‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 521 sur 691 · AU CONCOURS DE LA FERTÉ-BERNARD (SARTHE) LE 14 MAI · texte numérisé non relu

AU CONCOURS DE LA FERTÉ-BERNARD (SARTHE) LE 14 MAI

Je remercie la Société hippique percheronne des paroles de bienvenue qui viennent de m'êlre adressées en son nom et des sentiments de confiance qu'elle m'exprime dans le Gouvernement dont j'ai l'honneur de faire partie.

Je sais quels ont été les éminents services rendus par la Société hippique percheronne depuis sa fondation : elle est un triomphant exemple de ce que peut produire l'initiative privée quand elle est dirigée par des hommes comme M. Fardouet, votre excellent président, par vous, monsieur Boulay-Ghaumard, qui remplissez avec une si haute intelligence des intérêts de l'élevage vos fonctions de secrétaire.

Il suffit, pour s'en rendre compte, d'ouvrir le volume qui est le titre de noblesse de votre vaillante Société et le livre d'or de l'antique race séquanaise dont le type s'est prêté aux diverses transformations réclamées par les changements apportés, à la suite des découvertes scientifi(jues, dans l'industrie des transports.

L'ancien postier élégant et robuste, de taille moyenne, à la robe grise, qui transportait jadis les berlines et les diligences de nos pères, celui qui inspirait naguère à M. du Hays de si charmantes pages, a fait place au cheval de trait, plus étoffé, de taille plus haute, de robe plus sombre, dont les aptitudes répondent aux exigences de l'acheteur moderne. G'esice type-là dont la vente à l'étranger a pris une si rapide extension en portant au-delà des mers larenommée de votre région.

Permettez-moi cependant ûe renouveler ici les réserves que faisait avec juste raison mon prédécesseur, M. Develle, à l'un de vos concours : il ne faudrait pns trop s'attacher à la production exclusive du gros cheval de trait, au risque de

perdre les qualités natives de la race. Le percheron doit toujours être l'animal qui peut trotter même en portant de lourds fardeaux, et dans cette tâche il est sans rival.

L'Allemagne, la Belgique, l'Angleterre peuvent produire des éléphants de trait; seul, le cheval du Perche, non pas le cheval perchisc, c'est-à-dire le poulain étranger introduit chez vous et élevé par vos intelligents cultivateurs, mais le vrai percheron, né et élevé dans le pays, seul, ce cheval, dis-je, peut réunir cette grâce dans la force, celle puissance de traction unie à la légèreté des allures qui le distinguent entre tous les autres chevaux de trait. C'est ce cheval que le crayon de Rosa Bonheur a immortalisé sous les traits de Voltaire^ votre lauréat du concours de 1884.

Peut-être avez- vous été engagés dans cette voie de grossir démesurément lc& proportions de vos sujets par l'appât de gains réalisés à l'exportation; mais les ventes aux Etats-Unis, qui étaient de 1,500 à 2,000 il y a peu d'années encore, ont singulièrement diminué, puisqu'elles n'ont été que de 650 en 1891 et sont tombés à 140 en 1892.

En hommes prudents et avisés, vous avez sagement enrayé le mouvement qui poussait vos éleveurs à faire un cheval de trop gros poids, et vous vous tenez dans une bonne moyenne qui doit réserver à la vente de vos produits le marché national, lequel n'est pas à dédaigner.

Je vois cependant avec plaisir que les compatriotes de M. Dunkam, l'importateur si justement célèbre de nos chevaux percherons en Amérique, ont l'intention d'exposer à Chicago des types de votre race acclimatée aux Etats-Unis, et je suis persuadé qu'à la vue de ces beaux animaux notre Perche verra s'accroître sa réputation de pays des bons chevaux. Je souhaite donc que les achats pour l'étranger reprennent ime nouvelle faveur, mais à la condition cependant que nous gardions chez nous la meilleure part de vos plus beaux reproducteurs.

J'envoie à votre société sœur d'Amérique qui organise cette exposition mes encouragements et mes vœux pour sa réussite à laquelle je m'intéresse vivement. M. Yassillière, notre commissaire spécial pour la section agricole française, dont je viens de recevoir une dépêche, me donne les renseignements les plus rassurants sur cette partie du concours qui devra comprendre, me dit-il, une centaine de chevaux percherons pur sang et croisés avec les races locales.

J'ajoute qu'on peut être rassuré sur les ressources chevalines de votre riante contrée en parcourant le stud-hook percheron. C'est, en eflet, avec une entière satisfaction que j'ai pris amplement connaissance de votre dernière publication dont je ne saurais trop vous féliciter. Cet examen nous inspife dans 1 avenir une confiance inébranlable. Honneur aux hommes qui sont à la tête d'une telle œuvre! Je ressens pour eux une reconnaissance profonde dont je leur offre bien volontiers l'hommage comme représentant de l'agriculture de ce pays. Les indications que vous av^z données ont d'ailleurs été suivies avec intelligence par vos éleveurs, par ces hommes laborieux et progressistes qui font honneur à la République.

Ah! messieurs, les représentants de nos populations rurales ne sauraient apporter trop de vigilance à la défense de leurs intérêts, car elles méritent notre sollicitude, et c'est dans cet ordre d'idées que j'ai soufent pris la parole dans nos discussions douanières où tant d'autres ont apporté le tribut de leur éloquence.

Parmi ceux-là, et je remercie M. le secrétaire de me l'avoir rappelé, nous avons vu notre honorable ami M. Deschanel, que j'ai le plaisir de rencontrer parmi nous, parer de toutes les grâces littéraires la défense la plus énergique et la plus brillsnte de notre agriculture nationale contre la concurrence étrangère.

Vous pouvez compter d'ailleurs que l'appui du Gouvernement de la République ne vous fera pas défaut et qu'en particulier, au ministère de l'agriculture il n'est pas un seul de nos instants qui ne soit consacré à l'élude de toutes les questions dont la solution doit être utile au développement de la production agricole, si éprouvée par la crise économique et par les accidents atmosphériques.

Nous ne saurions veiller avec trop de sollicitude aux intérêts des hommes de nos champs, car pour eux la notion de progrès est inséparable de celle de l'ordre sociîil, sans lequel il n'est pas de gouvernement possible; aussi donnent-i's à la palrie'de vaillants soldats et d'énergiques défenseurs à la République.

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