Elirait du rapport du Jury
SUR L'KXPOSITION des vins de TOULOUSE. 269
En ce moment, les vins blancs sont plus recherchés que les vins rouges et se vendent mieux. On en fait une consommation chaque jour grandissante. L'excès de production qu'on entrevoit déjà pour les vins rouges — ■ tout au moins pour les vins communs — est encore bien éloigné pour les vins blancs. J'appelle sur ce point l'attention des viticulteurs soucieux de l'avenir.
Vins de vignes françaises conservées. — De l'avis des négociants qui, de longue date, connaissent les Villaudric, ces vins, sans être indignes de leur vieille réputation, ont quelque peu perdu de leur belle couleur, de leur vinosi té et de leur finesse. Il n'y a pas à en être surpris, quand on songe que le phylloxéra a d'abord détruit les vignes de coteau qui fournissaient les fruits les plus généreux. Gependanton trouve encore à Villaudric de bons vins, d'une très belle robe, contenant de 11 à 12 degrés d'alcool et 30 grammes d'extrait sec. Ils ont une certaine rudesse due, sans doute, à la prépondérance de la Négrette; mais celle-ci est affinée, nous en avons acquis la conviction, par l'addition à la cuve des cépages blancs, Ghalosse et Mauzac. Ce sont des vins complets, susceptibles de figurer sur une bonne table, mais dont l'emploi le plus habituel est de servir à des coupages pour les besoins du commerce de Bordeaux.
Les Fronton ont mieux conservé leur ancien type que les Villaudric; ils ont moins de corps, mais plus d'agrément. On nous a présenté une importante série vraiment digne d'éloges. Je citerai en tête ceux de MM. Lassalle, Grayral et E. Hébrard, qui ne laissent rien à désirer. Celui de M. Hébrard, de 1892, a dosé 12 degrés d'alcool et 30.9 d'extrait sec.
Les vins rouges de Gaillac, à quelques exceptions près, nous ont paru plus dégénérés que les Villaudric. De ce côté, on paraît trop délaisser les Brocol et Duras pour sacrifier au Valdiguier et aux hybrides Bouschet.
A côté des Villaudric, Fronton et Gaillac, faisaient bonne figure les vins des pays voisins, dont quelques-uns pouvaient être mis en parallèle avec eux. Puis se faisaient remarquer, par leur belle couleur et leur forte constitution, les nombreux échantillons de l'arrondissement de Muret, parmi lesquels ceux de Longages. On trouve encore dans cette partie du département de gros vins de coupage et de bons vins de consommation directe; mais les vieilles vignes y sont déjà rares, et la reconstitution sur pied américain y suit une rapide impulsion.
Vins de cépages américains non greffés. — Le Jacquez est, dans notre climat, trop sujet à l'anthracnose pour qu'on puisse le considérer autrement que comme porte-greffe discutable. Nous avons examiné cependant les vins de ce cépage qui, à l'intensité de coloration que l'on connaît, joignaient un goût acceptable, où le fox se faisait peu sentir. Ils étaient cuvés sans addition d'acide tartrique. On voit bien qu'ici les conditions ne sont plus les mômes que dans la région de l'olivier.
Cette remarque s'applique à tous les producteurs directs'. Le goût de fox y est moins apparent que dans les pays plus secs et plus chauds. Nous avons dégusté des vins d'Othello, dont le commerce s'accommoderait volontiers; ils étaient d'une couleur aussi intense et aussi vive que celle des hybrides Bouschet.
Je signalerai, en passant, quelques échantillons d'Herbemont bien réussis, un échantillon d'Othello et Secrétary qui nous a étonnés par son goût presque franc, et surtout une eau-de-vie d'Othello de 1892, fabriquée chez M. d'Adhémar, qui a été trouvée excellente, et, en tous cas, bien supérieure à toutes les autres eauxde-vie du département.
Il serait bizarre que l'Othello, qui semblait condamné à n'engendrer que des vins grossiers, fût apte à devenir un rival de la Folle-Blanche.
Vignes grejfées. — Les vins de vignes greffées sur américain, que nous avons comparés avec ceux des vignes franches de pied, nous ont fourni la preuve que le greftage n'altérait pas le goût propre à chaque cépage. Cette constatation n'est pas nouvelle, mais comme il y a encore des incrédules, il est bon d'y insister. Ainsi, les vins de nos anciens plants, qu'ils proviennent de vignes greffées ou non, offrent exactement les mêmes caractères, et gardent leurs qualités et leurs défauts héréditaires. Ces plants ont leurs fervents et leur détracteurs. Les uns les considèrent comme les meilleurs; les autres les rejettent et les remplacent par d'autres ou plus fertiles ou plus délicats. Mais la plupart hésitent, tâtonnent, font des essais. C'est ce qui explique qu'on nous ait adressé les vins d'une multitude de cépages, vinifiés tantôt séparément, tantôt en proportions diverses. On a
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voulu, sans doute, connaître notre opinion à leur égard, afin de ne multiplier que ceux ayant donné les meilleurs résultats. Il est temps encore de choisir, puisque la reconstitution est loin de loucher à sa fin
La plus belle série de vins de fins cépages a été présentée par M. E. Hébrard, un viticulteur de vieille roche. Dans un temps oii dominait la routine et où les échanges étaient peu faciles, il avait réuni, sur son domaine de Montplaisir, les cépages les plus justement renommés des diverses parties de la France; et il a pu nous offrir des vins de Bordeaux, de Bourgogne,* de Gôte-Rôtie, et même de Johannisberg, tous récoltés chez lui. Sans affirmer qu'ils sont identiques aux crus d'origine, ii n'est pas téméraire de prétendre qu'ils pourraient, parleur saveur et leur bouquet, tenir à côté d'eux une place honorable.
Venaient ensuite les belles colleclions de M. d'Hébray (du Mas-Grenier); de M. Lignières et de Mme de Pons (de Villaudric) ; de MM. Delbreil et Desplats (de Gaillac); de M. G-ily (de Foix) ; de MM. Marcel et de Capèle(de Fonsorbes); de M. Bar (de Castres); de M. Bergis (de Pech-Bétou, Tarn-et-Garonne) ; de M. Saint-Pé (de Muret); de M. de Palaminy (de Palaminy, Haute-Garonne); de M. Fabre (de Revel), etc. Leur dégustation a fait la preuve que nos terres et notre climat se prêtent merveilleusement aux productions viticoles les plus variées, et qu'il nous suffit de vouloir pour créer un vignoble digne d'attirer l'attention du commerçant et du consommateur.
Ces vins, de qualité^ se divisent en deux groupes : vins corsés pour coupages avec les produits trop délicats des crus secondaires du Bordelais, et vins vraiment fins que, pour employer une expression du commerce, j'appellerai bons bourgeois. Les premiers sont représentés par les Villaudric, Fronton, Gaillac, Longages; les seconds sont encore en trop petite quantité pour jouer un rôle effectif.
Les vins corsés de la Haute-Garonne sont à base de Négreite ; ils étaient, autrefois, renforcés de Bouchalès ou Malbec, ce qui atténuait leur rudesse et leur communiquait ce qu'on appelle le gras. Dans ces derniers temps, le Bouchalès s'est montré si coulard qu'on l'a peu à peu éliminé. Eh bien! il faut y revenir, de l'avis des négociants de Bordeaux. Il est à espérer que la sélection et le greffage atténueront sa propension à la coulure.
A côté du Malbec, ou à son défaut, on se trouvera bien de greffer la Petite Syrrha, de l'Hermitage. Les vins qui contenaient une proportion notable de ce cépage hors pair avaient ce corps, cette chair, ce moelleux, cette belle couleur rubis que prisent tant nos acheteurs girondins. Ceux-ci considèrent que nous avons le plus grand intérêt à rechercher la robe et le degré, alliés à une certaine fine^^se. Les vins qui répondaient le mieux à ce desideratum ont été obtenus, l'un par M. Valais (de l'Isle-d'Albi), avec 6/10 de Got ou Malbec, 2/10 de Brocol ou Fert et 2/10 de Cabernet-Sauvignon; l'autre, par M. d'Hébray, au Mas-Grenier, avec moitié Cabernet-Sauvignon et Petite-Syrrha.
n est à remarquer qu'à l'exception du Pineau, qui se suffit à lui-même, — on a pu en juger par les échantillons de MM. Galy (de Foix), et E. Hébrard (deFronton) ; — les autres espèces n'acquièrent leur perfection qu'associées entre elles dans une cetaine mesure. Ainsi le Cabernet-Sauvignon, quels que soient ses grands mérites, produit, à lui seul, un vin un peu sec, un peu maigre. 1\ gagne énormément à être renforcé de Merlot et de Malbec. S'il m'était permis de donner un conseil à ceux qui aspirent à se rapprocher du type Médoc, je leur conseillerais de greifer, à parties égales, le Cabernet-Sauvignon, le Merlot, le Malbec et la Petite-Syrrha. Je me garderai de soutenir qu'avec cet encépagement, ils obtiendrons du Médoc; mais, s'ils n'en réalisent ni la finesse ni le bouquet, ils seront un peu dédommagés par plus de chair et de couleur, et trouveront à vendre, convenablement, à Bordeaux même.
Tous les viticulteurs ne peuvent prétendre aux grands vins; ils n'ont pas toujours un terrain et une exposition qui s'y prêtent; d'ailleurs, il faut reconnaître que si les cégages du Médoc sont de rendement moyen, le Pineau de Bourgogne est peu productif. Aussi leur ambition doit se borner à récolter de bons vins d'ordinaire. A quels plants les demander?
Ils ont essayé le Portugais bleu., qui se comporte bien en coteau, mais a besoin d'être mis en fermentation avec un raisin riche en acide, lui-même en étant pauvre, et donnant, à complète maturité, un vin fade et mou. Le Gamay de