LA VALEUR D'UNE IRRIGATION
Mon cher Directeur, comme il n'est pas sans intérêt de montrer par un exemple la valeur d'une irrigation artificielle pour des prés situés dans un terrain submersible, je vous demande la permission d'exposer brièvement ce quia été fait dans une commune de la Haute-Alsace.
En 1886, un syndicat a établi dans la banlieue de Guémar une
LA. VALEUR d'une IRRIGATION. ' 177
irrigation de 190 hectares de prairies situées entre l'iU et la partie inférieure de la Fecht et faisant partie du territoire submersible de ces deux rivières. L'eau est fournie par la Fecht, et tout est arrangé de manière à ce que les prairies puissent être irriguées non seulement au printemps et en automne, quand le niveau des rivières est élevé, mais notamment encore^ en cas de basses eaux, dans la période comprise entre la fenaison et la récolte du regain. Or, dans ces prairies se trouve une parcelle de 9 hectares 20 ares pour laquelle nous avons sous les yeux les chiffres exacts du produit de la vente du foin et du regain dans les quatre années avant l'établissement de l'irrigation, c'est-à-dire de 1883 à 1886, puis dans les six années après l'exécution de celle-ci, c'est-àdire de 1887 à 1892. Le marc vaut 1 fr. 25. Voici ces chiffres. Ces chiffres ont produit :
Première coupe. Deuxième coupe. Ensemble,
marcs. marcs. marcs.
Pendant l'année :
ISS'i 725 116 841
Après l'irrigation :
11 résulte de ces chiffres que le rendement en foin, qui était de 785 m., s'est augmenté et s'est élevé en moyenne à 891 m., soit 13.5 p. 100, et que le rendement en regain {2" coupe), qui était de 197 m., s'est augmenté et s'est élevé en moyenne à 683 m., soit 246.6 p. 100. Le rendement des deux coupes, qui était en moyenne de 982 m., s'est élevé à 1574 m. et s'est augmenté de 592 m., soit de 60 p. 100.
La plus value du rendement a donc été de 64 m. par hectare. Or les frais d'établissement de l'irrigation ont été de 89,200 m. ou de 470 m. par hectare. Le capital placé dans cette entreprise rapporte donc 13.6 p. 100 d'intérêts. Grâce à l'augmentation du rendement, ce capital sera certainement amorti dans l'espace de quelques années, les frais d'entretien étant insignifiants, et alors la valeur des prairies aura augmenté de 60 p. 100. Paul Muller.
LES MACHINES AU CONCOURS DE PARIS
L'exposition des machines au concours général agricole de Paris a pris, comme chacun sait, une importance exceptionnelle. C'est là que les constructeurs ont pris l'habitude de présenter aux agriculteurs leurs perfectionnements les plus récents et leurs machines nouvelles; c'est là aussi que les agriculteurs peuvent se livrer aux comparaisons les .plus utiles pour eux sur les types les plus divers et les plus complets des nombreuses sortes de machines et d'instruments. Aussi, chaque année, les affaires qui se concluent dans cette véritable foire du génie rural deviennent-elles de plus en plus nombreuses; c'est pourquoi les constructeurs y reviennent chaque fois avec une nouvelle ardeur, et leur phalange grossissante transforme ce coin de Paris en une vaste usine de
LES MACHINES AU CONCOURS DE PARIS
travail varié, dont les éléments viennent de toutes les parties de la France, aussi bien de la région méridionale que de la région septentrionale, de l'ouest comme de l'est. La mécanique étrangère, dont les progrès ont tant de fois provoqué l'émulation de nos ingénieurs, y
Fig. 24. — Treuil à manège à t^implc cffcl, construit par M. Dajac.
tient aussi sa place, apportant dans ce concert sa part d'efforts et de nouveautés dont l'agriculture sait de plus en plus tirer parti.
Il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, de passer en revue tout l'ensemble de l'exposition qui appelle aujourd'hui la foule des visiteurs. Il importe de donner cependant un aperçu de l'ensemble.
Fig. 25. — Treuil à manège à double elïet.
L'ordre dans lequel se poursuivra cette étude ne sera ni un ordre de préférence, ni un ordre systématique ; il répondra surtout à une série d'impressions. C'est pourquoi nous débutons par l'exposition des instruments aratoires de la maison Bajac, qui se présente la première aux yeux quand on sort du Palais de l'IndusttMe pour parcourir l'exposition de mécanique.
A diverses reprises, nous avons eu l'occasion de signaler la valeur des instruments de l'usine de Liancourt (Oise), qui a^icquis une très grande notoriété, non seulement en France, mais à l'étranger. Il y a
LES MACHINES AU CONCOURS UE PARIS. l79
un an, on s'en souvient sans doute, on a décrit ici son nouveau treuil à vapeur, construit en collaboration avec la maison Boulet. Nous avons à décrire aiijour-
treuil a ||||i,at-r''ririii, i'^'itu'iiiiiip i||ir''"T'"--^--f'i:i manège, dont il
existe deux types (%. 24 et 25), qui fleurent au Palais de l'Industrie. — Le treuil à simple effet (fig. 24) est construit avec un bâti en acier reposant sur des roues qui portent sur des rails pour le déplacement dans les terres.
L'axe du manège porte un tambour horizontal sur lequel s'enroule un câble en fil d'acier très résistant. Ce treuil ne fait que la traction de la charrue en travail. Quand on emploie une charrue de défon cément à bascule, on place un treuil à chaque extrémité du champ, et la charrue fait la navette entre ces deux treuils, en travaillant à l'aller comme au retour.
Dans le cas de l'emploi d'une charrue simple , celle-ci est munie à l'arrière ( fig.
27) d'une petite roue sur laquelle on attelle un cheval pour effectuer le retour à vide. — Le treuil à double effet {i'i'j^. 25) porte deux tambours; le premier est un tambour de charge qui opère la trac-
180 LES MACHINES AU CONCOURS DE PARIS
tien de la charrue en travail ; le deuxième est un tambour de retour, qui ramène la charrue à l'extrémité du champ, par un câble de renvoi qui passe sur une poulie ancrée à cette extrémité et dont un bout est attaché à l'arrière de la charrue ; ce retour se fait, grâce au jeu d'engrenages de commande, avec une vitesse accélérée. Les mouvements d'embrayage et de débrayage, pour ce double mouvement, sont organisés de telle sorte que les chevaux attelés au manège tournent toujours dans le même sens. 11 convient d'ajouter qu'au tambour de traction peuvent s'adjoindre des segments qui en augmentent le diamètre, ce qui permet d'accroître le travail quand on a à exé-
FiiT. 27. — CliaiTue défonceuse simple, du système Bajac.
cuter un labour moins profond. Les proportions de tous les organes sont d'ailleurs calculées de manière à réaliser le maximum de solidité. — La figure 26 montre le fonctionnement du treuil à double effet avec la charrue défonceuse.
Cette charrue (fig. 27) est construite avec une grande solidité; comme dans la plupart des instruments construits par M. Bajac, l'acier a remplacé la fonte. Il en existe plusieurs types, dont le poids varie de 350 à 750 kilog., suivant la force qu'on veut leur demander, qui varie avec la profondeur du labour à effectuer et avec la nature des terrains; elle permet d'effectuer de grands labours de 50 à 60 centimètres de profondeur, avec le treuil. Quand on veut la faire fonctionner au treuil, on peut y ajouter, comme le montre la fig. 27, un
LES MACHINES AU CONCOURS DE PARIS
siège pour le conducteur et un levier pour la direction. Ce levier qui se termine par un volant à main, agit sur une vis sans fin que porte l'essieu de l'avant- train, de telle sorte que le conducteur un peu habile trace des raies très régulières et parfaitement droites.
Nous ne reviendrons pas sur les autres appareils de labouracje et de travail des terres, construits par M. Bajac, et qui ont été signalés déjà ici en leur temps; nous n'en citerons qu'un seid, tout à fail nouveau ; c'est la herse-searificateur (fig. 28), qui peut servir tant pour le
Fig'. IP. — IKrse-scarilicalour à quinze deiils.
hersage que pour les labours de déchaumage. Cet appareil est construit sur le même principe que le scarificateur à dents inusables; mais il porte des dents très minces, que l'on peut écarter plus ou moins sur le bâti qui les porte ; leur forme et leur section assurent une très grande solidité à ces dents. Il en existe trois types, à onze, à quinze et à dixneuf dents ; la largeur du bâti varie de I m. 10 à 1 m. 90.
Henry Sagnier.
LOI autorisant le Gouvernement à appliquer le tarif minimum à certains produits originaires des États-Unis d'Amérique.
Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit : Article unique. — Le Gouvernement est autorisé à appliquer le tarif minimum inscrit dans le tableau A annexé à la loi du 11 janvier 1892 aux produits et marchandises originaires des Etats-Unis d'Amérique dont Ja teneur suit :
N° du tarif : 19. — Conserves de viandes en boîtes.
N° du tarif : 84. — Fruits de table frais.
N° du tarif : 85. — Fruits de table secs ou tapés, à l'exception des raisins secs.
N" du tarif : 128. — Bois communs, bruts, équarris ou sciés.
N" du tarif : 129. — Pavés en bois débités en morceaux.
N" du tarif : 130. — Merrains.
N» du tarif : 160. — Houblon.
N° du tarif : 174 ter. — Pommes et poires écrasées.
La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et par la Chambre des députés, sera exécutée comme loi de l'Etat.
Fait à Paris, le 27 janvier 1893. Garnot.
Par le Président de la République :
Le Ministre du commerce, de Vinduslrie et des colonies, Jules Siegfried.
On a va dans la chronique du dernier numéro quels étaient les résultats généraux de l'application en 1892 du nouveau tarif douanier pour le commerce de la France. Ces résultats sont concluants en faveur de la réforme accomplie. Nous allons examiner maintenant, pour chacune des denrées agricoles, l'influence qu'a pu avoir le nouveau système sur leur entrée ou leur sortie.
Pour les céréales d'abord, on sait que les tarifs ont été peu modifiés, et d'ailleurs la grande loi des besoins et de l'abondance ou du déficit des récoltes, aune action bien plus considérable sur les mouvements commerciaux que celle des tarifs. Voici le tableau de ces mouvements comparés pour les trois dernières années :
IMPORTATIONS (quintaux métriques). EXPORTATIONS (quint, raétriq.) 1890 1891 1892 " 1890 1891 1892^
Froment Cl méteil 10,552,014 19,601,834 18,841,753 5,874 7,362 8,384
Seigle 10,'i83 3.040 '70-> 76,479 405,430 819.945
Orge l,69y>28 1368,261 1,084,141 531,693 1 ,227;940 1,214',744
Avoine 1,493,210 978,741 395,184 30,243 181,291 807,489
Maï.s 6.483,426 629,103 2,065.033 83.175 9,436 4,616
Farine de froment 317,458 742,027 425,'488 85;568 66,201 127,601
Farine de seigle 14,060 939 «17 1,987 4,711 6,192
Pommes de terre 235,606 228,011 130,807 1,210,566 2,2l5,633 1,824,6.59
Légumes secs 952,592 1,427,954 690,246 205,853 211,362 131,752
lies importations de blé ont continué avec la même abondance qu'en 1891 jusqu'au mois de juin 1892, époque du rétablissement du droit de douane à 5 francs; le total des deux années a été presque semblable. Les Etats-Unis d'Amériqae nous ont envoyé plus de 10 millions de quintaux de blé, soit 2 millions de plus qu'en 1891. La Russie entre dans le total pour près de 2 millions et demi au lieu de 3,370,000 quintaux. Les Indes anglaises et la Turquie sont les deux autres pays grands importateurs, l'Australie ayant réduit ses envois de 1.500,000 quintaux en 1891 à 600,000 en 1892. L'Algérie nous a fourni près de 800,000 quintaux; la Tunisie, 333,000, soit pour ces deux pays un tiers à un quart de moins que l'année précédente. — Pour les autres céréales, les importations ont été plus faibles en 1892. La diminution pour l'orge provient des envois plus réduits de l'Algérie et de la Tunisie; pour l'avoine, de ceux de la Suède et de la Russie. L'importation du maïs par contre a été beaucoup plus forte qu'en
1891 ; tous les pays d'origine ont doublé ou triplé leurs expéditions.
A l'exportation, on voit un accroissement sensible pour le seigle et l'avoine sur les deux années précédentes. C'est surtout en Allemagne qu'est allé cet excédent pour le seigle, et en Angleterre pour l'avoine. Les orges nous ont été demandées en majeure partie par l'Angleterre et la Relgique.
L'importation des farines de froment a été moins active ; la Belgique ne nous a fourni que 71,000 quintaux au lieu de 256,000 en 1891. Les Etats-Unis et l'Autriche ont également réduit leurs envois. La plus grande partie des farines exportées est dirigée sur l'Algérie.
Le commerce d'exportation des pommes de terre a été un peu moins important qu'en 1891 ; mais il est resté encore bien au-dessus du chiffre de 1890. C'est 1 Angleterre et la Belgique qui ont le plus réduit leurs demandes.
L'importation des légumes secs a baissé également. Les tableaux des douanes donnent aujourd'hui séparées les quantités de fèves en grains et de pois pointus, qui étaient comprises antérieurement dans le paragraphe général de légumes secs; pour les premiers on compte 253,000 quintaux, pour les seconds, 54,000.
Le pain et le biscuit de mer ont donné lieu à une importation de 62,600 quintaux, au lieu de 333,500 en 1891 ; les gruaux, de 12,000 quintaux; les semoules et pâtes de 2,845 quintaux à peu près comme l'année précédente. L'exportation des gruaux a augmenté; de 47,150 quintaux en 1891, elle est montée à 60,757 en
1892 ; celle des semoules et du pain est restée à peu près la même. — Les chiffres relatifs aux marrons et châtaignes ont peu varié ; 52,500 quintaux à l'importation, 75,400 à l'exportation. On a importé très peu de fécules de pommes de terre, maïs, etc., mais on en a exporté 39,000 quintaux, plus que le double de l'année précédente.
La quantité de fruits de table frais exportés en 1892 a été de 431,000 quintaux, sujoérieure de 60,000 quintaux à celle de 1891; sur ce chiffre, on compte 23,300 quintaux de raisins de vendange, 182,000 de pommes et poires. La quantité importée reste à 150,000 quintaux environ, inférieure de 30,000 à celle de l'année précédente; les raisins de table entrent ici pour 36,000 quintaux, ceux de vendange pour 12,000; les pommes et poires pour 50,000. — Les importations de citrons, oranges et mandarines se sont élevées de 398,000 quintaux en 1891 à 497,000 en 1892; celles des figues sèches ont été de 184,000 en 1892 contre 159,000 en 1891 ; celles des raisins secs de 577,000 quintaux contre 650,000; celles des pommes à cidre sèches, de 32,156 quintaux.
Pour les légumes frais, l'importation a diminué de moitié et s'est réduite à 120,000 quintaux; l'exportation est en légère augmentation avec 384,000 quintaux, sur lesquels près de 100,000 quintaux sont allés en Angleterre. En outre, dans les légumes conservés importés, on compte 41,400 quintaux de choux à choucroute.
Les sons de toutes sortes comptent à l'importation pour 671,000 quintaux, dont 178,000 venant de Russie et 146,000 venant de Turquie; et à l'exportation pour 423,000 quintaux.
On sait quelle a été la pénurie des fourrages pendant la dernière compagne; cette pénurie a fait élever les entrées de 170,000 quintaux en 1890 et 1891 à 222,000 en 1892; les exportations se sont néanmoins chilïrées par 844,000 quintaux au lieu de 602,000 en 1891.
L'année dernière, nous faisions remarquer la diminution constante des expéditions à l'étranger de nos vins de la Gironde. Ce mouvement a malheureusement continué en 1892, mais avec moins d'intensité. Pour les vins en futailles, l'exportation est de 769,378 hectolitres, au lieu de 787,854 en 1891 et 967,549 en 1890; pour ceux en bouteilles, de 63,939 hectolitres en 1892, au lieu de 73,389 et 81,269 les deux années précédentes. Les vins des autres crus offrent également des chifïres moins élevés à l'exportation cette année : en futailles on compte 746,364 quintaux contre 867,634 en 1891 ; en bouteilles, 228,608 contre 264,302. La diminution porte à peu près sur tous les pays de destination dans une proportion égale ; cependant les demandes de la Suisse ont fléchi plus sérieusement que les autres. La République Argentine par contre a reçu près de 50,000 hectolitres de plus que l'année dernière en vins de Bordeaux. — Les importations de vins en futailles se sont élevées à près de 9 millions d'hectolitres, au lieu de 11,870,000 en 1891 et 10,518,000 en 1890; cette diminution provient des vins espagnols; mais il faut remarquer que l'Italie nous a envoyé cette année 188,315 hectolitres, au lieu de 10,618 en 1891 ; les arrivages d'Algérie se sont également accrus de 1 million d'hectolitres sur 1891 et se sont chiffrés par 2,821,343 hectolitres.
Depuis 1892, la bière figure au poids dans les tableaux des douanes ; antérieurement elle était indiquée à l'hectolitre. La comparaison avec les années antérieures n'est donc possible que par la valeur en argent, dont voici les éléments : importations en 1892, 12,772,198 fr.; en 1891, 10,165,000 fr. ; en 1890, 10,462,500 fr.; exportations en 1892, 3,106,872; en 1891 et 1890, 2.300,000 fr. en moyenne. Le poids total des bières importées est de 21,286,000 kilog.; dans lesquels l'Allemagne entre pour 16,045,200. — Nos importations de houblon ont été d'environ 29,000 quintaux, au lieu de 33,000 en 1891 et 35,000 en 1890; les exportations sont restées à 9,000 quintaux environ contre 11,500 en 1891.
Gomme pour les vins, les exportations des spiritueux ont été plus faibles que l'année précédente; en voici la comparaison : eaux-de-vie de vins en fûts, en 1892, 128,500 hectolitres; en 1891, 144,337; en bouteilles, 1892, 58,296 hectolitres; 1891, 60,762; esprits (alcools purs), 1892, 25,413 hectolitres; 1891, 61,!62; liqueurs, 1892, 2,412,970 hectolitres; 1891, 2,208,357. — Les importations au contraire, ont augmenté; on a compté 21,731 hectolitres d'eau-de-vie de vin en 1892, au lieu de 12,680 antérieurement; 9,453 hectolitres d'esprits de toutes sortes au lieu de 3,774; 127,127 hectolitres d'eaux-de-vie de mélasse (rhum et tafia), au lieu de 108,000 et 114,000 les deux années précédentes. L'importation des liqueurs n'a été que de 163,168 hectolitres, au lieu de 231,057 en 1892.
Le commerce des sucres a présenté les éléments suivants :
IMPORTATIONS (quintaux métn(iues). EXPORTATIONS l'guint. métriq.) 1890 1891 1892 1890 1891 1892
Sucre de canne brut... 1,415,272 1,522,265 1,494,980 53,486 54,676 30,801
— de betterave brut. » î, b 1,595,858 1,585,207 949, 6H4
Vergcoises 1,819 154 219 59,004 54,649 66,737
Sucres raffinés candis.. 21,174 20,440 13,859 1,481 1,327 1,720
— autres.. 1,545 987 373 1,475,457 1,165,831 1,208,205
Mélasses 553,566 872,511 1,072,355 5,099 4,952 5,104
Gomme on le voit, les chiffres de l'importation se maintiennent au même niveau que les années précédentes, sauf pour les sucres raffinés candis. Pour les mélasses, ils ont augmenté; l'Allemagne nous a expédié près de 700,000 quintaux de mélasse pour la distillation. Nos colonies de la Martinique et de la Réunion n'ont point fourni autant de sucres bruts ; mais la Guadeloupe a comblé ce déficit; de l'étranger, il nous est venu 119,000 quintaux de sucres bruts de canne d'Egypte contre 51,153 en 1891; les Indes hollandaises ne nous ont envoyé que 392,000 quintaux au lieu de 498,000 en 1891. — A l'exportation, les sucres bruts indigènes présentent un chiffre plus faible qu'en 1891 ; c'est l'Angleterre qui a réduit ses demandes; mais les sucres raffinés ont un excédent dû aux envois dans la République Argentine, au Maroc et en Turquie. — L'exportation des sirops et glucoses a été de 32,600 quintaux, à peu près comme en 1891. — Les importations de betteraves vont en diminuant; en 1890, elle se montaient à 863,000 quintaux; en 1891, à 522,000; en 1892, à 167,000 seulement; les exportations ont été en 1892, de 43,2666 quintaux.
Nos exportations d'huiles indigènes ne fléchissent pas ; celles des huiles de colza se sont même relevées à leur ancien taux. Voici les chiflres pour 1892 : huiles d'olive, 76,223 quintaux; de colza, 54,491; de sésame 149,766 ; de lin, 13,888; d'arachide, 66,725; d'œillette et de pavot, 12,620. — Les importations d'huile d'olive ont été de 227,261 quintaux, au lieu de 256,699 en 1891 et 142,816 en 1890; l'Italie et la Tunisie ont vu leurs envois réduits ensemble d'environ 30,000 quintaux. On a importé en outre 185,478 quintaux d'huile de palme venant en grande partie de la côte occidentale d'Afrique, et 141,000 quintaux d'huile de coton.
Les graines et fruits oléagineux ont donné les chiffres suivants à l'importation arachides en cosses, 713,522 quintaux; décortiquées, 746,205; ravison, 56,711 lin, 1,032,403; sésame, 791,823 : colza,224, 944 ; navette, 64,213; coprah, 644,592 palmiste, 176,202; — à l'exportation : arachides, 29,280 quintaux; lin, 25,733 ; sésame, 11,320; œillette, 6,600; colza, 33,062.
Les graines à ensemencer, y compris la jarosse, ont été importées pour 1 19,439 quintaux et exportées pour 114,396. Nous avons reçu 13,728 quintaux de graines de betteraves, 14,100 de graines de trèfle et de luzerne; nous avons exporté 22,025 quintaux des premières et 39,995 des secondes. A. Ferlet.
LE RECRUTEMENT REGIONAL
Le Journal de VAgriculture^ dans son n° du 26 octobre 1 889, a entretenu ses lecteurs de tous les inconvénients que présente la répartition des conscrits de chaque classe à de grandes distances surtout pour les habitants des campagnes qui ne peuvent plus faire venir leur fils deux ou trois fois par an, avec des permissions de quatre ou de huit jours, pendant la belle saison, pour les seconder dans leur exploitation aux divers moments propices pour les travaux de la terre. Il a de même fait voir, surtout au point de vue de l'hygiène, tous les inconvénients de la grande dispersion. Ces inconvénients sont d'abord les épidémies qu'engendrent l'occupation constante de l'assiette du casernement pour son complet réglementaire, par des effectifs élevés. Cette occupation est d'autant plus intense que la répartition du contingent faite à de grandes distances compromet le mouvement incessant des petites per-
RECRUTEMENT REGIONAL. 185
missions et ne permet pas de dégager et d'assainir les casernes. Deux fois l'auteur de cette propagande a demandé pour les sessions d'août 1891 et d'avril 1892, à tous les Conseils généraux de France, d'émettre un vœu en faveur du retour au mode de recrutement régional ou à moyenne dispersion. Tous ces Conseils, sauf celui du .Jura, ont écarté ou même repoussé cette demande. Nous nous empressons d'informer nos lecteurs que dès l'année 1892, pour l'appel de la classe de 1891 , M. le Ministre de la guerre s'est rendu aux raisons invoquées, et qu'il vient de rétablir le recrutement régional pour une partie notable de cette classe, soit pour les deux tiers de son contingent. Cette proportion de la répartition à moyenne distance est encore trop faible ; ensuite elle est bien inégale entre les divers départements. Ainsi le Jura, dont le Conseil a réclamé en faveur de l'agriculture, et lui seul, est le plus avantagé de tous; il garde presque tous ses jeunes gens dans la région. Les autres sont tous bien moins partagés ; d'autres départements n'en gardent que le tiers. Enfin il y a des grandes inégalités dans chaque département. Un régiment frontière de l'Est a reçu des hommes de la Charente-Inférieure et des Basses-Pyrénées. Il faut donc que les représentants légaux des intérêts des populations et surtout de celles des campagnes imitent le Conseil général du Jura et insistent pour que cette mesure soit plus étendue, mieux répartie partout, et pour qu'il soit bien établi que c'est là un bienfait qu'on ne pourra plus retirer comme on l'a fait en 1889, sans motif, sans texte de loi et pour obéir au préjugé et à la routine. C. Boissoninet.
SUR LES RUPESTRIS
Les Rupestris ont, je crois, le seul défaut, dont ils ne sont pas causes, d'elre peu connus, les meilleures variétés surtout, dont la plupart des viticulteurs et même des professeurs d'agriculture ignorent l'existence.
Ils sont bien excusables ; car les Rupestris sont encore relativement peu répandus, les mauvaises variétés très nombreuses et les bonnes assez rares. Il était donc difficile de les observer et de les apprécier.
Cependant, il y a dix-huit à vingt ans que M. Martin, de Montpellier, revint d'Amérique avec deux variétés de Rupestris que l'on a appelées depuis Martin et Ganzin. Depuis quinze ans environ, l'Ecole d'agriculture de Montpellier possède quelques pieds de Rupestris qui lui ont été offerts par M. Bourgade.
La même année j'en plantais quelques pieds de la môme provenance.
Les miens et ceux de l'école existent encore, sans être greffés.
Dans bien des collections on possède depuis longtemps des Rupestris, et je suis surpris que, depuis ces époques là, on ne les ait pas propagés davantage.
Il est regrettable, à mon avis, qu'il n'aient pas joué un rôle plus important dans la reconstitution des vignobles, car je crois qu'avec les bonnes variétés de Rupestris on aurait évité les nombreux échecs que l'on a eus avec les Jacquez greffés^ et quelquefois aussi avec lesRiparias.
Je crois même que les Rupestris à eux seuls, employés bien sélectionnés, auraient pu suffire pour la reconstitution générale des vignobles, dans toutes les régions et dans la plupart des sols, à l'exception des sois humides (réservés jusqu'à présent aux Solonis), où certaines variétés ont été attaquées fortement par le pourridié.
1. On lit dans le numéro du Progrès Agricole et Viticole de Montpellier, à la date du 11 décembre 1892, un article signé Degrully. directeur de ce journal, duquel j'extrais le passage sui vant : «Mais dès que l'on sort des terrés de bonne qualité, riches et fraîches, le Jacquez greffé, laisse souvent à désirer, à tel point, que certains propriétaires ont été amenés à le sulfurer. » Le Jacquez porte, à l'échelle de résistance de 0 à 20, la note 13, tandis que beaucoup de Rupestris ont la note 19 1/2.
La végétation particulière des Rupestris, si différente de celle de nos cépages indigènes et même de diverses vignes américaines, aurait-elle été cause de nos préventions contre eux?
A-t-on craint qu'il n'y ait pas compatibilité au greffage entre les Rupestris et les vignes françaises?
Non seulement les Rupestris difïèrent beaucoup des autres vignes, mais il y a entre les nombreuses variétés de Rupestris des différences de végétation, de port, d'aspect et de vigueur très caractéristiques, qui permettent aux moins avisés d'en connaître facilement les diverses variétés.
Si les Rupestris diffèrent entre eux par la végétation, ils différent aussi beaucoup entre eux par leurs aptitudes et la valeur culturale.
Autant les uns sont faibles, rabougris, chlorotiques en général et surtout dans les terrains d'adaptation difficile, autant d'autres variétés sont fortes, rustiques et exubérantes généralement, ainsi que dans les terrains légers, rocailleux, secs, compacts, à sous-sol imperméables, légèrement marneux où les Jacquez et les Riparias sont insuffisants.
Une sévère sélection s'impose donc chez les Rupestris. Cette sélection n'a été faite que fort rarement; de là des insuccès qui ont pu mettre parfois les Rupestris en défaveur.
Ayant eu occasion de constater que, parmi les nombreuses variétés de Rupestris mélangés, certaines se présentaient avec une vigueur remarquable, je me suis plu à observer ces dernières et à les étudier comparativement afin de pouvoir découvrir les bonnes et les meilleures parmi les bonnes.
Les Rupestris les plus connus et utilisés dans la pratique sont : les Rupestris- Martin, les Rupestris-Ganzin, les Rupestris à feuille de Taylor et les Rupestris Forworth.
Le Ganzin ne mérite guère la faveur qu'on lui accorde. Il est relativement à bien d'autres peu vigoureux dans les terrains secs, légers. Il est aussi très sensible à la chlorose. En outre, il est de reprise assez difficile au greffage.
Le Rupestris Martin résiste mieux à la chlorose. Il est assez rustique dans les terrains pierreux et est certaiuement un porte-greffe recommandable, mais il est bien inférieur à la plupart des Forworth.
Le Rupestris à feuille de Taylor est, dit-on, un hybride de Ripariaet de Rupestris. Certains viticulteurs l'ont répandu sous les noms de Rupestris-iEstivalis, Rupestris de Lésignan, etc. Par le feuillage et le bois il a une certaine analogie avec le Taylor, de là son nom. La feuille est cependant d'un vert plus foncé, plus luisante et plus carrée que celle du Taylor. Cette variété n'est guère recommandable que pour les bons terrains et pour les terrains moyens. .Te la crois insuffisante pour les terrains secs et légèrement marneux, où elle se chlorose très facilement.
Mais c'est surtout dans le groupe des Forworth que l'on trouve les rustiques Rupestris réunissant les qualités d'excellents porte-greffes, pour ne pas dire d'incomparables porte-greffes. Je crois bien que, lorsque les viticulteurs connaîtront les meilleures variétés de Forworth, ils abandonneront sans regret les Rupestris Ganzin et Martin et probablement aussi les divers porte-greffes qu'ils possèdent, comme je le fais moi-môme.
Les variétés de Forworth sont nombreuses et généralement vigoureuses. Presque tous produisent de gros sarments et développent vite de très gros pieds. Les bois en sont plus ou moins jaunâtres, clairs ou foncés, quelquefois marrons, mais rarement violacés. Ils sont cannelés et certains ont assez de ressemblance avec les bois du Taylor.
Cette ressemblance a donné lieu à une grande fraude, dont l'acheteur ne peut guère se rendre compte qu'à la végétation. Il n'est pas étonnant que, lorsqu'il a été trompé sans le savoir, il n'ait pas apprécié les Rupestris.
Les feuilles des Rupestris Forworth sont généralement orbiculaires plus ou moins dentelées, plus ou moins à reflets métalliques, avec le sinus ouvert ; quelques rares variétés sont profondément lobées.
Certaines espèces ont les feuilles repliées en dessous. Ces dernières sont vigoureuses et, dit-on, résistantes à la chlorose. Les Forworth réussissent bien au greffage.
Une variété de Forworth à très grande feuille, épaisse, très ronde, dentelée,
d'un vert clair, se présente avec une fraîcheur et une vigueur remarquables dans les terrains fertiles, profonds. Cette variété est faible dans les tevrains très rocailleux. Peut-être résisterait-elle mieux que les autres Rupestris au pourridié dans les terrains humides, puisque la fraîcheur paraît lui convenir. L'expérience nous le dira'.
Depuis quelques années on a sélectionné un Forworth à feuille orbiculaire à reflets fortement métalliques, qui produit de gros sarments étalés avec ramifications rares et peu développées. On l'appelle Paipestris metallica. li existe aussi un autre Forworth métallique à feuilles plus grandes que le précédent, à gros et longs sarments étalés, ne donnant jamais aucune ramification. Ces deux variétés de Forworth sont très vigoureuses.
Deux autres variétés particulières de Forworth m'ont paru, partout où je les ai vues, très remarquables et supérieures à toutes les autres. Ces deux variétés n'étant pas désignées, je les ai appelées : la première Rupestns Saint-Georges érigé, la deuxième Rupestris Saint-Georges étalé.
Toutes les deux sont sauvages et pure de toute hybridation. Elles sont le produit d'une sélection faite sur plusieurs cultures, où elles tranchaient sensiblement sur tous les autres Rupestris qui les entouraient.
Ces deux Rupestris ont l'avantage d'être très rustiques partout où je les ai vus et dans mes sols pierreux, les plus maigres de Saint-Greorges, où la couche arable est superficielle et le sous-sol rocailleux, ils s'y défendent très bien de la sécheresse.
Afin de pouvoir les observer comparativement, j'ai cultivé à leur côté les principales variétés de Rupestris, je les ai même intercalées volontairement dans un mélange de Rupestris de diverses espèces.
Leur développement est, dans tous les cas, infiniment supérieur à celui de tous les autres Rupestris. Ils doublent en végétation et triplent comme grosseur de pied le Rupestris Martin, planté côte à côte. Les sarments en sont beaucoup plus forts et plus longs.
Les Rupestris Saint-Georges érigés et étalés sont des sujets mâles absolument infertiles. Ils ont une superbe floraison et ne retiennent aucun fruit, ce qui est un indice, paraît-il, de grande vigueur.
Le premier de ces Rupestris est très érigé, avec nombreuses ramifications droites hérissées. La feuille est grande, plus large que longue, bien ouverte, dentelée, avec le sinus presque droit. La teinte est claire, vert grisâtre, elle a des reflets légèrement métalliques. Les sarments partent très gros du tronc et s'allongent beaucoup en conservant assez leur grosseur. Ils sont jaunes, roussâtres, le tronc est d'une grosseur invraisemblable, deux et trois fois plus lort que ceux des autres Rupestris à son côté.
Le Rupestris du Lot ou Phénomène si renommé n'est autre que le Rupestris Saint-Greorges érigé. J'en ai reçu quelques pieds de M. de Grasset- que je cultive côte à côte avec mes Rupestris Saint-Georges et je peux affirmer que ces deux variétés sont absolument identiques.
Le Rupestris Saint-Georges étalé est rampant, ses ramifications sont moins nombreuses et bien moins redressées que celles du précédent. La feuille est trilobée, très dentelée, plus foncée, plus métallique que celle du Saint-Georges érigé. Les sarments sont aussi longs et gros, et les pieds très forts dès les premières années. Les sarments sont plus grisâtres que ceux de son congénèi-e.Il se défend de la chlorose sur des parties de terrain marneux où d'autres Rupestris sont jaunes. Certains viticulteurs l'ont appelé Rupestris à feuille de lierre.
Ces deux Rupestris ne sont pas des nouveaux venus pour moi. Depuis longtemps je les cultive et je les observe dans tous mes sols comparativement aux autres. Partout ils affirment leur supériorité.
Depuis six ans je les greffe avec succès et ils me donnent des productions inespérées.
1. Je me propose d'établir, dans un sol gardant l'eau, une collection, aussi complète que possible, de Rupestris pour savoir si certaines variétés ne se défendraient pas du pourridié et de la chlorose, comme le prétendent certains viticulteurs.
J'ai déjà planté, en 1801, une collection conséquente de Rupestris dans un terrain humide, marneux où le Riparia succombe à la chlorose.
2. M.M. de (irasset et Millardet ont signalé la vigueur étonnante, dans les sols pauvres, de ce Rupestris qu'ils ont appelé Rupestris du Lot ou Phénomène.
Ils sont de reprise assurée en boutures et réussissent bien au greffage sur bouture, sur racine et à demeure.
Dans les sols marneux où les Riparias greffés et en nature ont été tués par la chlorose, les Rupestris Saint-Georges, encore non greffés, n'ont pas jauni.
Dans une culture de deux hectares de Jacquez, où se trouvent quelques lignes de Rupestris Saint-Georges greffés depuis six ans, en môme temps que les Jacquez, avec des Aramons, les greffes sur Rupestris sont beaucoup plus vigoureuses que celles sur Jacquez. Elles ont donné deux fois plus de récolte et mieux mûri leurs fruits.
Sur un coteau rocailleux, maigre, les Rupestris Saint-Georges greffés sont beaucoup plus vigoureux que les Riparias à côté, greffés en même temps.
Dans un sol formé par un débris de schiste, d'argile, de sable, où la terre végétale se trouve dans de faibles proportions, les Rupestris Saint-Georges, greffés depuis six ans, se sont très bien développés et portent tous les ans de jolies récoltes. Jamais la vigne française n'avait été aussi florissante dans ces divers sols.
Le Rupestris Mission donne un exemple frappant des grandes différences d'aptitudes, de vigueur, de résistance à la chlorose, des diverses variétés de Rupestris entre elles. Il a été importé d'Amérique par M. Viala, professeur à l'Institut agronomique de Paris, à son retour d'Amérique, après la mission viticole officielle dont il avait été chargé par M. le Ministre de l'agriculture.
Le Rupestris Mission a été placé à l'Ecole d'agriculture de Montpellier dans un terrain argilo-calcaire, où certaines variétés de Rupestris qui l'avoisinent sont généralement rabougries et chlorotiques. Il se maintient depuis trois ans avec une végétation exubérante, d'une verdeur remarquable qui fait contraste avec l'état piteux des autres Rupestris qui l'entourent.
Les Rupestris Saint-Georges étalés et érigés ne se trouvent pas à cette collection. J'exprime à M. Foex, directeur de l'Ecole d'agriculture de Montpellier, et à M. Viala le désir de les voir figurer à côté, si possible, du Rupestris Mission.
Malheureusement que le Rupestris Mission n'existe pas dans les cultures ou du moins n'y a pas été encore reconnu. On n'en voit que quelques rares pieds à l'Ecole d'agriculture. Il est fâcheux qu'il ne soit pas plus répandu, car il est probable qu'il sera un des meilleurs, si ce n'est le meilleur de tous les Rupestris.
Il existe aussi certains hybrides sauvages de Rupestris importés directement d'Amérique, tels que le Riparia-Rupestris, Gordifolia-Rupestris, Cinéréa- Rupestris, Mustang-Rupestris^ Ils sont relativement rares.
Le Riparia-Rupestris se développe vigoureusement dès les premières années. Ses sarments dépassent ceux des Rupestris dans lesquels ils sont mélangés. Les feuilles allongées, lobées, hérissées et pointues rappellent les principales formes de Riparia.
. Les Riparias-Rupestris sont sensibles à la chlorose.
Le Gordifolia-Rupestris a une belle feuille cordiforme, épaisse, d'un joli vert luisant. Il se développe moins vite que le Riparia-Rupestris, mais il paraît assez robuste. Placé depuis deux ans dans un de mes sols les plus secs, très pierreux, il s'y comporte bien, mais il ne peut pas rivaliser avec les bonnes formes de Rupestris-Forworth II ne doit pas tenir sa vigueur du Cordifolia, car ce dernier cépage est faible partout où on le voit et très sensible à la chlorose ^
Le Ginéréa-Rupestris est généralement faible et aussi très sensible à la chlorose, qui l'a tué radicalement chez moi.
Il existe aussi une série de Mustang-Rupestris numéros I à 5, obtenus par M. Ghampin, qui sont très remarquables par leur belle verdeur, leur grande vigueur et une certaine résistance à la chlorose. Il est fâcheux que ces beaux hybrides ne soient pas beaucoup répandus.
Tous ces divers hybrides de Rupestris portent trace de leur hybridation avec les cépages dont ils ont reçu le nom. Il est très facile de les distinguer entre eux et des autres Rupestris.
1. Nous ne nous occupons pas des hybrides Franco-Rupestris, quoique les connaissant.
Nous laisserons aux hybridateurs distingués qui les ont obtenus, tels que MM. Millardet, de Grasset, Couderc, Ganzin, etc., le soin de les décrire et d'en faire connaîlie les mérites.
Mais, nous croyons qu'il sera prudent de les essayer avant d'en faire la grande culture, dans le cas où leur hybridation avec les variétés françaises nuirait à leur résistance au phylloxéra.
1. Dans un de mes sols légers, les Cordifolias de deux ans sont dépassés en vigueur et en grosseur de pied, par les Rupestris Saint-Georges d'un an plantés dans leur racines.
On prétend que les Rupestris ne réussissent pas facilement au greffage. Cependant dans la Bourgogne et dans l'Anjou on le réussit aussi bien sur bouture que le Riparia '. Dans le Midi, je connais aussi de vastes cultures de Rupestris, greffés à demeure, très bien réussis, aux environs de Montpellier ^ ainsi que 'dans le Roussillon.
J'ai remarqué que généralement la réussite était meilleure dans les terrains maigres où le Rupestris se développe moins que dans les terrains fertiles où il est exubérant. Il y aurait donc avantage, dans ce dernier cas, à ne pas trop activer la végétation par les cultures et les fumures, avant le greffage, car il est probable que les insuccès des Rupestris au greffage ne sont occasionnés que par leur excessive vigueur, qu'il est bien facile de modérer dans tous les cas.
On a Souvent reproché aux Rupestris.de provoquer la coulure sur ses greffes. L'expérience nous a prouvé que ce défaut n'est pas inhérent à sa nature. Il est certain que, dans bien des cas, on a vu des Rupestris, greffés avec diverses variétés, très coulards. Mais il a suffi de maîtriser la végétation par la taille longue ou par une branche à fruit pour obtenir d'abondantes récoltes.
LesRiparias et autres porte-greffes, comme les Rupestris, ont produit, par suite de leur excessive vigueur, les mêmes accidents de coulure, auxquels j'ai toujours obvié facilement par ce moyen là.
Afin que l'on soit édilié sur la valeur agricole des Rupestris, nous croyons devoir faire connaître l'appréciation de M. Millardet, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, dont l'autorité viticole est bien connue, en ces termes :
« Les Rupestris purs. — Les Rupestris sont des porte-greffes très supérieurs aux Riparias, à tous les points de vue et dans tous les terrains, mais surtout sur les coteaux et dans les sols très caillouteux.
<c La chlorose est beaucoup moins à craindre pour la plupart d'entre eux que pour les Riparias. La souche grossit plus rapidement que chez ces derniers.
« Les sarments principaux y sont plus gros, la moelle moins large et les nttuds plus rapprochés. »
Nous espérons que de part et d'autre on poursuivra l'étude et les observations intéressantes sur les Rupestris, afin de pouvoir les utiliser tout au moins dans les terrains où les autres porte-greffes ne peuvent pas réussir, en attendant de les utiliser généralement avec grand succès. E. Gourty,
à Saint-Georges-d "Orques (Hérault).