L'EXPLOITATION DU QUINQUINA
C'est à La Condamine, qui alla en 1730 au Pérou mesurer quelques degrés du méridien terrestre, que l'on doit la première description de Farbre précieux dont l'écorce réduite en poudre possède des propriétés fébrifuges si précieuses. Les arbres à quinquina habitent les Cor-
l'exploitation de L'arbre a quinquina.
dillières du Pérou, de la Bolivie et de l'Equaleur à une altitude de 1000 à 1200 mètres au-dessus du niveau delà mer; ils occupent surtout la réfiion de Loxa, que cette richesse en quinqujiia a rendue célèbre. Malheureusement, le mode d'exploitation adopté en Amérique est des plus barbares ; au lieu de décortiquer les arbres, c'est-à-dire
Fig. 27. — Arbre à quinquina.
d'en enlever l'écorce et en ménageant la partie intérieure, on les abat, et on en enlève l'écorce qu'on envoie en Europe dans des sacs de peau. Il n'est donc pas étonnant que le nombre des arbres à quinquina ait considérablement diminué, et que le prix de son écorce tende à s'élever dans des proportions qui offrent plus de chances de lucre au sacrifice des arbres restants.
Il serait donc possible qu'une méthode aussi déréglée .amenât la disparition complète d'un arbre aussi précieux. On s'est préoccupé
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des moyens d'en assurer la multiplication dans des localités oii il serait cultivé spécialement, et où il serait l'objet de véritables exploitations agricoles. Les Hollandais ont ainsi introduit l'arbre à quinquina à Java, et la culture a réussi admirablement ; des entreprises analogues ont été faites aux Indes et à l'île de la Réunion.
En cherchant à développer l'arbre à quinquina dans les colonies françaises, on augmentera leurs sources de production, et on en accroîtra la richesse. G. Gaudot.
Le département du Morbihan, au chef-lieu duquel s'est tenu le concours de la région comprenant l'ancienne Breta'.'ue, le Maine et l'Anjou, est lui-même compris entre le littoral de l'Océan et le versant sud de.? montagnes granitiques qui s'élèvent au milieu delà presqu'île armoricaine. Un important filon de schiste ardoisier, qui se prolonge du reste à travers le département d'IUe-et-Vilaine, jusqu'en Anjou, y est exploité en plusieurs endroits et à plusieurs titres, car on en use malheureusement pour la sophistication du phosphate de chaux. Les terrains sont en général granitiques, schisteux et parfois tourbeux, dans le Morbihan : l'alumine, le quartz, le feldspath, le fer et le terreau acide dominent en certains endroits; ailleurs le terrain paraît imperméable, les matières organiques ayant uni les parties siliceuses au-dessous du sol. De nombreux cours d'eau, dont la nature se ressent fortement du sol dont ils émergent, ou des terrains que ces petites rivières traversent, viennent se jeter dans la mer qui semble entrer à chaque pas dans les terres, comme l'observe M. de Lavergne qui, pour juger de l'économie rurale d'un pays, cherchait à s'élever sur ses points les plus éminents, ainsi que le rappelait M. Barrai dans le portrait et l'éloge tout à la fois qu'il a faits de cet économiste auquel l'agriculture a désiré élever un monument. Le département même emprunte sa dénomination au nom celtique d'un golfe intérieur à l'entrée duquel la flotte de César faillit être anéantie par celle de la puissante tribu des Vénètes.
On ne remarque pas sur le littoral du Morbihan ces longues files de charrettes qui, sur la côte nord de la Bretagne, et notamment aux approches des grèves du Mont-Saint-Michel, et dans l'arrondissement de Goutances, vont extraire des relais de la mer, ou chercher aux fours à chaux de Begneville, l'amendement qui procurera à leurs terres le blé comme céréale et le trèfle comme fourrage, productions qui ne sont à nos yeux que l'expression du calcaire dans le sol. D'après l'analyse de M. Boussingault, le trèfle commun est, parmi les plantes fourragères, celle dans la composition de laquelle entre le plus de chaux, et sa culture conduit à celle du froment. Or, la Bretagne n'a dans son sol montagneux qu'un faible gisement de calcaire exploité depuis quelque temps seulement sur la ligne de Pontivy à Saint-Brieuc. En outre la composition des limons qui se déposent à l'embouchure des rivières du Morbihan et dans les vastes estuaires qui se rencontrent sur le littoral, n'a pas cette consistance meuble de la tangue dont nous avons donné la composition dans un article précédent concernant la culture des grèves du Mont-Saint-Michel, et qui présente des proportions prédominantes de l'élément calcaire, tandis que dans les alluvions ou relais de mer du Morbihan, se rencontrent parfois 60 pour 100 de terre argileuse proprement dite, 30 et 35 pour 100 d'alumine et de peroxyde de fer avec seulement 5 à 10 pour 100 de calcaire ; sur la côte nord, au contraire, la puissance de végétation que donne à la terre l'emploi de la tangue, est due à l'élément calcaire qui y atteint des proportions de 60 à 80 pour 100, et améliore, sans fumure, les prairies naturelles ou artificielles, en donnant une plus grande valeur aux graminées et aux légumineuses. Le calcaire passe alors du sol à l'animal par l'intermédiaire de la plante, et si, dans le Morbihan, veaux et poulains étaient admis, sans intermittence, à profiter d'une pareille amélioration fourragère, les résultats pourraient y être aussi satisfaisants que dans l'Avranchin, le pays de Caux, etc. — On dit que l'amélioration de nos races ne peut venir que de la sélection, mais celle de l'espèce chevaline et de l'espèce bovine, en outre d'un bon choix de reproducteurs dans le nord Finistère et les Côtes-du-Nord, est due à l'améhoratioa et à l'accroissement des ressources fourragères.
Depuis près de vingt ans, le Journal de l'agriculture nous a confié les comptes rendus des concours régionaux de l'Ouest, et nous nous sommes toujours efforcé d'y réclamer les améliorations législatives, ou purement agricoles, profitables à une région administrative qui présente des dissemblances géologiques et climatériques dont il faut tenir compte. Cette différence entre le sol de la côte nord et le sol de la côte sud, nous l'avons signalée il y a bien longtemps, et depuis lors M. Nadault de Buffon, dans une intéresssante élude sur l'établissement et l'exploitation des polders en France, l'a également notée. Dans un autre sens, et à la suite de l'honorable M. Jaraet, nous avons signalé, dans le Maine et l'Anjou, l'abus du calcaire et l'efficacité des phosphates.
Il est à croire cependant que si certaines terres du Uttoral du Morbihan laissent à désirer dans leur composition, la faible proportion de carbonate de chaux qui s'y trouve est peut-être compensée par la présence d'autres éléments utiles ; car on y rencontre des blés d'un grand poids sinon d'un grand rendement, et en ce qui concerne la production animale, l'oxyde de fer qui se trouve dans le sol, enrichit le sang et les muscles au profit de l'énergie et de la longévité. 11 y aurait donc, selon nous, à faire analyser les gisements du littoral, afin d'y rechercher ceux qui pourraient donner à la terre le plus d'élément calcaire sous le moindre volume, et par ailleurs rechercher également si quelques terrains granitiques ne donnent pas naissance, dans le Morbihan, à des silicates alcalins. Ce département est du nombre de ceux qui restent à pourvoir d'un enseignement départemental et communal, et nous signalons ces deux questions au futur titulaire de la chaire. Quoi qu'il en soit, compléter les terres qui manquent de l'élément calcaire, y recommander des assolements réguliers, tel est le double but à poursuivre en agriculture dans cette partie de la Bretagne. C'est à cette fin que la Société d'agriculture de Lorient, par ]a plume de son secrétaire. M. Argouaih, a fait publier et répandre, par son Bulletin, un intéressant mémoire sur la chaux et son emploi. Les conclusions de cet écrit sont simples. La chaux peut être employée aux labours préparatoires que nécessitent, au printemps, les plantes sarclées qui viennent en tête de rotation d'un assolement régulier. Pour le second labour, on peut donner des fumures végétales sans que le fumier soit directement en contact avec la chaux. C'est alors qu'on peut faire intervenir le phosphate, soit indirecte • ment en en stratifiant les fumiers de ferme, soit en le donnant en couverture. L'acide phosphorique manque également aux terres granitiques et schisteuses, et la présence, dans les fourrages, du phosphate de chaux découvert à l'état de gisements, par M. Charles de Molon, donne au squelette des animaux un développement qui ne pouvait être atteint autrefois. La découverte de ce chercheur infatigable a été particulièrement utile à la Bretagne.
Sous le rapport du climat, le littoral sud ditîère d'une manière notable du centre- Bretas;ne, où pénètre le département du MDrbihan jusqu'au cœur du Finistère. Tandis que les jolies villes de Lorient et d'Hennebont ne sont qu'à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, et qu'un courant d air chaud, qui accompagne, selon nous, \e gulf-stream, y favorise des cultures arbustives, qui se rapprochent de celles du Midi, les cantons de Gourin, du Faouet, sont à près de 200 mètres. Le pays, du reste brusquement élevé au-dessus d'une côte de dunes qui présente plus loin l'aspect tourmenté et déchiqueté du littoral nord , est sillonné, en tous sens, de vallées encaissées, boisé ou couvert d ajoncs sur de grandes surfaces non cultivées, et souvent marécageuses, est, à l'altitude du centre, d'un climat rude et humide. A l'air tiède pendant le jour, succèdent, la nuit, desbrouillards froids, glacés, qui se lèvent tard le matin, et s'abattent avant même le crépuscule sur la contrée. Il en résulte entre le centre-Bretagne et le littoral une différence notable dans la quantité de chaleur solaire. La culture du froment est fort hasardeuse dans le centre à cause de cette situation climatérique, et de l'absence dans le sol de l'élément calcaire nécessaire à la production de cette céréale. Naguère encore toute autre culture que celle du seigle et du sarrasin après plusieurs années de friche y était ingrate. Et le foin des meilleures prairies, qui donne pourtant aux herbivores indigènes des muscles ronds, solides, et un sang très riche, était impuissant à développer la taille et l'épaisseur de l'ossature. C'était le pays des petits chevaux de selle nommés innkané haquenées, bidets d'amble, etc., n'arrivant qu'à une taille de 1"\40 ; et ces poneys, courant les landes, la crinière au vent, seraient, au dire de l'honorable M. Vidalin, d'après un article de la Revue des Deux-Mondes, les témoins de l'aurore de la civilisation en Europe ; d'origine asiatique, ils auraient existé en Bretagne, bien avant l'introduction du cheval
arabe, et seraient ainsi la confirmation de l'émigration des Aryas vers l'occident. La science moderne, dit M. Vidalin, dans un article fort attrayant, sur le cheval arabe en France, admet, en effet, que dans les temps préhistoriques les plus reculés, des peuples qu'elle désigne sous le nom d' Aryas, ont été chassés des hauts plateaux de l'Asie par des changements de climat, et qu'ils sont venus se fixer en Europe pour y servir de souche à la population actuelle. Ils emmenèrent avec eux le cheval asiatique, qu'ils ont également répandu en Syrie et en Arabie, où, sous l'influence d'un sol calcaire et d'un ciel sec, le cheval arabe a été préservé des effets de l'humidité dans le sol et dans les fourrages. Réduit déjà dans sa taille, sans aucun doute, le cheval asiatique a été régénéré par l'importation en Bretagne de l'étalon arabe au temps des Croisades. On sait du reste que Soliman II envoya à la duchesse Anne, dont l'union au roi de France unit également la Bretagne, sous la réserve de ses franchises et immunités, cincjuante chevaux et cavales des mieux choisis en Arabie ; que les Etats de la province consacrèrent, à plusieurs de leurs tenues, des sommes importantes à l'introduction du cheval d'Orient, considéré alors comme le seul régénérateur possible de l'espèce chevaline, en Bretagne. Des dépôts et des stations d'étalons furent créés, et leur direction honorifique confiée à des officiers des haras, dont les noms se retrouvent encore aujourd'hui parmi nous. Sans doute la même direction ne fut pas toujours suivie, et l'on dit même que pour plaire à la puissante favorite, connue sous le nom d'un domaine affecté aujourd'hui à l'élevage du cheval arabe ou anglo-arabe, le duc d'Aiguillon fit introduire en Bretagne le cheval germanique qui, avec sa tête allongée, son chanfrein busqué, sa structure massive, avait, paraît-il, dans son allure, une solennité de bon ton, et toute conforme à l'étiquette de la cour.
Ce qui pour nous reste acquis, c'est que le sang oriental avait donné aux bidets de Brieck et de Gorlay une énergie et une longévité que n'ont pas les chevaux anglo-normands. Mais le sang arabe faisait alors, et fait encore trop petit, et la preuve est qu'on a songé à en élever la taille en l'alliant au cheval anglais. Nous invoquerons à cet égard l'opinion de Arthur Young, voyageant en Bretagne et surpris de la nuée de petits étalons qu'il y rencontre.
Le vrai est qu'on a échoué et qu'on échoue souvent en Bretagne à vouloir faire le cheval qu'il nous faut aujourd'hui, c'est-à-dire sulfisamment développé pour convenir à tous les besoins de la culture, de l'armée et du commerce de luxe. Pour le cheval de trait on a recours depuis cinquante ans à l'étalon percheron, et ce qu'on désigne à Paris comme percheron-breton est le vrai modèle du cheval d'omnibus; dans le nord-Finistère pour le cheval de service on introduit l'anolonormand et aujourd'hui le cheval du Norfolk; dans le centre, à Coilay, l'étalon arabe est remplacé par l'anglo-arabe, et môme le cheval de pur saog anglais. On s'en prenait souvent à la faiblesse des juments indigènes; mais des propriétaires dévoués au succès hippique importaient de belles poulinières, l'alimentation était donnée, en apparence, assez abondante, et les produits ne répondaient pas à leur attente. On s'est alors retourné en définitive vers l'influence du sol, ne contenant pas dans ses produits l'élément calcaire nécessaire au développement osseux, et à la puissance musculaire. Le fort cheval de trait est partout sur les terres à blé; le Perche, le pays de Gaux, le Bourbonnais sont des terres à blé, et point de calcaire point de blé.
Ces considérations ne sont point hors du sujet d'un concours agricole et hippique dans le Morbihan. Avec l'amélioration de la culture du sol, on y aura un jour plus de volume et de viande chez le bœuf, plus de lait pour les vaches laitières, et le poulain devenu plus étoflé indemnisera son maître des frais d'amendement de la terre. Il faut toujours revenir à ce principe agricole si parfaitement suivi en Normandie : la meilleure capitalisation d'une ration fourragère complète en tous ses éléments. C'est à un sol mieux amendé et mieux cultivé qu'il faut demander le grandissement des races en Bretagne', disions-nous, il y a plus de dix ans. Le climat joue un rôle incontesté, mais il n'est pas plus humide en Bretagne qu'en Angleterre, ainsi que le remarquait déjà Arthur Young.
C'est donc ici, sur un sol granitique insuffisant pour donner aux races le grandissement que prouve une meilleure alimentation, qu'il faut décider de la valeur des théories : faiblesse ou perte de caractère ou de distinction, tel est le sort qui attend les meilleures races chevalines ou bovines colonisées depuis longtemps dans un pays dont le sol est insuffisant pour une alimentation t^ubstantielle.
Et cette petite, mais gracieuse vache pie, objet d'une mode bien justifiée par