‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 414 sur 691 · LES GELÉES ET LES MOYENS DE STO PRÉSERVER · texte numérisé non relu

LES GELÉES ET LES MOYENS DE STO PRÉSERVER

L'année 1893 commence à peine et déjà nous devons éprouver de l'inquiétude sur la production de nos vignobles. Dans notre Midi l'hiver s'est montré clément, il est vrai, et à peine signalc-t-on quelques vignes jeunes dont le bois mal aoûté a été détruit par le froid; mais dans les autres parties de la France, l'hiver a été très rigoureux et le mal, qui en est résulté pour les vignobles, est considérable.

Si dans notre contrée, nous n'avons pas éprouvé de dommages appréciables pendant l'hiver, le printemps se présente à nous comme gros de menaces, et nous avons tout à craindre des effets de la gelée sur les jeunes bourgeons déjà bien développés.

En ce moment, nos vignes sont menacées de deux manières par le froid : notre récolte peut être détruite en premier lieu à la suite d'un refroidissement général de l'atmosphère bien que le ciel reste couvert, c'est ce que l'on appelle communément, la gelée noire \ nous ne connaissons aucun moyen de préserver les jeunes bourgeons de ce malheur, mais heureusement nous pouvons les garantir suffisamment des autres gelées printanières qui se produisent, lorsque le ciel est sans nuages et que le temps est calme, par suite du refroidissement par rayonnement de la plante et du sol. Dans ce second cas, il se produit généralement de la gelée blanche qui est l'indice du mal, mais n'en est pas cause.

On sait en effet, que la vapeur d'eau en se condensant dégage la chaleur latente de vaporisation, de sorte que loin d'être une cause de refroidissement de l'atmosphère, la condensation de la vapeur diminue l'abaissement de température provenant du rayonnement, et si cette vapeur condensée se prend en glace, c'est qu'elle tombe sur un corps dont la température est déjà descendue au-dessous de zéro.

Les bourgeons qui se recouvrent de gelée blanche sont donc préalablement refroidis par le rayonnement direct d'abord, et en second lieu par l'air ambiant dont la température a été abaissée par suite de son voisinage avec le sol refroidi aussi par le rayonnement.

Lorsque la gelée blanche se produit, les liquides contenus dans les organes de la plante sont déjà glacés, et les gouttelettes de gelée blanche ne peuvent être nuisibles à la plante que lorsqu'en se vaporisant sous l'influence du soleil, elles absorbent do la chaleur et provoquent par suite un refroidissement plus grand des bourgeons sur lesquels elles ont été déposées.

On a, avec juste raison, préconisé, pour empêcher les gelées printanières provenant du rayonnement, les nuages artificiels, et ce n'est pas dans notre région maritime ou l'usar^e en est fait régulièrement

1 . Communication faite au Comice asrricole de Bézicrs le 9 avril.

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