‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 428 sur 691 · I. — La situation · texte numérisé non relu

I. — La situation

Les allures de la saison ne se sont pas modifiées; la sécheresse a persisté, et elle ne parait pas devoir cesser encore. Les effets que l'on craignait avec raison se réalisent, et les craintes pour l'avenir s'accentuent de jour en jour. La saison des premiers fourrages n'a apporté que des désillusions : ceux qui peuvent réaliser une demi-récolte de trèfle incarnat, de vesce ou de minette sont les plus heureux ; pour la plupart, c'est un tiers ou un quart de récolte qu'on peut couper. Aussi les prix des fourrages atteignent partout des taux de disette ; ces prix s'élèveront encore avec le déficit des prairies qui s'accentue de plus en plus; non-seulement les herbes n'ont pas poussé, mais la chaleur intempestive accélère la floraison, de telle sorte que chaque jour voit atténuer l'espoir que l'on pouvait encore nourrir |au milieu du mois, relativement à l'influence de pluies chaudes et prolongées sur les premières coupes; ce n'est plus seulement que dans la partie tout à fait septentrionale ou dans les régions montagneuses qu'on pourrait espérer encore quelque amélioration à cet égard. Quant aux céréales, la situation tend à prendre un caractère inquiétant : les blés d'hiver, qui se maintiennent encore dans les bonnes terres, prennent ou ont pris déjà une mauvaise teinte dans les terres légères ou calcaires ; les céréales de printemps, même quand elles ont bien levé, restent malingres, et dans beaucoup de régions, elles n'ont levé que très irrégulièrement. On poursuit les semailles de betteraves sur labour suivi de roulage immédiat, pour essayer de profiter de la légère humidité du sol ; mais c'est peut-être une sage prudence que d'attendre des jours plus favorables pour procéder à la fin de ces semailles.

Pendant que l'Europe occidentale se trouvait sous l'influence de chaleurs précoces, le froid a été exceptionnel dans l'Europe orientale pendant le mois d'avril; des gelées presque quotidiennes ont empêché de procéder aux semailles des céréales de printemps, et elles ont déprimé les céréales d'automne dans des proportions notables. Aussi, en Russie, on considère actuellement la future récolte des céréales comme ne d<^vant être que médiocre ; il en est de même en Hongrie où les agriculteurs éprouvent de très vives inquiétudes. Enfin, les avis mensuels du Département de l'agriculture aux Etats-Unis sur les récoltes de céréales sont notablement moins favorables en ce printemps qu'ils ne l'étaient au printemps précédent.

Pour terminer par un avis qui pourra présenter quelque utilité,

N» 1380. — TOME !»■• DB 1893. — 29 avril.

nous dirons que le principal souci des cultivateurs devra être désormais de préparer des cultures de fourrages verts pour l'automne, et surtout des provisions pour Thiver prochain. Aussitôt (jue le temps deviendra plus favorable, semez sur les terres qui seront libres, des fourrages à développement rapide, principalement du maïs; les variétés à grand développement, telles que le maïs caragua, le maïs dent de cheval, constitueront, cette année, des ressources précieuses, qu'on ne saurait négliger.

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