‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 453 sur 691 · I. — Le crédit agricole · texte numérisé non relu

I. — Le crédit agricole

La Chambre des députés a discuté eutin, dans ses séances du 29 avril et du l" mai, les deux projets sur le crédit agricole dont elle était saisie. Avec une ténacité reposant sur la conviction profonde de la nécessité d'aboutir, M. Méline avait multiplié les efforts pour décider ]a Chambre à aborder cette discussion ; ces efforts ont été couronnés de succès, et il dépendra désormais du Sénat que la question du crédit agricole soit enfin résolue dans la législature actuelle. Cette solution, avec celle de la réforme douanière, sera un des principaux titres d'honneur de la Chambre dont les jours sont désormais comptés.

La deuxième délibération sur la proposition de M. Méline relative à l'organisation agricole par les syndicats, s'est terminée par un vote presque unanime. Cette proposition a eu un sort singulier; préparée en vue de donner aux syndicats agricoles une arme nouvelle et puissante, elle a d'abord été attaquée par un certain nombre de ces syndicats qui n'avaient pas su en comprendre la portée; peu à peu la réflexion est venue, et elle ne trouve plus aujourd'hui que des approbateurs. A diverses reprises, nous en avons indiqué les points principaux, mais il importe d'en rappeler le principe fondamental. C'est celui-ci : les syndicats auront la faculté de se constituer, moyennant des conditions simples et laciles à remplir, en sociétés de crédit mutuel, soit directement par eux-mêmes, soit par des sociétés annexes, constituées dans leur sein. C est l'organisation du crédit personnel pour le cultivateur, crédit dont les proportions dépendront évidemment de sa situation individuelle et de sa valeur morale ; il sera placé ainsi, vis à vis du crédit, dans la même situation que l'industriel ou le commerçant. Il ne s'agit pas de mettre, à tort et à travers, à la disposition du cultivateur des flots d'or dont il serait parfois bien embarrassé d'user avec profit, mais de lui permettre de se procurer les matières premières qui lui sont nécessaires sans payer comptant, simplement contre un engagement de payer à terme. Résultat modeste et précaire, disent quelques-uns; résultat que nous jugeons, au contraire, immense, car il donne la solution du problème creusé en vain depuis longtemps : mettre le capital au service du travail agricole. C'est ce que la Chambre a parfaitement compris, quand elle a suivi M. Méline sur le terrain où il s'était placé, et quand elle a refusé de se laisser engager, en même temps, dans l'examen de ques-

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tiens fort intéressantes sans doute, mais qui n'avaient qu'un rapport secondaire avec la question fondamentale.

On pourrait, à la rigueur, comprendre que la première proposition fût suffisante pour faire éclore en France les banques agricoles s'appuyant sur les syndicats. Mais il était à craindre qu'on ne leur fît payer le crédit trop cher. C'est pourquoi le Gouvernement a présenté un projet de loi tendant à l'autoriser à aider, par une subvention annuelle de 2 millions jusqu'en 1920, un établissement central qui escompterait le papier des banques agricoles. Dans sa séance du l" mai, la Chambre a adopté ce projet de loi, en écartant les détails de fonctionnement qui feront l'objet d'une convention que le Parlement aura à examiner ultérieurement. Le principe est certainement excellent, mais l'application en sera extrêmement délicate. Il s'agira, en effet, de bien établir les bases de cette création, d'écarter les financiers avides qui montent à l'assaut et ne cherchent à faire que leurs propres affaires au détriment de celles de l'agriculture, d'éviter les états-majors dispendieux qui grèvent inutilement les meilleures opérations et qui les entraînent parfois à la ruine. Il y aura bien des écueils à tourner, bien des embûches à détruire, si l'on veut absolument faire une œuvre pratique et établir autre chose qu'une décevante façade sans fondations solides. La tâche du Ministre de l'agriculture chargé de l'exécution de la nouvelle loi, quand elle aura été votée par le Sénat, sera donc extrêmement délicate ; mais elle ne doit pas être au-dessus de son dévouement éclairé aux intérêts agricoles.

IL — Le régime des boissons.

Le Parlement a enfin voté le budget de 1893, qui a été promulgué le 29 avril. Ainsi que tout le faisait prévoir, les dispositions relatives au régime des boissons ont été écartées, et les choses sont restées en l'état à cet égard. Mais il a été entendu que ces dispositions seraient incorporées dans le budget de 1894, que l'on doit, régulièrement, voter avant la fin de la législature, c'est-à-dire dans la session actuelle, qui durera désormais à peine trois mois. La question reste donc toujours ouverte, et la Commission des finances du Sénat est saisie, au moins officieusement, de l'examen des dispositions précédemment votées par la Chambre des députés. Quelles mesures seront finalement adoptées, c'est ce qu'il est difficile de prévoir. En attendant, les protestations ne s'arrêtent pas, comme le prouve la lettre suivante, adressée à M. Bisseuil, sénateur de la Charente-Inférieure :

Cozes, 30 avril 1893.

« Mon cher sénateur, il élait facile de prévoir que le Minisire ne lâcherait pas les bouilleurs de cru sans attenter à leur liberté ; aussi a-t-il dit à la commision sénatoriale du budget qu'il exigerait d'eux : d'abord, une déclaration, puis la prise de qu"Jques précautions quant aux appareils de distillation. Ce qui signifie clairement leur confiscation ou leur mise hors de service à la discrétion de la Régie.

« Vous avez vaillamment, et avec succès, combattu, au Conseil général contre toute réglementation, et nous comptons sur votre dévouement pour demander au Sénat, qui jusqu'à ce jour s'est montré soucieux de notre liberté, de nous la conserver tout entière.

« Au sujet de la surtaxe sur l'alcool proposée par le ministre, il est du devoir de tout bon charcutais de lutter contre elle jusqu'à la mort.

« Enfin, il est grand temps de faire savoir au pays que la loi sur la réforme

de l'impôt des boissons dites hygiéniques n'est qu'une plate-forme électorale sur laquelle monteront prochainement les députés du Midi, pour prouver à leurs bruyants commettants qu'ils ont bien mérité d'eux en mettant au-dessus de tout leurs intérêts viticoles. Un petit Bouilleur de cru.

M. Bisseuil a saisi déjà le Sénat d'une proposition sur le régime des boissons qui reproduit, pour une bonne part, les premières dispositions de la Commission du budget de la Chambre, lesquelles ont disparu sous le soufle violent des discussions et des votes quasi contradictoires qui se sont succédé.

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