I. — La situation
L'hiver s'achève avec des conditions météorologiques qui donnent à la saison des allures absolument différentes de celles qu'elle a présentées jusqu'ici. Pendant la deuxième quinzaine de février, le temps a été doux et humide ; des chutes abondantes de pluies ont provoqué la fonte rapide des neiges dans les régions montagneuses, et sous leur influence les rivières ont grossi, sans que cependant on ait à signaler jusqu'ici des inondations dangereuses. Mais, l'excès d'humidité a pour résultat d'enrayer l'exécution des travaux et des semailles qui deviennent urgents, et, en outre de provoquer, par un lavage excessif, l'entraînement d'une partie des engrais et des principes utiles que renferment les terres. La végétation des céréales et des prairies a repris dans la plupart des régions; elle est presque partout assez vigoureuse pour ne pas provoquer d'inquiétudes relativement à l'avenir. L'hiver aura été, en somme, assez régulier pour ne pas laisser de traces désastreuses ; il convient cependant de faire exception pour une partie de la région de l'Est où les vignes et les arbres fruitiers paraissent avoir souffert assez cruellement des froids excessifs du milieu de janvier.
La Chambre des députés a terminé enfin la discussion du projet de budget pour 1893. Nous n'insisterons pas sur les résolutions par lesquelles elle a essayé de parer au déficit provoqué par les mesures relatives au régime des boissons. Il paraît de plus en plus probable, en effet, que le Sénat disjoindra ces mesures de la loi budgétaire pour en faire l'examen séparément; il lui est impossible de discuter en quelques semaines seulement des dispositions qui ont absorbé le temps de la Chambre pendant des mois. — A l'occasion des évaluations budgétaires sur le produit des douanes, M. Méline a jugé nécessaire de montrer combien ces évaluations sont précaires, et de protester à l'avance contre les accusations analogues à celles dont on ne s'est pas fait faute en 1892, relativement au déficit des recettes sur les évaluations. On ne pourra établir d'évaluation sérieuse sur le produit des douanes qu'après les premières années du fonctionnement du nouveau régime économique.
IL — Le crédit agricole.
On sait que la Chambre des députés a voté, en première lecture, la proposition de M. Méline sur l'organisation du crédit agricole ; comme complément de cette proposition, le Gouvernement a présenté un projet tendant à encourager l'organisation d'une Société dont les opéra- No 1372. — TOME I" DE 1893. — 4 mars.
tiens consisteraient exclusivement à escompter les effets des associations agricoles régulièrement constituées en vue d'effectuer des opérations de crédit, et à lui concéder une garantie d'intérêt s'élevant, au maximum, à deux millions par an. La Commission du crédit agricole a étudié ce projet, et M. Mir vient de déposer à la Chambre, en son nom, un rapport concluant à l'adoption du projet. La discussion sur ce sujet viendra devant la Chambre, en même temps que la deuxième délibération sur la proposition primitive. 11 est désirable que cette discussion se termine avant la fin de la législature actuelle.
IIL — Médaille frappée en l'honneur de M. Méline.
Lorsque les agriculteurs offrirent, au commencement de 1892, un témoignage de leur reconnaissance à M. Méline, pour les services qu'il a rendus à la cause agricole, le Comité d'initiative décida qu'une médaille commémorative serait frappée à son effigie. La gravure et l'exécution de cette médaille sont désormais achevées. La médaille, exécutée par M. Ponscarme, porte sur sa face le profil de M. Méline, et sur son revers une allégorie de l'agriculture et de l'industrie, unies dans un sentiment commun de reconnaissance. Le 2 mars, M. Josseau, président, accompagné de MM. Lecouteux, Nouette-Delorme et Sagnier, membres du Comité, a porté à M. Méline trois exemplaires de cette médaille, du module de 68 millimètres, en or, en argent et en bronze, renfermés dans un écrin qui porte cette inscription : « A M. Jules Méline, hommage des agriculteurs, 1892. »
M. Méline a remercié avec effusion les membres du Comité de la démarche solennelle qu'ils avaient bien voulu faire auprès de lui pour lui remettre la médaille offerte par l'agriculture. « Elle en double le prix pour moi, a-t-il dit, en associant à mon nom les noms les plus connus et les plus aimés des agriculteurs français. Cette médaille sfera le plus grand honneur que j'ai reçu dans ma vie : grâce à elle, liion souvenir se conservera dans les familles agricoles où je compte lant d'amis. Il s'y conservera d'autant plus, ajoute M. Méline, qu'il se trouvera fixé par un véritable objet d'art : l'œuvre de M. Ponscarme est parfaite de composition et d'exécution. L'idée qui a été traduite sur le revers, l'union de l'agriculture et de l'industrie, est rendue avec une vigueur et une élégance qui sont un modèle du genre. »
M. Méline a terminé en exprimant sa profonde reconnaissance aux membres du Comité qui ont assuré le succès éclatant de cette grande manifestation et en particulier à son dévoué et éminent président M. Josseau, et à son secrétaire M. Sagnier, qui a eu toutes les fatigues et tout le travail de cette longue opération.
La frappe des médailles destinées aux souscripteurs se poursuit à l'hôtel des Monnaies; elle sera achevée dans la première quinzaine de mars.