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UNE EXPLOITATION AGRICOLE EN RUSSIE. 33 J

jamais lasse. Tant qu'on en voyait sous le ciel, elle apparaissait la même, vide, noire, luisante, ridée par les sillons égaux, et ainsi durant des verstes et des verstes * — »

On ne voit pas comme en France à chaque instant un village montrant son clocher au milieu d'habitations dans la campagne sillonnée de lignes d'arbres et de vergers ; les villages russes ne sont qu'une longue et large rue non pavée, bordée de maisons basses, couvertes de chaume, ne ressemblant que de fort loin aux gracieuses isbas que l'on nous montre aux expositions.

Les principales productions des terres noires sont les céréales et les betteraves ; la culture de la betterave à sucre a pris une grande extension depuis quelques années^, et est très favorisée par le fisc. L'impôt est de un rouble par poud, soit 24 francs par 100 kilog.

Pour favoriser l'exportation dans l'Asie centrale, en Chine et au Japon, en vue de faire cor^currence aux sucres de provenance anglaise, l'Etat rembourse en or l'impôt payé en papier aux sucres russes exportés par la frontière asiatique; de là une prime de 20 pour 100. « La culture de la betterave a envalii les plaines de l'Ukraine ; c'est toute une révolution économique en petite Russie ; l'invasion de la betterave pèsera tout autant dans les destinées de ce pays que les actions fameuses des guerriers polonais, suédois et russes' ». Il y a vingt ans l'hectare valait 30 roubles, aujourd'hui il en vaut facilement 150.

L'industrie minière a pris une grande extension dans le bassin du Donelz où l'on trouve des mines de charbon, d'anthracite, de fer, de sel gemme, de mercure, etc. C'est vers 1840 qu'un Français, l'illustre Le Play, commença les premières explorations du bassin de Donetz, mais c'est depuis dix ans seulement qu'on a commencé à exploiter ces mines d'une richesse inépuisable et dont l'extraction est bien moins coûteuse que dans l'Europe occidentale.

C'est le pays d'élevage des chevaux et des fameux trotteurs russes dont la renommée est universelle. Dans le gouvernement d'Ekaterinoslaw j'ai vu un haras créé par un particulier, pouvant contenir 400 juments et dont l'établissement avait coûté près de 1 million de roubles. C'est aussi le pays des nombreux troupeaux de moutons que l'on élève pour la laine et qu'on expédie jusqu'au marché de La 'Villette. M. de Vogué cite un propriétaire dans la Chersonèse qui compte un million de moutons.

L'exploitation agricole de M. Karitonenko que j'ai visitée en 1890 en compagnie de M. Vassillière, inspecteur général de l'agriculture, et de M. Démiautte, fabricant de sucre dans le Pas-de-Calais, est située à Soumy dans le gouvernement de Kharkof, sur le chemin de fer de Woroschba à Merefa, sur la ligne des sucres, comme on l'appelle en Russie parce qu'elle a été construite pour desservir les nombreuses fabriques de sucre de la contrée et pour les relier à Kieff, à Kharkof et aux mines de charbon de Donetz.

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