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AU CONCOURS DE PARIS

La section des vins ayant été, cette année, privée des récompenses qui lui sont habituellement réservées, les exposants présents et leurs représentants autorisés avaient demandé que la dégustation de leurs produits fût faite par un certain nombre de spécialistes.

Pour répondre à cette légitime demande, M. Bourlier, député d'Alger et président du jury, avait adressé des invitations à la Chambre syndicale des vins en gros, aux courtiers-gourmets, à l'Union et à la Chambre des débitants, à divers groupes, à la Presse vinicole, etc.

Sous la direction de M. Garnier, président de la Chambre syndicale des vins en gros, les courtiers, les représentants, les négociants

se sont constitués en commission toute officieuse, puis en sections. Ensuite M. Carton, de Bougie; M. Rouanet, directeur du Musée commercial ; M. Mares, délégué de la Tunisie, ont successivement présenté les produits vinicoles de l'Algérie et de la Tunisie.

Des numéros déclassement ont été attribués; des appréciations diverses ont été émises ; le tout a été recueilli par quelques intéressés présents ou sera transmis aux absents par leurs mandataires à l'aide de la presse locale.

Pour rester dans les généralités, disons, que les vignobles de Bougie seuls étaient assez largement représentés pour permettre une appréciation d'ensemble. Dans cette région les vins sont droits de goût, sans terroir et peu chargés en couleur ; ils donnent de 10 à 11 degrés d'alcool ; les prix réels varient de 13 à 18 francs, quai Bougie, pour les rouges, et de 18 à 22 francs l'hectolitre pour les vins blancs obtenus avec des raisins rouges. Quelques cuvées exceptionnelles, fournies par des pinots, des mourvèdres ou des cabernets, sont cotées 30 à 35 francs l'hectolitre, prix difficile à atteindre même pour la clientèle bourgeoise.

La commission ainsi officieusement constituée a porté toute son attention sur les vins obtenus à l'aide des levuixs sélectionnées. Les produits les plus appréciés ont été ceux de M. A. Reclus, de Tunisie, et ceux de M. Besson-Peirault, de la Réghaïa. Les différences entre les vins opérés et les témoins ont été reconnues très sensibles, surtout dans les vins blancs; on a estimé la plus-value de 2 à 3 francs par hectolitre pour les vins de M. Reclus et de 5 à 6 francs pour ceux de M. Besson-Perrault.

En viniculture, cette question des levures sélectionnées est encore toute nouvelle et déjà elle semble appelée à devenir le pivot de tous les progrès à réaliser, soit pour « l'amélioration des produits communs, « soit pour vaincre les difficultés considérables de fermentation sous « les climats chauds. »

De nombreux essais ont déjà été tentés en Algérie, depuis le littoral jusqu'aux plus hautes altitudes; et si les résultats n'ont pas été partout absolument concluants, cela tient uniquement à ce qu'on n'a pas encore pu déterminer d'une façon rigoureuse, les différentes formules « d'appropriation entre l'espèce de levure à employer et les cépages à « vinifier', pas plus que les quotités respectives de levure et de « raisins. »

De nos propres expériences et des explications très complètes fournies par divers exposants, nous pouvons déjà dégager les conclusions suivantes : 1° l'emploi des levures sélectionnées assure une fermentation plus régulière, plus normale et plus complète; 2" les vins opérés ont une coloration plus vive, plus intense, un goût plus frais et un bouquet spécial à la levure employée; 3** au fur et à mesure que le vin opéré prend de l'âge, ce bouquet tend à disparaître.

Pour consacrer des résultats aussi encourageants, l'administration supérieure pourrait, dans les prochains concours, réserver une place spéciale aux vins obtenus à l'aide des levures sélectionnées et présentés avec les témoins. Lorsque ces produits auront été appréciés,

1. Nous engageons nos amis d'Algérie à poursuivre leurs études (mais surtout sur des raisins à goûts neutres) et à employer des levures Bourgogne ou Beaujolais, de préférence à la levure Cabernet.

jugés et classés par des commissions compétentes, les vignerons pourront retirer grand profit de l'application, bien tardive chez eux, de procédés mis en œuvre depuis longtemps, da7is lindustrie des bières \

Le Concours général agricole de 1 893 a été l'occasion de nouvelles demandes relatives à la classification des vins d'Algérie et de Tunisie. Sur ce point, nous avons pris l'avis des collègues qui ont collaboré avec nous depuis 1885 aux travaux des jurys spéciaux; tous ont d'abord reconnu l'impossibilité de classer les vins d'Algérie en vins de. plaine et en vins de coteaux à cause des différences d'altitude, de terrains, de cépages ; d'autre part le classement par localités ou par régions ne pouvait pas donner satisfaction, à cause de la variété de production que l'on trouve souvent sur un domaine même peu étendu.

On a donc décidé, sur notre proposition, de prendre comme base d'une future classification, le prix de vente au vignoble annoncé par l'exposant qui se placerait ainsi, lui-même, dans telle ou telle classe suivant sa propre déclaration.

Pour l'Algérie et la Tunisie, la première classe comprendrait les vins à 31 francs l'hectolitre et au-dessus; la seconde classe, ceux de 25 à 30 fr.; la troisième, 19 à 24 fr.; la quatrième, 15 à 18 fr.; la cinquième, 14 fr. et au-dessous.

Chacune de ces classes serait elle-même divisée en trois catégories, très suffisantes pour différencier les qualités intermédiaires. Si cette base était officiellement adoptée dans tous les concours agricoles, si les intéressés étaient prévenus en temps et obligés à des déclarations précises, on arriverait peu à peu établir un classement aussi exact que possible de tous les vins présentés.

Et ces résultats pratiques faciliteraient singulièrement les recherches du commerce et celles du consommateur, en même temps qu'ils donneraient aux vignerons des indications précises sur des produits dont la valeur marchande est parfois insuffisamment connue.

En effet, la viticulture est entrée dans une période toute nouvelle ; si le phylloxéra a ruiné en partie la réputation de quelques-uns de nos bons crûs, le niveau général des vins des classes inférieures s'est sensiblement relevé. On pourrait citer telles régions où la révolution a été assez complète pour transformer en bons vins de table des produits qui naguère allaient à la chaudière! — Certains ont même obtenu, il y a quelques années, des prix très élevés qui expliquent en grande partie la rapide reconstitution de nos vignobles.

Mais les prix ne se sont pas maintenus et, au lieu de rechercher et de reconnaître les véritables causes d'une baisse prévue, annoncée, inéluctable, les propriétaires ont accusé le commerce et les courtiers d'absorber leurs bénéfices légitimes ; puis beaucoup ont cherché à réaliser ce rêve, d'atteindre les plus humbles consommateurs en supprimant d'un coup tous les intermédiaires!

C'est un désir bien légitime, une tendance naturelle; mais pour arriver à la réalisation de ces espérances, au moins fort prématurées pour la plupart, il convient de savoir si le produit obtenu est assez

1. Grâce à l'étude scientifique et pratique des fermentations spéciales, l'industrie des bières a réalisé en quelques années des progrès considérables dûs, pour la grande pariie, à l'emploi des .evures sélectionnées.

mûr, assez complet pour aller droit au consommateur; il faut s'assurer de sa solidité, de sa résistance, etc , etc.

Toutes ces connaissances, ces indications sont indispensables pour se présenter utilement devant le consommateur. — Et comment les obtenir? comment les acquérir et en profiter? Par la pratique des concours locaux, régionaux, généraux et grâce au classement méthodique dont nous avons indiqué les grandes lignes.

Puisque la tentative de décentralisation faite au Concours général de 1893, témoigne du désir de l'administration de modifier des procédés d'organisation qui ne répondent plus aux exigences actuelles de la production, du commerce et de la consommation, il nous a paru intéressant d'appeler l'attention sur le système de classification « par prix » appliqué depuis longtemps dans plusieurs concours locaux et dont le fonctionnement semble répondre aux principaux desiderata des exposants et des membres du jury. B. Gaillardon,

Propriétaire à Chéragas-Staoueli.

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