‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 339 sur 691 · LES MAUX ACTUELS DE L'AGRICULTURE · texte numérisé non relu

LES MAUX ACTUELS DE L'AGRICULTURE

Léonce de Lavergne a écrit en 1856 cette phrase qui est encore tout actuelle à l'heure présente : « L'économie politique est importune, je

le sais, parce qu'elle écarte les chimères et les apparences ; mais si l'on peut nier ses principes, on ne les viole jamais impunément. » On ne peut pas dire que l'agriculture moderne a violé les principes économiques, mais peut-être n'est-il pas inutile de synthétiser certains faits importants qui dominent la production à notre époque et qui permettront de dégager ces principes sous un jour nouveau. La formule si simple : élévation des rendements, abaissement des prix de revient, est toujours l'égide de l'industrie agricole, mais elle s'est compliquée d'autres facteurs qui soulèvent la discussion.

Tout d'abord, en raison de l'entrée en lice de plusieurs pays qui a amené ces phénomènes de lutte économique que l'on a appelée la concurrence universelle, toutes les nations européennes ont cru devoir protéger leur production nationale par des tarifs douaniers : la France n'est pas seule à s'être ravisée, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, l'Autriche-Hongrie ont fait de même; l'Angleterre agricole, à son tour, prenant le pas sur l'Angleterre industrielle, réclame de plus en plus des mesures de même ordre que jusqu'ici elle avait été seule à dédaigner. La revision des tarifs douaniers est donc bien, semble-t-il,la première mesure qui s'impose pour économiser une crise agricole trop intense. Mais est-ce suffisant? N'y a-t-il rien à craindre au-delà de ce que l'on peut éviter par une surélévation des barrières douanières?

Et suivant le langage de Bastiat, à côté de ce que l'on voit, n'y a-til pas quelque chose que l'on ne voit pas?

Assurément, il serait injuste de reprocher à nos agriculteurs de ne rien voir au-delà des droits qui leur ont été concédés par les derniers tarifs ; les progrès qu'ils ont su réaliser par ailleurs, en sont la meilleure preuve : emploi judicieux et général des engrais chimiques, amélioration des semences, perfectionnement du bétail, reconstitution des vignobles, transformation de l'industrie laitière, etc., tout cela est excellent, mais tout cela est insuffisant. On continue presque partout à se plaindre de la difficulté des opérations agricoles, moins peut-être qu'auparavant, mais les griefs que l'on invoque, pour n'être plus de même nature, n'en sont pas moins réels et ils pourraient prendre à bref délai un degré nouveau d'acuité.

Ce n'est pas en France seulement que l'on se plaint, c'est aussi en Angleterre^, c'est en Italie, c'est même aux Etats-Unis. Et si dans chaque pays les réclamations ne sont pas absolument identiques, on trouve cependant partout un fonds commun qui les rattache toutes à ces deux idées, opposées et inconciliables au premier aspect :

I. — La concurrence universelle aggrave de plus en plus la situation des producteurs, les pousse vers la production intensive et la spécialisation de plus en plus grande de la culture, ce qui entraîne une organisation industrielle complète à laquelle les cultivateurs semblaient peu préparés pour la plupart.

II. — L'organisation économique qui nous a régis jusqu'ici semble s'adapter difficilement aux conditions sociales de l'époque actuelle, à la soif immodérée des hauts bénéfices qui se manifeste aussi bien dans la classe des propriétaires que dans celle des travailleurs de la terre.

C'est volontairement que nous restreignons la question aux intérêts purement agricoles.

Les propositions de solution radicale ne manquent pas, les plus radicales, souvent les plus violentes, revêtent môme parfois les séduisantes apparences de la logique. Mais que l'on se rassure bien vite, les questions sociales ne sont pas aussi simples : chaque progrès ne vient et ne peut venir qu'à son heure, quand seulement il s'adapte aux besoins nés de la société, à ses intérêts immédiats. Au surplus, ce n'est pas avec des théories que l'on fait mouvoir les sociétés, c'est avec des faits pratiques, et tant que la théorie se heurte à des intérêts acquis, fondés sur la justice, elle ne peut passer dans la pratique qu'en tenant compte de ces intérêts. La justice est immanente — pour répéter un grand mot — et les révolutions qui pourraient la violer momentanément amèneraient certainement une réaction.

Afin de préciser notre pensée, prenons des faits pratiques :

Une grande réunion d'agriculteurs, tenue en Angleterre, le 5 janvier dernier à York, a décidé de donner son adhésion au projet de création d'un syndicat agricole national englobant tous les syndicats agricoles, tous les propriétaires ruraux, tous les fermiers, tous les travailleurs agricoles des Iles britanniques, afin de défendre en commun les intérêts de 1 agriculture anglaise.

Lord Winehelsea, qui est le promoteur de cette idée et qui parcourt le pays pour organiser un mouvement en sa faveur, a dit que, si l'agriculture veut sortir de la crise qu'elle traverse, elle doit s'opposer à la concurrence étrangère ; supprimer les intermédiaires qui vendent les produits et qui les remplacent souvent frauduleusement par des produits étrangers ; forcer les compagnies de chemins de fera abaisser leurs tarifs; assurer un travail permanent et un salaire convenable aux paysans et leur permettre d'acquérir des terres; obtenir que les impôts qui frappent l'agriculture ne soient pas si lourds, attendu que sur les 600 millions de livres sterling du revenu fiscal de la nation, l'agriculture a fourni jusqu'à 160 millions ; supprimer les trafics sur les terres ; empêcher la falsification des denrées et des engrais ; faire des expériences et des analyses de la valeur des engrais.

La caricature anglaise s'est déjà emparée de ce discours de lord Winehelsea — qui a eu un grand retentissement — et a réussi à lui donner toute l'autorité d'un programme de combat. Ce programme, on s'en rend compte aisément, est complexe, il concilie, peut-on dire trop d'intérêts opposés; mais tout bien considéré, il est acceptable dans toutes ses parties.

Dès maintenant le protectionnisme est un parti puissant à la Chambre des communes. Le 8 février dernier dans le débat sur l'adresse, après une discussion de deux jours, la Chambre basse a rejeté par 272 voix seulement contre 232, l'amendement du député conservateur Wharton exprimant des regrets de ce que le discours du Trône n'ait annoncé aucune mesure protectionniste (droits sur les viandes et fromages étrangers) ou simplement protectrice (diminution des impôts et charges locales) pour remédier à la détresse à laquelle les agriculteurs anglais sont actuellement exposés.

Aux Etats-Unis, l'agitation soulevée par les agriculteurs au moyen de leur puissant syndicat le F armer s' Alliance ne semble se calmer un moment que pour se faire sentir avec plus d'énergie à chaque reprise

des débats. La crise agraire sévit aux Etats-Unis plus qu'en Europe d'ailleurs ; en 1890, dans trois états seulement : le Maine, le Vermont, le New-Hampshire, 4,440 exploitations ont été délaissées par leurs exploitants, faute de pouvoir satisfaire leurs créanciers. Les causes de cette crise sont profondes, elles tiennent de l'abus du crédit d'une spéculation outrée et de l'excès de la concurrence et non de la protection douanière. La dette hypothécaire agricole atteint déjà 13 milliards. La ruine des farmers tend à favoriser la formation de la grande propriété (en concours avec d'autres causes) et l'apparition d'une classe subordonnée de fermiers à bail et de métayers. Ce sont les premiers symptômes d'une situation nouvelle, moins originale, plus semblable à celle du monde rural européen et qui représente l'avenir de la culture aux Etats-Unis*.

Les farmers avaient fondé dès 1 867 une association devenue promptement nombreuse et puissante. La Grange^ qui fonctionnait à peu près comme un syndicat économique, résista au monopole des chemins de fer, puis fit les ventes et les achats en commun, et surtout s'efforça d'.éviter les usuriers et les syndicats de spéculateurs par l'assurance mutuelle, le crédit, la coopération. Les résultats obtenus parla Grange sont immenses, mais ils n'ont pu empêcher la crise. La Grange cessa de fonctionner ou à peu près en 1876. En 1889, une autre association s'est fondée sous le nom de Fflrmer.s'^//Mnce dont l'inspiration motrice paraît différente de la première. Celle-ci a déjà joué un rôle politique considérable en 1890 lors de l'élection du 25' congrès, et l'agitation qu'elle entretient aujourd'hui semble se porter sur le terrain politique et social.

En France, de grands progrès ont été réalisés depuis moins de vingt ans, dans tout ce qui touche à l'entreprise agricole. La création des syndicats paraît toutefois la plus féconde, la plus puissante de toutes les réformes accomplies, elle a été copiée dans tous les pays à peu près, avec plus ou moins de succès, suivant le tempérament propre à chaque peuple : il reste encore à compléter leur action en les faisant servir d'une façon plus générale à l'approvisionnement des marchés, à l'écoulement direct des produits aux consommateurs, et cette nouvelle fonction n'est pas incompatible avec leurs moyens d'action. La sélection des semences, la création de nouvelles espèces plus résistantes aux accidents, plus productives surtout que les anciennes, sont en excellente voie, et l'exploitation rationnelle du bétail de nos fermes s'améliore incessamment. Si ce sont la plupart du temps les grandes fermes qui sont à la tête du progrès, les petites suivent autant que le permettent l'état des relations, l'instruction de la masse, et la diffusion de plus en plus grande de la presse agricole.

Mais ce n'est pas tout que de faire le possible chez soi, il ne faut pas se laisser devancer par des concurrents, par des rivaux plus diligents : les efforts combinés de chacun et ceux de cette puissance anonyme que l'on appelle l'Etat et que l'on invoque de plus en plus fréquemment ne sont pas de trop pour la tâche difficile qui s'impose. Rappeler ici tout ce qu'a réalisé en France l'initiative gouvernementale dans la reconstitution des vignobles, l'enseignement agricole, la pro-

1. Y. LÉON PoiNSARD, Libre-Ecliange et Protection, Pa.ris 1893.

pagation des bonnes méthodes, l'amélioration du bétail, serait rééditer des faits connus.

Il ne faudrait pas s'imaginer cependant que notre pays soit seul à poursuivre le perfectionnement de son agriculture. On citait ici même (voir le Journal du 7 janvier dernier, article de M. du Pré-Collot) le voyage fait en Europe par un premier ministre du Canada pour étudier notre agriculture et spécialement la culture de la betterave ; aux Etats-Unis le gouvernement subventionne largement des savants officiels qui ont pour unique mission de faire des expériences et des recherches et de, publier les résultats de leurs travaux dans le seul intérêt de l'agriculture nationale; dans l'Inde anglaise, le gouvernement indien prend l'initiative de tous les progrès possibles, de même en Russie, et on peut ajouter partout ailleurs.

Aucune négligence n'est donc permise, les autres peuples ne sont pas mieux doués que nous évidemment, la lutte est possible, il importe seulement de ne pas la fuir.

Au-dessus de toutes les causes de difficultés que nous venons de signaler s'en ajoutent d'autres d'un ordre différent, touchant à la répartition de la richesse, delà terre elle-même. Un socialisme agraire, bien différent encore du socialisme industriel qui se propage dans les usines ou dans les mines, s'est fait jour depuis quelques années. Quelques écrivains de mérite s'en sont fait les apôtres, Henry George, Ilussell Wallace, A. Mortara et dautres; mais aucune doctrine de fonds n'est instituée jusqu'ici, et ces auteurs eux-mêmes sont très divisés. On se refuse à parler au petit paysan de lui confisquer sa terre pour la socialiser ou même pour la nationaliser ; ces théories dépassent son entendement moyen, on se borne à l'exciter pour l'endoctriner en lui faisant entrevoir la destruction des grands domaines agricoles. Le dernier congrès socialiste tenu au mois de septembre 1892, à Marseille, a été très net sur ce point.

La formule du socialisme agraire est encore à trouver, cela est indiscutable, mais il n'en est pas moins vrai que les hommes sérieux et de bonne foi se préoccupent de la question. Deux rapports ont été soumis au Congrès agricole d'Anvers de l'année dernière qui préconisaient la nationalisation du sol. Leurs conclusions n'ont pas été admises, c'est beaucoup que de les avoir présentées à une pareille assemblée, Les plus graves revues ne dédaignent plus d'accueillir des études critiques sur ces doctrines, n'est-ce pas leur reconnaître une part de fondement logique?

Il y a donc à veiller de ce côté également, quelque éloigné de nous que paraisse encore l'objectif poursuivi. Certaines grèves agricoles ont déjà en tous cas — en Italie notamment et aussi la grève des bûcherons de la Nièvre — le caractère avoué ou non de cette lutte de classes si instamment recommandée par les chefs socialistes militants. François Bernard.

Règlement pour les concours à l'emploi de professeur départemental d'agriculture.

§. F''. — Le concours est public. Sont seuls admis à concourir les candidats porteurs du diplôme d'ingénieur agronome, des écoles nationales d'agriculture et vétérinaires.

Le concours porte sur les matières désignées ci-après :

Agriculture générale. — Cultures spéciales et plus particulièrement celles qui intéressent la région dont fait partie le déparlement pour lequel le concours est ouvert. — Maniement des machines.

Zootechnie générale. — Zootechnie spéciale et particulièrement étude des races de la contrée et des spéculations animales propres au département et à la région.

Economie et législation rurales; comptabilité agricole.

Maladies des plantes et spécialement de celles qui sont cultivées dans la région.

Entomologie agricole. — Insectes nuisibles et utiles, surtout ceux qui intéressent la région.

Technologie agricole et tout spécialement les industries agricoles qui existent dans la contrée

Arboriculture, viticulture et horticulture.

Sylviculture.

Pisciculture.

Acclimatation des animaux et des végétaux utiles.

-Vctéoroiogie. Prévision du temps.

g. 2. — Le concours comprend trois natures d'épreuves :

A. — Une com'position écrite ou un rapport sur une question d'agriculture, de zootechnie ou d'économie rurale.

Celte épreuve, pour laquelle il est accordé trois heures aux candidats, a lieu sous la surveillance d'un des membres du jury.

B. — 1° Une conférence d'une heure, faite pour une réunion d'agriculteurs, sur un sujet intéressant surtout l'agriculture ou les industries agricoles de la région.

Il est accordé trois heures aux candidats pour la préparation de cette conférence.

2° Une leçon d'une heure au moins, sur une question rentrant dans le cadre du programme du paragraphe 1^"^.

Les candidats ont vingt-quatre heures pour préparer cette leçon; ils jouissent, à cet effet, de toute leur liberté.

G. — 1" Une épreuve pratique sur la chimie et l'emploi du microscope et des appareils de projection.

2° Une épreuve pratique d'agriculture comprenant : les cultures, la description et le maniement des machines et instruments agricoles, le fonctionnement des industries agricoles, l'appréciation des bâtiments ruraux, etc.

3" Une épreuve de zootechnie sur la détermination de la race, de l'âge, l'indication des maniements, la recheiche des tarrs, l'appréciation des animaux au point de vue de leur spécialisation, l'étude et la composition des rations.

4° Une épreuve pratique sur l'arboriculture et l'horticulture.

§. 3. — Les sujets de chaque épreuve sont arrêtés chaque jour par le jury au commencement de la séance, hors la présence du public et des candidats, et mis sous enveloppe cachetée.

Avant chaque épreuve, les candidats tirent au sort l'ordre dans lequel ils passeront.

Les sujets choisis car le jury sont tirés au sort par les candidats dans l'ordre où ils devront subir l'épreuve.

§. 4. — Après chaque épreuve subie par un candidat, chacun des membres du jury inscrit sa note sur un bulletin portant le numéro et la nature de l'épreuve avec le nom du candidat.

Ces bulletins sont immédiatement placés dans une enveloppe cachetée reproduisant extérieurement l'indication du numéro et de la nature de l'épreuve.

§. 5. — Les notes sont données d'après une échelle de points variant de 0 à 20 et ayant respectivement les significations suivantes : 0 nul. — 1,2, très mal. — 3, 4, 5, mal. — 6, 7, 8, médiocre. — 9, 10, 11, passable. — 12, 13, 14, assez bien. — 15, 16, 17, bien. — 18, 19, très laien. — 20, parfait.

§.6. — Les épreuves A et G 1" sont subies les premières. Le dépouillement des bulletins sur lesquels ont été inscrites les notes se rapportant à ces deux épreuves est fait à part en présence du jury aussitôt qu'elles sont terminées.

Les concurrents qui n'ont pas obtenu, dans chacune d'elles, au moins la moitié du maximum des points,' ne peuvent continuer de prendre part au concours.

^. 7. - — Le dépouillement général des bulletins a lieu à la fin des opérations, le jury assemblé.

Pour opérer le classement des candidats, les notes de chacun d'eux pour l'épreuve écrite et les leçons orales (épreuves A et B) sont réunies en une seule moyenne.

Les quatre notes obtenues pour les épreuves pratiques (épreuve C) sont réunies en une autre moyenne.

Le total de ces deux moyennes donne la valeur relative des candidats et sert à en dresser la liste par ordre de mérite.

g. 8. — Nul ne peut être déclaré admissible s'il n'a obtenu dans chaque épreuve la moitié au moins du maximum des points et sur l'ensemble des épreuves les deux tiers du maximum total.

Page 1