de celle des chevaux, classés par les soins de MM. de Saint-Pern, officier des haras, et Bauguil, commissaire-adjoint. Dès le jeudi le concours se trouve au complet, les produits à leur place, les boxes et stalles remplis des animaux les plus variés, l'exposition industrielle et scolaire parfaitement installée, les machines et instruments en plein travail.

A partir de ce moment le programme des fêtes laisse une grande latitude au visiteur sérieux, s'appliquant à ne pas le détourner des études et des examens qui semblent le réclamer de tous côtés, le récréant seulement à des heures bien choisies par les meilleurs morceaux du répertoire de l'excellente musique de la Légion étrangère, et appelant quelques personnes à certaines conférences, qui malheureusement n'ont pu être organisées avec tout le soin désirable par suite des préoccupations si diverses des membres chargés de cette partie trop négUgée d'ordinaire, bien qu'elle soit une des plus importantes de ces réunions.

Les opérations des divers jurys des animaux utiles à l'agriculteur, des chevaux et de l'espèce canine, remplissent les journées du vendredi et du samedi, en même temps que le tir à la cible et les représentations gratuites du cirque et du théâtre attiraient un public particulier.

C'est aussi le vendredi à dix heures du matin qu'a eu lieu à l'hôtel de ville sous la présidence de M. Du Peyrat la réunion des délégués des associations agricoles, des membres du jury, et des exposants pour proposer les modifications qu'il conviendrait d'apporter à l'arrêté des concours de l'Algérie.

Trente personnes environ composaient cette assemblée qui n'a pas eu l'importance de celles des années précédentes. Des vœux importants y ont été émis notamment sur les animaux reproducteurs, sur la nécessité d'encourager les constructeurs de la colonie pour nous préparer de bons ouvriers indispensables pour iaciliterici l'introduction des machines perfectionnées, sur l'admission des farines dans la catégorie des produits alimentaires ; mais tout le monde a compris qu'il fallait réserver ses remarques et ses demandes pour une autre situation, à la suite d'une observation de M. le D'" Fabriès qui a provoqué de la part du président de la réunion une communication tendant à rappeler qu'un inspecteur généraladjoint ayant été récemment nommé pour l'Algérie, à l'avenir toutes ces questions d'un haut intérêt pourraient être traitées sur place par les intéressés eux-mêmes, de manière à arrêter les modifications les plus utiles pour placer nos concours régionaux dans les meilleures conditions possibles de succès.

Le dimanche a été plus particulièrement le jour heureux de tous nos braves colons qui ont obtenu une pluie abondante, si nécessaire à leurs cultures, et si bien faite pour porter la joie dans tous les cœurs. Le concours de labours organisé par le Comice de Bel-Abbès et auquel devaient prendre part 5C Européens ou indigènes n'a pu avoir lieu pour cette raison, mais personne ne s'en est plaint et chacun a tenu, au contraire, à montrer que cette journée constituait la vraie fête du travail.

Le gouverneur général, arrivé par le train de dix heures, a du interrompre un moment sa visite au concours, par suite d'une ondée dont il conservera une bonne

impression, car elle lui a valu les chaleureux applaudissements de la population lorsqu'il y a fait allusion dans le discours que nous allons analyser dans un moment.

Au punch du soir le gouverneur général, le sénateur et les députés du département ont successivement pris la parole pour porter des toasts au président de la République, à l'Algérie, au colonel Négrier, à l'armée française, au relèvement de la France par l'union de tous les républicains. Mais la consécration de tous ces efforts a eu lieu le lundi matin à 9 heures précises dans la salle du théâtre, convertie en salle de distribution des prix, dans l'impossibilité d'utiliser, par suite de la pluie, l'installation préparée à cet effet sur une des promenades de la ville.

Un public nombreux où briUent un grand nombre de dames, assiste à cette solennité, présidée par le gouverneur général entouré sur l'estrade de MM. Jacques, sénateur, Etienne et Dessoliers, députés du département d'Oran, Feutrier, député, venu en mission à Saint-Denis-du-Sig, des trois commissaires généraux du concours agricole, du concours hippique et de l'exposition industrielle, et enfin de tous les jurés.

Le premier fonctionnaire de la colonie prononce tout d'abord un éloquent discours que nous tenons à résumer, d;ms l'impossibilité de le reproduire in extenso :

M. Tirman félicite la municipalité, les exposants, le jury, les inspecteurs généraux et le Comice agricole du succès que tout le monde a pu constater. Rien n'y a manqué, pas même la pluie, qui n'a jamais gâté en Algérie une fête agricole. C'est une nouvelle affirmation de l'union étroite qui relie les trois provinces algériennes, aussi n'est-ce pas seulement la fête de Bel-Abbès que nous célébrons, mais bien la fête de l'Algérie tout entière. Au nom du gouvernement de la Répubhque il tient à exprimer sa profonde gratitude à tous ceux qui ont préparé ce succès. Il entre dans d'intéressants détails sur l'intérêt qu'offrent dans tous les pays ces fêtes agricoles, et sur les avantages particuliers qu'elles ont dans un pays neuf comme l'Algérie, aussi bien pour les Européens que pour les indigènes. Il s'appesantit longuement sur la nécessité d'arrêter un programme général de l'aménagement des eaux, et sur l'exemple fourni par Bel-Abbès de ce que peut l'initiative individuelle, secondée par l'Etat ; aussi pense-t-il, en présence de la prospérité de cette contrée, qu'il est permis de revendiquer pour la France l'honneur de ne pas avoir été inférieure à ses devanciers. Après avoir rappelé que bientôt viendra devant le Parlement la question de l'œuvre complémentaire de colonisation, il termine par ces mots couverts d'applaudissements unanimes : « La réunion de ce Comice, les résultats qu'il a produits nous aideront puissamment à prouver qu'en demandant un dernier sacrifice, ce n'est pas une Irlande que nous préparons à la France, mais un grenier d'abondance, une colonie prospère et tranquille, qui restera étroitement unie à la mère patrie. »

M. Du Peyrat a ensuite prononcé le discours d'usage, recueillant des applaudissements répétés pour ses paroles d'un sentiment élevé, montrant la part qui revient à chacun dans l'œuvre, et citant au nombre de ces initiateurs le Comice agricole de Bel-Abbès qui a su grouper autour de lui tant d'adhésions sans .lesquelles l'exposition eîit été incomplète.

De son côté, M. Bordet, président de la Société d'agriculture d'Alger, a lu son excellent rapport sur la prime d'honneur, document que nous examinerons avec soin dans un prochain article, et les lauréats ont été successivement appelés, aux applaudissements de la salle, par MM. Couvert pour le concours régional, de Saint-Pern pour le concours hippique, Mathin pour l'exposition industrielle et scolaire, Letèvre au nom de la Société d'encouragement à l'agriculture, Fabriès pour la Société des aofriculteurs de France, le Comice d'Alger, la Ligue de reboisement de la même ville.

Nous manquerions à tous nos devoirs si nous ne rappelions en terminant la charmante soirée préparée à l'hôtel d'Orient par les soins des membres de l'Association algérienne des anciens élèves des écoles d'agriculture, qui au nombre de 30 environ, s'étaient groupés pour échanger l'expression des sentiments de solidarité et de confraternité qui les animent tous, invitant à cette réunion tout intime, le commissaire général du concours agricole, le maire et le président du Comice de Bel-Abbès.

L'illumination magnifique des grandes artères de la ville, de la place des Quinconces, de la grande avenue conduisant extérieurement au pont d'Oran; un bal très animé et un splendide feu d'artifice tiré sur le plateau, dit du village nègre,

ont complété la série des réjouissances offertes par Bel-Abbès à ses hôtes.

En chronicfueur dévoué nous avons voulu revoir le mardi matin ces lieux, hier encore si animés et si intéressants, vers lesquels nous nous sentions d'ailleurs porté comme vers l'objet qui vous a coûté beaucoup de peine, tout en vous prodiguant une grande joie. Hélas, tout était morne et silencieux, et nous ne parlerons de ce lendemain que pour rappeler que le concours était bien fini.

Oui, le concours est bien mort extérieurement, mais pour nous qui voyons avant tout les effets et non la cause, le but et non l'action du moment, nous nous écrierons avec conviction : son souvenir au moins existera encore longtemps dans la pensée de tous ceux qui l'ont visité avec soin, de tous ceux qui ont admiré les magnifiques objets et les beaux animaux réunis dans cet endroit, de ceux qui ont assisté aux fêtes dues à une large et bienveillante hospitalité; il survivra aussi dans l'esprit de ceux qui voient dans ces assises autre chose qu'une vulgaire réunion d'objets variés, mais qui y recherchent les moyens de consolider les sentiments de solidarité et d'humanité qui animent toutes nos populations agricoles : il restera impérissable enfin chez tous ceux qui aiment notre belle colonie et qui trouvent dans sa prospérité un avantage de plus pour la mère patrie.

{La suite prochainement) . L. Bastide,

Président du Comice de Bel-Abbès.

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