C. Teyssandier
Vétérinaire-inspecteur de la boucherie de Paris.
LES MACHINES AU CONCOURS DE PARIS- — III
Dans toute exploitation agricole, les bâtiments constituent une part sérieuse du capital foncier; quand il s'agit d en édifier ou d'en remplacer, il importe de se rendre bien compte des besoins auxquels ils doivent satisfaire. A cet égard, on doit signaler une intéressante exposition de plans et maquettes de constructions de fermes, faite par M. Letellier, architecte à Melun (Seine-et-Marne)v Dispositions générales permettant de surveiller facilement et d'économiser les frais de manutention, règles hygiéniques bien observées, tels sont les principaux points qui doivent former la base de toute construction rurale bien comprise. Sous ces rapports, les plans proposés par M. Letellier dénotent chez cet architecte spécialiste un grand sens pratique et la connaissance approfondie de l'industrie agricole et de ses besoins ; c'est avec raison qu'ils ont frappé l'attention des visiteurs.
Les charrues simples ou doubles construites par MM. Amiot et Bariat, ingénieurs-mécaniciens à Bresles (Oise), sont bien connues des agriculteurs. Une collection complète de ces charrues, ainsi que des autres instruments aratoires des mêmes constructeurs, figurait à l'Exposition ; on y remarquait notamment des treuils solides et bien agencés et les arracheurs de betteraves à un ou plusieurs rangs, qui ont été très remarqués dans les concours spéciaux de 1892. On y remarquait spécialement un nouvel appareil pour la plantation des pommes de terre qui paraît bien établi; jusqu'ici, les appareils préconisés à cet effet n'ont donné que des résultats médiocres et ne se sont pas répandus.
Les cultivateurs apprécient hautement les charrues et les autres instruments aratoires de M. Pol Fondeur, à Viry (Aisne), dont la fabrication va sans cesse en augmentant, ce qui est la marque de la
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confiance qu'elle inspire. Ici encore, on trouve une collection complète d'instruments variés. En tête figurent deux séries de charrues simples et de charrues doubles à socs alternatifs, depuis la force d'un petit cheval jusqu'à celle de douze bœufs; puis des fouilleurs démontables, qu'on peut adjoindre aux charrues, de telle sorte qu'avec une charrue à trois chevaux on peut exécuter des labours fouillés à une profondeur de 45 à 50 centimètres ; des fouilleurs indépendants, des bisocs et des trisocs, simples ou doubles, pour des labours légers, des déchaumeuses doubles travaillant avec deux ou trois chevaux sur une largeur de 60 ou 80 centimètres, des charrues doubles à pelleverser qui ramènent le sous-sol en dessus ou le mélangent avec une partie de la terre arable, suivant les besoins de la culture. Parmi les extirpateurs, à châssis en bois très élastiques, on remarquait surtout les modèles de « parfaits diviseurs » qu'on peut employer dans la grande, la moyenne et même la petite culture; cet instrument divise d'une manière parfaite les labours d'hiver de manière à permettre le passage du semoir aux premiers rayons de soleil ; il est donc précieux pour la culture de la betterave de même que pour couvrir les semences. M. Fondeur s'adonne aussi à la construction des puissants instruments servant à défoncer les terrains destinés à la plantation de la vigne; un treuil, robuste et simple, permet d'actionner avec deux chevaux une défonceuse à grand travail qui peut labourer 25 ares par jour à 70 centimètres de profondeur; le prix des deux appareils complets avec 200 mètres de câble est de 1 ,800 francs. La longue expérience que la maison Fondeur possède de tous ces travaux, et les nouveaux et puissants moyens de fabrication dont elle dispose lui permettent de fournir à l'agriculture ces instruments dans d'excellentes conditions.
Il faut citer aussi les excellentes charrues et instruments aratoires exposés par M. Garnier, à Redon (Ille-et-Vilaine), par M. Candelier, à Bucquoy (Pas-de-Calais), par M. Souchu-Pinet, à Langeais (Indre-et- Loire), les charrues Sacks exposées par M. Faul, à Paris, les puissantes charrues de M. Durand, à Montereau (Seine-et-Marne), qui s'est adonné aussi à la construction des treuils, les charrues Oliver, les houes Planet si répandues aujourd'hui, les herses Howard, exposées par M. Pilter, les herses et les scarificateurs qui ont donné une si grande notoriété à M. Puzenat, de Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire), les collections de charrues, de butteurs, d'extirpateurs, etc., exposées par M. Senet, à Paris, les charrues Renault-Gouin construites aujourd'hui aux usines d'Abilly, etc. Toutes ces expositions témoignaient d'efforts constants pour répondre aux exigences des cultivateurs.
On sait quelle extension a prise la fabrication des pulvérisateurs pour combattre le mildew dans les vignes. Les pulvérisateurs à dos des systèmes Vermorel, Noël, Besnard,etc., sont aujourd'hui répandus partout. On s'intéresse spécialement désormais aux pulvérisateurs à grand travail, à traction ou sur bât. On pouvait étudier au concours les grands putvérisateurs du système Vigouroux et du système Vermorel i|ue le Journal a déjà décrits; on y voyait aussi deux nouveaux modèles que nous devons signaler.
C'est d'abord le pulvérisateur à bât, dit Passe-partout, du système Hérisson, construit par M. Cazaubon, ingénieur à Paris. Dans cet
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appareil, un bât porte deux récipients en cuivre chargé de liquide, et d'où partent des tubes métalliques mobiles se terminant par des jets qui envoient le liquide pulvérisé derrière l'animal porteur du bat; ces jets sont au nombre de six, et leur disposition permet de traiter les
deux rangées de souches entre lesquelles passe l'animal. Les récipients sont chargés au moyen d'une pompe qui se fixe à la charrette portant la réserve de liquide; en quelques minutes, on y comprime de l'air, puis on introduit le liquide, simultanément dans les récipients. L'appareil est donc d'une grande simplicité, et d'après l'usage qui en
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a été fait dans la campagne précédente, son emploi donne d'excellents résultats. Un modèle plus étroit est construit pour l'usage dans les vignes hautes, échalassées et plantées à faible écartemeut.
L'autre appareil est le pulvérisateur à traction du système Japy (fig. 39). Cet appareil se compose d'un bâU métallique qui porte deux pompes recevant leur mouvement par une chaîne sans fin passant sur l'essieu des roues. Le tonneau-réservoir, au lieu d'être métallique, est un tonneau en bois comme on en trouve partout, et que chacun peut mettre en place ou enlever suivant sa convenance. Les tubes par lesquels s'échappe le liquide pulvérisé débouchent derrière le bâti ; on
Fig. 40. — Broyeur de pommes, du système Ollagnier.
peut se servir concurremment de trois à douze jets, et varier ainsi tant la largeur que l'intensité du traitement. Ce pulvérisateur peut servir pour les cultures de pommes de terre qu'on traite à la bouillie bordelaise, comme pour les vignes à écartement varié. Le prix des divers modèles de cet appareil varie de 350 à 475 fr. — Les modèles du semoir Lapparent, construit par M. Japy, figuraient aussi au concours; il n'y a rien à ajouter aux renseignements que le Journal a donnés, il y a quelques mois, sur ces instruments appréciés.
Les appareils pour la fabrication du cidre ont reçu de grands perfectionnements, que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de signaler. Au^concours de Paris, M. Ollagnier, constructeur-mécanicien à Tours
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(Tndre-et-Loire) , exposait un nouveau moulin à pommes, que montrent les fi^. 40 et 41 . Cet instrument est destiné non à concasser les fruits, mais à les réduire en pulpe, en vue tl'en obtenir le plus grand rendement en jus. Ainsi que le montre la fig. 41, les fruits jetés dans la trémie tombent au-dessus de pistons horizontaux, et sont entraînés entre le piston et les parois de l'appareil : le piston est excentrique à la boîte qui le renferme, et sous l'action d'une came en cœur, il opère progressivement le laminage des fruits qui sont réduits en pulpe très fine ; celle-ci tombe dans un récipient disposé sous le broyeur. L'appareil est d'une grande simplicité et paraît très solide. Le broyeur du plus petit mpdèle, sans engrenages et marchant à bras, peut travailler
Fig. 41. — Coupe du broyeur de pommes, système Ollagnier.
dix hectolitres de pommes par heure, et il coûte 90 francs. Des modèles plus forts sont mus par des manèges ou par un moteur.
On se préoccupe beaucoup dans la région méridionale, de la fabrication des vins blancs, et les viticulteurs recherchent les grands pressoirs propres à obtenir rapidement le pressurage de la vendange, de telle sorte que la matière colorante reste dans le marc. On obtient ainsi, quand l'opération est bien conduite, des vins blancs frais et agréables, qui sont plus recherchés que les vins rouges faits avec les mêmes cépages. Plusieurs modèles de pressoirs continus destinés à cette opération sont déjà connus ; une des grandes nouveautés du concours était le fou loir-pressoir, imaginé par un viticulteur algérien bien connu, M. Debonno, à Boufarik, département d'Alger. Ce pressoir, long de 3 mètres sur 2, haut de 1 mètre environ, peut traiter 7,000 kilog. de raisin par heure. On verse la vendange dans une trémie dont le fond est formé par deux cylindres cannelés de fouloir. Le raisin écrasé tombe dans une coquille percée de trous, par lesquels s'écoule une partie du liquide, tandis que la masse solide est saisie
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par une vis d'Archimède qui l'entraîne dans un manchon perforé. La compression de cette masse s'opère entre les lames de la vis, à mesure que la matière arrive, et c'est la pression même que celle-ci opère en arrivant constamment, qui en extrait tout le jus, de telle sorte qu'à l'extrémité du manchon, le marc sort en un gâteau compact et dur. Le fouloir-pressoir est mû par une machine de 4 chevaux, ce qui en limite l'emploi à la grande viticulture ; mais il est probable qu'on pourrait en construire des modèles à manège. Cet instrument, qui a fonctionné avec un plein succès aux dernières vendanges en Algérie, sera certainement très apprécié par les viticulteurs; il a permis à M. Debonno, de réduire la main-d'œuvre d'une quarantaine de personnes à trois ouvriers pour le même travail journalier ; c'est un très beau résultat, dont on doit le féliciter hautement. Henry Sagnier.