I. — La situation
Au rebours de la deuxième moitié du mois de février, la première dizaine du mois de mars a été sèche et chaude; à Paris, on n'a enregistré, du 1" au 15 mars, que 9 millimètres de pluie, tandis que la quantité normale de lajmême période est de 18 millimètres; du 5 au 13, il n'est pas tombé une goutte d'eau. La température moyenne a dépassé 9 degrés, les extrêmes oscillant entre — 0".9 et 18". 2, alors que la moyenne de mars est de 5 degrés au plus. Dans de semblables conditions, la végétation a pris lin vigoureux essor, et elle est en avance notable sur la saison. D'un autre côté, les terres se sont assainies, et on a pu reprendre et poursuivre les travaux de la saison qui ont été interrompus par l'excès d'humidité. Ce sont surtout les prairies qui ont profité de ces conditions favorables; l'herbe y pousse avec vigueur, et son appoint va venir s'ajouter rapidement aux provisions d'hiver épuisées, chez ceux qui ont eu assez de fourrages pour pouvoir conserver tout l'effectif de leur bétail. La situation se présente donc actuellement sous des auspices favorables dont on ne peut que souhaiter la durée. Mais des gelées tardives seront encore à craindre pendant quelques semaines.
On se préoccupe beaucoup, dans le commerce, des renseignements publiés ces jours-ci par le Département de l'agriculture aux Etats- Unis, sur les quantités de blé qui constitueraient les réserves actuelles dans ce pays. D'après ces renseignements, il resterait entre les mains des cultivateurs environ 135 millions de bushels de blé, soit 26.2 pour 100 de la récolte, sans compter les réserves disponibles dans les élévateurs et qui sont déjà entre les mains du commerce. Ces évaluations dépassent sensiblement celles qui étaient attendues; aussi ont-elles contribué à accentuer le mouvement de baisse sur les marchés des Etats- Unis. Néanmoins celle-ci paraît arrivée à ses dernières limites, d'autant plus que les fermiers américains, qui vendent à perte, feront tous leurs efforts pour relever les cours. Mais l'espoir de voir les prix subir un relèvement sérieux sur nos marchés doit être abandonné, du moins pour la période du printemps; la hausse qui se produit périodiquement à cette époque de l'année n'arrivera probablement pas cette année, et il faut compter que les prix désastreux actuels se maintiendront encore, à moins que des fléaux inattendus ne compromettent le sort de la future récolte.
La Chambre des députés a entendu, dans sa séance du 14 mars, la discussion d'une interpellation de M. Turrel sur là politique économique du Gouvernement. Dans un discours très substantiel et très
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clair, M. ïurrel a fait le procès de la concession du tarif minimum à l'Espagne, en échange d'un tarif soit-disant minimum et qui est prohibitif sur bien des points; il a demandé au Gouvernement d'obtenir de ce pays des concessions qui rétabliraieut l'équilibre. M. Siegfried, ministre du commerce, a répondu que le Gouvernement ferait tous ses efforts pour obtenir, en faveur des produits français, une diminution des droits qui pèsent si lourdement sur notre exportation. Mais, ce qu'il faut surtout retenir de cette discussion, c'est une déclaration très nette de M. Develle, ministre des affaires étrangères, qui se résume dans l'exposé suivant : « La Chambre entend qu'il ne soit pas porté atteinte à l'œuvre qu'elle a accomplie dans cette législature et à laquelle, pour ma part, je m'honore d'avoir collaboré comme ministre de l'agriculture. Dans ces conditions, j'estime que le ministre des affaires étrangères ne peut entamer de négociations sur une autre base que celle du tarif minimum. Il ne renonce pas au droit constitutionnel, mais il estime qu'à l'heure actuelle il n'a pas à en user. Il n'a entamé aucune négociation, il n'en entamera aucune. « IL — Les maladies contagieuses du bétail.
Les renseignements du service sanitaire du Ministère de l'agriculture permettent de constater malheureusement le développement de la fièvre aphteuse pendant le mois de janvier : 30 départements, au lieu de 23 en décembre, figurent dans le tableau suivant, qui montre l'accroissement ou la décroissance de la maladie dans chaque département atteint :
Calvados
Etables cor Décembre.
taminees.
Janvier.
Aube
Haute-Marne
Meuse
Meurthe et-Moselle . .
Vosges
Etables c Décembre
ontaminées.
Janvier.
Mayenne
Sarllie
Nord
Pas de-Calais. . .
Somme
Seine-Inférieure . . .
Loir-et-Cher
Loiret
Yonne
jVisne
Allier
Loire
Eure-et-Loir
Rhône
Seine-et-Oise
Seine
Haute-Savoie
Aude
Vaucluse
Seine-et-Marne ....
Gard
Marne
Aucun cas de maladie contagieuse n'a été signalé, pendant le mois de janvier, dans les départements suivants : Basses-Alpes, Hautes- Alpes, Ardèche, Charente-Inférieure, Corrèze, Corse, Côte-d'Or, Côtes-du-Nord, Drôme, Indre, Indre-et-Loire, Haute-Loire, Lozère, Maine-et-Loire, Manche, Puy-de-Dôme, Haute-Pyrénées et Saôneet-Loire. Il est malheureusement certain qu'on aura à signaler, pour février et mars, une nouvelle extension de la fièvre aphteuse, in. — Ministère de V agriculture.
Le Journal officiel du 12 mars a publié un décret relatif à des modifications à l'organisation centrale du Ministère de l'agriculture. Ces modifications consistent dans la création d'une Division du secrétariat et de la comptabilité et dans les conditions imposées aux candidats pour entrer dans l'administration.
Par décret en date du 1 1 mars, M. Paul Cabaret, chef de bureau au Ministère, a été nommé chef de la Division du secrétariat et de la' comptabilité. Cette promotion sera favorablement accueillie par tous ceux qui ont pu apprécier le tact et le zèle dont M. Cabaret a toujours donné la mesure dans ses délicates fonctions.
Par un arrêté en date du 11 mars, M. Jules Personne, sous-chef de bureau, a été nommé chef du bureau de la comptabilité.
Enfin, par arrêtés en date du 8 mars, M. Pierre deMalliard, ingénieur agronome, ancien chef-adjoint du cabinet, a été nommé attaché technique agricole près l'ambassade de Berlin, et il a été remplacé dans ses fonctions par M. Dabat, nommé sous-chef de bureau. IV. — Conseil supérieur de V agriculture.
Dans notre précédent numéro (p. 369), nous avons publié le décret modifiant la composition du Conseil supérieur de l'agriculture, et créant, dans ce (^^onseil, une commission consultative permanente. Un arrêté ministériel en date du 13 mars, a. désigné la composition de cette commission ; le texte en est donné plus loin (p. 431 ). V. — L'ordre du Mérite agricole.
On trouvera à la partie officielle de ce numéro (p. 430) les documents relatifs à la constitution d'un Conseil de discipline de l'ordre du Mérite agricole. Il est à souhaiter que les décorations soient distribuées avec un discernement qui assure des loisirs à ce Conseil. VI. — Les distilleries agricoles.
On se souvient que, lors de la discussion du régime des boissons, la Chambre des députés a adopté, sur la proposition de M. Méline, une résolution invitant le Gouvernement à présenter un projet de loi sur le régime des distilleries agricoles. Le groupe agricole a fait récemment une démarche auprès du Ministre de l'agriculture pour l'inviter à présenter ce projet dans le plus bref délai. M. Viger a nommé, en suite de cette démarche, une commission chargée de l'élaboration d'un projet. Il est à souhaiter que cette commission arrive très rapidement à une conclusion, car la question est de celles qui ont été étudiées sous toutes leurs faces. Des projets parfaitement mûris ont été présentés, comme nous l'avons dit antérieurement, et ils n'attendent plus que la sanction législative.