DISCOURS DE M. MÉLINE, MINISTRE DE L'AGRIGULTUEE
AU CONCOURS RÉGIONAL DE CAEN I. — Discours prononcé à la distribution des récompenses
Messieurs, quand on a traversé, comme je viens de le faire, votre beau pays et admiré sa prodigieuse fécondité, quand on a contemplé et étudié ce magnifique concours, le plus considéiatile peut-être 'de tnus ceux qui ont été organisés en France jusqu'à ce jour, on se sent pris d'un sentiment irrésistible de fierté patriotique et de confiance dans l'avenir. Jamais sentiment ne fut plus légitime ni mieux justifié par la grandeur des résultats obtenus.
Ce sont eux qu'd faut cherctier derrière la merveilleuse mise en scène qui nous éblouit, afin de bi-^n établir que cette grande exposition n'est pas le résultat factice des efforts ingénieux Je ses organisateurs, mais bien la résultante, la représentation exacte de l'état vrai de votre région, la démonstration éclatante des progrès considérables réalisés par vous dans ces dernières années.
Si ces progrès ont été plus rapides ici que dans d'autres parties de la France, c'est qu'il n'y a pas, je crois, de province où l'amour de la propriété, de la tei-re, soit aussi profo d qu'au hein de vos campagnes C'est là, de l'avis de tous les historiens, de tous les économistes, le trait dominant, caractéristique de l'esprit normand. C'est lui qui, au moyen âge, poussait vos pères à la conquête ou plutôt, comme le disaient les cbroniqueurs du temps, à {''acquisition de nouveaux royaumes. C'est lui qui aujourd'hui, transformé par les mœurs, mais toujours persistant, souffle au dernier de vos paysans l'arabiiion de devenir propriétaire. Ce sentiment est si profondément enraciné, qu'il a fait é dore sur votre scd des modes d'acquérir, des formes de contrats inconnus partout ailleurs et qui procèdent encore des vieux souvenirs de votre histoire.
Ce sont là des souvenirs trop significatifs pour être négligés : ils prouvent com-
1. Les tubercules retenant souvent île petite^ pierres, il e-t prudent, avant de les envoyer au coupe-racines, de leur faire subir un lava^^e énergique, soit dans un laveur mécmique, soit si l'on opère en petir, dans un cuvier re.npli d'eau et muni à moitié de sa liauteur, d'une gril!e en fer; on ag-te l-s t ibercul-s, à l'aide d'une fiurehe à de-its plates, pour en détactier les pierres qui tombent au fond à travers la grdle. Une bonde permet de vider l'eau terreuse et les pierres, pour reprendre à jec les tubercules lavés, maintenus sur la grille.
bien est profonde l'empreintu des siècles chez les races fortes et comme leur p;énie propre trouve le moyen de se perpétuer au traveis de toutes les transformations.
Cet attachement profond au soL cette soif de la terre ont produit dans la constitution de votre projiriété rurale leur efiet inévitable, qui est d'augincnter sans cesse le nombre des propriétaires en diminuant celui des fermiers. C'est ainsi que votre dé[)aitement, qui ne comptait en 1867 que 22,814 propriétaires, en avait déjà 23,329 en 1873, pendant que les fermiers descendaient de 16,4'45 à 15,711. Je regrette de n'avoir pas de siatistiqnes plus récentes, mais j'ai la certitude que ce mouvement n'a tait que s'accentuer.
Ge qui le prouve, selon moi, d'une faç')n manii'este, quoique indirecte, c'est l'accroissement constant, de la valeur vénale des propriétés non bâties.
Pour le Calvados, elle était eslimée en 1851 à 1 n.illiard 446 millions 582 francs. En 1S79, l'administration des contributions directes a constaté qu'elle s'était élevée à 1 milliard ^36 millions 322,240 francs, soit une augmentation de 370 raillions.
Si on applique le même calcul aux cinq départements du Calvados, de la Manche^ de l'Orne, de l'Eure, de la Seine-Ioférieuie, on trouve que l'augmentation totale a été de 1 milliard 661 millions. Voilà la plus-value de la propriété foncière en moins de trente ans!
Vous devinez aisément, messieurs, que cette plus-value si considérable ne peut s'expliquer que par une transformation profonde des modes de culture et par un perfectionnement incess^ant des moyens de production.. Ici encore, les statistiques se chargent de faire victorieusement la démonstration et de prouver avec quelle intelligence, quel sentiment profond des nécessités du sol et même des exigences de la température, vous avez su diriger et régler vos exploitations.
Depuis 1851, vous avez fait passer, grâce à d'importantes améliorations, 20,000 hectan^s de terres labourables dans les terres de première qualité que vous avez ainsi livrées à la culture intensive avec le bénélice de ses gros rendements. Vous avez encore emprunté aux terres labourables 67,000 hectares pour les trans former en herbages qui coûtent ruoins et rapportent davantage, parce qu'ils exigent moins de fr-ais de mam-d'œuvre et souflVent moins des accidents de la température.
Mais ce qui est plus remarquable, plus digne d'éloges et prouve au plus haut gdegré combien vous avez la notion de l'équilrbre nécessaire des forces produ:tives, y'est que, si vous avez diminué l'étendue des surfaces consacrées aux céréales, ijOus avez eu soin de conserver le même chiffi-e de production totale. Crâce à élévation des rendements, que vous avez portés pour le froment de 13 hectolitres à l'hectare, chiffre moyen de 1852, à 17 hectolitres, chiffre de 18S2, le consommateur n'a rien perdu, au contraire. Votre récolte annuelle, qui avait été en moyenne, pour la période de 18'+0 à )859, de 1 million 617,382 hectoliti'es, a été en 1880 de 1 million 657.500 hectolitres, et s'est même élevée en 1882 à 1 million 683,000 hectolitres.
Gela ne vous a pas empêchés de conquérir sur les landes st de livrer à la culture 22,500 hectares nouveaux. Sans doute il vous reste beaucoup à faire de ce côté, et je relève ave-; un ce tain regret une suri'ace de 79,000 hectares de landes qui torme une grosse tache sur la carte de Normandie. Je suis convaincu qu'il suffit de vous la signaler et qu'elle ne tardera pas à disparaître.
Mais c'est surtout dans la création des herbages et des prairies que vous avez réalisé de véritables prodiges : depuis 1851 vous avez ainsi gagné plus de 100,000 hec'ares. Les résultats et les produits ont été immenses pour votre région. Ils vous ontper.r.is de vous livrer à l'élevage du bétail et surtout du cheval dans des proportions inconnues jusqu'à ce jour. Je regrette vivement que nous ne possédions pas en ce moment de statistiques complètes qui nous permettent de chiffrer exactement la valeur de ce capital énorme que vous avez ainsi créé et qui constitue aujourd'hui la principale source de vutre richesse.
Mais quel besnin avons-nous de statistiques quand nous avons sous les yeux la plus éloquente de toute les statistiqu'-s, quand nous pouvons admirer ces nombreux et magnifiques échantillons d'animaux, témoignages vivants et éclatants de votre activité productrice ".'
Ce n'est pas le nombre, du reste, qui peut donner la mesure exacte des progrès que vous avez réalisés : aiijoui'd'hui on ne peut plus se borner, en matière d'élevage, à supputer les effectifs |iour se faire une idée de l'état de la production. Il faut étudier aussi les améliorations introduites au triple point de vue du poids, du
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rendement et de la précocité, en un mot déterminer la- quantité de viande, de laine, ce produits accessoires.
A tous ces points de vue. U concours de Gien atteste, de l'avis de tous les hommes compétents, le perfectionnement continu d-i votre admirable race normande, qu'il faut conseiver comme une chose sacrée.
Aussi je ne puis qu'aitfilaudir à l'excel ente mesure que vous venez de prendre en décidant la création d'un Ittrd-biwk qui aura p-.ur résultat d'élever sans cesse le niveau de la pioduction et de conservera la France ces beaux types de nos races nationales qui tendent malheureusement à disparaître dans certaines régions.
Vous avez raison ce[)endant de ne pas dédaigner les autres races de prix, surtout cette belle race durham, cette superbe ujachine à viande, comma on l'a justement appelée, qui fournit à la consommation des classes laborieuses une alimentation si saine, si abondante.
Maintenant, messieurs, et c'est par là que je termine cette revue de vos forces productives, je suis obligé de convenir que ce qui caractérise surtout votre œuvre dans ces dernières années, ce qui domine tout, ce sont les prngiès vraiment extraordinaires de voire production chevaline, dont la richesse et la beauté jettent un si vif éclat sur ce concours. Elle est aujourd'hui une des sources principales de votre richesse : son développement est tel que depuis 1873 votre effectif s'est accru de plus de 46,000 tètes. Mais ce n'est pas la quantité qui importe : ce qu'il faut voir s-urtout, c'est l'admir.ible periectiouiieraent des produits.
A ce point de vue, je n'exagère rien en affirmant que ce que nous avons vu hier a dépassé tout ce que nous avions fiu rêver et qu'il n'est personne, qui, après avoir contemplé un lel spectacle, puivse contester à la France un des premiers rangs parmi les nations qui pou-sent le plus loin le culte de la race et la conservation des typfs. Pour être juste, il faut reconnaître c|ue vous devez en grande partie ces magnifiques résultas à des hommes courageux, persévérants et désintéressés qui, depuis un demi-siècle, ont placé leur orgueil à entretenir et à préserver de toute souillure cet admirable produit de votre sol, qui en est comme l'incarnation vivante et qu'on appelle le cheval normand.
Ces hommes sont l'honneur île votre région et ils méritent qu'on ne les oubhe pas : j'ai tenu à donnera l'un d'eux le témoignage éclatant de la reconnaissance ytuhlique pour les s-^rvices qu'il vous a rendus, qu'il a rendus au pays tout entier. Dans la personne de M. Paul Aumont, le Grouvpriiement lépublicairi récompense en même timps une grande famdie qui est l'honneur de vuire province, qui a toujours lutté avec gloire sur tous les hippodromts et porté avec éclat les couleurs de la France. J'ai lensé, messieurs, qu'il ne pouvait y avoir de meilleur couronnement à cette fête que de donner, en face de vos populations accourues de toutes paris, à un de ses plus dignes enfants une distincliou qui rejaillit sur la Normandie tout entière.
Nous recevons l'exlrait suivant du rapport officiel sur l'établissement de pisciculture de Eluuingue.
L'établissement a reçu :
^^^^ Œufs féeonrlés ^
1879-1880 IBtO 1S81 18bl-tb82
Truite 1,099,000 979,000 S'.S.OOO
Truiie saumonée 26!i,000 96,000 3:)3,000
Saumon 1,489,0110 1,030,000 881,000
Omlire chevalier 198,0)0 269,(00 36o,0;)0
Coregen 1,]00,UOO 8.(0,000 202,000
Omlire commun IIMOUO 56,0li0 54,000
Métis 1 16.(00 186,000 236,000
Huche 30,OiiO » 1 .000
'-1,411,0U0 3,446,000 2,9lo,t00
Il a fécondé de poissons tenus à l'établissement les quantités d'œufs qui suivent :
Truite 381,000 80,000 250,000
Tiuile saumonée 39.U00 3l>,0JO 16,000
Mélis '» 2,000
Truite commune » 62(00 »
Truiie des foutaines » 6.0( 0 »
Les œufs reçus à Huningue provenaient :
Allemagne Anlriclie . . , Sviissp ....
Améri jue .
Huningue a expédié :
Truite
Truite saum-née .
Saumon
Ombre chevalier.
Coreg ne
Oii.bfri commune.
Métis
Hucho
Ces œufs ont été distribués comme il suit
France
Autriche. .
Luxembourg Espagne . . .
Ita ie
Hollande. ..
Suisse
R ssie . . . .
Suède