LES DÉPOTS DES VINS ITALIENS A L'ÉTRANGER
concurrence de la moitié de leur valeur. — Chaque contravention aux conditions du contrat donne droit à une amende de 500 florins par fois. Au bout de trois contraventions le Gouvernement peut révoquer la convention.
Sous la rubrique « ventes et conditions des avances », nous remarquons les dispositions suivantes. La maison concessionnaire prend la vente des vins déposés pour toute la région aux conditions suivantes : 10 pour 100 si elle est « du croire »,8 pour 100 dans le cas contraire. Elle vend aux prix fixés par les commettants. Les prix doivent être marqués en lires italiennes.... Si la maison se rend caution c'est elle qui fait la facture; si elle n'est pas « du croire », c'est l'expéditeur qui la fait remettre à l'acheteur. — En ce qui touche les avances, elles sont à trois mois et celui qui les reçoit doit contracter un acte de gage. — Les renouvellements doivent être demandés au moins cinq jours avant l'échéance. — - Les avances au-dessous de 500 florins ne sont pas autorisées. Pour le calcul des avances, il faut d'abord déduire lés intérêts pendant trois mois, les frais d'expertise et toutes les autres dépenses faites à la marchandise. Le taux des intérêts se règle suivant lavaluta(actuellementà 50/0), plus 1 et demi pour 100 de commission.
Je pense que cette manière de procéder, cette sorte d'ingérence étrangère officielle d'une nation étrangère dans une affaire purement commerciale, bien qu'elle soit pratiquée depuis un assez grand nombre d'années par le Gouvernement italien, causera quelques surprises à mes lecteurs. J'ignore si notre Ministre de l'agriculture fait pour les négociants Français de semblables traités, si nos consuls s'occupent de semblables négociations. Je n'entends ni les approuver ni les critiquer, c'est affaire à de plus compétents en matière de droit international. Je me borne à raconter et à traduire. Reste à savoir, au point de vue pratique, si cette institution offre de l'utilité. Le lecteur va en juger de suite. Si je consulte le rapport de « l'enotechnico » de Lucerne (Suisse), pour le mois de décembre 1892, j'y vois que des onze régions viticoles de l'Italie, il est entré dans le dépôt de Lucerne, en décembre, dans le courant du dit mois, 138,977 kilog. de vin et qu'il en est sorti 105,457 kilog. — et si l'on veut le compte en hectolitres, qu'il restait au l*"' décembre 1892 au dit dépôt 4,645.61 hectotolitres , qu'il en est entré en décembre 1,389.77, ensemble 6,035.38; et qu'il en est sorti 1 ,054.57, ce qui représente un stock de 4,980.81 ; soit en chiffres ronds 5,000 hectolitres au 1" janvier. Nos amis les Suisses ont eu de quoi ne pas mourir de soif pendant cet hiver. P. du Pré-Collot.
Notre collègue et ami, M. Auclerc, vient d'écrire dans le Journal de r Agriculture, à propos du dernier concours de Paris, un article qui soulève des questions fort délicates. Nous sommes loin d'envisager ces questions de la même manière que notre collègue, et sans vouloir renouveler en France la lutte du sang Booth et du sang Bâtes, nous nous permettrons de répondre brièvement aux assertions qu'il a émises. Les divergences de vue dout il s'agit ne nous semblent point, d'ailleurs, aussi difficiles à concilier que le croit M. Auclerc.
Il importe de présenter d'abord quelques observations générales sur son article. M. Housman n'est pas éleveur de Shorthorns ; son père l'était.. Lui-même s'est occupé d'élevage avec son père, et s'est consacré ensuite au rôle de publiciste agricole. On peut dire que sa compétence est reconnue en Angleterre pour indiscutable, et qu'elle s'étend à toutes les races de bétail et de volailles de ce pays. Disons enfin que M. Housman est un des principaux écrivains du Live Stocks le grand journal d'élevage anglais. On peut donc affirmer qu'il représente l'opinion des meilleurs juges, de l'autre coté de la Manche.
Qu'a donc fait cet écrivain pour motiver le mécontentement de M. Auclerc? 11 a fait ce que nous faisons, lorsqu'il nous arrive d'assister à un concours en Angleterre, ou même à un concours moins éloigné : il a critiqué les décisions du jury! Ce jury mérite d'ailleurs, paraU-U,(ïè[re couvert de fleurs. Qu'il mérite de l'être par M. Auclerc, on ne saurait le nier; mais cet éleveur ne peut contester le fait, que cette opinion était loin d'être partagée par tous les assistants. Elle l'était même si peu qu'une certaine délibération d'un syndicat prouverait au besoin le contraire. Peu importe du reste, et ceci n'est qu'un détail. Il suffit d'établir que les juges en question n'ont pas été considérés comme infaillibles, et qu'ils ont eu cela de commun avec bien d'autres I Nous voulions en conclure seulement que M. Housman, en critiquant les décisions du jury, n'a rien fait qui, dans le cas présent^ ne fût aussi naturel que dans tout autre.
Après cette explication nécessaire, nous arrivons au passage qui a choqué M. Auclerc, dans l'aiticle de l'écrivain anglais. C'est le passage dans lequel M. Housman déclare préférer la vache Berthe, de notre collègue, à la vache Claire du même exposant ; et pour le lecteur, qui n'a pas vu les animaux, nous ajouterons ce renseignement : Berthe donne 25 litres de lait, et n'a eu qu'un prix supplémentaire; Claire a peine à nourrir son veau, et a remporté le I" prix. Ceci ne suffirait pas à donner tort au jury, qui n'avait à examiner que la forme extérieure; mais cela donne peut-être quelque apparence de raison à M. Housman.
Sans entrer d'ailleurs dans la comparaison des deux vaches, ce qui serait un fait de jugement et d'appréciation, il y a lieu de noter le principe que M. Auclerc veut soutenir à ce propos : c'est qu'il faut s'occuper uniquement du Durhani à viande, et négliger le Durham laitier. Notre confrère veut un bon type Boolh^ un peu plus fin que ce tyj)e ne l'est en Angleterre, et il n'est pas éloigné de croire que M. Housman a écrit sous l'empire d'idées tout opposées.
Ceci est une erreur, cher confrère, et pour une bonne raison : c'est que .VI. Housman père était éleveur de sang Booth, et que son fils a gardé pour ce sang uïH' prédilection marquée. Mais 1rs Anglais pensent, — à tort suivant vous, — que les vaches sont faites pour donner du lait, qu'elles ne doivent (ionmr de la viande qu'après a\oir terminé leur carrière, et s'ils admirent les belles formes lorsqu'ils les rencontrent, ce n'est jamais sans tenir compte de cette qualité, accessoire si vous voulez, mais fondamentale aux yeux de bien des gens.
Vous blâmez les agissemenls de quelques éleveurs français, qui, depuis quelques années, ont voulu détruire notre vieux type viande.
Il s'est écoulé plusieurs années en effet, depuis le début de ces agissements, car ils ont commencé à la vacherie Nationale, et si des importations directes ont lieu maintenant, c'est que la vacherie a disparu, et que le Syndicat des éleveurs du Durham français est dans l'obligation de suppléer à ce vide, profondément senti par plusieurs de ses membres.
Le type du Durham est envisagé par tout le monde comme par vous : on le veut près de terre et le plus viande possible ; mah on ne veut pas sacrifier le développement^ ni les gnalités laitières. Pour arriver à cet ensemble de desiderata, le Syndicat suit la voie tracée à Corbon : il importe des reproducteurs anglais, et il les choisit de sang Bâtes.
Il est difficile, d'ailleurs, de comprendre ce qui nous divise à ce sujet, puisque d'une part M. Georges Auclerc a fait partie d'une commission envoyée en Angleterre par le Syndicat, et que cette commission a ramené deux taureaux de sang Bâtes ; et que d'autre part M. Auclerc emploie un taureau né à Corbon, — et plein de ce même sang, ■ — auquel il a ajouté l'an dernier un animal Bâtes, importé par le Syndicat, et loué par lui. On ne craint donc pas à la Celle-Bruère d'employer des taureaux enlevés, de race laitière, et qui sont étrangers au type Booth?
Quel inconvénient y a-t-il d'ailleurs à ce que le durham, r/w« est de race laitière dans son origine, conserve ses qualités héréditaires? Au point de vue du concours, la vache qui n'a pas de lait sera toujours plus séduisante que la vache épuisée par un rendement considérable. Mais nous ne craignons pas d'affirmer que la plupart des agriculteurs donneront leur préférence, dans la pratique, à la vache qui sera d'abord d'un bon service, et qui deviendra un jour une bonne bête d'engraissement.
Il est bien facile en tout cas de tourner, sinon de trancher, cette divergence d'appréciation : il suffit pour cela que chaque éleveur adopte une spécialité, ce qui se fait généralement en Angleterre. Les éleveurs qui veulent suivre les errements de Corbon, ceux de M. Mâlo et de bien d'auties autorités, ceux qui croient d'une part à l'utilité primordiale des qualités laitières, et d'autre part sont convaincus — ■ à l'inverse de M. Auclerc, — des inconvénients du sang Booth pur au point de vue du lyuiphatisme et du suif; ces éleveurs, disons-nous, continueront à cultiver les qualités laitières de leurs animaux, et à employer dans ce but le sang Bâtes. D'autres éleveurs n'ayant en vue que la viande... et les concours, sacrifieront le lait, comme on le fait à Warlaby depuis cent ans au moins. Il sera aisé de cette façon d'exercer un choix, basé sur le but que chacun se propose, et l'acquéreur d'un troupeau saura d'avance quels sont les résultats à attendre de l'emploi de cet animal.
On voit donc, ainsi que nous le disions en commençant, que la divergence dans les goûts de chacun peut s'accentuer, sans autre effet que d'amener chaque éleveur à choisir la spécialité qu'il préfère, et nous ne voyons à cela nul inconvénient.
Quant à la spécialité que choisira M. Auclerc, il est aisé de la deviner d'après ce qu'il écrit; mais on eût été jusqu'ici fort embarrassé pour reconnaître ses préférences, et on ne les eût pas jugées aussi
exclusives. Son étable renferme en effet des animaux de concours ayant remporté depuis de longues années les plus grands succès, et à côté de ces animaux se trouvent des vaches laitières, telles que Berlhe dont nous parlions tout à l'heure. Nous possédons nous-mêmes des Durhams venant de la Celle-Bruère, et ils ont confirmé par leurs rendements la haute opinion, que nous avons toujours eue de cet excellent troupeau. Ce ne sera pas l'influence de Duc René, venu de Gorbon, ni celle de Barming Barrington Duke, loué au Syndicat et venu d'Angleterre, qui feront déchoir M. Auclerc de cette réputation, si anciennement et si justement acquise.
Tel est du moins le souhait bien sincère que nous adressons à notre collègue, pour conclure cette petite polémique.
Marquis de Chauvelin.