LA MOUTARDE BLANCHE
Le r' septembre dernier, sur un hectare de terre de médiorce qualité, mais bien meuble, je semai 700 kilog. de scories, 15 kilog. de moutarde blanche, et un coup de herse termina l'opération.
Le 15 octobre la moutarde ayant 0 m. 60 de hauteur, on commença dans le bas de la pièce, où la gelée était à redouter, le fauchage, qui finit au 15 novembre; à ce moment la moutarde était haute de un mètre.
Pendant un mois dix fortes bêtes bovines furent nourries avec cette plante mêlée avec un peu de paille hachée, qui fut continuellement mangée avec avidité.
Nous avons estimé que chaque bête nourrie avec du foin seul, en aurait consommé par jour 1 5 kilog. X 1 0 =: 1 50 kilog. X 30 jours = 4,500 kilog. et au prix élevé auquel est le foin (à 100 francs les 100 kilog. )^ l'hectare a produit la somme brute de 450 francs.
La moutarde qui passe pour être sensible à la gelée, y a très bien résisté, alors que tous les maïs du voisinage ont été entièrement gelés. — La moutarde se sème en avril et en septembre. D"" Menudier.
Le projet de dégrèvement des boissons hygiéniques, si péniblement adopté déjà par la Chambre des députés, subit devant le Sénat un nouvel arrêt.
Depuis 1880, tous les ans nous voyons reparaître, sous une forme
ou sous une autre, des propositions diverses tendant à supprimer
l'impôt exorbitant qui pèse sur nos boissons. — Tous les ans, sans
que le public arrive à en comprendre la cause, les tentatives faites
en ce sens avortent.
Cependant presque tous les candidats, aussi bien dans les circonscriptions rurales que dans les cités manufacturières, car cette question intéresse tous les consommateurs, tous ceux, dis-je, qui briguent les suffrages des électeurs depuis que le régime parlementaire est éta-
1. Nous devons faire des réserves au sujet de plusieurs opinions e-cpriinées dans cet article.— H. S.
bli, promettent de réformer l'impôt dans un sens plus démocratique.
— Or, quel meilleur moyen de montrer qu'on cherche à tenir ses promesses que de restreindre le plus possible les impôts indirects? Parmi les contributions indirectes, quelle est la plus vexatoire sinon celle qui pèse sur les vins, cidres, poirés, hydromels, etc., frappant ainsi des produits de première nécessité, aussi bien pour le pauvre que pour le riche?
Ce régime contraint les ouvriers peu fortunés à recourir à des mélanges frelatés, au grand détriment de leur santé, tandis que les produits naturels des cultivateurs manquent de débouchés. — Cette seule considération suffirait à montrer l'urgence de la réforme.
La Commission des finances du Sénat vient de décider à l'unanimité de disjoindre de la préparation du budget de 1893 la modification apportée par la Chambre au régime des boissons hygiéniques : c'est un nouvel ajournement du projet. Nous retombons dans le chemin suivi les années précédentes et vraisemblablement nous n'en sortirons pas de sitôt.
Les sénateurs réclament du temps pour examiner en détail une proposition nouvelle qu'on leur demande de ratifier, cela se conçoit.
— Mais le projet qui est soumis actuellement à leurs délibérations n'est pas absolument dans ce cas. — Sans parler de longues et pénibles discussions qui se sont déroulées pendant plus de deux mois à la Chambre, et que tout le monde a suivies avec anxiété, personne n'ignore au Luxembourg tous les projets qui se sont succédé les années précédentes. La question n'est pas neuve; les idées de chacun sont fixées depuis longtemps : rien n'empêche donc qu'on les mette définitivement au jour.
Il est temps de laisser de côté les petites rivalités et les considéra tions de clocher pour n'envisager que l'intérêt général.
Derrière la manœuvre qui vient de se produire se masque en effet une hésitation à voter la principale contre-partie du projet : la suppression du privilège des bouilleurs de cru. Il faut cependant qu'on y arrive, quitte à réglementer d'une façon spéciale, comme le veut l'honorable M. Méline, les distilleries agricoles. — La majorité des vignerons réclament cette mesure, et le Syndicat des viticulteurs de France en particulier, a eu maintes fois l'occasion de l'affirmer en leur nom.
— Nous ne voulons même pas de la réglementation proposée par le Gouvernement dans son projet primitif pour favoriser le vinage. — Nous considérons que nos produits doivent être livrés absolument purs et naturels aux consommateurs, et c'est à quoi tendent tous nos efîorts.
Le Sénat, en approuvant la résolution prise par la Commission, sera sévèrement jugé par le pays. On ne s'explique pas bien qu'une réforme d'impôt fasse l'objet d'une loi isolée du budget quand on ignore les dépenses pour lesquelles il faudra chercher des ressources et lorsqu'on n'a pas sous la main les recettes qui seront nécessaires pour combler le déficit que peut occasionner la réforme. Mais il est indispensable de ne pas prolonger plus longtemps la discussion du budget de 1893 qui n'a déjà que trop duré.
Quant à incorporer la transformation du régime des boissons dans
la loi de Finances de 1894, il n'y faut pas songer. L'année est trop avancée déjà : les réformes sociales que veut tenter la Chambre dans sa dernière session l'occuperont longuement ; le prochain budget ne viendra encore que fort tard devant le Sénat, et on invoquera les mêmes raisons qu'aujourd'hui pour ajourner de nouveau sine die la mesure qui nous concerne.
Au moment où tous les ennemis de la République cherchent à déconsidérer le régime parlementaire, nous croyons qu'il eût été de l'intérêt de nos sénateurs de voter avec le budget de 1893, le projet de réforme de l'impôt sur les boissons hygiéniques que lui propose la Chambre, quelles qu'en soient d'ailleurs les imperfections.
A. Hardon.
SITUATION AaRIGOLE DANS LA NIÈVRE
Cette quinzaine a été meilleure que les précédentes, et les charrues qui étaient restées inactives pendant cette période si importante de l'année ont pu reprendre leur marche.
Les semaillles d'avoines et de blés de printemps qui devraient actuellement être en plein cours d'exécution sont en retard et tous les travaux se sont accumulés de la manière la plus pressante.
Il faut en excepter cependant les sols sableux et perméables qui ne craignent pas les pluies. Los exploitations placées sur ces natures de terrains que la saison a favorisés cette année ont profité de cette situation en permettant de continuer les labours et d'exécuter les ensemencements.
On est toujours bien inspiré quand on met dès les premiers beaux jours le plus d'avoine possible en terre. Cette céréale est alors levée avant les pluies d'avril qui lui conviennent particulièrement et qui ont la plus heureuse influence sur la production qu'elle fournit en grain aussi bien qu'en paille. On peut dire d'une façon générale, que c'est le mois de février qui prépare les meilleures avoines; en mars toutefois elles peuvent être tout aussi bonnes quand la saison est favorable; en avril, elles peuvent encore être passables; en mai, il est trop tard, et l'on n'obtient plus que ce que le commerce appelle d'une locution assez expressive des pattes de moucne.
Jusqu'ici les blés ont assez bonne apparence. Il y a bien eu quelques dégâts commis par les vers, les limaces, et du fait des gelées; mais ces dégâts ne sont pas comparables à ceux de l'année dernière. En outre, quelques parcelles ont été submergées; mais en ayant soin d'entretenir convenablement les rigoles et fossés d'écoulement, on a eu raison de cet inconvénient. Salomos.