‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 526 sur 683 · XVII. — JSouvclles de l'état des récoltes · texte numérisé non relu

XVII. — JSouvclles de l'état des récoltes

Les derniers jours ont été favorables^ comme les semaines précédentes, à la plupart des plantes, notamment aux céréales d'hiver et aux plantes sarclées de printemps qui ont bien levé. Toutefois, les retards apportés par les conditions défavorables de l'automne n'ont pas été réparés partout; c'est ce qui résulte notamment de la note suivante qu'un de nos correspondants nous adresse de Rochefort (Charente- Inférieure), à la date du 27 avril :

« Je voudrais vous donner de bonnes nouvelles des récoltes de notre région, mais je n'ose

« Les semailles d'automne n'ont pas été possibles partout; les pluies ont enrayé les travaux de plus des deux tiers de nos laborieux cultivateurs.

« Les premières emblavures, malgré la pluie battante qui les a suivies, sont passables jusqu'à présent, mais celles qui ont été tentées plus tard — malgré l'eau — sont nulles. Beaucoup comptaient sur le printemps; là encore, peu de satis.'action. En résumé, je crois bien que nous n'avons pas beaucoup plus du tiers des terrains qui se cultivaient habituellement, emblavé en semailles nous donnant quelque espoir de récolte. ,

« C'est peu assurément pour une contrée comme la nôtre.

« La température froide que nous subissons depuis plus d'un mois et qui menace de se prolonger encore, a arrêté les prairies et les vignes.

« Malgré la pluie qui est tombée récemment, l'herbe ne sera pas abondante. Les ioins seront bons, mais menacent de venir en petite cpiantité, surtout dans notre vaste bassin du Bocage. — Ce que nous appelons ici la prime ne sera pas aussi satisfaisante que d'habitude.

« Quant à nos vignes, elles poussent lentement, ce qui est heureux, car la lune rousse nous aurait encore joué le tour de gelées intempestives. Nous espérons que le retard de végétation se rattrappera dans de bonnes conditions le mois prochain. Ce qui est certain, c'est que sur plusieurs points, lors de la taille, le bois a été- reconnu meilleur que les années précédentes. De vieux vignerons croient que les pluies abondantes de cet hiver ont fait beaucoup de bien à la terre et qu'il en résultera, cette année, une grande amélioration, non seulement pour les vignes, mais encore pour les arbres fruitiers qui étaient aussi malades que les vignes.

« Dans l'île d'Ohron et la Saline, on s'occupe en ce moment à biner les fèves dont plusieurs champs sont en fleurs.

« Le vaillant saunier s'apprête à nettoyer les marais aussitôt qu'il aura terminé ses cultures ordinaires, retardées beaucoup cette année par les temps pluvieux que nous avons subis.

« La campagne, dans son ensemble, n'est pas satisfaite : elle redoute de sérieuses difticultés et bien des épreuves pour l'hiver prochain.

« Je ne terminerai pas sans vous dire un mot de notre prochain concours régional dont Rochefort est le siège cette année.

« Nos éleveurs se préparent à y faii-e bonne figure; les inscriptions sont nombreuses ; les sujets seront remarquables aussi bien à la section hippique que dans les autres. La section des croisés durhams aurait été autrement nombreuse, bien qu'elle promette d'être brillante, si le programme avait compris des récompenses en rapport avec l'importance de cette race dans l'élevage de notre arrondissement. Pour arriver à combler un )ieu cette lacune regrettable. les Sociétés agricoles du département de la Charente-Inférieure se sont cotisées et pourront oflnr un objet d'art et trois prix an argent. De son côté la ville, prenant en considération la demande des éleveurs, est disposée à oflVir uns somme de plus de 2,000 fr. qui serait également distribuée en prix.

« Tout le monde, vous le voyez, se rend compte des difficultés de toutes sortes à la charge de notre industrie, et fait ses efforts pour éviter le découragement parmi une population laborieuse, économe, mais sérieusement éprouvée dans ses intérêts pécuniaires !

« De tels efforts ne peuvent que faire songer à nos gouvernants combien il importe de ne pas trop dédaigner notre première industrie nationale et de se

rendre J3ien compte que sa prospérité est certainement la prospérité de toutes les autres. »

Sur la situation dans le département de la Gironde, M. Petit-Lafitte nous envoie la note qui suit, à la date du r*" mai :

« Pas plus que le mois de mars, avril ne s'est comporté franchement en mois printanier; l'un comme l'autre nous ont donné le rej^rettable spectacle tiré d'une lutte opiniâtre du régime qui nous quittait avec celui sous lequel nous devions passer. Jusqu'au 17, cependant, on avait eu plus à se louer qu'à se jdaindre d'avril. Bien qu'en retard, la végétation se présentait bien, tant pour les céréales que pour la vigne. Et, de part et d'autre, l'on pouvait s'occuper tant des travaux commencés que d« ceux que commandait la saison, et constater des dispositions favorables. Mais, à partir du 18 avril, ce furent des retours de pluies et des températures plus ou moins anormales, sinon tout à fait contraires au régime du moment, au moins à celui qui devait suivre et qu'il était urgent de voir bientôt s'établir.

« Un autre désavantage à redouter, c'était celui de la lune rousse, arrivée le 7 avril, pour fonctionner encore jusqu'au 6 mai. Or, on sait ce que peut être pendant la période de cet astre, son action sous des températures comme celle du 25 avril par exemple (2") ; alors qu'il lui est possible d'épurer, d'éclairer la nuit la voiîte céleste, d'aider ainsi les plantes, dans la tendance que leur donnent déjà de basses températures, d'ajouter au froid par le rayonnement nocturne, jusqu'au point de subir l'action des selées plus ou moins désastreuses, eirconstance heureusement qui ne s'est point présentée en avril grâce, comme l'explique François Arago dans st;s Notices scientifiques publiées sous la direction de M. J.-A. Barrai (tome Y, page 1201, à l'impuissance oii a été la lune de pouvoir dissiper les brouillards, les nuages, etc., qui ont, jusqu'ici, voilé le ciel d avril durant les nuits. »

Le temps doux et humide qui règne, d'une manière générale, permet d'espérei' que les refroidissements nocturnes ne se feront pas sentir cette année en mai et qu'ils n'exerceront pas les ravages que l'on a trop souvent à constater. La végétation est, suivant les dépactements, en retard de dix à quinze jours sur les années moyennes. Dans le centre et dans l'est, les ai^riculteurs se réjouissent dé l'humidité actuelle qui met fin à la sécheresse dont les effets commençaient à répandre l'inquiétude. J.-A. Barral.

SUR LES CHANGEMENTS A INTRODUIRE

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