‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 362 sur 691 · DANS LA RÉGION MÉDITERRANÉENNE. — IV · texte numérisé non relu

DANS LA RÉGION MÉDITERRANÉENNE. — IV

Du mode de vente. — Nous laissons de côté, bien entendu, ces fruits venus en janvier-février, à l'air libre, dans certains endroits privilégiés du littoral méditerranéen, de forme et de couleur si douteuses qu'ils ne devraient jamais être mis en vente sans être accompagnés d'un écriteau portant leur nom afin de persuader à l'acheteur que ce sont réellement des fraises ; de tels produits ne se comptent pas, cela a un si vilain aspect!! terreux et informes, ils sont enfouis sans méthode dans des vases en poteries vendus aux jours de bonne vente, 1 franc à 1 fr. 50 le pot, contenant deux ou trois hectog. Voilà ce qu'il est convenu d'appeler fraises dumidi^ locution fatale, s'il en fut, aux intérêts du cultivateur méridional conscienceux, qui aura mis en œuvre les principes d'une bonne culture pour obtenir de belles fraises] s'il n'y prend pas garde et qu'il expédie tout bénévolement ses produits à l'un de ces préposés que tout cultivateur du Midi connaît, il sera payé au cours de cette affreuse marchandise : — Une anecdote entre autres : J'expédie en février, un certain nombre de caisses en belles fraises à X; — résultat de vente : plus que dérisoire. Réclamation de ma part. — Réponse : Vérification des livres : exacte, cours des fraises du Midi : tel prix, aucun droit à faire valoir! ! !... — Et de cette néfaste missive, de vagues senteurs s'exlialèrent. Ironie ou illusion!!... je crus reconnaître la suave odeur de mes fraises, dont l'haleine de mon très honorable correspondant devait être encore parfumée au moment où il daignait m'honorer d'une réponse.

Or, braves cultivateurs du Midi, que ce soit pour nno marchandise ou pour une autre, conserverez-vous toujours la béatitude de croire que lorsque vous expédierez un produit de qualité supérieure, V autrui tient un compte de vente en règle où le prix de la marchandise vendue de chacun de ses clients est régulièrement inscrit à la suite de leur nom. Erreur. — Vous croyez, avec une très légitime prétention, bénéficier proportionnellement à la valeur, à la qualité de vos produits. Illusion. — L autrui a prononcé, il vous a dit : c'est impossible, inclinez-ijous . — Savez-vous comment s'établissent les cours des différentes marchandises : Après la vente (notez bien que c'est après la vente que les choses se passent), 15 à20 gros bonnets de l'endroit se réunissent. — Combien paierons-nous aujourd'hui telle marchandise. Discussion, terminée par un prompt accord, il ne peut en être autrement, ils sont juges et parties. — Mais du prix de vente réel, autant en emporte le vent. — De sorte qu'une marchandise de qualité supérieure est payée non pas à son pri\ de vente réel, mais d'après la générosité de ces messieurs Et dire qu'il y a des personnes qui vous prouveront par A -+- B la nécessité de cette néfaste intervention. A quoi donc, s'il vous plaît? A nous... qu'allais-je dire. Depuis de longues années, cette révoltante utopie fonctionne sur des bases jusqu'à ce jour indestructibles; — lucrative s'il en fut, car ceux qui la mettent en pratique ne craignent ni la gelée ni maladies, ni intempéries, ni perles d'aucune sorte, n'ayant à se préoccuper ni de la culture, pas plus que de l'achat de leur marchandise, puisqu'on la leur envoie sans frais, toujours certains de réaliser un bénéfice taxé d'après leur propre volonté; — c'est lidéal le plus complet que puisse rêver un spéculateur ayant jeté son bonnet par dessus tous les moulins du monde.

Aussi tous les cultivateurs font-ils entendre leurs récriminations à tous les échos, sans pouvoir s'unir pour saper à sa base le fléau qui pèse si lourdement sur leurs intérêts personnels. — De temps à autre, un incident est soulevé, la rumeur s'en répand jusqu'au sein de nos assemblées déiibératives, quelques paroles contradictoires y sont échangées, — puis, c'est fini ; — tout rentre dans le silence et l'inaction..., et voilà comment on défend les intérêts agricoles de 15 départements français, dont les producteurs travaillent et suent pendant leur existence entière pour assouvir l'insatiable rapacité du plus effroyable fléau qui puisse atteindre l'agriculture.

On nous objectera certainement : mais ces ventes sont l'objet d'une surveillance très suivie de la part d'un personnel probe, actif, intelligent, etc., etc. Nous répondrons à l'objection par une autre anecdote.

Deux marchands d'un temple quelconque, ayant leur centre d'opérations placé 4'un à côté de l'autre, se prirent un jour d'une violente animosité, — un combat à coups déçus depuis longtemps était engagé; — comme dans la chanson, c'était au temps des cerises. Or, par une matinée froide et pluvieuse, où les acheteurs ne brillaient que par leur absence sur le marché, la vente fut à peu près nulle; à chacun des deux champions il restait bon nombre de paniers invendus qui, dans les deux camps, furent resserrés. Qu'avez-vous fait ce matin,

demandèrent les direcleurs à (■liaciin de leurs préposés? Resserre sur toute la. ligne, répondirenl-ils. Sur cette léponse, réflexion de l'un d'eux ; puis il ordonne : Télégraphiez à tous mes clients : prix de vente, 75 à 80 francs les 100 kilog.

La réception de ces télégrammes est toujours attendue dans les pays producteurs avec une très légitime impatience de la part des intéressés, qui assiègent littéralement le bureau télégraphique destinataire; or, quel ne fut l'étonnement de tous, lorsque X payait invariablement les marchandises reçues de 75 à 80 francs, et que Z, avec la même ponctualité, annonçait à ses clients : desserre, vente très mauvaise, causée par un temps troid et pluvieux. Et tous de se récrier; finalement, deux jours après l'homme à la resserre ne recevait plus un seul panier de cerises, l'homme aux écus les accaparait en totalité. Il lui en coûta bi(Mi un peu, mais il avait suffisamment élargi le champ de ses opérations yiour que cette perte fût supportée par tout autre que par lui. Malgré une surveillance très suivie, et après lui avoir joué bon nombre de tours de la même force dans lesquels les intérêts du producteur étaient toujours énjeuA'un des deux combattants s'avouant vaincu, rendit les armes en vendant la place à son glorieux vainqueur.

En l'état actuel des choses, le meilleur mode de vente est celui que l'on peut opérer soi-même, mais il faut à l'exploitation une importance assez vaste pour couvrir ces frais de vente, n'étant cependant pas aussi considérables que les producteurs pourraient se l'imaginer. En attendant l'institution de syndicats spéciaux pour la vente, quelques producteurs pourraient bien s'unir afin que l'un d'eux se charge de la vente des produits de l'association ; ils retireraient grand profit de cet arrangement qui les dédommagerait largement de leurs frais.

Animaux^ insectes et maladies. — Les plus pernicieux de tous, ce sont : les rats, les souris et les mulots. Ils n'attendent pas la maturation complète des fruits pour commettre leurs dégâts ; lorsqu'ils sont à moitié grosseur, ils les détachent du pédoncule, en forment de petits tas dissimulés dans un endroit quelconque de la bâche pour en grio-notter à leur aise les graines qui commencent à se former. C'est un véritable fléau, qui se renouvelle aussi bien dans le Nord que dans le Midi. Attirés du dehors par la chaleur de la bâche, ils y établissent leur domicile dès les premiers jours du forçage; l'horticulteur à ce moment ne doit pas négliger de mettre des pièges en permanence et renouveler souvent les appâts, il en faut au moins un par chaque châssis. Le plus économique et le meilleur de tous, selon nous, est la souricière à trous amorcée avec de la farine, ce qui n'empêche pas d'employer les boulettes empoisonnées, fabriquées avec de la viande hachée, du pain ou de la farine.

Les limaces causent aussi de grands dégâts dans les bâches au moment delà maturité. Tous les fruits qui touchent à terre sont creusés en dessous, les rendant complètement impropres à la vente ; le paillon que nous avons adopté pour soutenir les fruits, évite en partie ces dégâts, mais le sulfate de fer finement pulvérisé les éloigne complètement. Voici comment nous l'employons : lorsque la surface cultivée est débarrassée de ces insectes par une chasse méticuleusement faite, nous épandons du sulfate de fer sur l'épaisseur de la planche

de côté qui soutient la teiro de la bâche, formant ainsi tout autour un cercle qui ne sera jamais franchi par les limaces. Les houlettes empoisonnées en détruisent aussi un grand nombre lorsque surtout elles sont fabriquées avec de la farine.

. La grise, l'araignée rouge attaquent aussi le fraisier; cette affection est causée par l'insutfisance d'aération et l'aridité de l'air ambiant. Pour les combattie, il faudra donc aérer autant que possible et bassiner le soir à l'aide d'un arrosoir à pomme très fine et commencer au moment où le nouage est en partie terminé. La disposition des tu^'aux de chauffage munis de gouttières, entrave souvent l'invasion de ces insectes, d'une façon satisfaisante.

L'oïdium attaque aussi le fraisier en culture forcée ; cette maladie a souvent pour cause un excès d'humidité, on s'en rendra maître par l'emploi du soufre. Vray.

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