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LA LIGUE AGRAIRE EN ALLEMAGNE

Il y a deux ans à peine, dans la ville de Manchester, la capitale du free-tradc, dans le local même de la Chambre de commerce de la grande cité manufacturière, le représentant du Comité de Sheffield, le colonel Howard Vincent s'écriait aux applaudissements de l'assemblée : ce Cobden s'est trompé deux fois. En 1846, il affirmait que les Américains tireraient leurs approvisionnements de l'Angleterre et qu'ils n'avaient pas d'autre marché que le nôtre. Il ajoutait que dans cinq ans au plus, l'Europe entière deviendrait nécessairement libreéchangiste. Double et fatale prédiction que les événements se sont chargés de démentir. » Ces paroles ont dû troubler dans leur quiétude les théoriciens du libre-échange; les hurrahs qui les suivirent témoignent d'une véritable révolution dans les sentiments économiques de l'Angleterre qu'on ne cesse de nous représenter comme l'asile inviolable du grand dogme économiste moderne.

Ce revirement se manifestait à l'occasion de l'immigration étrangère dans le RoyauiTie-Uni qui menace la main-d'œuvre nationale. En effet, du 1" janvier au 31 décembre 1891, 131,565 individus des deux sexes, entièrement dénués de ressources, se sont présentés à l'entrée des ports anglais. D'autres périls menacent d'autres nations et nous voyons partout, dans l'ancien comme dans le nouveau monde, des plaintes retentir contre les envahissements des diverses productions étrangères de l'agriculture ou de l'industrie.

Lorsque Jean-Baptiste Say excitait l'admiration de l'Ecole en affirmant que if tout produit terminé offre dès cet instant un débouché à d'autres produits pour tout le montant de sa valeur, » il ne pouvait pas imaginer que le moment viendrait où une nation aurait créé tant de produits qu'elle ne trouverait plus la contre-partie nécessaire pour leur écoulement. Il prévoyait encore moins que cette contre-partie serait introuvable par suite de l'encombrement de produits similaires sur son propre marché. Il n'avait pu se mettre dans l'esprit surtout que la marchandise importée des pays les plus éloignés arriverait,

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malgré les frais de transport, à s'écouler sur le lieu même où se créent des denrées semblables à un bon marché tel que la proiluction indigène en serait devenue ruineuse pour le producteur national. Enfin, quel est le cerveau assez doué du don de prophétie qui aurait prédit, il y a cinquante ans, que malgré la vileté du prixdonné au producteur, le consommateur aurait à débourser pour ses achats des sommes égales ou même supérieures à celles qu'il dépensait pour acheter des mnrchandises vendues plus cher par le producteur? Et cependant ces résultats sont certains, patents, indiscutables. L'agriculteur vend moins cher son blé, son bétail, sa laine; le consommateur paye aussi cher son pain, plus cher sa viande, plus cher son drap. Quand je vois ces contradictions entre les lois et les faits économiques, je me demande avec inquiétude s'il existe vraiment des lois économiques, ou si tant de statisticiens, de philosophes ou de publicistes ont été assez maladroits pour ne pas savoir découvrir les véritables lois.

Je vois que dans le monde entier les agriculteurs partagent ces appréhensions, soit qu'ils s'en rendent compte, soit qu'ils obéissent à l'instinct secret de leur conservation.

Le Gouvernement de l'Allemagne, pour en venir à notre sujet d'au-v jourd'hui, a cru se montrer profondément habile en répondant par des traités plus hospitaliers avec les nations ses alliées à la modification que vient de subir le régime économique en France. Et voilà qu'en face de lui se lève une formidable manifestation, que de hautaines revendications se font entendre, qu'une puissante organisation se forme! Nous allons en esquisser les principaux traits.

L M. Ruprecht et ses projets. — C'est à un fermier de la Silésie Prussienne, M. Ruprecht, qu'est due la principale agitation qui vient de se produire. Dans un journal d'agriculture il démontra, dans une série de quelques articles, que l'on ne pourrait compter en Allemagne sur une amélioration effective et durable des intérêts agricoles que si tous les agriculteurs allemands s'unissaient dans le but de choisir, pour tous les corps électifs, des députés absolument convaincus qu'ils devaient saisir tous les moyens à leur disposition pour la défense de leurs intérêts. Pour le choix de ces députés il faudrait faire abstraction de toute vue politique et mettre de côté toute question de parti. Par là on arriverait seulement à former un parti parlementaire qui serait en état d'exercer son influence sur la politique économique intérieure et extérieure et lui imprimei* une direction telle que l'intérêt agricole trouvât dans tous les cas une sauvegarde efficace. Pour atteindre à ce but, il faudrait créer une ligue de tous les agriculteurs qui aurait pour mission d'exercer son influence sur l'Allemagne entière. A cette ligue il serait nécessaire d'apporter de puissants moyens d'action ; à cette condition seulement il lui serait donné d'exercer une influence prépondérante, et comme le moyen le plus puissant d'action est la formation d'un puissant budget, il y avait une façon simple de l'alimenter, c'est que chaque membre de la ligue fût imposé à un tant pour 100 des impôts par lui payés, pour former le trésor de guerre.

II. Suite donnée aux projets de M. Rvprecht à l'assemblée du 8 février 1893. — Sans doute cette conception n'avait rien en elle-même d'extraordinairement neuf. Bien des fois des propositions analogues

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s'étaient fait jour dans les feuilles spéciales ou dans des organes de la presse politique. D'où vient que tout à coup ces idées de Ruprecht rencontrèrent un écho si formidable dans la population agricole? C'est qu'elles répondaient à des souffrances réelles, à un besoin impérieux de salut. Cet appel retentit, comme un coup de tonnerre, dans toutes les vallées allemandes; il rencontra un assentiment unanime. Les adhésions affluèrent en masse. Un manifeste de tous les partisans des projets de Ruprecht s'insinua dans toutes les couches de la population agricole. Le 8 février, à Berlin, eut lieu une réunion prépararatoire des organisateurs de la ligue qui formula un plan pratique. Et le 18 février, dix jours seulement après cet appel, une immense assemblée de 20,00iJ agriculteurs se réunissait en deux sections, dans la ville de Berlin et créait la Ligue ou le « Bund « des agriculteurs de l'Allemagne.

IIL Organisaiion de ce Bund. — Le Bund des agriculteurs comprend tout le teri'itoire de l'Empire d'Allemagne; son siège est à Berlin. Son but est de réunir tous les intérêts, abstraction faite de toute idée politique et de l'importance des domaines, pour la conquête de Finfluence qui appartient à l'agriculture dans le pouvoir législatif, pour donner à l'agriculture, dans toutes les institutions parlementaires, une représentation correspondantà son importance. Ce but doit être atteint par des délibérations et résolutions des membres de la Ligue dans leurs assemblées, — par une vive action sur les élections, afin que des hommes indépendants soient élus dans les Parlements, qui soient prêts à défendre avec une énergique loyauté, les intérêts de l'agriculture et pour cela à s'affilier, aussitôt après leur entrée dans une Assemblée parlementaire, à une société agricole, — enfin parla représentation convenable des intérêts agricoles dans les organes de publicité et particulièrement dans la Presse. — Résumons ces trois moyens d'action résultant des résolutions du Bund, l'intervention dansles élections avec un mandat impératif, la nécessité du contrôle des sociétés agricoles sur l'exercice du mandat, la presse. Le Bund exercera son action par quatre organes qui sont: l'Assemblée générale, la délégation, un bureau et une Commission executive. La délégation se compose du président du bureau et de ses remplaçants, de tous les présidents des sections provinciales, et au besoin des délégués des cercles et de leurs remplaçants. La délégation choisie, le bureau du Bund, est composé d'un président et de six. assesseurs.

Voici l'organisation du Bund : les membres du Bund qui habitent le même endroit forment une section locale, au besoin un groupe, et élisent entre eux un fondé de pouvoir. Les sections locales qui ont un lieu commun d'affaires y forment une section de district ou de canton et élisent un bureau. De ces sections de district on forme, pour chaque circonscription électorale, une section de Cercle et les membres de cette section de cercle y élisent pour leur bureau un président, un remplaçant et un ceriain nombre d'assesseurs. Les sections de cercle de chaque province forment à leur tour une section provinciale; ce sont tous les présidents des sections de Cercle qui forment le bureau de la provinciale et se choisissent un président de province et son remplaçant.

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IV. Ressources financières du Bund. — Tout membre du Bund domicilié en Prusse, s'il est propriétaire, paie une cotisation s'élevant à 5 pour 1 00 de l'impôt foncier : les fermiers paient la moitié de cette taxe. — Pour les autres Etats allemands où le Bund sera organisé et les pays annexés, les contributions seront fixées par la délégation centrale. D'ailleurs la cotisation minima ne s'abaissera pas au dessous de 2 marcs par an.

V. — Obîiervalions sur ce Bund. — Nous savions depuis un temps assez long que le parti agricole, peut-être sous l'influence de ressentiments politiques dont nous n'avons pas à nous occuper ici, cherchait en Allemagne à prendre une part plus considérable aux affaires publiqu'es. Le mécontentement de la population agricole né des mêmes causes que dans la plupart des autres nations, a éclaté un peu plus tard qu'ailleurs, et il s'est du premier coup révélé au monde par une manifestation imposante. Ce déplacement de 2*>,000 agriculteurs se rendant à Berlin pour s'y concerter dans un immense meeting a produit une légitime émotion. La ligue qui en est résultée sera sans doute le centre d'un mouvement considérable, grâce à une organisation qui ressemble à une circulation physiologique. Le fleuve de l'idée, en effet, semblable au sang, part d'un centre que l'on peut comparer au cœur, pour se répandre aux extrémités du pays, et revenir de ces dernières ramifications par un circuit de veines qui le fait remonter jusqu'à l'organe émetteur. Cette conception est grandiose. Mais un fleuve doit être un moyen de transport, avant tout. Et ici je cesse ma comparaison pour mieux exposer mesobjections. Je ne vois pas au Bund un programme bien défini. Ce n'est pas un programme que de chercher à obtenir dans les assemblées délibérantes un grand nombre de places pour des agriculteurs. Je ne vois là qu'un moyen d'action, moyen puissant, sans doute, mais d'arriver à quoi? Pourtant si le programme n'est pas précisé encore, on sait que le principal but des agriculteurs est la protection de l'industrie agricole contre l'invasion des produits étrangers. En un mot, la ligue est et sera protectionniste. En somme ce Bund est dirigé contre les traités de commerce conclus déjà entre l'Allemagne et l'Autriche, et l'Italie, qui ont formé comme le complément de la « triplice. »

VI. Le Bund jugé en Autriche. — Naturellement l'Autriche la première s'est sentie menacée par cette ligue allemande. Elle reconnaît que notamment la libre introduction du bétail Austro-Hongrois dans les pays de l'Empire est pour l'agriculture allemande une épine dans l'œil, « ein Dorn im Auge. » On ne peut pas avouer plus ingénuement que M. de Caprivi a blessé d'une façon cruelle les intérêts allemands en accordant à ses voisins une si précieuse prérogative. Une épine dans l'œil! On comprend que cet accident fasse souffrir singulièrement les pauvres agriculteurs de 1 Empire. C'est un cruel bobo; il y a de quoi faire regimber les plus patients et les plus endurants des hommes. Les Autrichiens se rassurent en pensant que c'est dans onze années seulement que les traités prendront fin, dans onze ans que l'on pourra faire la petite opération chirurgicale nécessaire pour débarrasser l'œil germanique. Mais la chirurgie économique a, comme l'autre, ses calmants et ses anesthésiques.

Que de ressources n'offrira pas par exemple à un ministre de l'agriculture, vigilant et dévoué, la protection qu'il doit à ses nationaux contre les épizooties. Oh! la santé du bélail allemand avant tout! Nous connaissons ces scrupules, ces excès de vigilance de la vétérinaire officielle. Il y a beau jour que l'Angleterre en use avec nous. Jamais on n'a vu les ministres plus chatouilleux sur la péripneumonie, plus inquiets de la clavelée, plus effrayés de la fièvre aphteuse!

Je laisse sur ce point la parole à la bonne Gazette agricole de Vienne. Ecoutons bien ses doléances.

La ligue agraire allemande, dit-elle, poursuit des tendances éminemment protectionnistes, et conséquemment dirige principalement ses armes contre le gouvernement allemand actuel, qui a rompu avec l'ancien système protectionniste et sous l'égide duquel ont été conclus les traités douaniers et de commerce avec l'Autriche-Hongrie et une série d'autres Etats. L'opposition agricole s'est notablement accrue lorsque l'on a su que l'Empire allemand était entré en négociations avec la Russie pour un traité de commerce et de douane. Mais ici les intérêts de l'Autriche sont d'accord avec les intérêts de i'aigriculture allemande. Un traité de libre échange avec la Uussie nuirait singulièrement aux intérêts austro-hongrois, étant donné que ce traité aurait pour effet de faciliter en Allemagne l'introduction des produits russes. Cette mesure rétrécirait les débouchés autrichiens dans l'Empire allemand et les rendrait moins rémunérateurs.

A son tour la Gazette se demande s'il ne conviendrait pas de créer aussi une ligue agraire en Autriche-Hongrie, ne serait-ce par exemple que pour prévenir un traité de cette puissance avec la Roumanie. Quel coup en effet ne porterait pas à ses intérêts agricoles la concession de la libre entrée du bétail roumain dans l'Empire autrichien ! Ce serait un arrêt de mort pour l'élevage des bestiaux dans cet Empire.

Ces réflexions ne sont-elles pas instructives? Méditons-les pour reconnaître l'énormité des traités de commerce. Prenez-en votre parti, ô maîtres de la science économique! ô humanitaires propagateurs de séduisantes chimères! La théorie du laissez-passez est aussi vaine que séduisante. La conception d'un accord entre ces intérêts rivaux est puérile. Des épines dans l'œil et des arrêts de mort, voilà ce que procurent les traités de commerce.

Je compare volontiers les hommes d Etat qui tentent ces ouvrages infaisables à des ouvriers qui, pour empêcher les inondations menaçant de fertiles plaines, n'imagineraient rien que d'ouvrir un trou pour en boucher un autre : pendant qu'ils tamponnent à l'Est, une fissure se produit à l'Ouest; pendant qu'ils débouchent au Nord, il se produit une obstruction dans le Midi. Les tarifs de douane ne sont pas parfaits, mais ils existent, gardons-les. En fait d'impôts, dit-on, le plus mauvais est le nouveau; le meilleur est celui auquel on est habitué : la logique est la grande destructrice des intérêts des contribuables. Combien cette vérité est plus patente pour l'industrie agricole! Ne changeons rien à nos douanes, rien aux lois sur le sucre, rien aux soi-disant privilèges ou même aux charges de l'agriculture. Il nous faut du temps pour nous habituer aux nouvelles exigences que créent des modifications dans ces sortes de lois ! Toutes lés révolutions agri-

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coles sont longues et les lois sont souvent courtes dans leur existence, bien que diffuses, confuses et prolixes dans leur texte. Encore une fois gare l'épine dans l'œil. P. Di] Pré-Collot.

L'aviculture joue en notre dix-neuvième siècle un rôle considérable. Des sociétés se sont formées pour vulgariser, en notre pays, l'élevage des animaux de basse-cour. En ce temps où les fermiers cherchent à tirer profil de toutes les branches de l'agriculture, où les ménagères veulent augmenter leurs revenus en installant une basse-cour et en la peuplant de belles poules, il est intéressant de jeter un coup d'oeil en arrière et de voir comment nos ancêtres, au moyen-âge, sous le règne du bon roi Henri IV, jugeaient et appréciaient les hôtes du poulailler.

Sully, le grand Sully, avait eu raison de dire que l'agriculture est la première richesse d'un pays. « Labourage et pâturage, disait-il, sont deux mamelles dont « la France est alimentée ^y. Le ministre du roi qui désirait que tout paysan eût sa poule au pot le dimanche, avait eu soin de s'entourer d'hommes compétents qui possédaient à la fois la pratique et la science.

L un de ces agriculteurs, de ces écrivains illustres, le seigneur du Pradel, Olivier de Serres, dans son Théâtre de V agriculture et Mesnage des champs, parle de la poulaille en des termes qui nous donnent une idée exacte de ce qu'était l'aviculture à cette époque. Nous allons passer en revue les appréciations d'Olivier de Serres, nous tâcherons de les rendre à la portée de tous et de les comparer ensuite aux méthodes usitées de nos jours.

Mais laissons d'abord parler notre auteur :

« Afin que nostre maison contienne non seulement ses nécessitez, mais aussi « quelques délices et voluptez telles qu'honnestement on les peut souhaiter: « après l'avoir fournie du principal bestial, ensuite nous la meublerons de l'autre, « dont l'ornement est une augmentation de revenus, assavoir de toutes espèces de « volailles ».

Peut-on parler avec plus de clairvoyance? Non, tout le monde sait que la volaille est à la fois un agrément et un profit : agrément en tant qu'elle égayé notre vue, qu'elle flatte nos regards, qu'elle peuple le paysage ; profit, c'est-à-dire qu'elle apporte au budget de la ferme un bénéfice qui, loin d'être une quantité négligeable, est un rapport indéniable. Olivier de Serres, en homme observateur, remarque que « les plus simples femmelettes, » que les ménagères les plus pauvres ont presque toutes des volailles, car, dit-il, « il n'y a tant de pauvre métairie où la poulaille ne fasse la première nourriture. » Et plus loin, ne fait-il pas sagement cette réflexion que c'est à la femme qu'incombe la direction de la basse-cour : « à notre mère de famille, à /ague//e proprement ce négoce appartient. «

Puis Olivier de Serres fait un classement des diverses races et espèces de poulailles, « lesquelles est besoin de discerner pour les gouverner toutes selon leur particulier naturel. »

Que l'on reconnaît par là l'homme méthodique, qui cherche le pourquoi et le parce que d'une chose.

Tout le monde ne sait-il pas que tout animal est fait pour vivre sous un climat déterminé, avec une nourriture qui lui est propre? Essayer de bannir le naturel vous verrez ce qu'il arrivera. La réponse n'a-t-elle pas été faite et de main de

maître

Chassez le naturel, Il revient au galop.

Olivier de Serres l'avait donc bien compris. Que désirait-il avant tout : éclairer les agriculteurs, leur donner des conseils et surtout les mettre en garde contre les préjugés de la routine qui causent encore même de nos jours de gros préjudices.

Dans sa classification de poulaille, il comprend à la fois le gibier, les oiseaux aquatiques (sarcelles, cygnes, grues, cigognes, etc.), le paon.

A noter également la distinction qu'il fait entre les canes communes et les canes d'Inde (de Barbarie) « desquelles sort une troisiesme bastarde race quand le canard d'Inde et la cane commune s'accouplent ensemble. »

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C'est le croisement très connu de nos jours, que l'on appelle mulard et qui est très répandu en France dans la Gascogne.

Ceci établi, Olivier de Serres déclare qu'il faut donner un logis à la volaille et ce logis sera fait à sa convenance. C'est un point essentiel, car le gros et le petit bétail ne doit pas vivre ensemble. Des accidents peuvent arriver à la suite de bataille. En outre les couvées peuvent être dérangées, les œufs peuvent être mangés, en un mol il faut « que chacun soit logé à l'aise et à part. »

Notre curiosité s'augmente lorsque l'auteur va nous parler du poulailler. Quels conseils va-t-il donner? Quels avis va-t-il émettre? Pour lui sans doute la question a été facile, le problème ne lui a coûté aucun effort, puisqu'il a tout étudié avec soin. En voici la solution :

« Selon l'ordonnance des antiques, nos géliniers ou poulaillers auront leurs principales venues tournées vers l'orient l'hyver , afin que la poulailJe soit eschauffée du soleil à son lever. «

Conseil excellent, que l'on donnerait de nos jours à nos éleveurs. Mais où l'on reconnaît le praticien, c'est lorsque poursuivant notre lecture nous voyons que tout en adoptant sur certains points les méthodes anciennes sur l'orientation dupoulailler, il n'admet pas que ce dernier soit attenant à la maison, il énumère les incommodités. « Ce conseil n'est reçu pour plusieurs incommoditez que la poulaille apporte dans la maison, la salissant de la fiente et l'importunant par sa crierie. »

Et il s'écrie : « pour laquelle cause la logerons-nous tant loin qu'il est possible de l'habitation des hommes. Ce sera donc sur la prairie des estableries la plus éloignée de la maison que dresserons nos poulailliers en lieu toutefois le plus chaud que pourrons choisir. »

Très bons conseils évidemment, ne savons-nous pas à notre époque que la prairie est pour les volailles un emplacement qui leur est propre?

Et puisque nous parlons de profit, qu'il nous soit permis d'ouvrir une parenthèse et de dire, que les éleveurs qui possèdent des parcs mobiles et des prairies pourraient utiliser avec fruit les volailles, à fumer et à engraisser leurs terres — La nourriture de ces volailles ne lui coûterait d'abord pas très cher, — car les poules sont de nature très glaneuses. — Les vers, les limaçons, les coquillages de toutes sortes qui se rencontrent sur nos gazons, sur nos prairies, sont pour elles une nourriture friande et appétissante. — En outre, quel engrais précieux elles laisseront sur la prairie — qui l'année d'après donnera un rendement bien supérieur. 11 est bon de dire qu'il faudra changer souvent les parcs mobiles de place.

Nous ne savons si Olivier de Serres avait fait cette importante remarque. — Tout nous le fait croire. 11 est si minutieux dans ses observations.

On devra construire un poulailler pour chaque espèce de poulaille. Là, avec juste raison, il demande un emplacement distinct pour les oiseaux aquatiques, puis pour les poules, enfin pour les dindons, pour le gibier (faisans et autres).

Il veut également que les chapons soient séparés des poules. Ils leur causent un grand préjudice, « leur empêcherait de faire des œufs en abondance, tant en chauchans qu'affamées par leur continuelle fréquentation. A quoi le seul remède est la séparation. -»

Nous passons alors au poulailler lui-même. Il conseille un poulailler assez large, assez haut pour la lumière et l'air.

« De huit ou neuf pieds de quarreure dans œuvre et peu moins de hauteur sera raisonnable capacité d'un chacun poulailler. Lesquels pour le meilleur on voûtera par le dessus, attendu que la poulaille sera plus chaudement en hiver et plus fraîchement en été. » Et il ajoute une excellente recommandation : « Et moins importunée de souris, belettes, fouines, semblables bêtes, sous les voûtes que sous les planchers, ni simples couvertures. ?> Simplex.

{La suite prochainement.)

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