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LE PRINTEMPS DE 1893 ET LES VIGNES

La sécheresse qui a commencé avec le mois de mars et qui dure encore aujourd'hui, f mai, s'est fait sentir non seulement en France, mais dans l'Europe tout entière. Deux mois consécutifs sans une ondée bienfaisante et à une époque de l'année où ordinairement les averses, les giboulées et les bourrasques sont très fréquentes, voilà certes un fait trop rare pour ne pas mériter d'être noté dans les annales de l'agriculture.

Tous nos végétaux cultivés souffrent plus ou moins, même la vigne, arbuste vivace qui utilise les sols arides où les céréales, les légumineuses et les plantes-racines refusent de pousser. Le Languedocien, en parlant de cette anomalie atmosphérique, s'exprime ainsi dans son numéro du 22 avril :

V Au vignoble, la sécheresse commence à inquiéter les propriétaires; les jeunes greffes de cette année ont de la difficulté à surgir de terre et les vieilles souches réclament également de Thumidité.

" Le malheur serait autrement grave si le phylloxéra, favorisé par la sécheresse, venait à se mêler de la partie.

« Dans l'Hérault, dit-on, la sécheresse est telle que, dans certains parages, elie aurait amené un retour offensif du phylloxéra. De nouvelles taches auraient été constatées sur quelques points. Ces taches, quoique de peu d'importance, seraient tout comme il y a quinze ans, au début de l'invasion phylloxérique, disséminées sur des points isolés d'une mê-me pièce. On donne, comme les plantations plus spécialement atteintes, les plants Bouscltets greffes sur Jacquez et même — mais en bien moindre proportion — sicr Riparia. Il n'y a encore rien d'alarmant, mais il est bon de rappeler dès à présent c{ue la première invasion se produisit au plus fort d'une sécneresse qui dura plusieurs années.

• « Les vignobles du Gard ont aussi à souffrir de la sécheresse et, comme dans l'Hérault, on signale quelques taches phylloxériques. »

Vers 1865 commença une série d'années à sécheresses estivales très fortes qui eurent pour conséquence la destruction d'une foule de vignobles. Aussi on comprend les anxiétés des viticulteurs en voyant actuellement le sol déjà fortement desséché à une époque où, par les années normales, la saison des chaleurs commence seulement Que deviendraient en effet les vignes, si elles avaient, pendant l'été prochain, à supporter une sécheresse, comme celle de l'année dernière

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marquée par des coups de soleil qui grillèrent des quantités considérables de raisins ?

Mais, comme les années se suivent et souvent ne se ressemblent guère, il y a peut-être une autre crainte à concevoir, c'est celle-ci : après une période sèche de longue durée, comme celle que nous subissons, des pluies fréquentes peuvent survenir, et beaucoup ignorent ce qui se passe dans la terre sous l'inlluence des averses répétées alternant avec un soleil ardent : !a chaleur et l'humidité du sol font décomposer rapidement les matières organiques qui y sont renfermées, et la décomposition de ces matières produit principalement des substances azotées. Alors la vigne absorbe de l'azote en trop grande quantité par rapport aux suhtances minérales^ et par suite, elle se trouve dans rimpossibililé d'élaborer convenablement ces diverses substances, parce que la proportion qui doit exister entre elles est rompue. Les éléments absorbés étant mal élaborés produisent une sève défectueuse; cette sève défectueuse engendre un état maladif de la plante, qui se caractérise par l'apparition de l'oïdium d'abord et parfois de l'anthracnose ensuite. Voilà pourquoi, sous les conditions atmosphériques précitées, ces maladies se montrent en été et dans les sols riches en détritus organiques plutôt que dans les sols pauvres de ces matières.

La conclusion à tirer de ce qui précède, c'est que les intempéries jouent un rôle considérable dans les maladies de la vigne. Espérons que l'été, dans lequel nous allons entrer, ne sera ni trop sec, ni trop humide; dans le premier cas, le sulfure de carbone serait impuissant pour combattre les effets de la sécheresse; et dans le second cas, les traitements aériens seraient également impuissants pour empêcher les affets de l'humidité. Chavée-Leroy.

On sait de resle que l'époque de l'année qu'on est convenu d'appeler : la lune rousse, est une des plus critiques pour l'agriculture.

Le mieux serait un mois de mars sec, un mois d'avril humide, et il est rare que les circonstances atmosphériques donnent satisfaction sur ces deux points; aussi les plaintes sont-elles alors générales et nous ajouterons qu'elles sont très motivées.

Par un printemps pluvieux les plantes jaunissent, s'étiolent, sont anémiées; les façons culturales éprouvent des retards considérables et se donnent mal ; les pluies amèneront fatalement à leur suite des refroidis^^ements intenses et des gelées matinales qui causent eu quelques heures des désastres terribles.

Si le printemps est trop sec, les fourrages arliliciels restent chélifs et fleurissent à 0 m. 10 du sol; les prairies naturelles sèchent sur pied; les blés d'hiver ne fournissent pas de paille; les céréales de printemps qui demandent encore plus de pluie que celles d'hiver, surtout les avoines, ne peuvent prendre le moindre accroissement.

Mais cette année la mesure est trop forte, et la situation s'annonce comme très précaire.

Déjà, l'année 1892 avait été pauvre en fourrages et en paille; mais on avait pu se tirer d'affaire, grâce à l'excédent laissé par les années précédentes.

Mais, en 1893, si cotte implacable sécheresse ne prend pas fin à bref délai, les mêmes circonstances se représenteront avec aggravation, et, devant ce manque de réserves, en face de ces fenils vides et de l'avilissement du prix du bétail, l'agriculteur en sera réduit aux plus dures extrémités.

Nous avons eu, en outre, dans la Nièvre quelques gelées, mais elles n'ont occasionné que des dommages partiels et réparables.

Il y a bien eu aussi quelques pluies, mais trop insuffisantes pour changer la face des choses.

En résumé, 1893 s'affirme comme devant nous donner une moisson productive en grains, de belles vendanges, une abondante récolte de fruits; mais la pénurie des avoines, des pailles, des fourrages, et conséquemment des fumiers, constituera pour l'agriculture une plaie, dont il lui faudra longtemps pour se guérir. Salomon.

COURRIER DU NORD-EST

Nancy, le 5 mai 1893.

Le 3 mai, nous avons eu une petite averse de pluie, après une sécheresse qui a duré cinquante-six jours; maltieureusement, cette pluie n'a pas donné de suite et le ciel est redevenu implacablement serein. Les blés se maintiennent encore dans les petites terres calcaires, mais dans les gros sols ils ne font aucun progrès. Les seigles montent avec des tiges grêles et minces; la plupart des avoines ne sont pas levées; on devra remplacer les betteraves; les pommes de terre réclament de l'eau ; c'est surtout la prairie qui présente une monotonie désespérante. Les sainfoins, les trèfles et les minettes peuvent être considérés comme perdus. C'est la ruine à brève échéance pour nos écuries si la pluie ne survient pas. Ce sont les vignerons les mieux partagés, les raisins sont nombreux et bien fournis. Les arbres fruitiers promettent une récolte extraordinaire. Les houblons poussent vigoureusement et nécessitent déjà un lien.

Résumé des observations météorologiques faites à Nancy en avril 1893. — Moyenne des températures maxima, 21». 3; minima, 6°. 2; moyenne à 8 h. du matin, 10°. 8; plus haute température le 26,+ 29"; plus basse le 15,0°. Moyenne barométrique du mois, 746""". 2; plus haute pression le 8, 770™"". 9; plus basse, le 28, 755™". Humidité relative moyenne du mois, 45°; maxima le 30, 68"; minima le 4, 33°. Tension de la vapeur d'eau, moyenne du mois, 11""".; maxima le 26, 15 '"■". ; minima le 13, 7""". 67. — Le mois se partage en 27 beaux jours, 3 nuageux, 1 jour de pluie, 1 jour de gelée, 4 jours de brouillard; hauteur d'eau, 0. Vents des nuages : Ouest, 7 jours; Est, 19 jours; Nord-Est, 4 jours.

A. Bronsvick.

Le Matériel agricole moderne, par M. A. Tresca, professeur à l'Ecole Centrale et à l'Instilut agronomique — (Firmm-Didot et Cie.)

Je trouve qu'on ressent un sentiment de plaisir tout particulier à rencontrer des auteurs qui traitent avec science et autorité les questions qui ont passionné pendant toute l'existence. Je m'en suis encore une fois aperçti en lisant le premier volume de l'ouvrage que mon camarade et ami, M. Alfred Tresca vient de publier, sur le Matériel agricole moderne. Les agriculteurs français savent maintenant comprendre et apprécier les questions de mécanique scientifiquement étudiées, surtout quand elles sont exposées avec clarté et méthode, comme dans le livre du savant professeur de l'Institut agronomique.

Ainsi que le dit si judicieusement l'auteur dans son introduction, le matériel agricole moderne doit remplir un double but : efYectuer rapidement les différents travaux culturaux en choisissant l'époque la plus avantageuse, rendre les machines agricoles faciles à conduire par le personnel ordinaire de la ferme.

Ce premier volume ne contient que l'étude des instruments d'extérieur de ferme. Tous les outils pour la préparation mécanique du sol y sont passés en revue et en particulier la charrue dont la partie principale, le versoir, est étudié par les méthodes scientifiques, mais cependant avec des déductions claires et logiques, qui permettent à un esprit attentif d'en comprendre les principes. Les moteurs ani-

mes ou non, sont examinés au point de vue de leur emploi dans les travaux agricoles; et le labourage à vapeur tient dans tout cet ouvrage la place que les nécessités d'approfondissement du sol, pour la culture intensive, et les travaux de défoncement indispensables à la plantation de la vigne, lui assignent désormais.

La question des semoirs ne pouvait être mieux traitée que par le consciencieux rapporteur du concours d'Alençon de 1881.

D'intéressants résultats d'expérience indiquent les efforts de traction qu'exigent les faucheuses, dont le mécanisme est parfaitement décrit.

Enfin, M. Tresca aborde, pour la première fois, d'une manière complète et détaillée, la description du mécanisme si difficile à saisir des moissonneuses-lieuses, dont l'emploi s'impose dans les pays neufs, et deviendra bientôt indispensable en France, où la main-d'œuvre commence à faire défaut au moment de la moisson. L'étude de toutes les parties de ces instruments, accompagnée de nombreuses planches explicatives, y est faite avec une méthode qui permettra à tout agriculteur, possesseur d'une lieuse, d'en comprendre le mécanisme dans tous ses détails, et par conséquent d'en diriger et d'en surveiller le travail.

L'ouvrage intéresse d'un bout à l'autre, car il est écrit par un savant ingénieur qui comprend les machines et sait en faire saisir l'utilité. Cela repose des descriptions banales, sentant la réclame, par lesquelles d'ordinaire on fait connaître les instruments agricoles au public. A. Debains.

Bordeaux et ses vins classés par ordre de mérite, par Ch. Cocks, 6° édition refondue et augmentée, par Edouard Feret. — Un volume grand in-18, de 786 pages, avec plusieurs cartes coloriées et 400 vues de châteaux vinicoles. — Librairie de Feret et fils, à Bordeaux, et de G. Masson, 120, boulevard Saint-Germain, à Paris. — Prix : 8 francs.

L'ouvrage de MM. Cocks et Feret, sur les vins de Bordeaux, est classique depuis longtemps; il est considéré, à bon droit, comme le guide le plus précieux pour la connaissance de la viticulture bordelaise. Il donne, en effet, à la fois, des notions précises, quoique générales, sur chaque partie du vignoble, et des indications exactes sur la production de chaque vignoble en particulier. Mais le cours des temps provoque des changements nombreux, la crise phylloxérique a amené, de son côté, des modifications importantes à l'ancien état de choses. Il était donc nécessaire qu'une nouvelle édiliimvînt donner un tableau complet de la situation nouvelle de la viticulture bordelaise. C'est pourquoi M. Ldouard Feret a entrepris cette nouvelle édition, à laquelle il a apporté les soins les plus vigilants, et qui doit définitivement remplacer les précédentes, tant pour la viticulture que pour le commerce. C'est une œuvre éminemment utile que M. Feret a ainsi entreprise et menée à bonne fin, car elle contribuera puissamment à défendre le bon renom de la viticulture girondine qu'on doit maintenir par tous les moyens, àl'encontre des nombreux concurrents étrangers qui multiplient les eflorts en vue de l'amoindrir.

Traité d'agriculture à l'usage du Midi de la France, par MM. Ciiauzit, professeur d'asrriculture du Gard, et ("hapelle, professeur d'agriculture à Bagnols (Gard). — lîn volume in-18 de 300 pages, avec 117 gravures. — Librairie Goulet, à Montpellier, et de G. Masson, 120, boulevard Saint-Germain, à Paris. — Prix: 3 fr.; franco, 3 fr. 50.

Le livre que nous annonçons a été écrit spécialement en vue de

l'enseignement dans les écoles primaires dans les régions méridionales. 11 comprend l'agriculture générale et les cultures spéciales, la viticulture, les cultures potagères et arbustives, l'étude des animaux, l'économie rurale. Dans des proportions aussi condensées, il ne peut donner, pour chaque branche qu'il embrasse, que des notions générales ; mais ces notions sont exposées avec précision et clarté, conditions indispensables pour des travaux de ce genre. La viticulture y occupe naturellement la place à laquelle elle a droit, vu son importance dans la région méridionale.

o Les Légumes et les Fruits, par J. de Brévans, ingénieur-agronome, avec une préface, par M. A. MuN'TZ, professeur à l'Institut agrononiiqrie. — Un volume in-16 de 350 pages, avec 132 gravures. — Librairie Baillière et fils, 29, rue Hauteleuille, à Paris. — Prix • 4 francs.

Ce volume fait suite à celui du même auteur sur le pain et la viande, que nous avons signalé précédemment. Il est consacré à la description des légumes et des fruits qui jouent un si grand rôle dans l'alimentation. Ce n'est pas un livre d'agriculture proprement dite, mais de vulgarisation des connaissances que chacun devrait posséder sur ce sujet. Aux renseignements sur la nature des produits, M. de Brévans ajoute des détails intéressants sur les procédés de conservation des légumes et des fruits, sur les méthodes d'analyses employées pour en connaître la nature intime, sur les altérations qu'ils peuvent subir, sur les falsifications dont ils peuvent être l'objet. L'ouvrage se termine par des données statistiques sur la production et la vente des légumes et des fruits. Ce livre se lit avec intérêt, il est rempli de renseignements utiles puisés aux meilleures sources, de données précises et judicieuses.

Manuel pratique pour l'emploi du sulfure de carbone contre le phylloxéra, par M. G. Gas- TiNE. ancien délégué régional du Ministère de l'agriculture. — Un volume in-18 de 164 pages, avec de nombreuses gravures. — Librairie Michelet, quai des Grands-Augustins, 25, à Paris. — Prix : 2 fr. 50.

Tous ceux qui ont suivi les péripéties de la lutte contre le phylloxéra depuis vingt ans, connaissent la grande part qui revient à M. Gastine dans les études sur les traitements insecticides; on lui doit tant le pal qui porte son nom que des observations et des indications très précises sur les meilleurs modes de traitement des vignes. C'est à condenser les méthodes à suivre suivant les circonstances de sol, de plantation des vignes, etc., qu'est consacré le nouveau manuel que nous annonçons aujourd'hui : ce manuel est réellement pratique, parce qu'il peut servir de guide certain et qu'il peut se mettre entre les mains de tous les vignerons. Les échecs parfois constatés dans l'emploi du sulfure de carbone résultent le plus souvent d'une mauvaise application ; il n'est pas téméraire de dire qu'ils auraient été beaucoup plus rares si l'on avait toujours suivi les prescriptions indiquées par M. Gastine. Prévenir les défauts de vigilance, tel est son but actuellement ; c'est un service nouveau rendu à la viticulture.

Henry Sagnier.

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