‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 278 sur 691 · L'ASSISTANCE PUBLIQUE DANS LES CAMPAGNES · texte numérisé non relu

L'ASSISTANCE PUBLIQUE DANS LES CAMPAGNES

En vertu de la loi de 1891 sur les courses, les fonds provenant du pari mutuel doivent être chaque année attribués à des établissements de bienfaisance.

La Commission chargée de cette répartition s'est réunie en février dernier sous la présidence du Ministre de l'agriculture et a distribué la somme de 1,647,000 fr. à des établissements de bienfaisance, hospices, crèches, orphelinats, dispensaires, etc., de Paris et de la province : 245,000 fr. pour Paris et 1 ,402,000 fr. pour les départements.

Notre but n'est pas de critiquer les décisions de la Commission, mais nous remarquerons que les villes seules ont profité de ces libéralités et que les campagnes ont été comme toujours presque entièrement délaissées. Nous voyons : 500,000 francs accordés à la ville de Belfort pour la construction d'un hôpital, 240,000 à la ville de Florac pour le même emploi, 180,000 à la ville de Bergerac, 150,000 à la ville de Bar-le-Duc, etc.; pour les campagnes, rien ou presque rien.

On nous objectera, il est vrai, que les hospices des villes reçoivent aussi les vieillards, les malades et les infirmes des communes rurales, mais c'est là l'infime minorité des établissements de bienfaisance ; la plupart du temps on fait payer 1 fr. 50, 2 fr., et même 2 fr. 25 par jour aux habitants des campagnes hospitalisés.

L'administration des hospices a passé depuis quelques années

ftresqu'entièrement entre les mains des municipalités; l'influence de 'autorité centrale n'est plus que nominale; tandis que les malades des villes trouvent toujours ouvertes les portes de l'hospice, les habitants des campagnes ne peuvent y entrer qu'en payant.

Cet état de chose a été signalé par un homme éminent entre tous, dans les questions humanitaires et sociales; nous ne saurions mieux faire que de répéter les paroles de M. Jules Simon :

« Il ne faut pas s'occuper seulement des misérables qui sont autour de nous. Nous avons vingt-quatre millions de paysans payant l'impôt et faisant le service militaire, auxquels nous ne donnons rien en échange. Il y a une autre misère que celle des villes; il y a les campagnes où vivent les deux tiers de nos concitoyens. Je reconnais que vous leur avez donné des chemins, des comices et des écoles, mais leur avez-vous donné des crèches, des asiles, des hospitalités de nuit, des dispensaires, etc.? Où est l'hôpital, où est le médecin, où est l'argent? Où est le bon conseiller pour faire pénétrer quelques idées d'hygiène dans les cervelles? Plus de 20,000 communes n'ont même pas de bureau de bienfaisance. »

Pour faire suite aux éloquentes paroles de M. Jules Simon, nous citerons un fait que tout le monde a lu dans les journaux : dans une commune de Bretagne de 4,000 habitants ne possédant pas de médecin, une épidémie a enlevé l'année dernière près de cinquante habitants sans aucun secours.

Tous ceux qui vivent à la campagne reconnaîtront que ce tableau de l'assistance publique dans la plupart de nos communes rurales n'est que l'expression de la vérité. ^

1. Noie lue à la Société nationale d'agriculture dans la séance du 8 mars.

414 l'assistance publique dans les campagnes.

Chaque législature voit éclore de nombreux projets pour remédier à ces maux, mais jusqu'à présent rien n'a été fait.

Ne pourrait-on pas, en attendant le vote de la loi sur l'assistance publique dans les campagnes, consacrer cette somme de un million et demi, qui ira sans doute en augmentant par suite du goût croissant du public pour les courses, à soulager les misères des campagnes, soit en dotant les bureaux de bienfaisance déjà existants, sont en provoquant la création de ces bureaux dans les communes qui en sont dépourvues, soit encore en venant en aide aux sociétés de secours mutuels et aux institutions de prévoyance, soit enfin, en créant des pensions de 1 00 francs de rente en faveur des vieux ouvriers agricoles usés par le travail et la misère ?

Notre but n'est pas d'apporter un projet tout fait, mais d'appeler l'attention sur cette inégalité choquante entre le malheureux des villes et le malheureux des champs, et de provoquer une solution à cette question de l'assistance publique dans les campagnes toujours promise, jamais résolue.

En conséquence, nous vous demandons d'appuyer le vœu suivant que nous transmettrons à M. le Ministre de l'agriculture :

« Que les sommes provenant du pari mutuel soient employées à organiser l'assistance publique dans les campagnes. »

Jules Bénard.

Sous ce titre, M. W. Housman publie dans le JournalcV agriculture -pratique un examen approfondi, suivant les idées anglaises, des animaux Durhams primés au concours de Paris. M. W. Housman est, m'a-t-on dit un éleveur de Shorlhorns, très compétent, et, souvent nommé membre du jury dans les exhibitions anglaises.

Il a récemment publié dans le Journal plusieurs articles sur les Troupeaux français de Shorlhorns, qui ont été réunis dans un petit opuscule publié par M. Masson, éditeur. Dans cet ouvrage, M. W. Housman analyse les troupeaux de Durhams qu'il a visités, et rend hommage à nombre d'éleveurs des plus méritants dont nous aimons à suivre les progrès et à prendre des conseils.

M. W. Housman a également donné un compte rendu du concours de Tours en 1892. Nous ne pouvons donc que nous féliciter de voir enfin les éleveurs anglais venir en France examiner et critiquer nos animaux, prendre des exemples, alors que jusqu'à présent nous les regardions comme nos maîtres dans l'art de l'éducation animale.

Malheureusement M. W. Housman se place dans toutes ces études à un point de vue tout différent de nos idées françaises, et je ne puis croire que les éleveurs de Durhams voudront le suivre dans sa manière de voir, dans ses errements suivant la nôtre.

Nous avons assisté à Paris, cette année, à un magnifique concours qui rivalisait certes avec l'Exposition Universelle de 1889, comme nombre et comme qualité des animaux exposés.

Le jury, composé de cinq membres, agriculteurs distingués, et, en majorité éleveurs de Durhams, a classé les animaux, avec beaucoup de jugement. Il a su conserver dans toutes les sections un type unique

sur lequel nous voulons insister. Sauf quelques erreurs insignifiantes qui peuvent toujours se produire dans une tâche aussi fatigante et aussi ardue, ces messieurs ont, d'un avis unanime, parfaitement accompli leur difficile mission. Connus de tous les exposants, de longue date, nous aimons toujours à constater leur impartialité et leur grande connaissance des animaux Durhams, comme nous les voulons en France, et comme le commerce nous les demande.

Depuis plusieurs années quelques éleveurs français faussant l'idée générale ont voulu détruire notre vieux type viande, près de terre, que les éleveurs et surtout les sélectionneurs des races françaises aimaient à nous acheter pour améliorer plus vite et sans dégénérescence, tellement cette espèce s'assimile les races du pays.

Qui oserait dire aujourd'hui qu'un animal ayant mangé du Durham avec discernement nesoit pas meilleure bête de boucherie et de concours que son voisin resté parfaitement indemne de croisement. Les listes des prix des concours gras, les statistiques de la boucherie le confirment du reste.

Ces éleveurs sont allés, malheureusement, chercher chez nos bons ennemis les Anglais des animaux à grands pedigree payés fort chers, qui ne trouvent pas d'amateurs et qui n'ont que ces mérites de médiocre valeur.

Nous en avons vu les échantillons, et les descendants au concours du Palais de l'Industrie, et nous croyons que ces éleveurs font fausse route, en voulant imposer le Durham enlevé et le Durham laitier au lieu de faire, comme on nous le demande, le Durham viande.

Pourquoi faire du tort aux spécialités, si appréciées depuis longue date, des autres races? Pourquoi chercher à atténuer et à envahir, avec cette espèce reconnue depuis longtemps la meilleure à employer dans les croisements pour la boucherie, nos bonnes et vieilles races françaises, les Normands, les Bretons, etc., etc.

Laissons à chacun sa spécialité, jamais personne n'a pu courir fructueusement deux lièvres à la fois. La viande est contraire à la production laitière. Faisons du Durham viande, en lui retirant le plus de suif possible, ce que nous n'obtiendrons pas en lui demandant des quantités exagérées de beurre. Nous verrons alors nos animaux Durham appréciés, ajuste titre, de tous les agriculteurs, embaucheurs et autres.

Je ne veux cependant pas dire que l'on doive supprimer cette qualité essentielle dans les bovidés. Le Durham est actuellement suffisamment laitier. Des articles émanant d'hommes très compétents à ce sujet, nous ont fourni toutes les preuves possibles de ce que j'avance.

M. W. Housman, qui cite les meilleurs taureaux exposés, en faisant très judicieusement observer leurs qualités et leurs défauts, arrive à la classe des femelles, auxquelles, dans notre élevage français, nous attachons la plus grande importance et, dit à ce sujet : « Le jugement « des vaches à Paris, comme à Tours, méritait d'être l'objet d'une « curieuse étude de la part des éleveurs anglais. Si les sentences rendues « exprimaient fidèlement le jugement qu'aurait rendu la généralité « des éleveurs Français, nous serons embarrassés de dire quel est leur

« type d'animaux ». Je crois, en effet, que M. Housman n'a pas exac tement compris le type que nous recherchons, que nous nous efforçons de produire.

Dans le concours de Tours, il a vu quelques étables représentées, et, les animaux primés suivant les besoins de la région. A Paris, où presque toutes les étables étaient représentées, suivant le classement du jury, il a pu se rendre compte des besoins de la majorité du pays.

Nous voulons en France des animaux Durham le plus près de terre possible, le plus viande possible, ayante en un mot, le plus gros poids possible, sous le plus petit volume possible.

Nous voulons un bon type Bootli, auquel nous donnons de la distinction dans la tête, de la finesse dans les cornes, un meilleur passage de sangles, une inande mieux répartie sans bouJes suifeuses, avec une culotte large, ronde et la plus descendue possible.

M. W. Housman croit que dans la classe des vaches, Claire qui a obtenu le premier prixde sa section et qui, sans conteste, se rapproche en tous points du type que je viens d'énoncer, et lequel type personne ne me le contestera, est d'un « médiocre mérite ».

Il serait malséant que je prenne la défense d'une vache m'appartenant. Je ne dirai qu'un mot.

Claire a figuré dans cinq concours. Elle a obtenu : 1°, un 1"prix au concours de Châteauroux en 1 888 ; — 2", un 2^ prix au concours international en 1889; — 3°, un 1" prix au concours de Roanne en 1 890 ; — 4°, un 1" prix au concours de Versailles en 1891 , battant la vache qui lui avait ravi le 1" prix en 1889; — 5", un l""" prix au concours général dernier de 1893.

Personne ne peut dire qu'au Palais de l'Industrie, pour un début de concours de femelles, les éleveurs n'aient pas amené leurs meilleures bêtes et les moins méritantes de leurs étables. Du reste presque toutes les femelles prem,iers prix dans les concours de 1891 et 1892 s'y trouvaient rassemblées.

M. W. Housman cite une autre de mes vaches ayant obtenu un prix supplémentaire et un premier prix au concours de Troyes en 1892, et semble la croire meilleure. Il la représente comme « un bon « spécimen du type shortliorn réunissant les deux aptitudes du lait et de « la viande. » Je fais une grosse différence entre les deux, et tous les éleveurs français sérieux pensent de même. La meilleure preuve est que la vache n'est sortie que celte année de ma vacherie pour assister au concours ; je voulais m'en défaire, ne la croyant pas susceptible de donner des descendants absolument semblables au type auquel nous devons nous attacher en France. Avec de la farine, elle sera suifeuse, jamais viandeuse. Pour aucun prix, je n'aurais vendu Claire, j'ai cédé ma vache prix supplémentaire,

M. W. Housman prétend que Claire « est un type profitable, mais « pas de grande classe. » En admettant qu'elle soit de petite classe, j'aime mieux son près de terre, son tassement bien pondéré, sa culotte large et bien descendue, sa bonne ligne de dessous que les échalas surmontés de boules suifeuses, échantillons que nous produisent les Grandes Duchess Bâtes de la plus grande de toutes les classes.

Je n'ai jamais demandé à des bêtes à cornes et, en France nous n'en

voulons pas avec juste raison, surtout aux Durhams, de conduire ma charrette, fût-elle anglaise. Je leur demande du bifteack, du bon potau-feu pris dans la tranche et surtout dans le cimier.

Si les Anglais veulent en avoir, ils seront forcés de venir nous en acheter, car ils ne peuvent plus en produire. Témoins les prix inabordables pour des animaux qui en France n'auraient même pas eu des prix supplémentaires.

M. W. Housman n'a donc pas remarqué les animaux anglais exposés à Paris. Il est certain qu'en Angleterre, il y en a de meilleurs à ces derniers, mais ils sont si rares que l'on ne peut les acheter, tant ils sont courus et demandés.

Je ne voudrais pas que cet article soit considéré comme une attaque aux très judicieuses observations de M. W. Housman. Je veux prouver simplement que les éleveurs de Durhams en France ne cherchent pas tous le pedigree, le bon dessus et l'animal enlevé sans s'occuper des autres parties. Il en reste encore, et en majorité, cherchant la bête la plus rapprochée du type que je viens de décrire plus haut, que le commerce nous demande, que la consommation nous réclame.

Pas d'os, pas de suif, de la viande et encore de la viande.

G. AUCLERC

La production des vins blancs et principalement des vins blancs faits avec des raisins rouges, tels que l'Aramon, a pris, depuis quelques années, dans le midi de la France, une importance considérable et a eu pour conséquences une transformation complète de l'outillage des celliers et la création de machines nouvelles, mieux appropriées que les anciennes aux conditions spéciales de cette fabrication. La vinification en blanc des raisins rouges rend, en eflet, indispensables le foulage et le pressurage immédiats de la vendange coupée : il faut opérer rapidement, sous peine d'avoir des moûts colorés. Or, dans les grandes exploitations, où l'on a à traiter chaque jour des quantités considérables de raisins, ce n'est pas chose facile. La difficulté provient surtout de la viscosité de la vendange fraîche, qui rend extrêmement difficile la séparation du liquide.

Avec les fouloires ordinaires, on n'obtient, en général, qu'un broyage insuffisant : si l'on rapproche trop les cylindres broyeurs, on s'expose à écraser la rafle, les pépins et, par suite à altérer la qualité du moût; en outre, le travail est lent; si, au contraire, on écarte les cylindres, la vendange n'est pas assez divisée, des grains passent entiers, sans broyage aucun, et ceux même qui ont été écrasés ne laissent égoutter qu'une faible proportion du liquide qu'ils renferment. Le rendement d'un semblable instrument en moût ne dépasse pas 25 à 30 pour 100 du poids de la vendange. L'égouttage est à coup sûr insuffisant et la rafle ne peut être directement livrée aux pressoirs. Il faut lui imposer un séjour plus ou moins prolongé sur des claies ou dans des chambres d égouttement, dont la conséquence est une coloration du moût.

Il n'y a d'ailleurs pas de distinction bien nette à faire entre les divers systèmes de fouloirs ordinaires. Qu'on emploie un fouloir Mabille, à cylindres striés tournant à vitesse diftérentielle, ou un fouloir à cylindres armés de cannelures profondes, engrenant ensemble et tournant, par suite, à vitesse égale, ou encore un fouloir à broyeurs prismatiques, les résultats diffèrent peu et la séparation du liquide est toujours très incomplète. La perfection du travail de ces fouloirs dépend beaucoup moins du système de l'appareil que de son réglage et de la régularité de l'alimentation. Pour obtenir un foulage satisfaisant, il faut avoir soin de répartir également la vendange sur touto la longueur des broyeurs, éviter de

Projeter la masse des raisins en un même point de l'appareil et veiller à ce que arrivée de la vendange se fasse avec régularité. Mais, même dans ces conditions, le travail reste imparfait pour le traitement des vins blancs.

Les pressoirs ordinaires présentent également des inconvénients sérieux : d'abord, leurs dimensions, môme celles des plus gros modèles, sont insuffisantes pour le pressurage rapide d'une vendange fraîche, à peine égouttée, dès que la récolte est abondante ; en second lieu, pour obtenir un égouttement satisfaisant d'un fort gâteau de vendange, il faut presser lentement, remanier ou recouper la motte, en un mot, laisser longtemps la vendange sur le pressoir, ce qui, d'une part, est incompatible avec un travail rapide, et, d'autre part, expose le moût à une coloration certaine. Si, à la rigueur, il est possible d'arriver à un bon résultat en multipliant les pressoirs, en augmentant le nombre des ouvriers, on conçoit que c'est au prix de dépenses importantes de matériel et de main-d'œuvre.

On a donc été amené à une transformation des procédés de foulage et surtout des procédés de pressurage, et on a dii créer des outils nouveaux pour répondre aux desiderata des viticulteurs.

1. FouLOiRS. —Un fouloir très intéressant est celui qu'a imaginé M. Masson, constructeur à Lyon. C'est un appareil à grand travail, mû généralement par manège ou à la vapeur, susceptible pourtant d'une commande à bras. J'ai pu voir fonctionner, à la vendange dernière, deux fouloirs Masson, chez M. le comte de Divonne, propriétaire d'un important vignoble près d'Arles, qui les emploie depuis trois ans à sa complète satisfaction.

Le fouloir de M. Masson est dit à double effet. Il se compose (fig. 45) de deux

â'b^^s^ paires de cylindres broyeurs

^LrSi ^'^ fonte, placées l'une au-

Mfl^S^^^ dessous de l'autre. La pre-

yfl^g^^^ÉjiÉil ""^ mière paire, celle du haut,

J^;/^^^^p^W ■ -— — 6St formée de deux tambours

i^f/y l^^^^^ll A^ cannelés suivant les généra-

M////^^SÊ^^^WL,î^K trices, tournant à vitesse éga-

VÊ^^ ^^^"lyi"^! le, en sens contraire l'un de

■.-M'AJ II MiFi^^i 11^^^^^^ l'autre, autour de deux axes

^^^^^^^^;ï-s3'.-*-;--^'^^^^^P^^^ seconde paire, disposée au- ^^^^^'^^ZlJ''^^''^^' '^^<*^'^"^ dessous de la première, est Fig. 45.— FoTiTo'ir'à double effet de Masson. formée de deux rouleaux à

surface lisse, tournant aussi à vitesse égale, en sens contraire l'un de l'autre, parallèlement autour de deux axes horizontaux. Dans chaque paire, l'un des cylindres a ses paliers fixes, l'autre est monté sur des paliers mobiles et peut, par suite, se rapprocher ou s'écarter plus ou moins du précédent; on règle l'écartement et la pression exercée entre les deux cylindres par des leviers chargés de poids qui agissent sur les paliers mobiles pour les pousser contre les paliers fixes et amener les cylindres à être tangents. Une trémie, fixée au sommet de l'appareil, alimente la première paire de cylindres.

Au fur et à mesure de l'arrivée des charrettes ou des pastières chargées de récolte, la vendange est jetée à la pelle dans la trémie (sur la figure elle est élevée par noria), passe entre les deux premiers cylindres, qui opèrent un premier broyage,

Euis entre les deux autres qui achèvent le travail commencé. Les raisins divisés, royés, laminés tombent, avec le moût qui s'en écoule, en tête d'une table inclinée, en tôle perforée, longue de 1 m. 30 environ, sur laquelle ils sont transportés, jusqu'à l'extrémité inférieure, par des palettes en bois fixées transversalement sur deux chaînes sans fin, mobiles parallèlement à la longueur de la table. Pendant ce trajet,, les grappes s'égouttent, le liquide passe à travers les orifices de la tôle et s'écoule en dessous; la rafle et la pulpe sont recueillies au bas de la table. Des balais, intercalés entre les palettes, nettoient constammment la table et empêchent l'obstruction des trous de la tôle.

Chez M. de Divonne, les fouloirs sont actionnés par une locomobile. Chacun d'eux peut traiter par heure environ 3,000 à 3,500 kilog. de raisins. Une force de un cheval-vapeur suffit à sa commande. La rafle et les pépins ne subissent aucun écrasement, à la condition de régler convenablement l'écartement des cylindres. Un homme est employé au remplissage de la trémie. Le liquide exprimé se rend, par une canalisation, à la pompe. La rafle tombe seule à la base d'un élévateur à godets, sur le compte duquel je reviendrai plus loin, et qui la

conduit aux appareils de pressurage. Chaque fouloir a coûté 2,200 francs.

Dans le cellier de Villeroy, près de Cette, appartenant à la Compagnie des Salins du Midi, on a essayé, à la fin des dernières vendanges, un instrument nouveau qui opère le foulage de la vendange par un procédé tout à fait différent de celui des broyeurs ordinaires et qui, à en juger par les premiers essais, paraît devoir donner des résultats fort satisfaisants. Cet appareil, dont M. Paul, ingénieur-constructeur à Cette, a eu la première idée et qu'il a construit dans ses ateliers, est une sorte de turbine qui opère le broyage des raisins en les lançant avec force sur une paroi résistante, contre laquelle ils se brisent et s'écrasent. Il se compose (fig. 46) d'un arbre vertical B, tournant dans l'axe d'un cylindre métallique A, de 1 m. 10 de diamètre, ouvert aux deux bouts. Sur l'arbre sont clavetés deux plateaux horizontaux P et P', de 0 m. 80 de diamètre, l'un au-dessus de l'autre, à un écartement de 0 m. 40. L'arbre tourne à la vitesse de 700 tours à la minute, mû par la vapeur.

La vendange, élevée par une noria ou par tout autre procédé, est versée près

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Fig. 46. — Coupe du fouloir-turbine et de l'égouttoir Paul.

du centre de l'appareil, sur le premier plateau. Elle est immédiatement entraînée dans le mouvement de rotation rapide de celui-ci (des palettes radiales a fixées au plateau assurent l'entraînement) et projetée violemment contre la paroi du cylindre concentrique, où elle se brise. Reprise par une cloison en forme d'entonnoir, la vendange est ramenée au centre et sur la surface du second plateau, par lequel elle est de nouveau lancée contre la paroi du cylindre où elle achève de se désagréger. La matière est recueillie au bas du cylindre, absolument réduite à l'état de bouillie. La raile et les pépins ne sont aucunement écrasés, mais les grains sont déchirés, vidés, il ne reste d'eux que la peau. La pulpe est divisée en frac^ments innombrables qui s'écoulent mélangés avec le moût. Le broyage est aus'si complet qu'il est possible de le désirer, je dirais presque trop complet, car la partie liquide, le moût, tient en suspension une grande quantité de pulpe •déchiquetée, qui l'épaissit et le trouble. J'ajouterai cependant que ce trouble dis-

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paraît lorsque l'on abandonne le liquide à lui-même : les parties solides se précipitent au fond des récipients, en opérant, d'après M. Paul, une véritable clarification, presque un collage.

D'abord, le produit de ce foulage était recueilli, à Villeroy, dans des chambres d'égouttement, où s'opérait une première séparation du moût, que complétait ensuite un pressurage. Plus tard, on a reçu la vendange passée à la turbine en tête d'une vis d'Arcnimède, tournant horizontalement dans une auge demi-circulaire, à claire- voie, de 3 mètres de longueur, qui la promenait entre ses spires sur cette longueur, et opérait ainsi l'égouttage plus rapidement que par un simple séjour de la matière dans une chambre.

La turbine, avec une force motrice évaluée à 4 chevaux, a traité facilement la vendange élevée par la noria, dont le débit est de 380 litres à la minute. Le rendement en moût n'a pas été déterminé par des expériences précises ; mais il est beaucoup plus grand, à première vue, que le rendement fourni par les procédés de foulage ordinaires.

A la suite de ces expériences, MM. les ingénieurs de la Compagnie des Salins

Fig. 47. — Plan de l'égouUoir Paul.

du Midi ont décidé de remplacer, à la vendange prochaine, un certain nombre de fouloirs à cylindres actuellement en service, par le broyeur de M. Paul, mais après avoir apporté à l'appareil essayé cette année quelques perfectionnements. Le diamètre du cylindre vertical sera porté à 1 m. 45 et celui des plateaux à 1 m. 20, ce qui permettra d'obtenir la même énergie de broyage avec une vitesse moindre (250 tours seulement à la minute). L'énorme vitesse de 700 tours avait l'inconvénient d'exiger une forte puissance motrice; la commande du nouveau fouloir sera plus simple et moins dispendieuse. Des ailettes b seront fixées aux parois du cylindre pour empêcher que la vendange ne prenne dans l'appareil un mouvement de giration. La vendange, élevée par les norias, sera introduite dans l'appareil par l'un des deux orifices G à volonté.

M. Paul se propose d'ajouter à ce fouloir-turbine un appareil d'égouttage d'un système nouveau et de construire une machine complète, telle que la représentent les figures 46 et 47. L'égouttoir, placé au-dessous du fouloir, est formé d'une table circulaire T, en tôle perforée, recevant par une chaîne de, Gall, de l'arbre de commande du fouloir, un mouvement lent de rotation dans le sens de la flèche /*.

Sur cette table roulent deux cylindres pesants D, diamétralement opposés, autour d'un arbre horizontal fixe, sur lequel ils sont fous. La vendange, passée à la turbine, tombe, par un plan incliné, sur la table, en E, et se trouve entraînée par elle. Elle subit une première pression de l'un des rouleaux, puis une seconde pression de l'autre rouleau. Entre les deux, un diviseur F remue et déplace la matière, pour rendre la deuxième compression plus efficace. Le liquide s'écoule au-dessous de la table, tandis que les grappes égouttées sont rejetées au dehors par un ramasseur R, qui a la forme d'un soc de charrue. Une brosse rotative S maintient constamment débouchés les orifices de la table. La vendange reste sur la table pendant un tour presque complet de celle-ci.

M. Paul, en vue de simplifier les opérations du cellier, a pourvu, en réalité, son appareil de deux ramasseurs R etR' qui permettent d'extraire le marc égoutté à gauche ou à droite, à volonté. On fait travailler l'un ou l'autre. Il y a également deux diviseurs F et F', dont un seul travaille, suivant le côlé où la vendange sort, et la brosse peut être, elle aussi, déplacée, de façon à se trouver toujours derrière le ramasseur actif. La figure 47 montre l'un des diviseurs F' relevé et indiq'ue par des pointillés la deuxième position que peuvent occuper le ramasseur et la Brosse.

Cet appareil n'a pas encore été expérimenté II est donc prématuré de vouloir en apprécier le travail. Le principe est bon. Je me demande pourtant si la vendange, placée sur la table, se laissera entraîner sous les cylindres facilement et si la viscosité de la matière ne la fera pas refluer en arrière. Je ne suis pas certain non plus que le séjour de la vendange sur la table soit suffisant pour produire un égoultage parfait. Mais la pratique, mieux qu'un raisonnement à priori, nous fixera à ce sujet.

Cet essai de foulage de la vendange, par un procédé nouveau, n'est pas le seul qui ait été tenté. On a aussi essayé d'appliquer à ce travail la machine à casser les pierres ou à casser le coke, qui se compose de deux mâchoires, l'une fixe et l'autre mobile, qui se rapproche et s'éloigne alternativement de la première. Mais le modèle établi pour servir à ces expériences était construit d'une manière défectueuse et les résultats obtenus n'ont pas été satisfaisants

II. Pressoirs. — Le pressoir à leviers différentiels, du système Mabille, que M. Grassous a fait construire par M. Paul, de Cette, pour sa propriété de La Brousse, près Montpellier, se distingue des pressoirs ordinaires, d'abord par ses grandes dimensions, ensuite par quelques dispositions intéressantes, rendues nécessaires par l'augmentation de son diamètre > Ce pressoir était destiné au pressurage de la vendange fraîche. Mais il a été appliqué, cette année, au pressurage des marcs fermentes de vins rouges. Il peut servir indifféremment à l'un et à l'autre.

M. Grassous est parti de ce principe que, pour obtenir un bon assèchement du marc, il faut laisser le marc longtemps sur le pressoir, le remanier ou le recouper plusieurs fois et n'exercer au début que des pressions faibles. Gomment concilier ces conditions d'un bon pressurage avec un travail un peu rapide et un matériel restreint ? G'est en opérant avec un pressoir assez grand pour recevoir à la fois une grande quantité de marc. De là, le pressoir qu'a fait établir M. Grassous.

Get appareil, à maie circulaire, mesure 3 m. 06 de diamètre à l'intérieur de la claie. Sa surface est donc de 7 m.q. 35. La claie a 1 mètre de hauteur, ce qui donne une capacité réelle, à l'intérieur de la claie, de 7 m.c. 350 c'est-à-dire de 73 hectolitres et demi. En pratique, on peut facilement le charger du marc de deux foudres de 40 muids (280 hectol.) chacun. La vis, de 14 centimètres de diamètre, a, au-dessus de la maie, une hauteur de 3 m. 65. Le marc est pressé par un plateau en bois, de même surface que la maie, assujetti à un fort plateau en fonte renforcé par des nervures, lequel plateau est suspendu à l'écrou et reçoit de lui la pression par huit puissants ressorts à spirale. Ge dispositif supprime l'emploi des poutres de pression et simplifie la manœuvre, en évitant aux ouvriers ia fatigue du démontage et du montage répétés d'un matériel pesant. Pour charger ou décharger le pressoir, pour recouper le gâteau, on soulève le plateau solidaire de l'écrou en faisant monter l'ensemble le long de la vis, presque jusqu'au sommet. L'opération se fait très simplement par le procédé suivant : deux ouvriers montent sur le tablier et saisissent avec leurs mains une barre fixée au mur du cellier; en appuyant sur la barre, ils font reculer le tablier, qui se met à tourner

en glissant sous leurs pieds ; l'écrou monte donc le long de la vis, trois à quatre minutes suffisent pour élever le tablier de 1 m. 50 environ. Quant aux ressorts, ils ont pour objet de remplacer l'élasticité des poutres de pression absentes et d'entretenir la pression sur le marc par leur détente, pendant les interruptions du travail au levier.

Chez M. Grassous, le pressurage est conduit ainsi qu'il suit : lorsque le gâteau est formé à l'intérieur de la claie et le plateau abaissé au contact du gâteau, on donne une première pressée. Cette presée est évidemment très légère, puisque la pression se trouve répartie sur une grande surface, de 7 m.q. 35. On retire ensuite la claie, et après avoir remonté le plateau on recoupe le marc, en enlevant autour du gâteau une tranche de 0 m. 40 d'épaisseur, que l'on jette et égalise au-dessus du gâteau. Sans remettre la claie, devenue désormais inutile, on abaisse le plateau et on donne une deuxième pressée. Elle est plus forte que la première, car la pression totale n'agit plus, à la suite du recoupage, que sur une surface de 2 m. 26 de diamètre, ou de 4 mètres carrés. On procède alors à un deuxième recoupage, qui retranche tout autour du gâteau u)ie nouvelle épaisseur de marc de 0 m. 30, et on donne la troisième pressée. La pression ne s'exerce plus que sur une surface de 2 m. q. 16, elle est par conséquent très énergique et achève le complet assèchement du marc. Si, par exemple, la pression est de 1 kil. 250 par centimètre carré la première fois, elle est de 2 kil. 300 la deuxième fois, et elle s'élève à 4 kil. 250 à la troisième pressée.

M. Grassous, à l'obligeance de qui je dois la plupart des renseignements qui précèdent, se déclare satisfait de cet appareil qui lui a permis de faire avec un seul pressoir, rapidement et sans beaucoup de main-d'œuvre, le pressurage d'une vendange qui aurait exigé pour être menée aussi vite, avec les pressoirs ordinaires, deux instruments au moins et un personnel plus nombreux. Il estime que l'avenir appartient aux pressoirs à grande surface, sur lesquels on peut loger une grande quantité de marc, que l'on peut laisser chargés longtemps, la durée du pressurage et les recoupages se montrant plus efficaces, pour produire un bon assèchement, qu'une pression énergique, mais de courte durée. Je partage entièrement son opinion à ce sujet; les essais très intéressants que nous avons pu faire à Villeroy, en 1889, avec le précieux concours des ingénieurs de la Gompagnie des Salins du Midi, ne laissent subsister aucun doute à ce sujet dans notre esprit. Les pressions prolongées ont toutefois l'inconvénient d'amener une coloration du moût, lorsqu'elles sont exercées sur des vendanges fraîches.

Les autres systèmes de pressoirs dont il me reste à décrire le mécanisme sont des pressoirs continus, c'est-à-dire exprimant les marcs sans interruption et sans alternatives de chargement et de déchargement: le marc ou la vendange entre par un bout dans l'appareil et sort exprimé par l'autre bout, à un état d'assèchement plus ou moins prononcé, suivant que la vendange a cuvé, qu'elle est fraîche et que, dans ce cas, le foulage et l'égouttage ont été plus ou moins parfaits. Il est évident qu'avec les pressoirs continus le travail doit être beaucoup plus rapide et la main-d'œuvre très réduite, conditions favorables au traitement de grandes quantités de vendange et à la vinification en blanc des raisins rouges.

{La suite prochainement.) P. Ferrouillat.

LES VINS D'ALGERIE Eï DE TUNISIE

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