III. — BLÉS
Variétés. — L'hiver 1891-92, comme le précédent, a permis de déterminer la rusticité des diverses variétés de blé.
Mes essais ont porté sur quatre variétés, le blé hybride iwécoce Rimpau^ le blé du Progrès Lorrain^ le blé à épis carrés de Browick et le blé rouge d'Alsace.
Ces blés ont été semés le 16 octobre, à la main, en lignes espacées les unes des autres de 25 centimètres, au milieu d'une pièce déjà ensemencée en blé au semoir le 10 octobre; on a mis 1 kilog. de grain de semence à l'are. La pièce de terre avait porté de l'avoine en 1891 ; aussitôt l'avoine enlevée, le champ fut déchaumé par un double trait de scarificateur, fumé avec 30,000 kilog. de fumier de ferme à l'hectare, labouré et enfin on répandit 800 kilog. de farine de scories phosphoreuses dosant 14 pour 100 d'acide phosphorique. Au printemps 1892, on appliqua à partir du 15 avril, en trois fois à quinze jours d'intervalle, 200 kilog. de nitrate de soude.
Je tenais le blé de Biinpau de la libéralité de M. Schribaux, professeur d'agriculture à l'Institut agronomique. Pour une raison que je n'ai pu m'expliquer, ce blé a mis près d'un mois pour lever et de plus la levée a été presque complètement manquée. Au moment des premières gelées, vers le 25 novembre, on trouvait de loin en loin sur les lignes quelques pieds chétifs. Je ne saurais dire si les gelées lui ont fait du tort, je serais assez disposé à croire que non, il m'a semblé que les pieds existant au 25 novembre étaient tous ou à peu près présents au printemps. Quoi qu'il en soit, le produit a été à l'are de 5 kil. 250 de grain.
Le blé du Progrès Lorrain est un blé barbu recommandé par M. Duroselle. Il a été moins atteint par les gelées que la variété Browick, il a présenté au mètre carré 140 épis, tant bons que mauvais; ces derniers étaient nombreux à cause du tallage tardif. Le produit en grains à Tare a été de 1 2 kil. 400.
Le blé à épi carré Browick a été presque complètement détruit par les gelées. Il n'a présenté que 68 épis au mètre carré, dont beaucoup provenant d'un tallage tardif (comme cela arrive toujours dans les céréales trop claires) ne renfermaient que des grains mal nourris. Le produit en grains à l'are a été de 7 kil. 980.
Le blé rouge d'Alsace a supporté victorieusement les intempéries; au printemps nous le trouvons indemne, son produit à l'are a été de 28 kilog. 500 de grains et de 38 kil. 500 de paille. Le blé, comparé à celui de la pièce qui l'entourait et qui avait été semé huit jours plus tôt avec 150 kilog. de semence à l'hectare au lieu de 100, était un peu trop clair, il ne comptait que 350 épis au mètre carré contre 400 comptés dans la partie voisine.
La paille est restée très courte, la sécheresse persistante des mois de mai, juin et juillet a été cause de ce déficit. Quelques comptages faits sur 1 mètre carré, choisi dans une partie médiocre A, dans une bonne B, et dans la meilleure C, m'ont donné les résultats suivants :
A. Nomb. d'épis 400 Haut, de la paille 0'".90Poidsdugrain310gr.Paille450gr
La moisson s'est faite très tôt, le 22 juillet. En 1891 on avait commencé le 10 août et en 1890 le 28 juillet.
Le blé rouge précoce d'Alsace. — Depuis bientôt dix ans, j'appelle l'attention de mes collègues sur la variété de blé d'hiver, dite rouge précoce d' Alsace. Enireaulres qualités, cette variété s'est montrée particulièrement résistante aux intempéries hivernales comme aux sécheresses estivales. Nous avons montré dans notre compte rendu de 1891 comme elle s'était bien comportée pendant l'hiver 90-91 , comparativement aux variétés d'origine étrangère. Cette année n'a guère été moins désastreuse que sa devancière, aux blés anglais prônés sous le titre alléchant de blés à grands rendements ; la plus grande partie d'entre eux ont été, ou complètement détruits, ou si malades que leur produit a laissé considérablement à désirer, se tenant loin derrière ceux des vieux blés de Lorraine, notamment du rouge d'Alsace. Ce dernier, cultivé à BL4levue sur une surface de 6 hect. 65, a produit un poids total de gerbes de 54,020 kilog. donnant 208 quintaux de grains dont 198 de semence, et 332 quintaux de paille, soit à l'hectare 3,130 kilog. de grain et 5,000 de paille. La paille est au grain dans la proportion de 6 à 4, proportion très faible due uniquement au peu de hauteur de la paille, conséquence de l'extrême sécheresse. L'épaisseur de la récolte en épis était considérable; plusieurs essais m'ont donné, comme on l'a vu, 400 à 500 épis au mètre carré. Le grain atteignait le poids remarquable de 80 kilog. l'hectolitre, 247 grains pesaient 10 grammes.
L'année dernière le produit moyen à l'hectare a été de 2,800 kilog. de grains et de 5,500 kilog. de paille; l'hectolitre de grains pesait 77 kilog., il fallait 246 grains pour 10 grammes. Les essais sur un certain nombre de mètres carrés m'ont donné 300 à 350 épis; la paille avait une hauteur de 1 m. 20 à 1 m. 40.
En 1890, le produit moyen a été de 3,200 kilog. de grain, du poids de 79 kilog. l'hectolitre, et de 6,500 kilog. de paille. On comptait 400 à 500 épis au mètre carré et la paille avait une hauteur de 1 m. 30 à 1 m. 40. L'année 1890 réunissait le grand produit en paille et en grain.
En résumé, le blé rouge d'Alsace a pi'oduit chez moi comme moyenne de ces trois dernières récoltes 3,040 kilog. de grains et 5,700 kilog. de paille à l'hectare. Nous trouvons donc dans cette variété rusticité et productivité.
Essayée ailleurs, les résultats ont été généralement bons et très bons, avec des rendements de 20 à 30 quintaux à l'hectare, surpassant de beaucoup le produit du blé de pays et égalant celui des variétés anglaises. Dans quelques terres pauvres, ce blé a été inférieur à notre variété indigène comme produit en paille et aussi en grains.
J'ai décrit, l'an dernier, les soins que je prenais pour sélectionner mes semences de blé afin d'arriver à employer pour semences les grains les plus parfaits comme grosseur et comme maturité. M. Schribaux vient de mettre ce fait, connu des praticiens depuis longtemps, en complète lumière. Il a démontré expérimentalement la plus grande valeur productive des grosses graines et reconnu de plus que, point
irhportantpour ies sôleclionneurs, une Yariété étant donnée, les meilleurs grains étaient produits parles fleurs les plus précoces (et non les plus précieuses, comme on l'a imprimé et copié à lort dans un grand nombre de journaux). La pratique est toujours heureuse de voir ses observations sanctionnées par l'expérience rigoureuse. Dans le cas particulier, l'application du principe est facile, puisque à l'aide de cribleurs et de trieurs appropriés, aujourd'hui si répandus, on obtiendra les semences les plus parfaites. Paul Genay.
Les cultures de pommes de terre Richter à Zwickau. — Zwickau est la capitale du cercle du même nom dans la Saxe : c'est une ville de 40,000 habitants, située sur les bords de la Mulde, aifluent de l'Elbe, sur la droite de ce fleuve. Ville industrielle d'une grande importance, au centre d'un bassin houiller de 14 kilomètres carrés, elle est le point de réunion de la ligne de Chemnitz, l'ancienne ville impériale; Zwickau est particulièrement connue des nombreux baigneurs qui vont aux eaux de Carlsbad. Si nous nous y rendons aujourd'hui par la pensée, ce n'est point pour contempler du haut de sa tour, de 120 mètres de haut, la vue délicieuse dont on y peut jouir, ce n'est pas pour voir son église du quinzième siècle et y admirer le rétable de Wohlgemuth ou le tableau de L. Cranach dans le baptistère, ni pour visiter ses fabriques de produits chimiques, de porcelaines, de papier, de verre ou de drap. Nous n'oublierons pas toutefois que cette ville de Zwickau est un centre important de culture de plantes pour l'exportation, et ceci nous amènera à comprendre comment le jardinier Richter, aujourd'hui si célèbre parmi les agriculteurs, a été vraisemblablement amené à chercher dans la culture de la pomme de terre une nouvelle source de richesse pour lui et pour son pays.
Qui ne connaît aujourd'hui la pomme de terre Richter's imperator? Surtout depuis que les expériences décisives de M. Girard l'ont rendue célèbre dans toute la France, en ont déterminé la culture industrielle dans les principales exploitations du rayon de Paris. Si l'on connaît la llichter's Imperator, on ignore plus généralement ce que ces deux mots associés ensemble signifient d'une manière précise. Ce qu'ils signifient mot à mot, c'est l'Empereur de Richter, c'est-à-dire la variété de pommes de terre baptisée Imperator et obtenue pour la première lois par Richter. Ce n'est pas pour satisfaire une vaine curiosité, qu'on peut dire légitime, que nous allons passer notre temps à faire ce long trajet de Paris à Zwickau, en nous présentant au célèbre producteur Richter. C'est pour connaître son histoire, surprendre ou plutôt comprendre ses procédés (car il n'y a pas de surprise avec un homme qui vous montre tout avec la plus grande franchise) et nous instruire, que nous allons l'interwiever en compagnie de M. Johannès V(iettner.
M. Richter serait encore M. Richter, c'est-à-dire un modeste horticulteur de Zwickau, s'il n'y avait pas eu en 1869 à Hambourg une exposition d'horticulture, s'il n'avait pas eu la bonne pensée de s'y rendre et s'il n'y avait pas fait une connaissance intime qu'il a ramenée de son voyage avec lui. Ce petit voyage a un air romanesque qui séduit;
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je ne veux pourtant pas laisser suspecter trop longtemps l'austérité des mœurs de jM. Jlichler. Il fit, il est vrai, à Hambourg, une connaissance intime avec une belle personne répondant au gracieux surnom de « Rose Printanière » ; mais cette rose du printemps, cette Early rose, c'était une simple pomme de terre. Il la trouva débarquant d'Amérique et faisant ses débuts sur le continent européen, dans le célèbre port que je viens de nommer.
Elle lui parut d'un aimable embonpoint, d'une chair quelque peu nacrée avec des tons roses et verts, prête à fondre en pâtée farineuse au contact d'un palais gourmand. Séduit par ces qualités aimables, il s'empara d'une sœur de cette gracieuse production et, l'emportant comme un fiancé fait de son trésor, il la ramena sur les bords de la Mulde. Eh bien, ce trésor, ce joli tubercule qui fit époque au moment de son apparition, cette précieuse plante, elle est aujourd'hui éclipsée par sa descendance, car elle est la mère ou plutôt l'aïeule d'un empereur, de r« Imperator »! Je ne veux pas vous faire la généalogie biblique de cette illustre pomme de terre, mais vrai comme Jonathas genuit Aaron, etc., Early rose genuit Imperator.
M. IVicbter est un rude éducateur de pommes de terre ! Si l'on élevait aussi bien les hommes que M. llichter le fait pour les tubercules, quelle belle génération nous aurions en cinquante ans! Mais on n'a pas encore osé faire de la sélection humaine et de l'élevage rationnel de la plus belle race des créatures sublunaires. Voyons ensemble, d'ailleurs, si les procédés de M. Kichter seraient applicables à notre espèce.
Donc en voyant à Hambourg la belle Early rose, M. Richter se dit, naturellement en allemand : «Wenn mansolche kartoffeln auch bei uns bauen konnte », ce qui veut dire à peu près : « Quelle gloire ce serait pour la Saxe si l'on pouvait y faire pousser d'aussi gros tubercules. » Le voilà, sous l'empire de cette obsession, revenu au logis avec son Early, un seul Early, rien qu'un Early, comme dit certaine chanson. Il la mit dans sa serre. Au printemps l'américaine avait déjà formé une riche lignée de rejetons. De ces rejetons il sut tirer plus de cent plants ; par une température favorable il les repiqua dans une bonne terre et à l'automne de la même année il se trouvait l'heureux possesseur d'une récolte de plusieurs quintaux, l/affaire se présentait comme productive; l'Early rose était alors fort demandée, le prix encore très élevé, et sa provision fut bientôt fort réduite par une simple vente au kilog. Bientôt ceci se manifesta, que l'Early rose était fort productive, mais que sa qualité, malheureusement n'était pas satisfaisante dans la plupart des essais, et Richter en arriva bientôt à la pensée que ce qui se pratiquait pour la culture des fleurs il fallait le tenter aussi pour la culture des pommes de terre, à savoir, porter le pollen d'une sorte sur une autre, et obtenir de la semence des deux sortes ainsi croisées de nouvelles espèces, devant réunir autant que possible les qualités propres à chacune des ascendantes.
Il fit choix pour l'amélioration de l'Early rose, de la Victoria de
Paterson, variété anglaise alors fort en vogue, qui se signalait par
Texcellence de son goût mais se montrait inférieure à l'Early rose pour
e rendement. La graine obtenue par ce croisement fut semée en 1 892 ;
ies semences l'ésultant de ce croisement donnèrent naissance à une multitude de descendants pour la plupart disparus depuis longtemps ; une très petite quantité fut seulement réservée dans le commerce. Ce petit nombre s'est en partie étendu jusqu'à l'époque actuelle et on estime encore, en dehors de l'Imperator, les variétés Edelstein (Pierre précieuse) et Schneerose (Rose neigeuse).
Ricliter s'avança alors résolument dans la voie qu'il avait inaugurée avec tant de succès. Dans le cours des années, il a pratiqué de nombreux croisements, mais en choisissant toujours, conformément au plan qu'il avait imaginé, les variétés paternelle et maternelle à l'effet de réunir les qualités d'une variété avec celles de l'autre, tentant d'obtenir la perfection dans le maintien durable des sortes qu'il avait créées. Ses efforts pour atteindre au bien et au mieux sont soutenus essentiellementpar ce principe, — que les excellents reproducteurs qu'il a obtenus restent longtemps utilisés par lui en vue de l'élevage avant d'être livrés au commerce. Il a par ce moyen distancé de beaucoup ses concurrents, car ses productions vont s'améliorant sans cesse de génération en génération.
Lorsqu'une fleur est fécondée par le pollen de la sorte choisie par lui, elle est entourée par un lien; une étiquette en bois portant le nom de la variété paternelle est aussi placée à côté de la touffe Lorsque les baies sont mûies, elles sont recueillies et mises en lieu sûr jusqu'au printemps. Les nombreuses graines renfermées dans chaque baie sont alors semées sur une couche de fumier. Aux semences de chacune des baies est adaptée une étiquette en bois indiquant le nom des deux auteurs. Les rejetons se développent très rapidement; par une température favorable, à la fin de mai, on peut les repiquer sur la platebande dans le jardin, garnis de racines assez longues. On y pratique des sarclages comme pour les autres pommes de terre ; ils atteignent souvent en automne la hauteur de 50 centimètres et au delà. Les touffes donnent dès la première année plusieurs tuber(?ules, mais en règle générale il est encore difficile de porter un jugement certain sur leur valeur. Il faut soumettre ces productions à un essai de plusieurs années sur des champs d'expérience particuliers.
Ces champs d'expériences offrent sans contredit la partie la plus intéressante du système de culture de Ilichter. Ils sont divisés très pratiquement en bandes larges de 4 mètres, qui sont séparées l'une de l'autre par d'étroits sentiers de piélons. Dans ces bandes, les plantations sont faites transversalement dans des raies distantes de 60 centimètres lunede lautn-, et avec une distance de 50 centimètres entre les touffes. Les raies contiennent donc exactement 8 touffes chacune. D'ordinaire trois sillons sont plantés d'une seule variété, d'autres fois moiiis, p;u'fois même un demi-sillon seulement c'est-à-dire en tout 4 touffes; mais pour les es[)èces qui promettent beaucoup, Richter accorde une place de trois sillons.
Le champ d'expériences préseute ainsi la carte d'échantillons la plus variée de toutes les espèces possibles, dont chacune possède un numéro.
Dans les dernières années de ses expériences Richter a expérimenté de cette façon plusieurs milliers de numéros et tenu consciencieuse-
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ment la comptabilité de chacun d'entre eux. Chaque année, un nouveau livre est disposé dans lequel sont reproduits les numéros, le nombre d'années de la semence, les deux variétés-mères et les descriptions précises de toutes les variétés^ renseignements rangés sous des rubriques imaginées dans cette intention. Aussitôt après l'arrachage, le produit est pesé et pour rendre plus facile l'examen comparatif et l'appréciation plus exacte, ce produit est compté pour la quantité totale provenant d'une rangée (8 touffes). Bien entendu, les productions de moindre valeur sont dès ce moment condamnées ; tout le reste, chaque sorte à part, est porté dans le logement d'hiver.
La récolte des diverses espèces se prolonge presque toujours jusqu'au mois de novembre. C'est après cette époque que commence le travail le plus important. On retire les variétés une par une de la cave, on en extrait l'amidon et on les soumet à la cuisson. C'est suivant les résultats de cette double expérience que l'on décide de l'abandon définitif ou de la continuation de la culture des diverses variétés.
Les quelques variétés jugées les meilleures sont à leur tour soumises à la culture en plaine. On fait ensuite le tri des plus parfaites qui seules sont mises dans le commerce. Toutefois l'expérimentation ne se réduit jamais aune petite durée. Tant qu'elle n'a pas été renouvelée au moins cinq fois, la récolte n'est pas vendue, et, même après cette période, elle n'est livrée qu'autant que la variété s'est montrée satisfaisante sous tous les rapports. Croirait-on qu'il se trouve encore des pommes de terre cultivées depuis 1 879, excellentes sous beaucoup de rapports, mais qui, défectueuses en un seul point, ne doivent pas être mises dans la circulation? Elles sont, il est vrai, très souvent cultivées, etnon sans succès, pour faire des croisements, de telle sorte que le progrès qu'elles ont réalisé soit au point de vue du rendement, soit au point de vue du développement, soit au point de vue de la résistance, n'est pas perdu, mais se trouve utilisé pour le progrès des autres plants.
L'examen de toutes les espèces rangées par ordre, offre le plus grand intérêt.
"Voici la production de 1890, plusieurs centaines de variétés. Il en est dans le nombre qui promettent de magnifiques résultats. Il en est qui ne contiennent pas moins de 30 pour iOO d'amidon et même un peu plus. Les croisements du Reichskanzler par le Blanc Sago sont particuliers. Il en est qui sont rouges, blanches, violettes, bleues, tellement la semence produit de différentes variétés. Les échantillons de certaines années sont plus rares : les espèces n'ont pas réussi. Mais cette divergence dans les résultats ne tient pas tant à l'année qu'aux espèces ou à d'autres circonstances particulières.
Dans l'automne 1892, l'aspect de la végétation dans les champs offrait beaucoup de particularités qu'il serait trop long de détailler. Une mention particulière pourrait être accordée au « professeur Marcker ». L'« Impératrice Augusta » par« Dauer» et «Imperatory », jolie sorte marbrée de bleu et blanc, encore que peu avantageuse pour la grande culture, était pour un amateur une pomme de terre de premier ordre. Ce doit être à cause de sa merveilleuse prestance la pomme de terre préférée du propriétaire horticole.
La plupart des variétés de Richter sont avant tout des pommes de terre de table.
Il a cherché d'abord la production de types d'une jolie forme, agréable, avec des yeux plats, d'un goût fin et distingué. Il a donc travaillé en vue des producteurs qui cultivent les espèces convenables pour le marché et l'exportation. Quant à la pomme de terre de distillerie, il ne s'en occupe que d'une manière secondaire et par suite de ce qu'il arrive à obtenir des variétés d'une grande teneur en amidon. Il a aussi ceci de particulier que, suivant le goût du nord de l'Allemagne, il n'a que des tubercules à chair blanche ; c'est tout récemment qu'il a introduit dans sa culture les espèces à chair jaune pour les pays qui les préfèrent. Du reste, il n'est pas à croire que Richter soit au bout de sa tâche; d'une parties variétés ne sont bien fixes qu'après une série multipliée d'années et elles dégénéreraient bientôt si on ne les maintenait pas, d'autre part les nouvelles cultures d'espèces qui ne sont pas encore dans le commerce révéleront bientôt les plus importants progrès.
Outre le travail de sélection que les détails ci-dessus nous font connaître, Richter cherche-t-il par l'application de certains engrais à favoriser les rendements ou à maintenir la fertilité? Nous ne le savons pas. La chose est peu probable, M. Johannes Voettner nous apprend seulement que le sol des cultures de Richter est un limon sablonneux, offrant environ 30 centimètres de terre végétale et reposant sur un sous-sol imperméable peu propre aux cultures profondes. Il cultive sur vieille force, en terres fumées au moins depuis un an, souvent avec de l'engrais flamand, et sa culture de pomme de terre alterne avec les céréales diverses : 5 hectares par chaque sole. Notre guide ne nous dit rien de l'emploi des engrais chimiques. C'est probablement parce que Richter n'attache pas d'importance à leur emploi.
Cette indifférence probable ne serait pas surprenante, Richter attache plus d'importance au sang et aux soins qu'à l'alimentation. N'estce pas là l'explication de cette indifférence sur l'emploi des engrais autres que le fumier utilisé par la précédente récolte?
Je serais assez porté à le croire. Les lois de la nature sont identiques ou harmoniques entre elles. Je ne vois pas que la richesse du régime alimentaire ait sur les races humaines un effet heureux pour la conservation des types et de la beauté. Sans doute les nègres ont des gros ventres, les Esquimaux des corps trapus, des jambes courtes ; les populations maritimes une charpente osseuse très développée, etl'on voit d'un seul coup d'œil les raisons de ces défauts et de ces qualités liées à leur régime alimentaire. Mais les populations des îles grecques, de certaines parties de la Provence, de l'Italie, de la Corse, qui offrent des types achevés d'élégance, de distinction, sont surtout des populations sobres, s'alimentant par les moyens les plus ordinaires, vivant de fruits, de laitage, de pain bis ou de châtaignes. Nous voyons ces types s'alourdir et dégénérer sous l'influence d'une alimentation azotée trop abondante. .Je crois qu'il en est de même pour les races végétales. Il est possible qu'une nourriture trop substantielle nuise à la transmission des qualités de la race dans le règne végétal comme dans le règne animal. Mais je m'avance en tremblant sur ce terrain difficile. En tout
cas ce n'est pas ici le lieu de faire une théorie sur les causes du perfectionnement des races. Un seul principe la domine sans contestation, celui de la sélection. Ilichter me paraît un sélecteur plein de sagacité et de pénétration. Il offre un modèle très digne d'étude. Dans sa sphère chaque agriculteur doit pratiquer aussi cette méthode; c'est une des voies les plus sûres pour arriver au succès. P. du Pré-Collot.