‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 415 sur 691 · SUR LES GELEES ET SUR LES MOYENS DE S'EN PRÉSERVER · texte numérisé non relu

SUR LES GELEES ET SUR LES MOYENS DE S'EN PRÉSERVER

que l'on pourrait en mettre en doute les bons effets, lorsque, produits à temps, on en prolonge la durée quelques heures après le lever du soleil.

Pourtant nous devons signaler que depuis quelques années, on s'écarte, peut-être à tort, des moyens primitifs mais bien plus efficaces que l'on employait autrefois, et à ce sujet, je crois devoir citer textuellement, ce que déclarait dernièrement M. Chambrelent dans son travail sur les effets du froid :

« On a souvent employé pour les nuages des huiles minérales dont la combustion donne une fumée assez abondante, mais beaucoup moins efficace, pour agir comme écran, que la vapeur d eau ellemême.

« Les nuages que l'on fait comme dit Boussingault, en brûlant de la paille humide, des broussailles, des branches de pin que l'on arrose constamment avec de l'eau très divisée, présentent plusieurs avantages très marqués sur les autres.

« Ils agissent comme de véritables nuages naturels pour détruire tout rayonnement; ils produisent dans l'air, par la flamme des broussailles en combustion sur lesquelles tombe l'eau, une agitation considérable de l'atmosphère qui contribue sensiblement à empêcher les effets du refroidissement. Et enfin un point qu'il ne faut pas négliger, c'est que cette grande quantité de vapeur d'eau, en se condensant peu à peu dans l'atmosphère, produit une certaine quantité de chaleur qui n'est pas moindre de 600 colories par kilogramme et qui diminue d'autant le refroidissement du milieu ambiant. »

Cette opinion n'est pas acceptée par tous, et M. Millardet se faisant l'écho de ceux qui sont d'un avis contraire, a écrit :

« Quelques personnes pensent que les fumées chargées de vapeur d'eau, obtenues par des débris végétaux humides, sont préférables à la fumée sèche du goudron. Mais il semble que les raisons sur lesquelles cette préférence s'appuie ne soient pas encore suffisamment démontrées. »

Il nous paraît que l'ancienne méthode de nos pays, qui joignait la combustion du goudron à celle des balles humides de blés, met d'accord les partisans des deux procédés en réunissant tous les avantages.

Autrefois, en effet, sans projeter de l'eau sur les tas en combustion, ou préparait dans notre région, les foyers avec des balles de blés imprégnées de goudron ; ces matières très hygroscopiques absorbaient de l'eau, et pour en assurer l'allumage, on jetait par dessus un peu de paille trempée dans le goudron, de sorte que les nuages qui venaient de la combustion de ces fourneaux, étaient composés de fumée de goudron et de vapeur d'eau.

Quoiqu'il en soit, les nuages artificiels ne peuvent être efficaces que si l'on en étend l'usage sur une superficie importante et nous voyons de tous côtés s'établir des syndicats pour en généraliser et régulariser l'emploi. Mais lorsqu'on n'est pas assez heureux pour faire partie d'un syndicat, et que l'on a des terres isolées, ne peut-on pas se préserver des effets de la gelée par rayonnement, autrement que par les nuages artificiels dont l'efficacité devient alors plus précaire, car on n'est pas maître d'en diriger le courant 'f

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