IV. — Les animaux reproducteurs
C'est la première lois que le concours d'animaux reproducteurs a présenté toute son ampleur, par l'adjonction des femelles aux mâles qui y liguraient seuls jusqu'ici. Cette adjonction a été fort heureuse, pour donner au concours la véritable physionomie qu'il doit conserver désormais. Elle a assuré décidément à cette partie de l'exposiiion agricole la prédominance qu'elle doit posséder. Ce n'est pas à dire que le concours d'animaux gras soit appelé à disparaître, comme quelques personnes paraissent le croire, car la faiblesse numérique de ce dernier est due, cette année, à des circonstances exceplionnelles ; mais il doit devenir la partie secondaire d'une solennité dont il a l'ait autrefois tous les frais. Ce changement a sa raison d'être dans la diffusion de plus en plus nécessaire des bons principes d'élevage dont le concours d'animaux reproducteurs est destiné à fournir les meilleurs exemples.
Les dix-huit catégories entre lesquelles les races bovines étaient
réparties, présentaienl, comme on devait s'y attendre, une importance très inésjale. La plus nombreuse était, comme toujours à Paris, celle des Durham, dont les éleveurs ont été les ()rincipaux promoteurs du concours de reproducteurs. Une centaine d animaux, la plupart choisis avec soin, formaient cette collection. La plupart des meilleures étables du centre et de l'ouest y étaient représentées; léleviiiie s'y poursuit avec un grand esprit de suite, ce qui ressort de ce l'ait que^ sur une vingtaine d'exposants, quinze se sont partagé les prix prévus au programme et les nombreux prix supplémentaires qui y ont été ajoutés. Les lauréats ont étéMM. deClercq, le comte de Blois, GroUier, Petiot, Auclerc, Le Bourgeois, Boitelle, Desprez, Mac Allister, Signoret, Larzat, Souchard, Gandon, de Quatrebarbes, Daudier. ['n grand prix a été remporté par M. Grollier, pour son taureau Rancio Hinks, rouge et blanc, âgé de 31 mois et demi.
Pour les races françaises, la race normande occupait la place la plus importante; elle était représentée par une centaine d'animaux. L'enseinble formai'- une très belle collection, surtout pour les vaches; M. Castel a remporté un grand prix pour une très belle vache âgée de 5 ans. Les autres principaux lauréats ont été MM. Céran- Maillard, Noël frères, Gloria, Gillain, Fanet, Guesdon, François iNoèl, Henry, etc. Le concours a donné une nouvelle démonstration des grandes qualités laitières des vaches normandes : dans la catégorie réservée aux bandes, c'est une bande de quatre belles vaches exposées par M. Castel qui a été mise au premier rang.
La race limousine se maintient avec les grandes qualités que ses éleveurs lui ont imprimées. Une quarantaine d'animaux figuraient au concours; à de très rares exceptions près, tous ces animaux sont inscrits au herd-book limousin, ce qui est la preuve de la grande importance que les éleveurs attachent au livre généalogique qu'ils ont institué. Deux grands prix ont été attribués à cette race : l'un, pour les taureaux, à MM. Guybert et Roche, pour liuridan, âgé de 34 mois et demi ; l'autre, pour les vaches, à M. Teisserenc de Bort, pour Giiinegrange, âgée de 5 ans. Cette dernière représentait un des plus jolis types de vache limousine qu'on pût voir. A côté de ces grands lauréats, il est juste de citer les noms de MM. Caillaud, Robert, Parry, deRomanet, Delpeyron, Beaubrun, etc., qui montraient aussi d'excellents types de cette belle race.
C'étaient aussi des animaux de choix qui figuraient dans la catégorie de la race flamande. Les principales récompenses ont été remportées, pour les mâles, par M. Duriez et M. Gusson-Cousinne ; pour les femelles, par MM. Lebecque, Delattre et Ghestem. Aucun grand prix n'a été attribué pour cette race ; si l'on a compris que les vaches flamandes furent battues à cet égard par les normandes, on a admis plus diiTicilement qu'un taureau salers ait été substitué à un taureau flamand dans la stalle d'honneur réservée aux mâles des grandes races laitières d'origine française.
Quand il s'agit de la race charolaise ou nivernaise, le concours de Paris rencontre une rude concurrence dans ceux qui l'ont précédé à Bourges et à Nevers. Celte catégorie comptait néanmoins une dizaine d'exposants, avec de fort bons animaux. Les principaux lauréats ont
été MM. Joyon, Boiirdeau, Moreau, Chaumereuil, Grand, Guillerand, etc.
Les races du massif central, race de Salers et race d'Aubrac, n'étaient représentées, surtout la dernière, que par un nombre assez restreint d'animaux. Pour la race de Salers, M. Gouderc a été le principal lauréat ; il a remporté un grand prix pour un taureau âgé de 31 mois. Pour celle d'Aubrac, M. Cabrolier, M. Gaubert et M. Cazes présentaient les meilleurs animaux. — La race parthenaise formait une des meilleures sections du concours ; les éleveurs ont réalisé, depuis une dizaine d'années, de notables progrès dans la sélection de cette race. Il en est de même pour ce qui concerne les races de la région du sud-ouest, notamment pour la race garonnaise, et surtout pour la race bazadaise ; des éleveurs des départements les plus éloignés ont envoyé au concours des animaux sans espoir réel d'y trouver des débouchés, mais avec le légitime désir de montrer les résultats d'efîorts sérieux et persévérants pour améliorer leur élevage. La malléabilité des animaux domestiques sous l'influence d'une bonne sélection et d'une alimentation abondante et soignée, se manifeste à des degrés variés, il est vrai, mais d'une mâ,nière de plus en plus sensible pour ces diverses races.
Dans la région de l'est, la race de Montbéliard prend de plus en plus d'importance, concurremment avec les races suisses de Schvvitz et de Simmenthal. Ces races sont bien connues pour leurs qualités laitièrese; elles étaient représentées au concours par de très bons sujets; la catégorie réservée à la race Schwitz était surtout bien garnie. On doit en dire autant de la race hollandaise, qui était une des mieux réprésentées; un grand prix a été accordé dans cette race, à M. Cousin, pour une très belle vache, âgée de 5 ans 8 mois, en pleine lactation et d'une conformation très régulière.
Les petites races laitières étaient représentées surtout par une très belle collection de la race bretonne. Il y a toujours une différence notable entre les animaux présentés dans les concours et ceux qui paissent dans les landes de la Bretagne; c'est la meilleure démonstration de l'influence des soins et dune bonne alimentation sur les animaux qui paraissaient devoir être rebelles à tout progrès. Un grand prix a été accordé à M. Guyader, pour un très joli taureau de 28 mois. Quelques bandes de vaches bretonnes, si appréciées dans les maisons de campagne, ont appelé tout particulièrement l'attention des visiteurs. — A coté, de très l)ons animaux de la race jersiaise faisaient très bonne figure. Tous ceux qui ont visité les concours de l'ouest connaissent la valeur du grand troupeau de MM. de Lariboisière et Ayraud; un grand prix leur a été décerné pour une belle vache de 6 ans. M. de Baudicour et ?*I. Regnouf de Vains ont exposé aussi de bons animaux de la même race.
L'exposition des races ovines comptait environ 230 lots. Les catégories les mieux représentées étaient celles des races mérinos, dishleymérinos et southdown; quelques lots de la race dishley et de races françaises diverses complétaient cette partie du concours.
La race mérinos était représentée par une cinquantaine de béliers et de lots de brebis. Les mérinos du Soissonnais y étaient les plus
nombreux; quelques éleveurs de la Marne, de la lieauce et du Chàtillonnais y figuraient aussi, comme quelques types de la célèbre bergerie de Wideville (Seine-et-Oise). 11 est toujours à regretter que le programme du concours ne sépare pas les mérinos à plis des mérinos sans plis ; c'est ce que les éleveurs demandent depuis longtemps, sans pouvoir l'obtenir. Les troupeaux bien connus de MM. Conseil- Triboulet^ Lemoine, Hincelin, Parent, dans le Soissonnais, de M. Chevalier, dans la Marne, de M. Hellard, dans l'Eure, se sont partagé les principales récompenses; deux grands prix ont été attribués dans cette catégorie : à M. Conseil-Triboulet, pour un bélier de 14 mois, et à M. Chevalier, pour un lot de trois brebis de 27 mois. — Pour les dishiey-mérinos, M. Couesnon-Bonhomme, M. Longuet et M. Brébion ont été les principaux lauréats. — Les troupeaux de la Charmoise, appartenant à M. Guyot de Villeneuve, M. Bodin et M. Ferté, étaient bien représentés. Un nouvel exposant pour cette race, M. Brunel, directeur de l'Ecole d'agriculture de Crézancy (Aisne), avait aussi de bons animaux. — Nousavons eu déjà à signaler les remarquables résultats réalisés par M. Delfour dans l'amélioration des moutons des causes du Lot; ces résultats ont été constatés à nouveau dans le concours. De bons animaux étaient présentés aussi par M. Brel. A signaler aussi particulièrement les cauchois de M. Nepveu et de M. Ilegnouf de Vains, les moutons de Millery, de M. Caubet, les comtois de M. Jeannot, les bretons de M. Leroy, les berrichons de M. Aucouturier et de M. Letellier-Delafosse, les algériens de M. Couvreux.
Lessouthdowns formaient le fond de l'exposition des races étrangères. M. Mallet a remporté dans cette catégorie trois premiers prix sur quatre. Les shropshires deM.Tiersonnieret de M. Le Bourgeois ont eu ensuite les honneurs de l'exposition. Pour les dishley, trois bergeries bien connues étaient surtout en présence; ce sont celles de M. Massé, de M. Signoret et de M. Tiersonnier ; elles se sont partagé les prix. M. Signoret a remporté deux grands prix, celui des mâles et celui des femelles pour les races étrangères.
Pour les races porcines françaises, la lutte était surtout entre les craonnais et les normands, les premiers étant en plus grand nombre. C'est à eux que sont allées les récompenses. Un grand prix a été remporté par M. Lionel-Latham ; MM. Guillaumin, Gravier, le frère Bertrandus, Roux, exposaient de très bons animaux. De bons croisements de craonnais avec la race normande étaient exposés par M. de Baudicour et par M. Camus; des croisements craonnais-bourbonnais excellents, par M. Gravier,
Les porcs yorkshires étaient assez nombreux^ et pour la plupart très bons. Quelques-unes de nos meilleures porcheries dans les diverses régions ont pris part au concours. A citer celles de MM. de la Massardière, Guillaumin, de Clercq, Petiot, le frère Bertrandus, etc. M. Guillaumin a obtenu un grand prix pour une très belle truie de cette race. Quant aux croisements, les yorkshires-picards de M Paillart ont surtout fixé l'attention.