LES SYNDICATS AGRICOLES ET LES DEPOTS D'ENGRAIS
LES SYNDICATS AaRICOLES ET LES DEPOTS D'ENGRAIS
Il est bien entendu, à l'heure présente, par tous les agriculteurs intelligents, qu'il n'est guère possible de faire de bonne culture sans le concours des engrais chimiques. Sauf peut-être pour quelques cas particuliers, bien rares hâtons-nous de le dire, comme ceux où l'on est adjudicataire de boues de ville ou de fumiers de cavalerie, quand l'on peut utiliser pour la fertilisation des sols. des déchets d'industrie ou que l'on possède beaucoup de prairies irriguées et colmatées naturellement. Et encore si la terre dont on dispose n'est pas bien équilibrée au point de vue de ses éléments chimiques, il est indispensable, malgré cela, de recourir aux engrais du commerce pour donner au sol la ou les substances qui lui font défaut. C'est affaire surtout d'appréciation pratique.
M. Grandeau a cherché à évaluer, approximativement bien entendu, les quantités d'engrais nécessaires en France, outre le fumier employé, pour combler le déficit créé au sol par les récoltes enlevées annuellement. Il est arrivé aux chiffres suivants qui semblent énormes: nitrate de soude, 1,747,000 tonnes; sulfate d'ammoniaque, 1,463,000; phosphate tribasique, 658,000; scories de déphosphoration, 876,000; superphosphate, 1,240,000; chlorure de potassium, 1,985,000; kaïnite, 3,300,000.
Il est bien certain que si l'on donnait un peu plus de soins à l'engrais de ferme, ces chiffres seraient de beaucoup réduits. Tous les agronomes ne cessent de le conseiller et M. Grandeau ajoute à cela « que tous les efforts du cultivateur doivent se porter vers l'emploi, sur une vaste échelle, des engrais minéraux. »
Or, d'après la statistique officielle du Ministère de l'agriculture, il a été importé en France en 1891 , le chifîre total de 180,232,301 kilog. de nitrate de soude, ce qui fait, par hectare cultivé, la moyenne « formidable » de4 à 5 kilog. de cette substance. Pour ce qui concerne le chlorure de potassium qui, comme on le sait bien, est de provenance germanique, il nous a été expédié, durant la même année, 1 1,827,867 kilog. seulement, soit un peu moins de 500 grammes par hectare. On avouera que ces chiffres sont bien minimes pour qu'on puisse espérer encore faire de la culture à grands rendements!
Or, ce n'est pas tant l'ignorance du cultivateur sur l'utilité des engrai? chimiques que l'exploitation éhontée dont il a été l'objet de la part de commerçants sans scrupules, qui fait que l'on peut encore constater, dans notre pays, des chiffres aussi dérisoires que ceux que nous signalions plus haut pour l'emploi de substances, qui, à elles seules, pourraient rendre l'agriculture infiniment plus prospère qu'elle ne l'est actuellement.
Et c'est pourquoi l'on peut affirmer que la loi du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels agricoles a été un véritable bienfait pour le cultivateur, en ce sens que cela lui permet de n'être plus volé impudemment comme il l'était souvent dans l'achat de substances fertilisantes quelconques. Les syndicats agricoles comptent maintenant près de 500,000 affiliés et de cela il est à espérer des fruits sérieux.