‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 467 sur 691 · Voir X\, numéro · texte numérisé non relu

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la prospérité de la flotte de pêche qui, de 9,200 bateaux montés en 1850 par 40,000 marins, atteignait en 1880 le chiffre de 22,132 bateaux montés par 79,109 inscrits. Mais en face de ce désastre compliqué de l'appauvrissement des premières zones de pêche pour les poissons de rivage, qu'allait devenir un présent si plein d'espérance ! Deux faits surgirent aussitôt : revision des règlements de la pêche côtière dont nous parlerons bientôt, et l'étude de nos côtes.

Avant le grand mouvement de 1852 et 1853, la pêche côtière était régie par l'ordonnance de 1681 qui avait organisé les amirautés et servi de base à toute la réglementation administrative et judiciaire jusqu'en 1 793 où tout fut supprimé.

Le blocus de l'Empire fut l'apogée de nos richesses aquatiques, en 1810 et 1817 le poisson se vendait 3 sous la livre à Marseille.

De 1816 à 1831 quelques essais de réglementation eurent bien lieu, mais ce fut l'anarchie jusqu'en 1834.

En 1846, M. Marec et en 1849, M. Chasseloup-Laubat essayèrent de faire de l'ordre avec ce désordre, et grâce à ce dernier auquel nous avons tenu à rendre la justice qui lui était due (voir n" 405, 1877), ces règlements devinrent loi d'Etat en 1852.

Ce fut sous la protection de ces mesures que se formèrent les prud'hommies de la Méditerranée qui rendent de si grands services et qui, conjointement avec la surveiUance au large et la protection de nos nationaux sur les grands bancs de production, seront les points de repaire des études futures dans cette question de l'étude de nos côtes.

Les sociétés de pêche ont su tirer en Angleterre un grand résultat de cette solidarité sous la tutelle de l'Etat. Pourquoi nous qui jouissons déjà de cette idée avec nos syndicats (prud'hommies), nela développerions-nous pas en faisant sanctionner par l'enseignement ce que la pratique a déjà résolu?

Cette page immortelle de Coste qui, le 10 mai 1862, devenait loi d'Etat, enlevait les dernières restrictions des décrets de 1853 et 1857 et transportait à la question des cantonnements, des réserves les défenses générales qui ne furent maintenues que pour le saumon, la truite, l'ombre, lelavaret, l'huître et la moule, plus quelques restrictions pour les crustacés dont la pèche peut être interdite du l" octobre au 31 janvier (homards, langoustes) par simple arrêté des préfets sur le littoral.

Si nous avions eu cet enseignement des choses de la mer, aurionsnous assisté aux désastres qu'ont amenés les illusions sur l'exploitation des métairies sous-marines des côtes de Bretagne et la transformation en fabrique de matières alimentaires de nos grands espaces immergés de l'ouest? Tout est dans la mesure et l'application, et surtout dans ceux chargés de cette application. A propos du typhus des huîtres (voir n" 634, 1881) qui a anéanti momentanément les parcs est de l'île d'Oléron, notre vénérable ami M. le D"" Kemmerer n'a-t-il pas poussé le premier cri d'alarme, et nous-même dans les numéros 921 ,927 (1886) ne signalions-nous jjas une crise ostréicole et les amères déceptions qui suivirent les essais de conversion en viviers et en parcs des grands et petits traits du Croisic.

L'organisation de l'enseisrnement des choses de la mer aux marins

se présente à notre esprit dans des conditions de la plus extrême simplicité. Bien avant la naissance de la commission sénatoriale du repeuplement de nos eaux, nous avions à propos de Goncarneau, encore un de ces rêves de Coste, à la naissance duquel nous eûmes l'honneur d'assister, émis notre manière de voir.

Dans la France nouvelle du r'juin 1880^, M. le président Robin, reprenant Coste, demandait la création d'une école de pisciculture à Goncarneau. Nous protestions, car nous voyions encore à l'horizon un mandarinat de pisciculteurs de la mer ; or, est-ce que vingt-cinq ans de pisciculture en état-major ne venaient pas de nous éclairer? De 1860 à 1875 n'étions-nous pas passé du premier au dernier rang dans cette si vivante question de la pisciculture appliquée?

Est-ce cet enseignement localisé que Goste avait en vue en créant ce vigoureux tronc des stations maritimes décoré aujourd'hui du nom de Laboratoire zoologique de la mer pris par ses cinq ou six rejetons poussés sur nos trois mers? Pas le moins du monde.

Il faut qu'un capital généreux, disait Goste dans un rapport du 22 mars 1861, conviant des populations riveraines aux bénéfices de l'association, mette aux mains des ouvriers de la mer un matériel d'exploitation conforme aux besoins de leur périlleuse culture. Nulle classe d'hommes n'a plus de droits aux largesses de l'Etat, car par une de ces inimitables combinaisons, qui ne sont possibles qu'à une certaine heure de l'évolution sociale, le génie de Golbert en a fait dans l'organisme de la France, l'organe voué à la défense de son pavillon. En effet, est-ce que le domaine de la mer dont, en échange d'une héroïque soumission, ce grand ministre lui octroya le monopole n'est pas une immense et véritable communauté?

L'organisme administratif n'est-il pas là tout prêt; rien n'esta créer pour cet enseignement des choses de la mer, excepté de l'apprendre à ceux chargés de l'appliquer.

G'est le commissariat de la marine, père de la tribu soumise à sa juridiction et à qui rien de ce qui l'intéresse ne doit échapper, au commissaire, à ce père vigilant, de faire parvenir la bonne parole à ces braves, mais si insouciants et imprévoyants enfants. En le prenant pour jupe dans la remise des primes que chaque année la marine distribue dans la circonscription, il y ^ là une bienfaisante justicequi, en flattant leur amour-propre et en soulageant des souffrances, donnerait à la parole de ce père la plus haute sanction.

N'oublions pas qu'il y a dans cette question des choses de la mer de 80 à 90 millions des revenus de la France, un matériel de pêche de près de 200 millions et surtoutlepainde 80,000 inscrits, c'est-à-dire des forces les plus vives de la défense nationale d'où peuvent et doivent dépendre la conservation et l'exploitation des richesses de la mer.

Notre conclusion en 1893 sera celle de 1879,

L'enseignement des choses de la mer aux marins par le commissariat et cela par l'Institut national agronomique d'où chaque aspirant de cette antique institution (au plus 8 à 10 par an, comme pour les haras, les forêts; comme plus tard nos consuls à l'étranger) devrait avoir un brevet de capacité délivré par cette haute et scientifique institution de l'agriculture.

Inutile d'ajouter que des cours spéciaux de la pisciculture de la' mer pourraient à coté et parallèlement à ceux qui y existent déjà pour nos richesses fluviales y être présentés en dix ou douze leçons. Aux temps héroïques de la pisciculture impériale de 1858, à sa disparition (voir n° ^8), nous n'avons cessé de réclamer l'enseignement des choses de l'eau; 1875 voyait notre vœu se réaliser!

Serons-nous aussi heureux pour notre nouveau desiderata? nous n'osons l'espérer! Mais ce dont nous sommes certain, c'est que la semence est en bon terrain et que nos survivants en feront la moisson. Chabot-Karlen.

Circulaire (aux professeurs d'agriculture sur les moyens d'atténuer les effets de la

sécheresse sur les fourrages.

Paris, le 3 mai 1893.

Monsieur le professeur, la persistance de la sécheresse a détruit ou compromis la récolte des fourrages semés en automne: les cultivateurs ont épuisé la plus grande partie de leurs ressources pour la nourriture du bétail ; les prairies naturelles qui ne sont pas situées dans les fonds ordinairement humides ne donneront, selon toute apparence, qu'une récolte absolument insuffisante en foin. Il faudra donc, dans une époque rapprochée, ou que les cultivateurs vendent une partie de leur troupeau par suite de l'insuffisance de nourriture, ou qu'ils se créent de nouvelles ressources en denrées fourragères.

Cette situation impose au ministre de l'agriculture le devoir de leur rappeler les moyens les plus efficaces pour constituer les approvisionnements nécessaires à l'alimentation du bétail, afin d'empêcher qu'une vente anticipée vienne avilir les cours et les priver d'une des ressources essentielles de la ferme : la production du fumier.

La disette de fourrages amène en effet la disette de toutes les autres récoltes, dont elle augmente le prix de levient en diminuant les fumures; d'où l'urgence dans l'intérêt des producteurs agricoles comme de la consommation générale, de prendre les mesures les plus rapidespour parer aux inconvénients qui pourraient résulter de l'état de choses actuel.

Nous sommes au commencement de mai ; il est donc nécessaire de rappeler les semis de fourrages spéciaux à faire dans le courant de ce mois et du mois suivant et pouvant résister aux chaleurs estivales, afin de permettre aux cultivateurs d'avoir des fourrages verts. L'ensilage de certaines plantes pourra constituer une précieuse réserve pour l'arrière-saison et durant l'niver dans des régions où la culture des racines ne donne pas de résultats, où la culture ne peut compter

3ue sur les récoltes provenant des prairies naturelles et artificielles dont le renement sera médiocre ou nul. Je vous prie donc d'indiquer aux agriculteurs, soit par la voie des journaux locaux, soit par le bulletin administratif du départemont, soit par les publications des sociétés d'agriculture et des comices de votre région, soit encore, et préférablement dans vos conférences, que vous multiplierez à cet effet, les plantes qu'il est le plus utile de semer suivant le sol, les altitudes et les aptitudes de votre région.

Vous leur indequerez notamment que si, dans certains terrains, sous diverses latitudes, la betterave, le rutabaga, le chou braochu, les navets-raves peuvent être semés avec chance de succès pour la récolte, il est d'autres régions où il faut semer des graminées ou des légumineuses pour récolter à l'état vert ou pour ensiler de septembre à novembre.

Vous insisterez notamment sur les avantages de la culture du maïs-fourrage, qui a pris une si grande extension depuis que les procédés d'ensilage ont ouvert une voie nouvelle et féconde à la culture fourragère.

Le maïs peut, en effet, se semer jusqu'à la fin de juin, et, en espaçant les semis, on peut obtenir plusieurs récoltes successives de fourrage vert qui constitue une précieuse ressource pour l'alimentation du bétail.

Vous indiquerez avec soin la nature des amendements et des engrais qui sont nécessaires, et vous insisterez sur l'importance de joindre aux fumures naturelles

les quantités de superphosphate de chaux, de sulfate d'ammoniaque, de nitrate de soude, de chlorure de potassium et autres engrais indispensables pour obtenir promptement dans les différents sols d'abondantes récoltes.

Fumer au maximum, c'est encore le moyen leplus rationnel d'obtenir la récolte à meilleur marché.

Vous enseignerez d'une façon toute spéciale les moyens employés pour la conservation des fourrages verts, en arrière-saison et en hiver, par la pratique de l'ensilage; vous signalerez aussi les procédés les plus économiques qui peuvent être à la portée de la moyenne et de la petite culture.

Un petit cultivateur, désireux de conserver les quelques têtes de bétail que sont sa principale richesse peut, dès maintenant, utiliser une parcelle de terre pour semer du maïs précoce de Motteaux ou de quarantain.

Après avoir fait tremper les graines dans un peu d'eau, il les distribue au plantoir en mettant deux grains par trou, en lignes espacées de 30 à 40 centimètres et à distance de 30 centimètres, dans un sol fumé avec 30,000 kilog. de fumier à l'hectare et sur lequel il aura répandu, au moment de la semaille, 200 kilog. de superphosphate de chaux et 150 kilog. de nitrate de soude. Cette préparation lui permettra de faucher en juillet un bonne récolte de maïs de 50 à 60,000 kilog. à l'hectare. Dans une seconde parcelle , il peut semer du maïs dent-de-cheval ou du maïs des Landes, qu'il récoltera en août et septembre.

C'est à ce moment que la plus forte part de ce fourrage doit être ensilée, soit avec la tige entière, soit après un hachage préalable en menus morceaux.

Vous vous appliquerez à faire pénétrer dans les esprits des cultivateurs les services que peut rendre un ensilage bien fait, attendu que cette méthode peut s'appliquera toute la flore fourragère sans exception et convient aussi bien aux feuilles d'arbres, aux légumineuses, qu'aux maïs ou aux herbes des prés.

Toute récolte verte peut acquérir, par la fermentation alcoolique dans le silo, les facultés de conservation qui la rendent apte, durant l'hiver, à la nourriture du bétail, en lui donnant le plus haut rendement en qualités alimentaires.

Les instructions pour la construction des silos doivent porter sur les silos en terrassement soit en fosses, soit superficiels; il faut surtout établir la distribution des silos : 1° suivant la nature du sol où ils seront placés ; 2" en silos d'été ou silos d'hiver.

Le type du silo de terrassement économique est celai dans lequel les tiges sont couchées entières à une profondeur de 2 mètres au-dessous du sol et une élévation totale de 3 mètres environ avec une épaisseur de 85 centimètres de terre audessus de la masse fourragère tassée.

Dans les terrains très humides, il faudra préconiser les silos en terrassement à fleur de terre, soit à fond plat, soit à fond avec cuvette plus ou moins profonde.

Vous ajouterez à ces indications des renseignements sur la culture et l'ensilage des autres plantes fourragères dont l'emploi est indiqué pendant les années de sécheresse, et qui peuvent être semées en mai et juin, soit seules, soit en mélanges divers, telles que le sorgho, le moha de Hongrie, le sarrasin ordinaire et de Tartarie, la moutarde blanche, le pois gris de printemps, le millet, l'alpiste. Un vétéran de l'enseignement agricole, M. Heuzé, a, dans ses ouvrages, et notamment dans une instruction répandue par les soins d'un de mes prédécesseurs en 1870, développé sur ces cultures les plus judicieuses, les plus savantes en même temps que les plus pratiques des considérations.

Telles sont, monsieur le professeur, les données générales que je crois devoir vous rappeler, laissant à votre zèle et à votre dévouement aux intérêts agricoles le soin de les compléter et de les développer suivant la région où vous devez répandre votre enseignement.

Je vous serai reconnaissant de ne rien négliger, dans les circonstances où nous sommes, pour prouver aux agriculteurs français que ni leurs souffrances ni leurs besoins ne sauraient laisser indifférents le Ministre de l'agriculture aussi bien que les collaborateurs à tous les degrés qui ressortissent à son département, dont l'importance est si grande dans la République.

Agréez, etc.

Le Ministre de l'agriculture^

ViCEP.

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