LES FRUITS PRÉCOCES
Les fruits précoces sont, peut-être, de ces diverses catégories les plus rémunérateurs; tous ne le sont pas, à un égal degré ; les pommes, par exemple, venant à une saison déjà encombrée par les poires, les pêches, les raisins, passent au second plan, mais c'est là une exception et la plupart des fruits arrivant les premiers sur les marchés, se vendent à de bons prix.
Je n'ai pas l'intention d'entrer ici dans l'étude des fruits précoces — ce qui serait cependant fort intéressant, — mais j'en veux citer un exemple frappant dans les pêches. A Montreuil, les premières pêches se vendent de 2 à 3 francs pièce. Dans le Midi, la pêche Amsden, mûre du 10 au 20 juin, a fait la fortune de nombreux cultivateurs. Dès les premières années, on arrive à une moyenne de vingt francs par arbre, chiffre qui augmente plus tard.
Aussi les Américains du Nord se sont-ils adonnés avec fureur à la culture des pêches précoces : Arnsden^ Âlexander, Précoce Béalrix, Précoce Hivers^ Précoce de Halle! On cite un propriétaire de la Géorgie dont la culture de pêchers occupe 840 hectares! 150,000 arbres formés en gobelets, pour en faciliter la cueillette, s'y trouvent répandus.
Après les pêches, le fruit précoce le plus recherché est assurément le raisin. Ici encore, on a intérêt à avoir des raisins de table de première saison et c'est pour indiquer une variété fort peu connue et fort peu répandue que j'écris cet article. Il s'agit du Chasselas Saint-Bernard.
Ce cépage est originaire d'Italie ; les grappes, de belle grosseur, sont formées de grains plus gros que ceux du Chasselas doré et moins rapprochés; la chair en est ferme et transparente ; l'eau est abondante, sucrée et agréablement parfumée ; la peau ferme et mince se dore au soleil et présente une agréable couleur; le plant est d'ailleurs d'une fertilité soutenue et ne coule pas.
Mais tous ces avantages généraux ne seraient pas suffisants pour recommander spécialement le Chasselas Saint-Bernard, s'il n'avait une qualité toute particulière : c'est sa précocité. Il mûrit, en effet, de douze à quinze jours avant le chasselas doré! On comprend l'avantage que peuvent en tirer les cultivateurs des régions tempérées. Ils enverront ce chasselas sur les marchés de Paris et Londres une ou deux semaines avant le chasselas ordinaire, ce qui leur assurera un bénéfice considérable.
J'ajoute que le Saint-Bernard prend très bien la greffe sur Solonis et sur Kiparia; les grefïons entés sur Riparia Gloire de Montpellier ont poussé chez moi avec une grande vigueur.
J'ai fait connaître ce plant, il y a quelques années au célèbre viticulteur de Thomery, M. Salomon, qui m'en adonné, à diverses reprises, les meilleures nouvelles. Il m'écrivait récemment encore que comme vigueur, fertilité et beauté du fruit, il pouvait comparer le Chasselas Saint-Bernard au Chasselas Gros-Coy lard ou duc de MalakofJ, avec cet avantage pour la première de ces variétés que le Saint-Bernard n'était pas sujet à la coulure comme les deux autres cépaiies.
Malheureusement, ce plant est encore très rare en France et il n-^est pas facile de s'en procurer; pour ma part, je n'en ai pas une seule bouture à céder, ce qui prouve mon désintéressement en cette question, et les boutures dont dispose M. Salomon sont déjà retenues. Je crois