‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 310 sur 691 · SEIGLE DE MARS · texte numérisé non relu

SEIGLE DE MARS

Le grain plus court que celui du seigle ordinaire, légèrement plus renflé dans son milieu, avec une teinte brun verdâtre, la paille moins haute et plus flexible, avec un épi plus effilé et fortement barbu, tel se présente le seigle de mars. Beaucoup moins répandu que son frère aîné, il n'en rend pas moins d'excellents services dans toutes les régions granitiques et montagneuses où l'on a surtout recours à lui lorsque les froids précoces ont empêché les semailles du seigle d'automne.

Depuis quelques années, nous semons cette céréale dans nos terres légères silicieuses et granitiques, et nous nous trouvons fort bien de son rendement. Nous la faisons venir après le froment, remplaçant ainsi, dans l'assolement quinquennal généralement suivi, la récolte d'avoine de printemps.

Les agronomes pourront critiquer fort cette méthode de culture qui réîrouhle\Q&o\ et fait se succéder sans discontinuité deux céréales coup sur coup. C'est là, je le confesse, un manquement grave aux règles agronomiques, que j'espère me faire pardonner par les explications suivantes.

D'abord il faut reconnaître qu'en matière d'assolement, le meilleur consiste à sauvegarder la propreté du sol, et en même temps à lui' restituer les principes essentiels puisés par les récoltes. Si donc mon sol est propre et si par ailleurs j'accompagne ma semence d une quantité d'engrais suffisante pour les besoins de la plante, je redeviens orthodoxe.

SEIGLE DE xMAUS. 47 1

D'autre part, je n'innove rien en remplaçant l'avoine de printemps par le seigle de mars, car c'est toujours une céréale de printemps, qui succède à une céréale d'automne. J'ajoute aussi qu'avec cette manière d'agir, je trouve dans la récolte du seigle de mars un rendement beaucoup plus considérable en grains et paille, qu'avec l'avoine. Ce résultat m'a donc déterminé, non seulement à augmenter chaque année mes ensemencements en seigle de mars pour faire suite à la moisson de froment, mais encore ù en conseiller l'usage dans tous les pays siliceux où l'avoine vient mal.

En effet dans ces sols, les avoines qui naturellement craignent la sécheresse et les terres sèches, poussent difficilement, donnant en grain fort léger avec peu ou point de paille. Dans un tel milieu, le rendement en avoine ordinaire de printemps ne dépasse pas 20 à 22 hectolitres à l'hectare, avec un poids de 35 à 40 kilog. à l'hectotitre, tandis que le seigle de mars ne donnera jamais moins de 25 à oO hectolitres à l'hectare, avec un poids de moyen 75 kilog. l'hectolitre. Quant au rendement en paille, il est quadruple en poids de celui de l'avoine.

Le grain du seigle de mars est très marchand et très recherché par la meunerie locale qui l'apprécie à cause de la blancheur de sa farine bien supérieure à celle du seigle d'automne. La récolte a été vendue cette année pour la consommation, au prix moyen de 10 à 12 francs l'hectolitre; pour les bons seigles de semence, les prix sont en majoration. Le prix moyen de nos avoines légères, mis en comparaison, ne donne que 7 à i^ francs l'hectolitre ; nous avons donc de ce chef un bénéfice très réel auquel il convient encore d'ajouter le haut rendement en paille qui, comme je l'ai dit, est quatre fois supérieur à celui de l'avoine, et dont la valeur vénale augmente chaque année.

Pour cultiver le seigle de mars, il convient d'abord d'etïectuer un seul labour d'hiver en novembre ou décembre, en attaquant bien toute la profondeur de la couche arable. On laisse ensuite le sol en fjuéretiusquen février, pour que les gels et dégels brisent les grosses mottes soulevées par le premier labour.

Si la terre est propre et le temps convenable, on pourra semer à la volée après un coup de scarificateur ; on recouvre la semence avec le scarificateur, on donne un coup de herse, et on fait [lasser le rouleau pour écraser les mottes.

Si la terre est infestée de graines et de mauvaises herbes, il faut en provoquer la germination par un coup de herse donné en féva-ier. Quand le terrain a bien verdi, on donne alors une façon énergique avec le scarificateur qu'on fait suivre immédiatement de la herse à plusieurs reprises. ■ — Le travail devra se faire par un temps sec. — Toutes ces façons données, on sèmera à la volée le seigle de mars, et on sera assuré d'un bon résultat.

Bien que, dans notre assolement, la récolte précédente de froment ait reçu une fumure et un superphosphatage. il fondra encore, en même temps que la semence de seigle, répandre 400 kilog. de superphosphate à l'hectare; en outre au commencement de mai, l'adjonction de 100 à 150 kilog. de nitrate de soude s'imposera, si à ce moment la plante se présente jaune et chétive. La semaille du grain devra ton-

Page 1