‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 258 sur 691 · Voir XIV, numéro · texte numérisé non relu

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En 1886, à la suite d'une communication que nous avions l'honneur de faire à la Société nationale d'agriculture, elle décidait (séance du 21 avril) que l'attention de M. le ministre de la marine serait appelée sur l'étude de nos côtes, M. Gobin était récompensé et son travail imprimé dans les mémoires de la Société. C'est donc à l'initiative de cette savante compagnie que l'on doit ce qui s'en suivit, les études présentées, sans préjudice de celles sur lesquelles nous comptons appeler l'attention, mais avant assistons à la naissance de ce bel adolescent.

Ce fut le 27 avril 1862 que Coste, dans une page immortelle, lui donna la vie, voyons donc comment?

Les frayères naturelles de la baie de Saint- Waast si fréquentées des pleuronectes avaient attiré son attention. De là sortit cette page, honneur de la pisciculture française, qu'il intitula la liberté de la mer.

Les allemands avec Dorhn, les anglais avec Buckland, les américains avec Baird, le suivirent aussitôt. Dans les n"' 606, 615, 804, nous avons tenu nos lecteurs au courant de ce mouvement vraiment universel.

La disparition de la sardine le rappela chez nous en 1869 avec M. Lenormand, conseiller général de Nantes, qui eut l'incontestable honneurd'en écrire la seconde page. Au nom de Coste que nous venions de perdre (V. n"' 234, 1873, tome IV, p. 26), nous prenions date, car nous voyions arriver l'heure où cette question si grave des réserves née chez nous allait être partout à l'honneur et à l'étude, excepté dans le pays qui l'avait fait naître.

Dès 1866, les américains l'avaient attaquée du Saint-Laurent au Mississipi et on peut dire presque résolue (voir n"' 672 et 802).

Que nous im.portait le vocable à lui donner, réserves, assolements, cantonnements, aménagements! La cause était gagnée!

Le rapport de M. le président de la Commission des pêches maritimes, M. Gerville-lléache, au Ministre de la marine, juillet 1884, page 8, à propos de la sardine le constatait officiellement.

il n'en était que temps, car cette belle page deMichelet était toujours d'une navrante réalité. C'est à la science et à la loi d'arrêter cette décadence, disait-il; nos cadres sont complets, mais inquiets (en 1890 le nombre des bateaux de pêche avait diminué de 382, page 8 de la Statistique officielle). Verrons-nous ce temps où les descendants des marins du quatorzième siècle, qui découvraient l'Amérique et la côte d'Afrique, préféreraient un métier de femme, et tournant le dos à cette mer qui avait fait leur gloire et leur énergie, changeraient ce beau passé contre celui du blême cotonnier de Montville et de Bolbec !

Dans notre étude sur la pisciculture française (n" 48 du Journal), nous nous permettions d'ajouter dès ces temps lointains l'enseignement aux deux facteurs énoncés ci-dessus par ce grand voyant de l'avenir, mais en notant que là comme partout, tels vaudront les hommes chargés de l'application, tels voudront les résultats!

A la suite d'une discussion facile à suivre dans la collection de cette revue n°' 399-401 , un premier et grand pas fut fait dans cette direction, grâce à l'initiative de notre contradicteur devenu l'énergique promoteur de cette question. C'est, en effet, grâce à M. de Tillancourt, qu'il devint loi d'État en 1875.

Le Sénat, par la nomination de sa commission du repeuplement des eaux en 1879, entrait dans le mouvement et en élargissant le cadre ajoutait l'étude de la mer à celle des eaux douces qu'avait d'abord seulement visée le si regretté député de l'Aisne.

Ce double problème était enfin bien posé (voir les n"* 612, 613, 616, 61 7) : à l'école l'enseignement de Ja pisciculture fluviale ; à l'administration de la marine, à la science comme après Coste le demandait Michelet, la connaissance des secrets de la mer.

Malgré l'avance que les américains et les allemands avaient sur nous, comme on l'a vu par ce qui précède, notre position sur trois mers et les travaux de nos savants nous faisaient la marge belle dans ce grand combat contre l'inconnu. Ses résultats répondirent-ils aux bonnes intentions du Sénat? Dans les n"' 665 et 672, nous nous en sommes longuement et spécialement expliqué, et pour la question ostréicole dans les n°'921 et 927 de cette revue.

Avec les beaux travaux deGuillard,n°M099 et 1288, sur les nouvelles zones de pêche, l'espoir est revenu à tous.

A nos stations maritimes, à nos laboratoires zoologiques la solution sinon proche, mais inévitable de ces grands problèmes de la science appliquée à la satisfaction des besoins sans cesse croissants de l'humanité en marche quand même vers des destinées meilleures.

Deux faits pour terminer, dont les lecteurs qui nous suivent dans cette revue comprendront l'importance.

Dans quelques semaines il y aura quarante ans que nous aurons eu l'honneur pour la première fois de parler aux agriculteurs sous les auspices de Bixio et Barrai. Nous aimons à croire que dans cette période déjà longue, ceux qui nous lisent savent avec quel soin nous écartons les noms. Souvent nous avons été à l'attaque en pisciculture marine surtout, signalant les abus, mais ne retenant que les faits.

Si nous reportons nos souvenirs aux époques lointaines dont nous venons de parler, ne voyons-nous pas combien passent vite les grands noms que nous avons connus et que, seule, l'œuvre à laquelle ils ont travaillé, demeure pour être continuée par d'autres!

Sous le bénéfice de cette réflexion, nous serons à l'aise pour signaler des faits par lesquels nous finirons cet entretien sur la pisciculture de la mer.

Page 1 04 de la Statistique des pêches maritimes pour 1 890, nous lisons pour le quartier de Rouen :

1° Le saumon diminue chaque année (en Seine) et tend à disparaître, l'alose diminue sans cesse également.

2" Où en sont les expériences d'acclimatation du quinnat dans notre bassin méditerranéen? H y a quatre ans bientôt qu'elles furent mises en train avec tant d'enthousiasme à l'établissement de Quillan (Aude).

En attendant une réponse qui pourrait se faire attendre à notre grand regret, nous prierons nos lecteurs de se souvenir de notre causerie du 15 mai 1892, n" 1 107 du journal, où après Brown-Goode, qui aussi lui avait attendu trois ans pour traiter cette si intéressante question avec ses compatriotes américains, nous montrions aux pisciculteurs français quelques points noirs pour l'acclimatation de ce saumon dans les eaux libres, non seulement de notre Europe, mais des

Puissent les résultats attendus

côtes même de l'Atlantique américain démentir notre pessimisme.

Dans un prochain entretien, nous nous expliquerons sur ce que nous entendons par l'enseignement des choses de la Mer aux marins.

Chabot-Karlen.

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