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X. — Le budget du Ministère de l'agriculture

La Chambre des députés a discuté, dans ses séances des 30, 31 janvier et du f"" février, le budget du Ministère de l'agriculture. Dans notre chronique du 10 décembre (p. 966), nous en avons indiqué les lignes principales, en donnant l'analyse du rapport de la Commission du budget; nous n avons donc à revenir que sur les questions qui ont donné lieu à des observations ou à des changements dans les propositions de la Commission.

La discussion générale a été courte, M. Lagnel a insisté sur le devoir qui s'impose au Gouvernement d'encourager de plus en plus l'agriculture et de prendre toutes les mesures propres à enrayer la dépopulation des campagnes. Ces observations ont donné à M. Viger, ministre de l'agriculture, l'occasion d'exposer, dans d'excellents termes, quelques-unes de ses intentions; voici la partie principale de ses déclarations :

« Le moyen de faire cesser le malaise de l'agriculture, c'est d'abord de mettre nos cultivateurs à même de lutter à armes égales avec les concurrents étrangers.

« Nous avons voté un ensemble de mesures douanières qui protègent nos produits contre la concurrence extérieure ; maintenant, c'est à la production française elle-même, à l'agriculture surtout, qu'il appartient de s'organiser pour assurer au pays l'alimentation qui lui est nécessaire.

« Il ne faut pas toujours se tourner vers l'Etat et en faire une sorte de maître " Jacques chargé de tout régenter, et de tout réglementer dans ce pays. Si l'Etat donne l'exemple, il faut que l'initiative privée l'aide également de toutes ses forces...

« Quel est donc le moyen de retenir dans nos campagnes ces ouvriers que M. Lagnel nous montrait tout à l'heure se dirigeant vers les grands centres ? C'est de suivre l'exemple qui nous a été donné par nos voisins de l'Allemagne : organiser dans nos campagnes la petite industrie, les distilleries, les féculeries agricoles qui existent actuellement au nombre de 7,000 dans les pays compris dans le Zollverein, offrant ainsi du travail aux ouvriers de nos villages, qui sans

cela seront obligés de quitter leur bourg natal et d'aller faire concurrence, pour leurs salaires, aux ouvriers des grandes industries.

« Aussi, j'espère bien que le jour où nous proposerons à la Chambre, en vue de créer dans ce pays-ci la petite industrie agricole^ un ensemble de mesures analogues à celles qui ont été instituées par la loi allemande, nous trouverons dans M. Lagnel et dans ses amis uneapprobationqui nous sera d'un grand secours pour faire triompher nos idées.

« M. Lagnel a parlé également du crédit agricole. Je suis un des signataires du projet qui a été soumis à vos délibérations. Ce projet a été voté en première lecture; j'espère qu'il le sera également en deuxième lecture.

« J'ai aussi la promesse qu'avec la garantie d'intérêt de deux millions prévue dans le projet du Grouvernement,la Banque centrale d'escompte, qui servira d'intermédiaire entre la Banque de France et les petites associations de crédit agricole, sera constituée à bref délai, c'est-à-dire aussitôt après le vote de la loi.

« Lorsqu'on aura ainsi donné aux syndicats agricoles la faculté de se constituer en associations de crédit, et lorsque la Chambre aura voté les dispositions déjà adoptées par le Sénat, modifiant la loi de 1867 sur les sociétés coopératives de crédit, le pays, je l'espère, se couvrira d'associations cantonales ou communales de crédit agricole qui serviront évidemment à répandre dans nos campagnes les moyens de tirer le meilleur parti possible du sol français, n

A l'occasion des écoles nationales d'agriculture, une discussion s'est engagée entre MM. le comte de Pontbriant et Sibille, députés de la Loire-Inférieure, d'une part, et MM. Le Hérissé et Porteu, députés d'Ille-et-Vilaine, d'autre part, relativement au transfert de l'Ecole nationale d'agriculture de Granjouan, à Rennes. Ce transfert paraît aujourd'hui en voie d'exécution; mais le Ministère de l'agiiculture paraît disposé, si le département de la Loire-Inférieure lui donne son concours, à créer à Nantes une école d'agriculture et surtout de viticulture pour les régions de l'Ouest et du Sud-Ouest.

Un amendement tendant à augmenter de 200,000 francs, le crédit du chapitre 8 a été développé avec talent par M. Linard, en vue d'augmenter les ressources d'instruction à la portée des petits cultivateurs. Cet accroissement se répartirait ainsi : 48,000 francs pour les écoles pratiques d'agriculture, 40,000 francs pour les écoles de laiterie, les fruitières, etc.; 72,000 francs pour les chaires d'agriculture dans les arrondissements, 40,000 francs pour les champs d'expériences et de démonstration. Cet amendement a été adopté à la très forte majorité de 330 voix contre 72.

L'amendement de M. Balsan, que nous avons signalé, sur les encouragements à la race ovine, a été adopté, après que le montant en eût été réduit à 20,000 fr,, afin que la Chambre fut appelée simplement à donner son sentiment sur le principe.

M. Boissy d'Anglas a développé avec talent un amendement demandant que le nombre des concours régionaux fût ramené à huit en 1893, au lieu d'être réduit à cinq. Malgré les sophismes de M. Lascombes, la Chambre a adopté cet amendement, à une faible majorité, il est vrai ; mais c'est une satisfaction qu'elle a donnée aux intérêts agricoles sacrifiés.

Nous aurons à revenir sur cette question, comme sur la suite de la discussion du budget.

XL — Concours d'animaux de boucherie à Bayeux.

Le concours d'animaux gras organisé par la Société d'agriculture de Bayeux (Calvados), avec le concours de la municipalité de cette

ville, s'est tenu le 23 janvier dans cette ville, sous la direction de M. Galliot, président de la Société. Ce concours avait réuni un nombre sérieux d'animaux de choix. M. Olive et M. Mallard, de Bayeux, ont remporté les prix d'ensemble pour les meilleurs lots de bœufs présentés à ce concours. Henry Sagnier.

Discours de M, le marquis de Dampierre, président, à louverture de la 24" Session.

Messieurs, nous voici réunis pour la première fois dans une salle dont vous sollicitiez depuis longtemps l'établissement. Je souhaite vivement qu'elle réponde à ce que vous en attendiez. Vous n'aurez plus sous les yeux les splendeurs artistiques du Grrand Hôtel et de l'Hôtel Continental ; mais vous trouverez de larges compensations dans le calme de cotte nouvelle résidence, dans lu liberté que vous aurez de choisir vos heures de travail, de fixer la durée de vos séances, et dans la proximité de vos salles de sections, de votre bibliothèque et de vos archives.

Vous rencontrerez ici, j'espère, les meilleures conditions d'acoustique, de température, d'éclairage et d'aération, que les soins d'un habile architecte ont cherché à vous procurer; vous vous sentirez chez vous, enfin, et cette satisfaction vous disposera à savoir quelque gré à vos administrateurs de la peine qu'ils ont prise pour arriver à vous offrir, dans de bonnes conditions financières et sans diminuer les encouragements que nous donnons à l'agriculture, un asile digne de la Société qu'ils ont l'honneur de représenter. — Mais, s'ils ont droit à votre gratitude, plus qu'à eux-mêmes, messieurs, vous adresserez vos remerciements aux souscripteurs des obligations qui ont permis l'acquisition de notre Hôtel et en ont assuré la possession intégrale à la Société; leur désintéressement mérite toute notre reconnaissance...

Les luttes économiques qui ont passionné le monde agricole dans ces derniers temps nous ont peut-être fait perdre un peu trop de vue les travaux techni(|ues qui s'imposent à nous, et c'est sur eux <[ue j'appelle votre attention. La propriété rurale est en mauvaise situation, les prix de vente de toutes les denrées baissent, tandis que les frais de production augmentent, de lourds impôts frappent la terre, et la petite propriété souffre encore davantage que la grande; ce sont là des phénomènes économiques qui touchent aux plus graves intérêts du pays et dont il faut s'occuper sans relâche. La science, notre secourable compagne, ne se repose pas; elle nous offre sans cesse de nouveaux sujets d'étude; la chimie agricole nous ouvre des perspectives dont nous avons à faire profiter nos agriculteurs; l'analyse des terres, des plantes, des engrais, la détermination des emprunts que nos récoltes font à l'atmosphère, ne sont plus des mystères, mais ii'ont pas encore pénétré suffisamment dans nos campagnes; et notre devoir est de les porter à leur connaissance, par nos discussions, par une observation scrupuleuse des faits, par les comptes rendus de nos expériences, par la création de comités spéciaux prêts à répondre à toutes les consultations de nos adhérents, et par la mise à la portée de tous d'un laboratoire bien outillé. — Oui, nous serions coupables de ne pas prêter à la science un constant appui, de ne pas vulgariser ses découvertes, et, plus ([iie jamais, je vous répéterai la parole ([ue l'empereur Marc-Aurèle avait, dit-on, sans cesse sur les lèvres et que je vous citais il y a quelques années : Laboremus. Dix-sept cents ans n'ont rien changé à la valeur de ce précepte.

Quelques-uns de nos collègues voudraient encore davantage : sous le charme des concours anglais dus à la seule intervention de la Société royale d'Angleterre, ils nous incitent à faire comme elle, à nos seuls frais, de grands concours régionaux, en y distribuant de larges récompenses en argent, à essayer de nous substituer à l'Etat français aujourd'hui en possession de ce rôle. Ces vœux généreux ne tiennent malheureusement pas un compte suffisant de la profonde différence qui existe entre nos habitudes et celles de la Grande-Bretagne. La Société royale d'Angleterre avait le champ libre, et la reconnaissance publique, le concours de tous, allaient à elle, lorsqu'elle prit cette heureuse initiative ; nous ne trouverions, nous, ni la place libre, ni, hélas ! cette unanimité de bonnes volon-

tés qui transporte les montagnes. — Une raison plus grave encore, c'est que notre situation financière ne nous le permettrait pas. Nous ne voulons pas supprimer les récompenses honorifiques que reçoivent nos cinq cents sociétés affiliées, car nous savons quels encouragements elles y trouvent; nous ne saurions renoncer, ni au service gratuit de l'excellent Bulletin qui rend à nos membres de si sérieux services ; ni à notre laboratoire; ni à nos concours d'instituteurs, de producteurs de céréales, d'instruments, etc., pas plus qu'à des publications d'un grand intérêt pour l'avancement de la science, et à des études pour lesquelles nous fondons des prix importants, — et cela pour affecter toutes nos ressources à des concours qui viendraient en concurrence de ceux que le Gouvernement organise, dirige et subventionne avec un budget que rien n'épuise.

Il dépendrait de vous pourtant, messieurs, de mettre à néant cette misérable mais inévitable raison budgétaire : que votre zèle nous amène de nouveaux membres, que chacun de vous prenne à cœur de nous présenter un seul collègue, se regarde comme engagé d'honneur à ce recrutement, et vous aurez ainsi doublé nos ressources et rendu possible ce qui est impossible aujourd'hui.

En attendant, pourquoi des hommes d'initiative, comme ceux que comprend, par exemple, le groupe de la Loire, ne descendraient-ils pas de la théorie à la pratique et n'organiseraient-ils pas dans leur région un concours modèle, donnant ainsi l'élan à d'autres parties de la France? Ils seraient bien certains d'avoir de nous l'appui le plus empressé et le plus efficace, tout en recueillant un grand . honneur de ce bon exemple.

L'année qui vient de s'écouler, messieurs, n'a pas été seulement pour nous une année de travail matériel et de préoccupations financières inévitables dans une transformation comme celle que nous avons eu à subir, elle a été aussi une année d'épreuves douloureuses, et de lutte inattendue. Au moment même où allait se réveiller, sous un prétexte difficile à qualifier, la question des tarifs douaniers tout entière, nous perdions le meilleur, le plus aimé, le plus laborieux de nos collaborateurs, M. Jacquemart. Nous en ressentions une vive douleur et, privé des conseils des autres membres du bureau de la Société dispersés à ce moment, il ne fallait rien moins que la conscience des devoirs qui pesaient plus lourdement sur votre président pour le déterminer, dans une circonstance pressante et solennelle, à protester des premiers contre un projet de convention francosuisse, négociée par le Gouvernement français.

J'avais été vivement ému en apprenant qu'on allait renouveler, contre les décisions du Parlement en matière douanière, une lutte à peine terminée ; qu'on ne voulait même pas attendre qu'une seule année d'épreuve eût montré le bien ou mal fondé de cette législation nouvelle et que, contrairement aux promesses faites, on négociait de nouveaux traités de commerce. L'abaissement du tarif ?mnzmmn par le ministre même qui avait dit, quelques mois auparavant, en le proposant : « Ce tarif représente la limite inférieure des concessions que peut faire cJiaque « industrie, non pour être à l'abri de la concurrence, mais pour lutter sans « désavantage avec elle; » la violation de l'engagement de laisser en dehors de toute convention internationale les principaux produits agricoles, me paraissaient de véritables crimes de lèse-nation. — Sous l'impression des mêmes sentiments, le président de l'Association de l'Industrie française, M. Acloque, m'invitait à m'associer à la protestation qu'il voulait faire entendre; je n'hésitai pas alors et vous adressai, à la date du 28 septembre, la circulaire qui vous adjurait de soulever l'opinion des agriculteurs contre les dangereuses conventions qui venaient d'être signées. J'espère que vous aurez approuvé cette initiative de votre président, que j'ai été heureux de voir confirmée par une délibération de votre Gonseil,^ dans sa séance du 17 novembre.

La Suisse, en effet, n'était qu'un écran sympathique dont on couvrait fallacieusement les concessions identiques qui devaient être fatalement faites dans le monde entier a'ix pays avec lesquels la France entretient des relations commerciales, à ceux auxquels nous devons le traitement de la nation la plus favorisée, à l'Allemagne en particulier, à l'étreinte de laquelle nous avions eu tant de peine à échapper ! Il est évident qu'une fois le tarif minimum abaissé pour une seule puissance, toutes auraient le droit d'exiger cet abaissement.

Certes, nous respectons les droits et les intérêts du commerce, que l'on invoquait dans celte question, nous ne nions aucun des services qu'il rend à notre

oays et l'appui auquel il a droit; mais la production nationale ne peut laisser oublier qu'elle est plus intimement liée que lui encore à la prospérité et à la sécu-

pays oui

rite de la patrie. L'impression que nous ressentions était si juste, du reste, que, non seulement nous avons vu les protestations énergiques et unanimes de toutes les sociétés agricoles, de tous les corps électifs, du Nord au Midi de la France, suivre notre exemple ; mais que nous avons constamment marché d'accord avec la puissante représentation de l'industrie française ; que nous avons pu, dans une réunion au Grand-Hôtel, témoigner de la parfaite identité de nos vues dans cette circonstance ; que les ouvriers de Lyon eux-mêmes y ont fait entendre leur adhésion; que les commissions douanières des deux Chambres, enfin, avec une fermeté dont l'agriculture et l'industrie les remercient cordialement, ont soutenu toutes nos revendications.

L'éminent rapporteur de la commission des douanes de la Chambre des députés, M. Méline, n'a rien épargné, lorsque, dans la séance du 23 décembre, la ratification du traité est venue en discussion, pour mettre en relief les sentiments qui nous animent à l'égard de la Suisse, notre respect pour ses intérêts, notre désir de lui accorder jusqu'à la limite du possible ; mais il a dit que notre devoir était de résister, quand nous sentions atteints les intérêts vitaux et prifrnordiaux du travail national, et la Chambre l'a suivi énergiquement dans cette voie.

Le mécontentement de la Suisse était malheureusement inévitable, les excitations peu réfléchies de la presse, en dedans et au-delà de nos frontières, n'étaient pas de nature à la calmer, et elle a immédiatement répondu par des mesures violentes à la décision de la Chambre des députés. — Gardons, de notre côté, le •sang-froid et la modération nécessaires en pareille circonstance, et la Suisse, rendue à elle-même, verra bientôt, je l'espère, qu'elle a plus à souffrir que nousmêmes des surélévations de tarifs qui atteindraient 19 pour 100 de son exportation €t 6,67 pour 100 seulement de la nôtre; elle reconnaîtra que nous ne pouvions, dans son seul intérêt, exposer notre production à l'envahissement de l'Espagne, de l'Italie, de l'Allemagne et de bien d'autres, et laisser entamer le principe même de notre nouvelle législation douanière.

Qu'elle écoute donc les manifestations qui, d'un bout à l'autre du monde, tendent à demander pour le travail national une protection suffisante, et elle comprendra mieux que nous ne puissions renoncer à ce que nous avons obtenu après tant d'efï'orts !

Il y a peu de semaines qu'en Angleterre, le pays du libre-écbange cependant, une réunion des délégués de toutes les Chambres d'agriculture et de tous les Syndicats agricoles de la Grande-Bretagne votait la résolution suivante : « Considérant que les produits agricoles et industriels étrangers, libres de tout droit d'entrée, viennent faire en Angleterre une concurrence anormale et injuste aux

f)roduits agricoles et industriels anglais, qui, eux, sont lourdement frappés par es impôts nationaux ; considérant qu'en enlevant ainsi du travail aux travailleurs -anglais et en réduisant les facilités d'achat de la population, cette concurrence porte préjudice au commerce et à l'indusirie nationales ; le congrès demande que tous les produits étrangers soient frappés d'un droit d'entrée équivalent aux impôts et contributions qui grèvent les produits anglais auxquels ils viennent faire concurrence. ^^ Ce que l'Angleterre veut faire, à l'exemple oes puissances les plus commerçantes du monde, comment la France ne le ferait-elle pas ellemême ?

Si j'insiste, messieurs, sur des faits dont l'intérêt semble amoindri par la solution intervenue, c'est que les adversaires de nos tarifs douaniers ne désarment pas et que nous devons nous tenir en garde contre de nouvelles attaques de leur part.

Sur le vœu émis par notre section des relations internationales, nous avons demandé au Conseil, dans sa séance du 21 avril 1892, d'instituer une commission <;hargée d'étudier une question qui préoccupe le monde entier depuis longtemps et qui est une des causes de la situation agricole que je viens de vous signaler, la question monétaire.

Ainsi que vous avez pu en juger par les procès- verbaux de M. Lavollée, secrétaire de celte commission, insérés dans notre B^dletin, et par le rapport qu"il a lu au Conseil dans sa séance du 17 novembre dernier, la mission de cette com-

mission tendait à provoquer la réunion au siège de notre Société d'un congrès libre international, appelé à se prononcer sur la question du bi-métallisme, qui touche aux plus graves intérêts de l'agriculture de toutes les nations, et à inviter les gouvernements intéressés à reprendre à cet égard des négociations qui ont plusieurs fois déjà échoué. Notre commission devait, avant tout, inviter des délégués des principales sociétés agricoles étrangères à se joindre à elle à Paris ; mais à peine était-elle constituée et notre circulaire partie, que nous apprenions que les Etats-Unis d'Amérique demandaient au Gouvernement français de prendre part à un congrès où ils appelaient également toutes les nations intéressées à la question monétaire, et que peu après il était décidé que ce congrès se réunirait à Bruxelles le 22 novembre.

Notre principal but était donc ainsi atteint avant toute réunion, et le programme de notre commission se trouvait fort réduit; aussi, les invitations que nous avions adressées à un grand nombre de sociétés d'agriculture étrangères et le questionnaire auquel elles étaient invitées à répondre rcçurent-ils un accueil peu empressé. Le prochain congrès international ofliciel leur permettait de reculer devant l'examen d'un problème peu étudié jusqu'ici, et voilait l'embarras de se prononcer dans une question qui divise les meilleurs esprits, il faut bien l'avouer. La Société royale d'agriculture de Belgique seule nous a fait l'honneur d'adjoindre à notre commission deux de ses représentants les plus autorisés ; mais le rapprochement des hommes les plus versés dans ces questions n'a fait qu'accentuer davantage leurs divergences, et les conclusions de leur travail, par suite des concessions qu'ils ont dû se faire, manque un peu de la netteté que nous aurions voulu lui voir. Notre Société émet simplement le vœu que les délégués de la France à la conférence de Bruxelles reçoivent pour instruction de soutenir tout concert international tendant à la réhabilitation du métal argent. Mais, si elle ne répond pas expressément à cet article, le plus important de notre questionnaire : « Quelles seraient les mesures à prendre pour atténuer les conséquences de la dépréciation de l'argent, » l'utilité de la reprise de la frappe de l'argent est indirectement indiquée dans ses considérants comme le meilleur remède à la situation actuelle.

Ce n'est pas sans surprise que nous avons vu une partie importante de l'Angleterre, formellement notre adversaire autrefois, partager aujourd'hui l'opinion des agriculteurs français, et ses plus éminents interprètes faire voler dans un ^rand meeting réuni à Manchester, le 27 octobre, la résolution suivante, à l'unanimité e\. par d'enthousio^'lefi ac dam allons, dit le Times:

« Considérant que, dans l'opinion de tous les habitants de Manchester assemblés en meeting public, les conditions excessivement mauvaises dans lesquelles se trouvent la production, les industries et le commerce en général sont dues à rappréciation croissante de l'or et à l'incertitude du change entre les nations qui n'ont que de l'or et celles qui n'ont que de l'argent.

« Que le remède le meilleur elle plus efficace serait d'arriver par une entente, sur une base large et internationale, à ouvrir comme anciennement les Hôtels des Monnaies des principales nations du monde au monnayage illimité des deux métaux or et argent, et que jusqu'à ce qu'il en soit ainsi le gouvernement de Sa Majesté est instamment prié de faire ses efforts, avec les autres nations du monde dans la future conférence monétaire, pour amener une semblable entente. Nous venons également de voir que, dans un grand congrès agricole qui s'est tenu à Londres le 7 décembre, le vœu suivant a été voté : « Considérant que l'avilissement continu des prix si préjuciables aux intérêts agricoles est dû pour une large part à la valeur attribuée à l'or et à la baisse du taux du change dans les pays bimétalliques; considérant que le meilleur remède serait une entente inteinalionale sur de larges bases pour la réouverture, dans les pay& principaux, des Hôtels des monnaies pour la frappe sans limite de l'or et de l'argent; le congrès demande au Gouvernement de coopérer avec les autres nations représentées à la conlérence monétaiie, pour obtenir celte entente. «

Puis-^e la conférence de Bruxelles, qui reprend-ia ses séances au mois de mai, répondre à ces vœux et aboutir sous une foi me ou sous une autre à la réhabilitation du métal argent, dont la dépréciation nous cause de si graves préjudices î Nous lui demandons, non dos résolutions théoriques, mais une solution pratique, car le mal ne peut qu'empirer, si on ne lui oppose un sérieux et prompt remède î

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