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XIV. — Syndicats agricoles

Le syndicat des agriculteurs du Lot procédera le 19 janvier, à Cahors, à l'adjudication des matières premières : engrais, tourteaux, semences, instruments agricoles, etc., dont ses membres auront besoin jusqu'au 1" juillet 1893. Les personnes qui auraient l'intention de prendre part à cette adjudication, doivent s'adresser à M. Drouhault, professeur départemental d'agriculture du Lot, à Cahors.

Henry Sagnier.

Les fermes d'expérience au Canada. — Les excédents de blé aux Etats- Unis et au Canada. — M. W. Saiinders, directeur de l'agriculture au Canada, a publié récemment son cinquième rapport annuel relatif aux travaux exécutés dans les termes expérimentales, aux progrès qu'elles ont réalisés. Ces fermes ont été établies par le ministre de l'agriculture dans diverses régions du Dominion.

Le Canada, pour le dire en passant, se distingue entre toutes les puissances du monde, par l'ardeur qu'il apporte à favoriser l'agriculture. Son gouvernement a multiplié les institutions, les lois et les encouragements pour faire prospérer cette branche de la richesse nationale. Nous avons vu en 1891 M. Mercier, premier ministre de cette puissance, entreprendre un long voyage en Europe et particulièrement en France. Nous l'avons reçu avec enthousiasme et tout le monde se rappelle le banquet de l'Alliance française où il fut l'objet d'une ovation que notre patriotisme un peu chevaleresque a poussée jusqu'à une sorte de triomphe. Or, que venait taire chez nous ce ministre, que sa mise en accusation et celle de son parti pour corruption, suivie d'un acquittement, devaient rendre si célèbre dans le monde entier? Il y venait pour étudier nos m(»des de culture et en particulier la culture de la betterave. Je suis bien éloigné de critiquer ces réceptions où s'exalte notre sentiment national; j'ai partagé les émotions profondes que la présence de ce descendant des Normands français excitait parmi nous. Je suis particulièrement frappé néanmoins, comme agriculteur, devoir un premier ministre, au pouvoir, quitter sa charge pendant de longs mois, pour entreprendre un voyage d'études agricoles. Je recommande ce fait significatif aux méditations de tous ceux qui pensent, et des économistes qui savent prévoir.

Le rapport de M. Saunders nous fait assister à l'une des plus utiles manifestations de ce zèle gouvernemental pour l'agriculture. Les produits les plus remarquables de chaque ferme expérimentale sont conservés dans les dépôts publics et distribués aux agriculteurs qui en font la demande, suivant dès procédés fixés par les instructions ministérielles du Département de l'agriculture. Cette distribution se faisant gratuitement, il importe de ne pas laisser se produire des abus qui iraient contre le véritable but du ministère de l'agriculture. Certains fermiers trouveraient commode de se faire servir gratis les semences nécessaires à leur exploitation. Tel n'est pas le moins du monde le but de cette institution. Voulant protéger seulement les meilleures semences, en les faisant connaître et essayer, le Gouvernement a sagement résolu de ne distribuer à chaque cultivateur que la quantité limitée de trois livres de graines de chacune des variétés qui ne se peuvent pas facilement obtenir dans le commerce, et de plus chaque cultivateur ne peut recevoir que deux ou trois envois au maximum. De cette façon, on évite des distributions onéreuses, inutiles, qui auraient le caractère d'un privilège pour certains individus, et en faisant de pliLS nomhrr.uses ré{)artrti()ns., .on arrive à ctmvrk- le pa\s Icuiteo ier <.!e ces échantillons de races excellentes dont la propagation attirera à

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toute l'agriculture de plus grands rendements ou des occasions de cultures nouvelles.

Qu'on veuille bien suivre un instant les chiffres que j'emprunte à ce travail du célèbre statisticien. Les Etats-Unis et le Canada réunis ont, d'après lui, un excédent de production de près de 56 millions d'hectolitres pour la présente campagne. Le bureau de statistique de Washington, aussi bien que le rapport du Ministre de l'agriculture américain, nous offrent des chiffres encore supérieurs. Car d'après les calculs de ces autorités officielles, rien que pour l'Amérique, l'excédent serait de 56 millions d'hectolitres, auxquels il faudrait ajouter 15,858,000 hectolitres pour le Canada (provinces d'Ontario et Manitoba), ce qui ferait un excédent formidable de 71 millions d'hectolitres, plus de la moitié de la consommation totale de la France !

Je continue mon raisonnement. Ces deux pays, l'an passé (1891-92), ont exporté 80,455,000 hectolitres dans les diverses contrées du monde et les Etats-Unis seuls n'en avaient pas moins conservé un stock de vieux blé de 12 millions. Ils avaient donc produit 92,500,000 hectolitres de plus que leur consommation ! Et cependant les gouvernements cherchent — et avec raison si l'on se place à leur point de vue — à augmenter encore ce chiffre par la propagation des bonnes semences et des bonnes méthodes.

Ce que je dis pour les Etats-Unis et pour le Canada se vérifie aussi pour la Russie, pour la Turquie, les pays du Danube, l'Autriche- Hongrie, etc., nations qui toutes produisent plus que leurs besoins en froment. A toutes ces nations surproductrices, nos marchands de blé importateurs ont demandé l'année dernière (1891-92) pour la France, 35,237,000 hectolitres. Dans la campagne 1892-1893, la France n'en demandera plus que 12,685,000 hectolitres, soit le tiers. Et cependant notre année a été médiocre pour la quantité'!* Et cependant le blé est à 5 francs le quintal au-dessous des cours de l'année dernière? Et cependant le pain est ou devrait être à meilleur marché?

Tous ces chiffres, mon cher lecteur, que je ne puis contrôler, mais que je crois très sérieusement posés, qui papillottent peut-être devant vos yeux comme des éclairs fugitifs et éblouissants, que j'ai rendus moins difficiles à comprendre en traduisant les mesures anglaises de quarters et bushels en hectolitres, tous ces chiffres, dis-je, ne vous suggèrent-ils pas des réflexions pratiques? Et ne pressentez-vous pas celles que je vais faire en même temps que vous?

Les voici : si les autres nations (les Etats-Unis et le Canada ne viennent ici que comme exemple), si les autres nations surproduisent le blé et nous en inondent, quel est le moyen pratique pour nous de nous garantir de l'inondation ? Celui que l'on emploie contre les inondations, des digues et des murailles. Pas des murailles de la Chine, non, mais des murailles économiques bien cimentées par des ouvriers habiles, qui ne gâchent pas les matériaux, mais les emploient judicieusement, juste dans la mesure au besoin et en tenant compte du vrai cours des eaux et des nécessités de la navigation .

Pendant l'année 1891 les fermiers de presque toutes les parties du Dominion ont joui d'un temps favorable pour les semailles, pour la végétation et pour la moisson depuis les bords de l'At lan tique jus

l'agriculture a l'étranger iâ

qu'aux bords du Pacifique et les résultats ont été tels qu'ils ont amené une satisfaction générale chez les agriculteurs. Si on les compare avec la moyenne des neuf années précédentes, les statistiques de la province d'Ontario ont établi une augmentation de 5.7 boisseaux par acre de blé d'automne, on compte à 36 lit. 35' pour le boisseau et 81 lit. 64 pour l'acre, ce qui nous donne une augmentation de 207 litres par acre, c'est-à-dire 253 litres par hectare ; môme augmentaLion pour le blé de printemps, pour l'avoine ; augmentation de 3 boisseaux 2 pour Forge, 36.6 pour les pois et de 9 boisseaux 8 pour le maïs, soit, réduite en hectares pour cette dernière denrée, une augmentation de 440 litres. Il est inutile d'entrer dans le détail de ces diverses majorations, mon but n'étant pas ici défaire un travail de statistique. DansleMassiholzetdansles territoires du Nord-Ouest, même excellence de récoltes. La fertilité naturelle de ces plaines permet d'atteindre à des produits alimentaires abondants pour une nombreuse population; même, dans la Colombie anglaise, on remarque que chaque sorte de récolte a donné un produit supérieur à la moyenne.

Les prévisions sous le point de vue agricole sont très avantageuses pour le Canada, ajoute le directeur M. Saunders, parce que les améliorations dans la préparation du sol, dans le choix des semences, dans le traitement général des récoltes, unies à une saison favorable, ont démontré la part que peut avoir l'intelligence humaine sur les bons résultats de l'agriculture. Les éléments fertiles du sol s'utilisent mieux avec une judicieuse succession des récoltes et si l'on a une plus grande attention à restituer au sol les éléments qui lui ont été soustraits par la production. L'ignorance avec laquelle dans le passé on traitait la terre [fait place à l'esprit de recherche qui fuit bien augurer de lavenir.

Un des plus importants moyens d'amélioration mis à la portée des agriculteurs est le choix des bonnes semences ; en vue de ce but on a particulièrement Jioisi les variétés les plus productives de maïs après qu'elles ont été cultivées et éprouvées dans les fermes d'essais. &I.Et maintenant pour terminer cette communication, j'emprunte aux calculs faits par Beerbohm dans le Corn Trade List -(d'après le Bradstreets du T"" octobre 1892) sur la quantité de blé disponible, dans le monde entier, les renseignements suivants sur les disponibilités, c està-dire sur les excédents"^ de récoltes en blé du Canada et des Etats- Unis, pour l'année courante (1892). La disponibilité totale pour l'année 1892-1893 (c'est-à-dire Tannée commencée le 1"" septembre 1892 et qui finit le 31 août 1893) sera de 20,500,000 quarters. Si l'on calcule en hectolitres, on arrive au chiffre respectable de 57,757,000 hectolitres. Je regrette que les chiffres distincts pour le Canada et pour les Etats-Unis ne soient pas fournis par M. Beerbohm, puisque je ne voulais m'occuper que du Canada dans cet article. Mais au point de vue de la leçon pratique que j'en veux retirer, cette distinction n a pas d'importance.

Nous disons toujours la même'chose, nous autres agriculteurs, aux économistes professionnels : expliquez-nous comment nous pouvons nous^mettre à l'abri de la production étrangère qui s'accroît sans c^se

1. Certains économistes calculent le boisseau à 3o lit. '24 au lieu de 3G lit. So.

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et menace de succomber sous le poids de ses propres excès? Voilà ces peuples arrivés à cet état de crise où les industries de production tomiDent sans cesse : leurs marchan^lises manufacturées encombrent leurs magasins et les prix même les |)lus avilis ne tentent pas les acheteurs. Est-il juste que pour les débarrasser de leurs stocks encombrants, ou pour favoriser 1 industrie des transports, nous laissions nos champs en friches et nos charrues sous le hangar? N'est-ilpas certain que toujours les prix iront s'abaissant au détriment du producteur, sans profit pour la consommation ?

Sans doute nous perfectionnerons nos méthodes de culture ! Nous élèverons notre produit moyen par hectare, nous diminuerons les chances, résultant des intempéries par l'emploi de tous les perfectionnements! Nos rivaux en feront tout autant. Nous ne sommes pas les citoyens du monde, mais des Français, ayant une patrie limitée, circonscrite, que nous aimons et nous défendons de notre mieux : nous ne pouvons pas vivre, nous soutenir et la défendre, si par une étroite entente le commerce et l'industrie nous oppriment et nous ruinent.

Est-ce vraiment bien au commerce à nous reprocher les minces barrières que nos douanes opposent aux invasions étrangères?

Nous comprendrions bien les plaintes des consommateurs, si les droits protecteurs les gênaient. Mais comparez, si vous l'osez, vous si fanatiques de vos principes, les prix de vente du lait, de la viande, du blé, du sucre, du vin, du cidre, des fruits, de la laine, qu'obtient l'agriculture, avec les prix de revente pratiqués par les bouchers, boulangers, épiciers, marchands de vins ou tailleurs.

Si vous recherchez ces causes, vous verrez que l'agriculture n'est pas responsable de ces excès, qu'il faut les chercher dans des circonstances bien étrangères aux principes économiques et qu'il est impossible surtout de les attribuer à la protection qu'elle réclame.

P. DU Pré-Collot.

LES FRUITS PRECOCES

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