‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 178 sur 691 · SUR L EXPOSITION DE VINS DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

SUR L EXPOSITION DE VINS DE TOULOUSE

Bouze, qui mûrit peu après lui, et qui a le défaut opposé, peut lui venir en aide.

Un des cépages le plus en faveur est le Gramay ; mais on oublie de faire la distinction entre les divers Gamays. Les uns, à grosses grappes, rendent beaucoup, mais donnent un vin léger, dont la couleur a besoin d'être rehaussée; les autres, à petites grappes et petits grains, sont moins prodigues, mais fournissent un vin qui peut se passer de mélanges. C'est, sans doute, les premiers que visait l'édit célèbre de ce duc de Bourgogne qui proscrivait « l'infâme et déloyal Gamay, » car le Petit-Gamay, qui alimente les vins frais et agréables du Beaujolais, ne méritait certes point pareil ostracisme.

Le vin de Petit-Gamay, récolté à Fonsorbes par M. Marcel, nous a paru bien constitué, assez coloré et de bon goût.

Le Pernant^ hybride de Gamay et de Pineau, a donné chez M. Hébrard un vin de même nature, mais avec des quantités plus accusées.

La. Mondeuse, de Savoie, aussi fertile que notre Négrette, a fourni aussi un vin de mérite.

M. O'Byrne, de Saint-Géry (Tarn), nous a montré un vin de Pineau-Saint- Laurent, additionné de Sémillion, qu'on peut mettre au même rang que celui de Gamay. Il conviendra de refuser à ce cépage l'adjonction du mot Pineau, qu'il ne paraît pas mériter, pour lui laisser seulement le nom de Saint-Laurent.

Pareille détermination devra être prise pour le Bouchalès de Parpan, qui n'est pas un Bouchalès (Gôt, Malbec), quoiqu'il s'en rapproche par sa richesse saccharimétrique et son pouvoir colorant. Les échantillons qu'on nous a soumis étaient mal fermentes; ils contenaient encore du sucre et commençaient à se piquer.

Nombreux étaient les spécimens d'hybrides Bouschet, parmi lesquels nous devons signaler un vin d'Aspiran-Bouschet, dont la couleur représentait une vraie teinture, mais qui n'avait qu'un faible degré (8". 85), un vin de Grand-Noir et d'Alicante-Bouschet, moins foncé et moins alcoolique (8"), qui plaisait à MM. les négociants et offrait cette particularité d'être récolté chez M. Sahuc, aux environs de Gastanet, c'est-à-dire, en terre-fort, généralement considéré, mais à tort suivant nous, comme très défavorable à la vigne.

Do tous les hybrides Bouschet, un seul, plus réfractaire à l'anthracnose que ses congénères, parait avoir acquis droit de cité parmi nous. Je veux parler du Grand-Noir de la Calmette ou Espar-Bouschet. Sa production est considérable et son vin de bonne qualité. On lui reproche, avec raison, d'être peu alcoolique. Toutefois, il faut indiquer qu'on le vendange trop tôt, sans attendre sa complète maturité. Son raisin noircit de bonne heure, et on le croit mur, tandis qu'il est encore susceptible de gagner un ou deux degrés. Il a le privilège de garder sa couleur intacte d'une année à l'autre. M. Salers, de Gampsas (Tarn-et-Garonne), nous a soumis un vin de Grand-Noir, de la récolte de 1890, qui avait conservé sa magnifique robe, et que le jury a déclaré excellent.

Parlerai-je avec détails, des vins de Gastets fermes et colorés; des vins de Jurançon noir, Fert, Mancin et Saint-Macaire, cépages de la Gironde, à production dépassant la moyenne et fournissant des vins estimables ; du Durif, de l'Isère, dont le vin alcoolique et coloré est quelque peu grossier; du Valdiguier, qu'on a qualifié d'Aramon du Sud-Ouest; de la Mérille, à réputation surfaite, et d'une multitude d'autres variétés qu'ont essayées nos viticulteurs? Gela nous entraînerait trop loin et ferait dépasser le but auquel nous devons nous borner en ce moment, celui de tracer plutôt des lignes générales que d'indiquer, par le menu, le fort et le faible de chaque variété de vignes. Au surplus, l'Exposition de vins de 1892 sera suivie, chaque année, d'expositions nouvelles, qui, en augmentant les éléments d'information, rectifieront peut-être les impressions actuelles et permettront d'asseoir plus solidement une opinion motivée —

En terminant, laissez-moi citer quelques lignes, écrites il y a trente ans, par le D'" J. Guyot, dans son Enquête sur la viticulture du Sud-Ouest, et qui sont encore d'actualité." Dans les onze départements que j'ai parcourus, dit-il, le choix des cépages m'a paru soumis à un double courant inverse, dont les sources sont d'une part la Gironde et le Lot, et d'autre part l'Hérault, le Boussillon et l'Aude. La Gironde et le Quercy ont engendré tous les bons vins des départements intermédiaires ; tous les vins médiocres sont engendrés parle Sud-Est. C'est dans laHaute- Garonne que les deux courants se heurtent; mais les bons vins y triompheront. »

272 SUR l'exposition DP: vins de TOULOUSE.

Puisse celte prophétie se réaliser ! Le moment est favorable, puisqu'il ne s'agit plus, comme autrefois, de transformer un vignoble en rapport, mais de créer, de toutes pièces, un nouveau vignoble.

Produire de «- bons vins « nous est facile ; la démonstration en est faite. En nous attachant plus à la qualité qu'à l'abondance, nous augmenterons la réputation de nos crus, nous dirigerons vers nos pays, un peu abandonnés, les acheteurs du dehors, et nous assurerons ainsi le bien-être de nos populations.

D"" P. DE Lapeyrouse,

Rapporteur du Jury de dégustation.

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