‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 228 sur 691 · MOYENS A EMPLOYER POUR EN RETIRER LES PLUS GRANDS PRODUITS · texte numérisé non relu

MOYENS A EMPLOYER POUR EN RETIRER LES PLUS GRANDS PRODUITS

De toutes les expériences que nous avons faites depuis quatre années et de celles d'un grand nombre d'agriculteurs de toutes les régions de la France qui ont bien voulu nous prêter leur concours, il résulte que les variétés de pommes de terre qui produisent les plus grands rendements en tubercules ou en fécule à l'hectare sont : r La Géants bleue ; 2° la Richter's Imperator.

La première, pour ne citer que quelques chiffres, ayant produit en 1892, à Cappelle : 53,000 kilog. et 20.40 pour 100 de fécule, soit à l'hectare, 10,812 kilog. et 54,000 kilog. à la ferme de Champagne, à Ris-Orangis, chez M. Petit, lauréat de la prime d'honneur de Seineet-Oise.

La seconde ayant rendu 50,000 kilog. et 18.30 pour 100 de fécule, soit, 9,150 kilog. à l'hectare à Cappelle, et dans bien des endroits elle a atteint les mêmes chiffres ; afin de ne pas trop nous étendre, nous croyons inutile de les désigner.

La Simson est la variété qui produit le plus de fécule pour 100 du poids de la pomme de terre (23 pour 100 à Cappelle en 1892).

L'avantage à retirer de l'emploi de ces variétés et d'autres analogues, est si évident et si palpable que les agriculteurs et les industriels ne doivent pas hésiter à rejeter toutes les espèces de qualité inférieure ; de là dépend l'avenir de la culture de cette solanée et des industries qui l'utilisent.

Les industriels l'ont si bien compris que deux importantes féculeries des environs de Lille, celles d'Ennevelin et d'Huquinville, après des essais répétés sur plusieurs centaines d'hectares, viennent d'imposer à leurs planteurs l'obligation de n'employer exclusivement que ces trois espèces.

Néanmoins, il faut bien reconnaître qu'il en est des pommes déterre comme de bien d'autres choses, chaque espèce a ses qualités et ses défauts, et celles que nous venons de citer sont de ce nombre.

La Géante bleue produit de très grands rendements en tubercules et en fécule à l'hectare ; elle demande une moindre dépense pour les plants (800 à 1000 kilog. à l'hectare sont suffisants) ; elle est rebelle à la maladie du péronospora ; elle remplit de ce coté le rôle du cépage américain pour la vigne; elle n'est pas non plus exposée à la gangrène du pied et elle se conserve très bien, mais elle a le défaut d'être très tardive et de mûrir difficilement.

La Richlers Imperator donne également un grand rendement en poids et en fécule ; malheureusement, elle est sujette à la maladie du péronospora et à la gangrène du pied. Elle demande une dépense beaucoup plus considérable pour les plants, le tubercule devant être planté entier; elle se conserve moins bien. D'un autre côté elle est moins tardive et elle mûrit plus facilement.

La Simson est très riche en fécule, elle se conserve très bien, elle est également indemne de la maladie; ses tubercules sont nombreux, mais petits, sa production en poids est bien inférieure à celle des autres; elle ne peut être employée que dans des terrains exceptionnels, fertiles; elle est aussi très tardive.

Pour remédier à l'inconvénient de la maturité tardive de la Géante bleue, nous avons employé le moyen mis depuis longlemps-en pratique pour les pommes de terre de primeur, c'est-à-dire la germination des tubercules avant la plantation. Ce procédé est excessivement simple et peut être employé par la généralité de nos cultivateurs, bien qu'il n'ait jamais été, je crois, essayé pour les espèces tardives; il est si connu que je ne vois pas la nécessité de la décrire.

Nous avons, à cet effet, créé trois champs d'expérimentation de chacun un bectare de terrain bien homogène ayant reçu chacun des engrais différents et ayant été plantés à des époques différentes.

Nous avons ensuite divisé chaque champ en deux parties égales de cinquante ares, ayant reçu les mêmes engrais, dans lesquelles nous avons planté, d'un côté des tubercules germes avant la plantation, et de l'autre, des tubercules non germes.

La plantation a été faite de dix en dix jours : dans le champ n" 1 , le 25 mars ; — dans le champ n° 2, le 4 avril ; — dans le champ n" 3, le 14 avril.

La levée du champ n" 1 s'est effectuée : pour la pomme de terre germée le 5 mai, après 40 jours de plantation ; pour la pomme de terre non germée le 18 mai, après 53 jours de plantation.

La levée du champ n° 2 a eu lieu : pour la pomme de terre germée le 8 mai, après 34 jours de plantation ; pour la pomme de terre non germée le 20 mai, après 46 jours de plantation.

La levée du champ n° 3 s'est opérée : pour les tubercules germes le 18 mai, 34 jours après la plantation ; pour les tubercules non germes le 24 mai, 40 jours après la plantation.

La terre du champ n" 1 planté le 25 mars a été fortement battue aussitôt après la plantation par une pluie qui est tombée sans discontinuer pendant plusieurs jours; c'est à cette cause qu'il faut attribuer le laps de temps qu'il a fallu à la pomme de terre de ce champ pour lever.

La végétation de toutes les parcelles, malgré la sécheresse intense de l'été de 1892, a été toujours très vigoureuse dès la levée jusqu'à la gelée qui est survenue le 1 8 octobre.

La végétation des pommes de terre germées a toujours été plus active jusqu'à la fin de juillet que celle des pommes de terre non germées; à cette époque il était encore facile d'en constater la supériorité; les fanes atteignaient à ce moment 95 centimètres. A partir du mois d'octobre leurs feuilles et leurs fanes étaient plus jaunes que celles des tubercules non germes, ce qui était un indice de maturité.

Les rendements en poids ont été les suivants :

Champ n°l. Champ n° 2. Champ ti° 3.

Pommes de ter;-es germées 65,542 kil 74,999 kil. 44,432 kil.

— non germées 47,115 66,110 37,895

Différence en faveur des tubercules germes. I»,ii7 «,889 6,537

Nous n'avons pu nous rendre compte de la richesse exacte en fécule de ces différents lots de pommes de terre, mais nous en avons fait assez d'analyses pour pouvoir assurer que les pommes de terre venant de tubercules germes contenaient davantage de fécule que celles venant de non germes.

Nous avons dit que la Richter's Imperator était très exposée à la maladie de la gangrène du pied et à celle du péronospora; suivant les conseils donnés par M. Aimé Girard, nous avons trouvé qu'en plantant des tubercules entiers on évitait la gangrène du pied et que l'on obtenait un plus fort rendement; mais en agissant de cette façon, il faut employer 2,500 kilog. de pommes de terre en plus qu'en sectionnant les tubercules, dépense qui ne peut être évaluée à moins de 150 francs l'hectare.

Pour combattre la maladie du péronospora, nous nous sommes servis, depuis quatre ans, de la bouillie cuivrique composée de différentes façons; aucune de ces compositions ne nous a donné des résultats précis. Cette année encore, malgré deux sulfatages énergiques faits en temps utile, la maladie peu intense, il est vrai, s'est déclarée sur les parties sulfatées, comme sur celles non sulfatées; lorsque survinrent les pluies de la dernière quinzaine de septembre, les tubercules gâtèrent d'un côté comme de l'autre; une seule chose est certaine, c'est l'accroissement du rendement en poids des parties sulfatées, dû

évidemment à une plus longue végétation des fanes qui conservent plus longtemps leur verdeur.

Nous avons également appliqué à la Richter's Imperator la germination des tubercules avant la plantation ; nous en avons obtenu les mêmes résultats proportionnels bien qu'elle soit moins tardive que la Géante bleue.

Nous venons d'indiquer comment on peut augmenter la production des pommes de terre de races tardives au moyen de la germination des tubercules avant la plantation ; nous ajouterons que l'on peut également augmenter celte production par la préparation du sol, les amendements et les engrais.

Il nous reste à faire connaître comment il est possible de les améliorer par la sélection et l'analyse des tubercules pour la production ; c'est ce que nous ferons prochainement. Fl. Desprez,

Directeur de la Station expérimentale deCappelle

La saison printanière se rapproche- de nous et,- si elle s'écoule au milieu de circonstances météorologiques favorables, c'est-à-dire avec une tendance marquée à la sécheresse, les espérances que l'on peut concevoir sur le sort de la récolte de l'année 1893 recevront leur confirmation.

Mais ce ne sont pas tout à fait les conditions qui nous ont été départies; nous avons eu trop de pluies, et de plus quelques accidents de déchaussement se sont manifestés. Jusqu'ici les dommages sont très partiels et, si le temps se mettait sérieusement au beau, le tallage aurait vite fait de regarnir les vides que l'on signale dans les cultures.

On sait que les sols silico-argileux sont les plus exposés à ces effets physiques : sous l'influence des gelées ils affectent dans leurs particules la forme de tubes étroits et allongés, disposition que les paysans caractérisent en disant que les terres chandellent; elles se soulèvent alors, puis, au moment du dégel elles retombent à leur niveau primitif. Si cette action qu'on appelle le gru dans la Nièvre, se répète plusieurs fois de suite, les plantes finissent par être entièrement déchaussées, mises à nu, les racines à l'air; elles se dessèchent et meurent.

Les préoccupations se portent du côté des avoines qu'on va semer le plus tôt possible, dès que le terrain sera assaini, car c'est ainsi qu'on obtient le plus sûrement quantité et qualité.

S'il n'y avait que l'avoine à penser, on s'en tirerait assez aisément, grâce à l'habitude que l'on a prise de profiter du peu d'exigence de cette céréale pour ne lui accorder qu'un seul labour; mais il est urgent aussi de préparer son terrain pour les pommes de terre, plantes sarclées et autres cultures printanièi'es. Tous les travaux vont donc s'accumuler et tomber à la fois sur les bras quand un temps convenable nous sera enfin dévolu. Salomon.

ESSAIS DE CULTURE DU LATHYRUS SILVESTRIS

La saison du printemps va bientôt commencer. Le moment arrive de préparer le terrain pour recevoir les plants et les repiquer. Il est fort important de s'assurer du plant authentique, c'est-à-dire celui que W. Wagner, de Kircheim-Teck (Wurtemberg), a obtenu par une sélection et des cultures remontant à plus de dix années.

Je n'ai pas pu me rendre pendant les vacances dernières à Kircbeim : j'ai prié M, Pidancet, propriétaire en Lorraine, de visiter à mon lieu et place les cultures de W. Wagner. Tout ce que M, Pidancet a vu, n'a fait que confirmer ce que j'ai publié ici sur l'excellence et la haute production de ce fourrage. Par sa lettre du 21 septembre

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