‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 360 sur 691 · SUR LES ROUTES · texte numérisé non relu

SUR LES ROUTES

Monsieur le directeur, j'ai lu avec intérêt dans la chronique du Journal de l'Agriculture du 11 mars, les quelques lignes dont vous avez fait suivre la lettre que M. le Ministre des travaux publics a adressée à l'une des Commissions de la Chambre des députés chargées de prendre connaissance des pétitions, en réponse aux vœux qui ont été si fréquemment émis par les associations agricoles relativement à la substitution des arbres fruitiers aux arbres forestiers sur nos routes nationales.

Je crois qu'il est encore permis de penser qu'une question aussi importante que celle dont il s'agit, ne sera pas aussi vite abandonnée par l'Administration et que M. le Ministre des travaux publics ne renoncera pas d'une façon définitive à faire exécuter de nouvelles expériences dans des conditions parfaitement déterminées. Car ce n'est pas un essai qui ne s'est prolongé que pendant dix ans, seulement^ qui puisse permettre de se faire une opinion exacte sur les inconvénients qui résulteraient de la plantation des arbres fruitiers en bordure des routes.

Chacun sait en effet qu'un arbre fruitier, un poirier haute-tige notamment, n'a atteint une certaine stature et n'est en état de fournir une production rémunératrice que vers l'âge de vingt ou ving-cinqans^ quand il est placé toutefois dans des conditions convenables.

Dix années d'expériences setf^eme/if seront donc considérées par tous ceux qui sont versés dans les questions arboricoles, comme une tentative insuffisamment prolongée, surtout en présence des bons résultats obtenus en Allemagne depuis déjà longtemps.

Si l'Administration des ponts et chaussées a obtenu des résultats aussi peu satisfaisants que ceux signalés par M. le Ministre des travaux publics, cela tient surtout, selon moi, à la façon dont a procédé.

En arboriculture comme en beaucoup d'autres choses, il faut connaître exactement à l'avance le but qu'on se propose d'atteindre, et pour y arriver, quand il s'agit d'une expérience comme celle-ci il faut se placer d'abord dans les conditions les plus favorables de réussite.

La première question à résoudre dans la circonstance était celle-ci : quelles sont les espèces fruitières qui permettent de former des arbres d'alignement? Je n'en vois guère que trois qui réunissent les conditions exigées, ce sont : le poirier à cidre, le noyer et le merisier, et j'ajoute de suite : certaines variétés en ce qui concerne le poirier.

Il faut en effet des arbres qui atteignent une assez grande hauteur pour permettre de leur constituer un fût de plusieurs mètres au-dessus du sol, et aussi des espèces ou variétés dont les rameaux soient érectes et non pleureurs.

536 LESjPLANTATIONS D'ARBRES FRUITIERS SUR LES ROUTES.

Si ces premières conditions n'étaient pas observées, il en résulterait que les arbres fruitiers provoqueraient, en y maintenant un excès dhumidité, la détérioration des routes qu'ils seraient chargés d'ombrager.

C'est pour ces diverses raisons que, nous mêmes, nous écartons le pommier et ses nombreuses variétés malgré la supériorité de qualité de son fruit pour la fabrication du cidre.

En outre du choix des espèces ou variétés, il y a le choix du terrain qui a une très grande importance lorsqu'il s'agit de faire des plantations. C'est en effet à la composition du sol qu'il faut attribuer la plupart des insuccès constatés.

Si l'on se trouve dans une région calcaire, par exemple, il faudra absolument éviter de planter des poiriers — quoiqu'ils soient greffés sur francs — car la réussite est d'avance compromise, et s'adresser à d'autres espèces qui y prospéreront.

Je n'insisterai pas sur les essais de cultures fruitières exécutées dans la région du Sud-list (j'eusse préféré qu'ils fussent tentés dans le Nord) ni sur l'ombrage provoqué par des arbres d'une douzaine d'années de végétation, mais je me permettrai de faire remarquer qu'un orme de vingt ans ne vaut pas 5 francs, tandis qu'il n'est pas un seul cultivateur qui estimerait le même prix un poirier du même âge.

Enfin, si les arbres fruitiers plantés sur les routes sont l'objet de déprédation, c'est évidemment regrettable, mais j'estime qu'ils n'ont pas à en subir davantage que ceux situés dans les champs en bordure de ces mêmes routes. En somme, quelle est la rénumération que procurent les ormeaux, relativement à la venté de leurs fruits? Aucune. Donc la production des f^rbres fruitiers plantés sur les routes nationales, si minime soit-elle, sera toujours un profit pour l'Etat.

Veuillez agréer. Monsieur le directeur, etc. Gustave Rivière,

Professeur départemental de S.-et-O.

Les pressoirs continus ne sont pas une nouveauté.

En 1876, M. Tarbouriech, constructeur à Pézenas (Hérault), présentait aux viticulteurs un pressoir à action continue, à vis d'Arcbimède. Ce pressoir se compose d'un cône en tôle forte, criblé de trous sur toute sa surface et posé horizontalement our deux supports. Dans cette enveloppe, se meut, au moyen d'une transmission par engrenages, une vis d'Archiraède, également conique, dont les dimensions sont à peu près identiques à celles du cône, de façon à ne laisser que le jeu nécessaire à la rotation. La partie de la vis qui sort du cône vient puiser dans le tond d'une trémie la vendange qui est soumise à son action.

Il est facile de comprendre que la vendange engagée entre les deux premières spires est successivement véhiculée le long du cône ; en passant dans des espaces progressivement réduits, elle reçoit entre le noyau de la vis et les parois de l'enveloppe des pressions successives et graduelles qui obligent le liquide à s'échapper par les trous de la tôle, tandis que la matière pressée et asséchée sort à l'extrémité du cône par le petit bout.

Cet appareil, d'une grande simplicité, peu volumineux, facile à commander et d'un prix modéré (900 francs), ne s'est pas répandu, malgré ces avantages. Il présentait, paraît-il, l'inconvénient de ne pouvoir faire avancer lavendange, dès que le cône était plein et la pression un peu forte. La vis, au lieu de pousser la matière d'une extrémité à l'autre du cône, entraînait le tout en rotation et il devenait impossible de dégager la vis.

En 1888, M. Masson imagina un pressoir d'un système tout à fait différent, qui est représenté par la figure 59. Deux cylindres filtrants (c'est-à-dire percés de trous sur toute leur surface) sont tangents horizontalement. L'un d'eux a ses

paliers fixes. Les supports de l'autre sont mobiles et peuvent s'écarter plus ou moins des premiers. Un jeu de leviers chargés de contrepoids maintient les cylindres rapprochés. Deux épaisses toiles sans fin, en crin, passent sur les cylindres et sur des rouleaux tendeurs. Au-dessus des cylindres', une trémie reçoit la vendange à presser. Au-dessous, deux brosses circulaires en chien lent nettoient les toiles et les débarrassent des débris qui pourraient y adhérer. Une transmission par engrenages donne le mouvement aux cylindres. La commande a lieu à bras, par manège ou à la vapeur, suivant la force du pressoir.

Le fonctionnement de ce pressoir est des plus simples : la vendange, débitée par la trémie, est entraînée par les toiles, passe entre les deux cylindres' et subit de leur part une pression dont l'intensité dépend de la charge appliquée à l'extrémité des leviers. Le liquide (vin ou moût) traverse les toiles, pénètre à l'intérieur des cylindres, d'où il s'écoule par une goulotte appropriée. Le marc pressé tombe sur le sol.

Je n'ai jamais eu l'occasion de voir l'appareil Masson en travail. Je ne puis donc me prononcer sur sa valeur. Mais il est probable que, pour le traitement des vendanges fraîches, les résultats n'ont pas dû être absolument satisfaisants, car les propriétaires des grands vignobles du Midi, toujours à la recherche d'un pressoir

Fig. 5'J. — l're-5suir conlinii, du système Masson.

continu efficace pour la fabrication des vins blancs, ne paraissent pas l'avoir adopté.

A l'Exposition universelle de 1889, il y avait seulement deux types de pressoirs continus. L'un, présenté par M. Gayon, a quelque analogie avec le pressoir Masson; l'autre (la presse rotative Simon), construit spécialement en vue du pressurage des pommes pour la fabrication du cidre, n'est pas utilisé au pressurage de la vendange. Je n'insiste donc pas sur ces appareils qui n'ont pas pénétré dans la pratique de la vinification.

Autrement intéressants sont ceux qui ont fonctionné pour la première fois aux vendanges dernières.

Le premier est le pressoir construit par M. Falcot, de Lyon, pour M. d'Andoque de Sériège, propriétaire de deux importants vignobles à peu de distance de Narbonne. Ce pressoir a été exécuté sur les dessins et sur les indications de M. d'Andoque qui a fait preuve, en cette circonstance, d'une grande ingéniosité. M. d'Andoque, qui a toujours témoigné aux professeurs et aux élèves de l'Ecole d'agriculture de Montpellier la plus grande sympathie et qui nous a toujours accueillis au château de Moujan avec une amabilité et une courtoisie dont je tiens personnellement à le remercier ici, a bien voulu me faire l'honneur de me communiquer ses projets et m'autoriser à assister aux premiers essais de son nouvel appareil, installé dans son cellier de Grand'Vignes. Ma visite a été d'autant plus intéressante que j'ai pu voir fonctionner en même temps un égrappoir, con-

struil également sur les données de M. d'Andoque, avec lequel toute la vendange a été égrappée cette année.

La vendange est apportée au cellier dans des tombereaux garnis d'une toile imperméable. Les tombereaux sont acculés à une porte ouverte devant l'élévateur et culbutés ; leur contenu glisse dans le conquet d'une noria où il est pris par les godets de celle-ci et élevé au premier étage.

La noria est du système Gauthier, de Narbonne : le brin montant de la chaîne est vertical au lieu d'être incliné, comme dans les norias ordinaires. En haut, la chaîne passe sur deux tourteaux et les godets se vident entre les deux tourteaux, très facilement. Les godets, à section triangulaire, ont une capacité de 12 litres environ ; ils sont écartés de 0 m. 60. La chaîne ayant une vitesse de 0 m. 20, il passe dans le conquet 20 godets par minute, ce qui correspond, dans ce même temps, à un débit de 250 kilog. de vendange.

Cette noria, dont M. d'Andoque a eu l'idée première, présente sur les norias inclinées plusieurs avantages. En premier lieu, on gagne de la hauteur, c'est-àdire qu'il n'est pas nécessaire d'élever aussi haut la vendange pour obtenir son déversement dans les fouloirs. En outre, l'appareil occupe moins de place. Enfin, on évite les ballottements de la chaîne et on peut supprimer les rouleauxguides. J'ajouterai que la construction de M. Gauthier est parfaite : la noria fonctionne depuis quatre ans chez M. d'Andoque et elle n'a exigé aucune réparation.

La vendange est versée dans la trémie d'un fouloir ordinaire, formé de deux cylindres broyeurs, l'un à cannelures obliques, l'autre à cannelures disposées parallèlement à l'axe, tournant, en sens contraire l'un de l'autre, à vitesse différentielle. La vendange foulée, écrasée, entre alors dans l'égrappoir. Celui-ci est constitué par un arbre incliné qui porte, disposées en hélice, des palettes ou plutôt des dentscourbées, la pointe en avant, et qui tourne dans l'axe d'une auge en tôle perforée, à trous de 0 m. 03 à 0 m. 04 de diamètre, longue de 2 mètres environ. La vendange qui arrive à l'origine de cette auge est chassée, projetée vers l'extrémité inférieure, par les dents; les grappes remuées, secouées, frottées contre la paroi de l'auge, s'égrènent, les grains passent à travers les trous de la tôle avec le moiàt et vont remplir un wagonnet Decauville, tandis que laralle tombe, au bas de l'égrappoir, sur un plan incliné qui la conduit dans une cuve à piquettes. Lorsqu'un wagonnet est plein, il est remplacé par un autre sous l'égrappoir, puis roulé au-dessus du foudre à remplir, dans lequel on déverse son contenu. L'égrappoir de M. d'Andoque diffère des égrappoirs ordinaires par la substitution de dents pointues inclinées vers le bas aux palettes aplaties, implantées sur l'arbre perpendiculairement.

Le fonctionnement de cet égrappoir ne laisse absolument rien à désirer. Tous les grains sont parfaitement détachés de la rafle qui n'emporte avec elle que les grains pourris. C'est là un phénomène très curieux et un résultat intéressant : l'égrappoir produit, en môme temps que la séparation des grains d'avec la rafle, le triage des grains sains, qui vont seuls remplir les foudres, et des grains attaqués par la pourriture, qui sont évacués avec la partie verte de la grappe.

C'est la résolution bien arrêtée de M. d'Andoque de soumettre à l'égrappage sa récolte qui l'a amené, en grande partie, à étudier la question des pressoirs continus. M. d'Andoque a pensé que la masse pâteuse formée par les grains seuls après fermentation, serait extrêmement difficile à presser, même dans des claies, et qu'il faudrait, pour la maintenir sur la maie et l'empêcher de fuir, la mettre dans des sacs comme les tourteaux de graines ou la pulpe de betteraves. Il avait pourtant aussi le désir de diminuer le nombre des pressoirs en service, de réduire la main-d'œuvre et d'utiliser au pressurage la force de la locomobile employée à la commande de l'élévateur, du fouloir et de l'égrappoir.. Le pressoir continu de M. d'Andoque n'a donc été utilisé par lui qu'au pressurage des marcs fermentes. Si j'en donne la description, c'est qu'il peut servir de base à la construction d'un appareil de pressurage des vendanges fraîches.

Le principe n en est pas absolument nouveau. C'est celui de la presse rotative Simon, qui figurait à l'Exposition universelle de 1889. Mais M. d'Andoque a apporté au pressoir Simon des modifications profondes, en sorte que son appareil ne rappelle que par son mode d'action celui qui l'a inspiré. M. d'Andoque s'est attaché principalement à faire disparaître les inconvénients suivants du pressoir

îiES' APPAREILS DE VINIFICATION DES VINS BLANCS.

Simon : d'abord, le porte-à-faux des cylindres presseurs, porte-à-faux qui devait exclure tout effort énergique; ensuite, l'absence de ressorts de sûreté, qui pouvait compromettre l'instrument, s'il s'engageait entre les cylindres, avec le marc, des corps étrangers; enfin, les petites dimensions et le faible débit, qui étaient un obstacle à l'emploi de cet appareil dans les grandes exploitations du Midi. Et, il a réussi, sauf peut-être pour le débit, qui ne sera probablement pas jugé suffisant par tous les viticulteurs.

Le pressoir de M. d'Andoque se compose (fig. 60 et 61) d'un grand tambour en fonte A, de 1 m. 60 de diamètre et de 0 m. 60 de largeur (mesuré extérieurement) mobile dans un plan vertical autour de son axe. Cinq jeux de deux galets Gr, maintiennent en place cette espèce de grand anneau et l'aident à résister aux énormes pressions qui seront exercées sur lui. Ce tambour ou cet anneau reçoit par engrenages, soit du moteur à vapeur, soit d'une manivelle, un mouvement très lent de rotation autour de son axe, que M. d'Andoque a fixé arbitrairement

Fig. 60 — Pressoir continu de M. d'Andoque.

à six tours par heure, -ce qui correspond à une vitesse à la circonférence de Dm. 50 par minute. La jante de cet anneau est munie intérieurement d'un fauxfond en tôle perforée, à trous très rapprochés, de un millimètre de diamètre. A l'intérieur de ce tambour est disposé un cylindre en fonte B, de 1 m. 10 de diamètre et de 0 m. 40 de largeur, devant agir contre la tôle perforée du tambour comme rouleau compresseur. A cet effet, ce cylindre est calé sur un arbre horizontal excentré par rapport à l'axe du tambour et fou sur ses paliers P. Ceux-ci peuvent se déplacer dans deux glissières G et sont constamment attirés à fond de course par de puissants ressorts Belleville R, de façon que, au repos, le tambour et le cylindre compresseur soient tangents intérieurement. Le tout est porté par un fort bâti métallique.

Il est facile de comprendre que si l'on fait arriver entre le cylindre et l'anneau, dans la partie où, à cause de l'excentricité des axes, les parois sont au maximum d'écartement l'une de l'autre, une certaine quantité de marc et si l'on imprime à l'anneau un mouvement de rotation dans le sens de la flèche, le marc sera entraîné par l'anneau et devra s'engager peu à peu dans la partie la plus rétrécie où il subira, entre la tôle perforée et le cylindre compresseur, une pression progressive et un laminage, dont l'énergie dépendra de la force des ressorts qui s'op- S osent à l'écartement du cylindre. Le vin s'écoulera donc, à travers les orifices e la tôle, dans le double-fond de la jante de l'anneau, d'où il sortira par des

trous percés dans les joues de cet anneau pour se ramasser dans une gouttière D qui le conduira aux pompes. Le marc pressé sera remonté par le cylindre et devra être évacué de son côté.

L'alimentation de ce pressoir et l'extraction du marc pressé ont lieu automatiquement par deux vis d'Archimède V et V commandées par des engrenages et par un encliquetage qui permet de faire varier le débit à volonté, très facilement. Un homme charge de marc la trémie T,au fond de laquelle tourne la vis d'alimentation V.La vis d'extraction y amène, par plan incliné E, le marc pressé soit dans une comporte, soit dans une hotte; un enfant aide au dégagement.

Si un corps dur s'engageait accidentellement entre le cylindre et le tambour, le cylindre s'écarterait en comprimant ses ressorts. Si, par suite de l'introduction d'un semblable corps étranger ou simplement d'une obstruction due à une alimentation mal réglée, les ressorts subissaient une compression exagérée, un débrayage automatique produirait l'arrêt immédiat du mécanisme.

Tel est, décrit dans ses dispositions essentielles, le pressoir que M. d'Andoque

Fig. Gl — Coupe transversale du même pressoir.

a expérimenté dans sa propriété de Grand' Vignes. Fort ingénieusement conçu et parfaitement construit, cet appareil a fonctionné à la satisfaction de son propriétaire, lia demandé une force motrice évaluée approximativement à un chevalvapeur. Deux hommes à la manivelle suffisent à l'actionner à bras. Dans une lettre que j'ai reçue à la fin des vendanges, M. d'Andoque s'exprime ainsi : « L'instrument a pressé aisément le marc d'un foudre ou d'une cuve de 500 hectolitres en 7 à 8 heures de travail, avec un homme pour alimenter et un enfant pour dégager la sortie du marc pressé. Ce dernier tassé peut être évalué à un mètre cube par heure. Au dire de tous mes gens, ce marc, avec les ressorts médiocrement tendus, a présenté le même degré d'expression que celui pressé avec les appareils à vis. » Les résultats ont été aussi bons avec du marc fermenté provenant de vendange simplement foulée, mais non égrappée. M. d'Andoque évalue à cinq minutes la durée de la compression que subit progressivement la masse de marc réduite à 0 m. 02 ou 0 m. 03 d'épaisseur. Bien entendu, ni pépins, ni rafle ne sont écrasés.

Dans cette même lettre, par laquelle M. d'Andoque m'a fait l'honneur de me communiquer les renseignements qui précèdent, il se déclare très satisfait également de la qualité de ses vins et attribue en grande partie à l'égrappage les bons résultats qu'il a obtenus. Ses vins sont plus fins de goût; ils se sont, en outre, éclaircis bien mieux que les années précédentes.

Pour en revenir au pressoir continu, j'ai eu, grâce à l'aimable invitation de M. d'Andoque, l'avantage de voir marcher l'appareil pendant une demi-journée. J'ai constaté qu'effectivement la pression est suffisante pour produire un bon assèchement du marc et que l'alimentation, aussi bien que la sortie du marc, a lieu d'une manière suffisante. Je n'adresserai à ce pressoir qu'un reproche : la tôle perforée que doit traverser le liquide exprimé s'obstrue, le double-fond et les orifices qui doivent servir à la sortie du vin s'engorgent, le nettoyage de ce double-fond est à peu près impossible. M. d'Andoque a, du reste, reconnu luimême le bien-fondé de cette critique et il se propose de remédier à cet inconvénient, en supprimant le faux-fond et en construisant la jante de l'anneau à claire-voie, ce qui rendra facile par le dehors le dégagement et le nettoyage des orifices.

Quelques viticulteurs trouveront sans doute insuffisant le débit d'un appareil de cette importance, de ce prix, marchant à la vapeur. M. d'Andoque s'en contente et se félicite même d'avoir un pressoir qui, avec une consommation de 40 kilog, de charbon et avec un homme et un enfant, lui permet de presser en 8 heures le marc d'une cuve de 500 hectolitres, ce qui, avec ses pressoirs à vis, aurait exigé la mise en service de quatre appareils et un nombreux personnel.

J ai eu la curiosité de voir comment ce pressoir se comporterait avec de la vendange fraîche, non fermentée. M. d'Andoque a bien voulu faire passer directement au pressoir deux tombereaux de raisins. Je n'ai pas été satisfait de mon essai : d'une part la viscosité du moût et des grappes a exagéré le défaut de la tôle perforée et a rapidement produit des obstructions et des engorgements ; d'autre part, pour le même motif, c'est-à-dire à cause de la viscosité, la masse de raisins engagée dans le pressoir n'a pu être facilement entraînée par l'anneau; elle glissait constamment à la surface du cylindre, sans consentir à s'engager dans la partie rétrécie où devait se faire sentir la pression; enfin, l'extraction du marc pressé a dû être aidée par un outil. Je dois reconnaîlre, toutefois, que l'expérience à laquelle je me suis livré n'est pas concluante, car la vendange n'avait été ni foulée ni égouttée, ce qui changeait considérablement les conditions du travail. Il est possible que le résultat soit tout autre, lorsque le pressoir agira sur de la vendange broyée et légèrement égouttée, et lorsque l'appareil aura reçu la modification que M. d'Andoque doit lui apporter: la suppression du iau.x-fond. Il sera peut-être nécessaire aussi de modifier la surface du rouleau compresseur pour assurer l'entraînement et éviter le glissement et le retour en arrière des raisins.

Un nouvel appareil n'est jamais absolument parfait le premier jour où l'on s'en sert. Celui-ci a déjà donné à M. d'Andoque des résultats fort satisfaisants et nul doute que les perfectionnements projetés ne fassent disparaître les inconvénients que je viens de signaler, tout au moins ceux relatifs au traitement des marcs de vins rouges. Je réserve mon jugement sur l'appareil appliqué au pressurage des vendanges fraîches, en attendant de nouvelles expériences.

C'est chez M. le comte de Divonne, près d'Arles, que j'ai vu fonctionner le deuxième pressoir continu, celui construit par M. Françon, de Marseille. M. de Divonne, auprès duquel nous avons toujours trouvé l'accueil le plus sympathique, a bien voulu nous recevoir, avec mon collègue, M. Degrully, à l'époque des vendanges, et nous montrer, avec son obligeance et son amabilité habituelles, les derniers perfectionnements qu'il a apportés à l'installation de son cellier, au nombre desquels figure l'établissement du pressoir qui va m'occuper.

La propriété de M. de Divonne comprend 160 à 175 hectares de vignes soumises à la submersion, à l'exception d'une dizaine d'hectares cultivés en vignes américaines. La végétation de ce vignoble est superbe et la récolte pourrait atteindre en moyenne 200 à 300 hectolitres de vin à l'hectare, sans les gelées qui, presque tous les ans, viennent diminuer considérablement le rendement et porter un rude coup aux espérances du propriétaire. M. de Divonne met en pratique sur une grande échelle la production de nuages artificiels contre les gelées printanières. Mais la remède ne suffît pas dans toutes les circonstances; notamment cette année, où il y a eu des gelées noires, il a été impuissant à protéger le vignoble et n'a pu empêcher une réduction sensible de la récolte Malgré ces accidents, les quantités de vin enfermées chaque année sont encore très importantes et justifient la construction du cellier et l'installation mécanique faites par M. de Divonne.

La production des vins blancs est presque exclusive. Ces vins sont obtenus partie avec des raisins blancs, partie avec de l'Aramon vinifié en blanc. Très estimés et très recherchés par le commerce, ils sont généralement achetés d'avance et assez souvent enlevés le jour même, à l'état de moût, sans avoir séjourné plus de quelques heures dans le cellier. M. de Divonne s'attache, en outre, d'une façon particulière, à produire des vins absolument blancs, incolores, sans l'emploi du soufre, même ceux obtenus avec des cépages à grains rouges. Cette double condition de livrer immédiatement le moût au fur et à mesure de la cueillette des raisins et de produire, sans soufre, des moûts dépourvus de couleur, a mis M. de Divonne dans l'obligation de créer une installation spéciale et un outillage nouveau.

Ainsi que je l'ai dit en commençant, M. de Divonne a été un des premiers à

c^qum-T'^^'

¥\g. 62 — Pressoir continu, du système Francon.

employer les fouloirs à double effet Masson. Il en possède deux, capables de broyer par jour 60,000 à 70,000 kilog. de vendange, si leur marche était continue. La première année, la vendange passée aux fouloirs, où elle abandonnait immédiatement 30 pour 100 environ de jus, était déposée sur des planchers à claire-voie, sortes de claies, où elle s'égouttait et livrait encore 25 pour 100 de moût en peu de temps. Ces claies d'égouttement ont été supprimées: elle donnaient lieu à de nombreuses et coûteuses manipulations; en outre, l'égouttément n'était pas assez rapide; enfin, la vendange retenait une trop grande quantité de liquide qui aurait pu être, comme les premières parties écoulées, vendue à l'état de blanc, tandis que, vinifiée en rouge, elle représentait pour M. de Divonne un produit de moindre valeur.

Actuellement, la vendange foulée tombe, au bas de la table du fouloir, dans le conquet d'une noria inclinée, installée entre les deux fouloirs et, par suite, les desservant tous deux. Cette noria porte des godets en fer-blanc, de 5 litres de capacité environ, qui puisent dans le conquet et vont déverser leur contenu en tête d'un canal, long de 16 mètres, chargé d'alimenter le pressoir continu. Ce

canal est en planches, intérieurement doublé de zinc. Sa section est rectangulaire. Il est muni d'un faux-fond en tôle perforée, au-dessus duquel circulent des palettes en bois fixées à deux chaînes sans fin et des balais pour le nettoyage. Les grappes saisies par les palettes sont transportées d'un bout à l'autre du canal et, pendant ce trajet, frottées, pressées contre les parois. Le liquide qu'elles retenaient s'écoule à travers les trous de la tôle, s'assemble dans le double fond et tombe dans les tuyaux qui le conduisent aux pompes. Ce transport remplace les anciennes claies d'égouttement et donne immédiatement une bonne partie du jus qu'on obtenait par elles, mais seulement après plusieurs heures. Les raisins ainsi égouttés arrivent au pressoir continu Françon,

Ce pressoir, installé cette année seulement chez M. de Divonne, opère le pressurage par un procédé de compression analogue à celui de la machine à fabriquer les briques, ou de la machine à mouler les briquettes.

La vendange est simplement poussée par un piston dans une sorte d'ajutage tronc-conique à claire-voie. La poussée du piston, le frottement de la matière contre les parois de l'ajutage et son passage à travers des sections de plus en plus petites opèrent le serrage des grappes et expriment la majeure partie du liquide qu'elles retenaient encore.

Si le principe de l'appareil est d'une grande simplicité, son application n'était pas sans présenter de réelles et sérieuses difficultés, créées par la nature de la matière pressée, sa viscosité, son élasticité. M. Françon n'a pas reculé devant elles, et il a fort habilement réalisé un appareil qui n'est peut-être pas absolument parfait, mais qui est à coup sûr ingénieusement conçu et qui a fourni à M. de Divonne un résultat dont il se déclare fort satisfait.

L'appareil, représenté par la figure 62, se compose, en réalité, de deux presses du système que je viens d'indiquer, accolées l'une contre l'autre et travaillant alternativement, ce qui donne la continuité du pressurage. L'ensemble est supporté par un chariot à trois roues, qui rend le pressoir facilement transportable. L'organe essentiel de chaque presse est un cylindre horizontal, muni à l'avant d'un ajutage conique formé de lames en acier, maintenues de distance en distance par des bagues en fer, mais libres sur la dernière moitié de leur longueur. Dans ce cylindre pénètre, à la partie postérieure, un piston (piston compresseur) qui reçoit d'un excentrique un mouvement lent de va-et-vient. Dans la partie supérieure du cylindre est pratiquée une ouverture circulaire qui communique, par un cylindre vertical de petite longueur, avec le fond d'une trémie. Dans ce petit cylindre peut s'engager un piston (piston chargeur) qui se meut verticalement dans la trémie sous l'action d'un jeu de leviers. Les mouvements des pistons (le pistonhorizontalet le piston vertical) sont coordonnés de telle sorte que le piston compresseur recule et dégage le cylindre horizontal pendant que le piston chargeur s'abaisse et vice versa. La trémie d'alimentation est fort curieuse ; elle est pourvue d'une paroi articulée qui. lui donne une grande capacité, pendant la montée du piston chargeur, et qui se rabat pour pousser la vendange sous le piston chargeur et à l'entrée du cylindre vertical, lorsque le piston est arrivé au haut de sa course et pendant la descente de celui-ci. Le pressoir Françon est formé par la réunion de deux presses semblables à mouvements alternés : le piston compresseur de l'une a le mouvement inverse du piston de l'autre, et de même pour les deux pistons chargeurs. La commande est donnée au mécanisme par une poulie qui reçoit la courroie de la machine à vapeur et par des engrenages. Un volant régularise la marche.

Supposons le piston compresseur de l'une des presses engagé complètement dans le cylindre et la machine en marche, la trémie recevant constamment, du canal, de la vendange foulée et égouttée. Le piston va maintenant reculer, laissant libre le volume du cylindre qu'il remplissait. Le piston chargeur, qui était au haut de sa course, va descendre en même temps ^ poussera, à travers le cylindre vertical, dans le cylindre de compression, la vendange que le rabatteur de la trémie a amenée sous lui. Dès que le piston chargeur aura rempli le cylindre de compression, le rabatteur va se relever pour laisser la trémie se charger de nouveau, le piston vertical se relèvera aussi, au fur et à mesure que le piston compresseur, pénétrant de nouveau dans le cylindre, poussera devant lui la vendange dans l'ajutage conique. Sous la poussée du piston, les lames en acier de l'ajutage, qui ont leurs extrémités libres, vont s'écarter légèrement tout en compri-

mant et en serrant fortement les grappes. Elles reviendront sur elles-mêmes et compléteront le pressurage, pendant le mouvement de recul du piston, en attendant une nouvelle poussée de sa part. Le liquide qui s'écoule de la vendange ainsi pressée passe à travers les lames, il est recueilli dans un bassin et de là conduit aux pompes. Le marc asséché sort, sous la forme d'un boudin, à l'extrémité de l'ajutage.

Le pressoir Françon est, on le voit, une machine fort ingénieuse ; elle a permis à M. de Divonne d'augmenter sensiblement le rendement de sa récolte en moût incolore et de réaliser, d'une manière continue, une production de vin blanc de 400 à 500 hectolitres par jour. L'ensemble de l'installation (fouloirs Masson, noria, égouttoir, pressoir Françon) n'exige que cinq à six hommes.

Voici les résulats obtenus par M. de Divoune, à la suite d'expériences précises faites sous sa surveillance :

1" Le pressoir, marchant à la vitesse de 200 tours par minute au volant, peut traiter 8,000 kilog. de vendange à l'heure. Un poids de 969 kilog. de raisins d'Araraon, jetés dans la trémie du fouloir Masson, a donné, après passage dans le pressoir Franron, 571 kilog. de moût incolore, c'est-à-dire que le rendement en moût a été de 59 pour 100.

Si l'on admet que, pour obtenir, après fermentation, un hectolitre de vin de goutte, il faut 140 kilog. de raisin, on voit que ce poids de vendange, 969 kilog., aurait donné 692 litres de vin rouge. L'installation de M. de Divonne lui a donc permis d'obtenir immédiatement, en moût incolore, les 82.6 pour 100 du liquide qu'il aurait retiré, en vin de goutte, après fermentation, avec la même quantité de raisins. Production journalière, 400 à 500 hectolitres.

2" Si on fait marcher le pressoir à la vitesse de 120 tours seulement par minute au volant, le débit est de 4,000 kilog. de vendange à l'heure. Un poids de 1,085 kilog. de raisins, introduits dans la trémie du fouloir Masson, a donné, à sa sortie du pressoir Françon, 710 kilog. de moût blanc, c'est-à-dire que le rendement en moût a atteint 65.4 pour 100.

En faisant le même calcul que précédemment, on trouve que ces 1,085 kilog. de vendange auraient produit, après fermentation, 775 litres de vin de goutte. M. de Divonne a donc pu retirer immédiatement, en moût incolore, les 91.7 pour 100 du vin de goutte qu'il aurait obtenu de la fermentation du même poids de vendange. La production journalière peut être, avec cette vitesse, de 200 à 300 hectolitres de vin blanc.

M. de Divonne, à qui je dois la communication de ces chiffres intéressants, conclut en ces termes :

« Le grand avantage de cette installation réside dans la continuité des opérations; on ne procède plus par périodes, comme dans les pressoirs à vis ou avec les autres systèmes. Chaque pelletée de raisins ne demande pas plus de deux à trois minutes pour parcourir les divers appareils et se séparer, jus d'un côté, marc de l'autre. Aucun emploi de soufre ou de décolorant quelconque n'est nécessaire; la blancheur du moût est absolument parfaite. La main-d'œuvre est réduite au minimum possible et le rendement est le plus élevé qui ait été obtenu, en grande exploitation, sur des quantités aussi importantes d'Aramon. «

Je le remercie encore une fois de son aimable accueil et des renseignements complémentaires qu'il a eu l'obligeance de m'envoyer, après ma visite.

L'appareil de M. Françon a été essayé également dans le cellier de Jarras appartenant à la Compagnie des Salins du Midi. Là, son débit n'a pas paru suffisant et le rendement en moût n'a pas été celui qu'on espérait. Mais, en ce qui concerne le rendement en liquide, il y a lieu de remarquer que l'installation à Jarras différait sensiblement de celle de M. de Divonne et que l'expérience a été faite dans des conditions spéciales. Le pressoir avait été installé sous le fouloir, un fouloir ordinaire produisant un broyage très imparfait. Il était donc alimenté directement par le fouloir, dont il recevait une vendange mal écrasée et absolument pas égouttée, ce qui constituait des conditions très défavorables. Il est bon de remarquer, en outre, que, à Jarras, on entendait obtenir de l'appareil Françon un assèchement plus grand de la vendange que chez M. de Divonne. M. de Divonne demande, en effet, à son pressoir, un complément d'égouttage, et il se garde bien d'exagérer la pression, pour ne pas avoir de moûts cplorés. A Jarras, c'est un véritable assèchement ou tout au moins un égouttage très complet que

l'on recherche, sans se préoccuper de la coloration (''venluelle du liquide, puisqu'il est ensuite passé au soufre. On conçoit donc que, à Jarras, on n'ait pas trouvé suffisant le rendement dont, au contraire, M. de Divonne se montre satisfait. L'un des essais ne contredit pas l'autre. P. Ferrouillat.

(La suite prochainement.)

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