‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 114 sur 691 · I. — La fièvre aphteuse en France · texte numérisé non relu

I. — La fièvre aphteuse en France

La préoccupation provoquée, dans un certain nombre de départements, par les préjudices énormes causés à l'agriculture par les ravages de la fièvre aphteuse a eu son écho dans la séance de la Chambre des députés du 25 janvier. Un des députés les plus dévoués aux intérêts agricoles, M. Linard, a adressé au Ministre de l'agriculture une interpellation sur les mesures quil compte prendre afin d'enrayer ce fléau. Ainsi qu'il a été signalé déjà ici, la maladie qui sévit depuis plusieurs mois a pris des caractères spéciaux de malignité; elle exige conséquemment des précautions minutieuses, tant pour éteindre les foyers qui se manifestent, que pour enrayer la dissémination de la contagion. M. Linard a insisté spécialement sur les dangers qui peuvent résulter de l'emploi, à l'intérieur, des wagons qui ont amené du bétail étranger au marché de La Yillette. Dans sa réponse, M. Viger, ministre de l'agriculture, a dégagé son administration de toute responsabilité à l'égard du fléau. « Toutes les prescriptions de police sanitaire, a-t-il dit, ont été signalées par le Département de l'agriculture à l'attention des autorités locales, et, si quelquesunes ne s'y sont pas conformées, mon administration ne saurait en être rendue responsable... Ainsi que me l'a fait remarquer M. le directeur de l'agriculture, dans une note qu'il m'a remise, l'administration de l'agriculture n'a cessé de faire surveiller de la manière la plus attentive l'exécution de nos règlements sur la matière. Mais, dans certains départements, les administrations municipales elles-mêmes ont protesté contre les mesures prises à l'égard de leurs marchés et ont demandé certaines atténuations qui, à mon sens, sont extrêmement fâcheuses. » En parlant ainsi, M. le Ministre de l'agriculture a mis le doigt sur la plaie. Nous possédons, en France, un ensemble excellent de mesures sur la police sanitaire du bétail ; mais l'application de ces mesures, qui dépend des autorités locales, laisse trop souvent à désirer, et on doit ajouter qu'un trop grand nombre de cultivateurs ne comprennent pas suffisamment combien cette négligence leur est préjudiciable. On ne voit, dans la séquestration du bétail d'une ferme contaminée, dans la suppression des foires pendant un certain temps, que la gêne qui en résulte pour les transactions ; on ne se rend pas compte que cette gêne momentanée sauvegarde l'intérêt général agricole, et qu'elle préserve toute une région d'un fléau redoutable ; on ne voit, dans les règlements en vigueur, notamment dans ceux qui sont relatifs à la désinfection des étables, que des mesures superflues, tandis qu'elles sont les seules mesures efficaces

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contre les maladies contagieuses. L'éducation générale laisse trop à désirer sur ce sujet; il serait grand temps qu'elle fût absolument réformée, car on ne peut efficacement combattre les maladies contagieuses que par le concours loyal et complet de tous les intérêts. Aujourd'hui, la fièvre aphteuse a beaucoup diminué; la stabulation hivernale a contribué puissamment à ce résultat; mais le danger renaîtra avec le printemps, et il importe qu'une surveillance rigoureuse arrête alors la réapparition du fléau.

Dans la même réponse, M. le Ministre de l'agriculture a déclaré qu'il exercerait une surveillance spéciale sur la désinfection des wagons servant au transport du bélail. Voilà bien des années que cette question de la désinfection des wagons est à l'ordre du jour; on accuse couramment les compagnies de chemins de fer de se montrer réfractaires aux prescriptions ordonnées à ce sujet. D'après les renseignements que nous avons recueillis, cette accusation ne serait pas justifiée, du moins dans l'immense majorité des cas; les compagnies tiendraient à honneur, au rebours de ce qui se dit, à remplir rigoureusement leurs obligations ; les compagnies de l'Est et d'Orléans, notamment, auraient organisé, avec un soin jaloux, des dépôts pour la désinfection, qui fonctionnent très régulièrement. C'est un fait dont on ne peut que se féliciter.

Ajoutons que les précautions les plus minutieuses ont été prises à l'égard du bétail amené au Concours général agricole de Paris : tant pour le transport et la réception des animaux que pour la destruction des germes infectieux pendant tout le concours et pour la réexpédition des animaux, ces mesures constituent une leçon pratique utile à connaître. Le service sanitaire a été renforcé ; après l'examen individuel, les pieds ont été lavés avec une solution désinfectante; en outre, comme chaque année du reste, les voitures qui avaient amené les animaux, ainsi que les plans inclinés, ont été désinfectés après chaque déchargement. Les compagnies de chemins de fer, de leur côté, ont mis beaucoup d'empressement à se prêter aux circonstances. A la demande de l'administration de l'agriculture, les animaux destinés au concours ont autant que possible été transbordés directement des wagons dans les voitures qui devaient les conduire au Palais de l'Industrie; lorsque le déchargement a été nécessaire, les wagons ont été mis à un autre quai que le quai aux bestiaux, de manière à éviter tout contact avec les animaux de commerce. De plus, la désinfection des quais a été faite plusieurs fois par jour. On voit que l'administration de l'agriculture a fait tout ce qui dépendait d'elle pour écarter le danger. IL — Le régime des boissons.

Une réunion générale des membres de la Société d'agriculture de Joigny (Yonne) a eu lieu le 17 décembre. M. ïartois, président, a exposé les dispositions votées par la Chambre des députés sur le régime des boissons. Le vœu suivant a été adopté :

« L'Assemblée : considérant que le fait par les propriétaires produisant du vin et du cidre de distiller les marcs provenant de leur récolte ne constitue pas un privilège comme on l'a dit improprement, mais qu'il est l'application du droit naturel et incontestable qu'a tout propriétaire de jouir en franchise de sa récolte et d'en tirer le meilleur parti possible ;

« Qu'il serait souverainement injuste de priver les récoltants de cette modeste ressource, alors qu'ils paient des impôts très lourds, qu'ils sont exposés à de nombreux aléas, la gelée, la grêle, les maladies de la vigne et des pommiers, etc. ; que la vigne, notamment, atteinte par le phylloxéra donne des produits de moins en moins rémunérateurs;

« Que d'un autre côté, la reconstitution des vignes impose aux propriétaires des sacrifices considérables ;

« Considérant enfin que l'annonce des tentatives faites pour supprimer le droit des bouilleurs de cru a causé dans le pays une légitime émotion qui s'est manifestée par le dépôt sur le bureau de la Chambre et celui du Sénat de nombreuses pétitions;

« Adopte à l'unanimité la résolution suivante :

« La Société d'agriculture de Joigny, renouvelant et affirmant le vœu qu'elle « a émis dans son assemblée générale du 23 avril 1892, demande que, conforcc mément au principe primordial en vertu duquel chaque récoltant doit jouir en « franchise du produit de sa récolte, le droit des bouilleurs de cru soit maince tenu dans son intégrité.

ce Elle fait appel à la sagesse et à l'équité du Sénat, qui ne permettra pas que ce deux millions de producteurs de vin et de cidre soient lésés dans leurs intérêts ce et qu'ils soient transformés en assujettis, alors que deux cent mille cabaretiers ce sont affranchis de l'exercice.

ce Elle prie les sénateurs de l'Yonne et ceux des autres départements intéressés ce d'unir leurs efforts pour qu'une pareille iniquité ne soit pas sanctionnée et que « les populations représentées par eux ne soient pas tracassées par les visites ce incessantes delà régie. «

Cette délibération a été transmise dans les communes de l'arrondissement sous forme de pétition au Sénat. Au 29 janvier, d'après une lettre que nous recevons de M. Jay, secrétaire de la Société, 95 communes sur 1 08 avaient répondu à cet appel, et avaient donné 13,814 signatures, ce qui représente un septième au moins de la population.

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