‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 225 sur 691 · UNE EXPLOITATION AGRICOLE EN RUSSIE · texte numérisé non relu

UNE EXPLOITATION AGRICOLE EN RUSSIE

kof, saluer le tzar, qui revenait de Livadia en Crimée, et regagnait Saint-Pétersbourg et là, en présence de toutes, les autorités du Gouvernement, il lui dit : « Sire, si vous faites la guerre à l'Allemagne, « moi, Ivan Guérassinovitch Karitonenko, j'arme et j'entretiens pence dant toute la durée de la guerre une division de cavalerie ! » Ces paroles hardies — dix-huit ans avant Cronstadt — eurent un énorme retentissement en Russie et en Allemagne.

En 1886, le général Saussier, gouverneur de Paris, avait prononcé sur la tombe du général Pittié des paroles pleines de cordialité pour la Russie. Quelques semaines après, il recevait de Moscou un précieux objet d'art, une coupe et une cuillère en or ciselé et de forme particulière, accompagné d'une lettre dont je détache un fragment :

« Je prends la hbertéde vous offrir, général, notre emblème national de fra- « ternité qui porte en langue russe, le nom caractéristique de l'idée qu'il rente ferme: « Bratina », et je vous prie, par cette lettre de vouloir bien l'accepter. « Dans notre vieille Russie, d'après un usage séculaire, c'est une coutume natio- « nale, en signe de rapports amicaux et de liens fraternels, de manger dans la « même marmite et avec la même cuillère. Puisse cette « Bratina » servir à « vous rappeler, général, l'impression faite de bonté et d'honneur, que vos sin- « cères et héroïques paroles ont produite à Moscou et dans toute la Russie. »

J. Gr. Karitonenko.

Depuis quelques années, il avait formé de grands projets pour éloigner l'émigration allemande en Russie et pour, à l'aide des intelligences et des capitaux français, mettre en valeur les immenses richesses agricoles et industrielles des provinces méridionales. La mort est venue couper court à ce rêve qu'il était sur le point de réaliser.

J'ai cru qu'il était de mon devoir, moi qui ai reçu l'hospitalité de Karitonenko et qui ai mangé dans sa « Bratina », de dire quelques mots de cet homme exceptionnel, qui a été un grand industriel et un grand agriculteur et qui, en aidant de tout son pouvoir l'union de la France et de la Russie, a puissamment servi la cause de la civilisation.

Jules Bénard,

Membre de la Société nationale d'agriculture.

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