‹ Journal de l'agriculture (volume 2)Chapitre 647 sur 683 · IX. — Le commerce cles]mns · texte numérisé non relu

IX. — Le commerce cles]mns

L'émotion suscitée dans toutes les régions viticoles par la situation que le traité de commerce avec l'Espagne a créée au commerce des vins est loin de se calmer. Ainsi, dans sa séance du 4 juin, la Société d'aginculture et de viticulture de Mirande (Gers) a émis le vœu suivant adressé à M. le ministre de l'agriculture :

« Considérant que la viticulture française, si gravement menacée par les progrès incessants du phylloxéra, et déjà si sérieusement atteinte par les désastreux IraUés de commerce avec l'E<pagne et l'Italie, se trouve en présence d'un dano-er non moins redoutable : la falsification des vins qui se produit dans les proportions les plus larges et les plus scandaleuses ; qiie les IVaudes commises à cet égard par le commerce ont atteint un degré inconnu jusqu'à ce jour;

0 Qu'on peut dire, sans exagération, que dans les villes on ne fait usage que de boisso)is falsifiés, au grand détriment de la santé publique ; que les viticulteurs voient avec douleur les négociants en vins s'éloigner de leurs caves ou leur offrir des prix dérisoires; qu'ils sont en proie à la tristesse et au découragement ;

« Considérant qu'il importe de provoquer des mesures énergiques pour assurer la répression de ces fraudes qui sont connues de tous et qui ont été jusqu'à ce iour Y objet d'une 10 lérnnce abusive; qua.iasi, il est de notoriété publique que, sous le nom de vins d'Espagne et à là laveur des tarifs des traités de commerce, on introduit des quantités énormes de vins de fabrication malsaine qui trompent les consommateurs, grâce à une coloration chimique et à une forte aie oli n lion; que ces produits inondent la Fiance et écrasent notre marché; (:|u'il est \<ro fondement regrettable qu'une surveillance active ne soit pas exercée à la froniiè re; q ic les traités de comiuerce ne peuvent s'apphquer qu'aux vrais vins et non aux boissons contrefaites et frelatée ; ;

« Considérant que la Société d'agricilture d^ la Hmte-Grirona e a pris l'initiativs d'un pétitionuement tendant à obtenir que le goavernemen t se serve des

moyens que la loi met à sa disposition pour réprimer les sophistications et les fraudes, et empêcher ce commerce honteux de contrefaçon qui nuit à la fois aux producteurs et aux consommateurs;

a Les conseils généraux de la Haute-Garonne et du Gers ont émis le vœu que le gouvernement prenne immédiatement les mesures que commande la gravité de la situation et qu'il se mette en devoir de protéger, par une application rigoureuse des lois, la viticulture française et la santé publique également menacées.

« La Société d'agriculture et de viticulture de l'arrondissement de Mirande approuve les motifs et le texte du vœu ainsi fovmu'é. Elle déclare s'y associer, et le recommande énergiquement à la sollicitude de M. le ministre de l'agriculture et à l'attention des pouvoirs publics.

" Le secrétaire de la Société, J. Seillan. »

D'autre part, nous recevons de M. Vermorel, président du Comice du Beaujolais, la lettre suivante :

« Monsieur le rédacteur en chef, je vous prie de vouloir bien ajouter le Comice du Beaujolais au nombre des Sociétés qui ont protesté vigoureusement contre l'abaissement des droits en faveur du vinage. C'est à runinimité que cette décision a été prise le dimanche 10 juin et envoyée aussitôt à nos députés.

« Comme dans beaucoup de vignobles, nos vins du Beaujolais de la dernière récolte ont eu 6 à 7 degrés d'alcool au lieu de 10 à 12 degrés qu'ils ont ordinairement ; malgré cela personne ici n'a songé à viner, les vins ont été vendus tels par le vigneron, on a baissé les prix pour l'écouler, l'ouvrier en a profité dans une certaine mesure ; il a pu boire du vrai vin pas trop cher. Malgré la baisse des prix, il reste beaucoup de vins en cave.

« On attribue cela à tous ces vins de coupage et de fabrication.

« La situation des vignobles qui se respectent, — le Beaujolais et le Bourgogne sont de ceux-ci — est absolument intolérable; nous n'y voyons, par ici, qu'un remède : Qu'on ne prohibe pas, si Ton veut, tous les vins de raisins secs, plâtrés, salycilés, les vins coupés, alcoolisés, dédoublés, les vins de 2% de 3'' cuvée, etc., mais, que ces boissons soient vendues pour ce qu'elles sont !

« Nous voudrions que le nom de vin fût réservé aux seuls produits du jus de la treille, sans addition aucune, et qu'on rappelât aux produits de l'industrie qui usurpent ce titre, un vieil article du Code pénal intitulé, je crois, « tromperie sur la qualité de la chose vandue ». Tous les vignerons seraient en liesse si cet article était appliqué une bonne fois. Nos produits ont deux ennemis : la fabrication des vins et le phylloxéra. Qu'on nous débarrasse de l'un, tous les efforts se concentreront sur l'autre, et je ne doute pas qu'on vienne à bout.

« Veuillez agiéer, etc. « Vermorel. «

Il est absolument certain, ainsi que nous l'avons dit plusieurs fois, que le commerce des vins est aujourd'hui absolument empoisonné par les piquettes que l'Espagne nous envoie sous le nom de vins. Il est temps que la tolérance de l'administration des douanes à leur égard s'arrête. Certes, on peut dire que le vin est un produit fabriqué; mais c'est un produit complexe dans lequel on retrouve toutes les traces de la matière première, c'est-à-dire du raisin; or, un mélange plus ou moins coloré d'eau et d'alcool ne peut nulle part être considéré comme vin, et c'est à ce point de vue qu'on doit exercer à la douane, sur les frontières, une surveillance active.

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