‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 522 sur 691 · IMPOT SUR LES VOITURES · texte numérisé non relu

IMPOT SUR LES VOITURES

Demande. — Un propriétaire a quatre voitures et un seul chevalest il fondé à ne déclarer qu'une voiture, sous prétexte que, ayant un seul cheval, il ne peut faire rouler qu'une voiture à la fois ?

Réponse. — Incontestablement non. L'impôt est perçu sur toutes les voitures suspendues destinées au transport des personnes (art. 5 de la loi du 23 juillet 1872) et il n'y a pas à rechercher si les voitures possédées sont ou non attelées ou si elles peuvent être ou non attelées séparément, pourvu qu'elles soient en état d'être utilisées au transport des personnes. La taxe est réduite de moitié (art. 3 de la loi du 22 décembre 1879) pour les voitures qui sont employées habituellement pour le service de l'agriculture ou d'une profession quelconque donnant lieu à l'application du droit de patente. E. Pouillet.

J'ai publié, il y a un an, une série d'articles sur le rôle du plâtre en viticulture et sur les résultats vraiment merveilleux que j'ai obtenus avec cet amendement dans des terrains en bon état de fumure c'est-à-dire régulièrement fumés au fumier de ferme. Si ces essais n'ont éveillé que médiocrement l'attention des viticulteurs de l'Alsace ils ont été accueillis en France avec une faveur extraordinaire.

On se rappellera peut-être que, dans mes premiers essais, j'ai versé une partie du plâtre dans des trous pratiqués autour du cep et que l'autre partie a été ajoutée en couverture, puis enfouie par une culture. Cette manière d'opérer donne des résultats très considérables mais elle est un peu dispendieuse comme exécution ; je me borne aujourd'hui, dans toutes mes applications, à semer le plâtre à la volée immédiatement après que le fumier de ferme a été répandu dans la vigne. Le tout est incorporé au sol par une culture au bout de deux ou trois jours, quand le fumier est sec. J'insiste sur ce point, quoique différentes personnes m'aient objecté qu'en laissant sécher le fumier il doit perdre une partie de son azote : le plâtre n'est-il pas là pour retenir cet azote? L'engrais de ferme, quand il est enfoui à l'état humide ou frais, engendre souvent la moississure ou le blanc des racines et produit des effets peu favorables sur la végétation tant de la vigne que sur celle d'autres plantes auxquelles on a pu l'appliquer.

Depuis plus de deux ans tout le fumier qui se produit chez moi est soigneusement plâtré sur le tas et replâtré aussitôt qu'il a été répandu dans la vigne. Voici le résultat d'une application faite en 1892, d'après la méthode simplifiée que je viens de décrire : Un terrain non pas très riche comme dans mes premiers essais, mais de qualité ordinaire a été fumé dans le courant de l'hiver 1891-92, à raison de 65,000 kilog., soit 65 mètres cubes de fumier plâtré à l'hectare. Ce terrain, emplanté de Pinot blanc, a été ensuite divisé en deux parties parfaitement égales : la moitié A n'a reçu que son fumier; sur la moitié B on a aussitôt répandu sur le fumier une couche de plâtre à raison de 4,000 kilog. à l'hectare; le reste de l'opération a été conduit comme

il a été dit ci-dessus. Voici le résultat de la vendange, soigneusement constaté : Moitié A, fumier non replâtré, 66 hectolitres à l'hectare; moitié B, fumier replâtré, 86 hectolitres à l'hectare.

Le vin récolté (Pinot blanc) a été vendu au prix de 68 trancs l'hectolitre. L'excédent de récolte de 20 hectolitres représente donc une somme de 1,360 francs. Pour obtenir cet excédent de récolte, on a employé pour 30 francs de plâtre. Avis aux indifférents.

Depuis que mes premières applications ont été publiées, des essais ont été tentés sur un grand nombre de points, et partout où l'on a opéré d'une manière correcte, les résultats ont été surprenants. M. Grandeau cite, entre autres, l'expérience de JVIM. Battanchon et Condeminat, qui ont fait la culture au plâtre dans le département de Saône-et-Loire. L'opération a été conduite avec soin et le plâtre a été simplement emplo}é en épandage et enfoui par une culture. Des bandes témoins de même surface que les parties plâtrées ont servi à comparer les rendements. Voici rigoureusement garantis les résultats calculés à l'hectare qui ont été obtenus :

\"' pièce. — Témoin, sans plâtre, raisins 8,777 kilog.; parcelle Ji, 2,000 kilog. de plâtre, raisins 11,515 kilog.; parcelle B, 4,000 kil. de plâtre, raisins 15,250 kilog.

2* pièce. — Témoin, sans plâtre, raisins 9,500 kilog.; parcelle Cy 2,000 kilog. de plâtre, raisins 12,440 kilog.; parcelle D, 4,000 kil. de plâtre, raisins 15,460 kilog

2,000 kilog. de plâtre par hectare ont donné un surplus de rendement s'élevant pour cette surface à 2,738 kilog. de raisins pour la parcelle 4 et à 3,140 kilog. de raisins pour la parcelle C.

4,000 kilog. de plâtre par hectare ont fourni une augmentation de récolte se traduisant par 6,473 kilog. de raisins pour la parcelle B, 6,160 kilog. de raisins pour la parcelle D.

Le plâtre coûte, en Saône-et-Loire, 2 francs à 2 fr. 50 les 100 kil. Malgré ce prix élevé, la dépense totale n'a été que de 42 francs pour les 2,000 kilog. et 84 francs pour les 4,000 kilog. employés, chiffre tout à fait insignifiant en regard des excédents de récolte obtenus.

M. Condeminat a vendu sa vendange au prix de 35 francs les 100 kilog. La valeur des excédents représente donc par hectare : avec 2,000 kilog. de plâtre, qui ont coûté en tout 42 francs : parcelle A, V^58 fr. 50, parcelle C, 1,099 trancs; — avec 4,000 kilog. déplâtre, qui ont coûté 84 francs : parcelle B, 2,265 fr. 55, parcelle Z), 2,156 francs.

Hâtons-nous de dire que ces résultats vraiment merveilleux, presque invraisemblables, comme dit M. Battanchon lui-même, ont été obtenus dans des conditions identiques à celles où j'applique le plâtre dans mes vignes, c'est-à-dire dans des terrains copieusement fumés.

De diverses régions du centre et de l'ouest on cite des renseigne» ments tout aussi favorables. Dans les Charentes, en sol très calcaire, et dans la Loire comme en Alsace et en Saône-et-Loire, le plâtre, en sol bien fumé, a presque doublé la récolte en raisin.

Eh bien, malgré tous ces résultats vraiment surprenants, l'usage du nlâtre en viticulture trouve de nombreux détracteurs. Voici ce qu'en Jit M. Degrully, professeur d'agriculture à Montpellier : « L'emploi du plâtre est à l'ordre du jour, il est probable que Ton se trompe tout

autant en l'appliquant à la viticulture que Ton s'est trompé en utilisant la chaux en agriculture. » Et l'auteur de l'article qui reproduit cette citation dans un journal de viticulture allemand ajoute qu'il partage complètement cette opinion, vu que le plâtre n'apporte rien au terrain et qu'il ne peut produire un effet utile qu'autant qu'on l'emploie dans un sol richement fumé.

Il me semble que ce n'est pas la peine de se poser en contradicteur pour une observation en cette nature, vu que ce sont là précisément les conditions dans lesquelles j'opère et que je recommande d'observer strictement aux viticulteurs. Ce n'est qu'en ce seul point que le procédé est nouveau; je n'emploie le plâtre qu'après une fumure riche et abondante ; les personnes qui ont lu mes publications doivent se rappeler que les essais que j'ai faits en terrain maigre sont restés sans aucun résultat; aussi le plâtrage en viticulture peut-il se résumer en ces quelques mots : Pas de fumier sans plâtre et pas de plâtre sans fumier. C'est ce que je ne cesse de répéter à tous ceux qui me demandent des renseignements.

On dit que le plâtre enrichit le père et appauvrit le fils. C'est possible quand on opère sans fumer. On reproche au plâtre d'enlever au sol le capital engrais qui s'y trouvait à la disposition de la plante quand le vrai principe de la fumure consiste au contraire à augmenter ce capital. Ce raisonnement me rappelle l'avare qui accumule ses fonds dans les tiroirs de sa commode, sans les mettre à intérêt. On nous conseille bien de fumer nos terres, mais que la plante ne se hasarde pas de toucher à cette provision d'engrais; ce ne sont que nos descendants, nos fils qui sont appelés à retirer les profits d'une pareille opération.

Que chacun opère comme il l'entend ; quant à moi, quand je confie au sol un capital engrais, ce n'est que dans l'espoir ou dans la supposition que ce capital, y compris les intérêts, me soit remboursé sous forme de récolte, dans le plus court espace de temps possible. C'est le plâtre qui, dans ce cas, me sert d'huissier pour faire rentrer mes fonds, car je n'aime pas les placements à fonds perdus. La viticulture est une industrie qui a pour but de transformer en raisins l'engrais que l'on confie au sol. Si au moyen du plâtre on peut obtenir cette transformation dans une année, pourquoi attendrait-on dix ans, au risque souvent de perdre capital et intérêts. Mon principe est de réaliser le plus tôt possible ; je ne puis que me louer du procédé.

Quant à la question de savoir si ce sont les matières minérales ou les matières azotées qui sont rendues assimilables par le plâtre, question sur laquelle les savants sont loin d'être d'accord, il me semble qu'il n'est pas difficile de se former une opinion sous ce rapport, quand on voit que le plâtre ne produit de l'effet que quand il est employé dans des terrains richement fumés au fumier de ferme. Les résultats obtenus jusqu'à ce jour sont autant de preuves des plus palpables que le rôle de l'azote en viticulture est, quoi qu'on en dise, des plus importants, ce que, du reste, je m'efforce de démontrer depuis un grand nombre d'années.

D'après les nombreux essais auxquels je me livre depuis tantôt quarante ans, il résulte que pour chaque hectolitre de vin que l'on veut

obtenir il faut apporter à la vigne un demi-mètre cube ou à peu près 500 kilog. de fumier. Quand ce fumier a été plâtré au tas et que l'opération a été répétée, après qu'il a été répandu dans la vigne, on peut s'attendre à des résultats presque certains et.issurés. Le plâtre est une hypothèque de première inscription, qui vous garantit les intérêts et le remboursement du capital que vous confiez à la terre. Un demimètre cube de fumier coûte 5 francs dans mes environs; un hectolitre de vin vaut 30 à 40 et même 60 fr. ; on voit que la spéculation nest pas bien mauvaise.

Je me permets d'ajouter ici quelques considérations en ce qui concerne le plâtrage sur le tas. M. Chuard, chimiste suisse très distingué, a fait à ce sujet des expériences qui méritent d'être prises en sérieuse considération. Voici comment il a opéré :

Le bétail d'une ferme a été partagé en trois lots d'égale importance. Le fumier de chaque lot a été mis en tas séparément. Celui du premier lot a été plâtré à l'étable ; celui du deuxième au tas; le fumier du troisième lot n'a reçu aucune addition.

Deux mois et demi après le début de l'expérience, des échanlillons moyens de chaque lot ont été soumis au dosage de l'azote. Voici les résultats : azote pour 1 00 : plâtré à l'étable, 0.347 ; plâtré au tas, 0.504; non plâtré, 0.332.

Donc supériorité marquée du fumier plâtré au tas. Des échantillons des mêmes fumiers ont été additionnés d'eau dans la proportion de 500 centimètres cubes pour un kilog. On a recueilli et filtré les liquides ainsi obtenus, soit purins, et on les a analysés. Azote total pour 100 : plâtré à l'étable, 0.026; plâtré au tas, 0.025; non plâtré, 0.013.

L'azote soluble est donc double dans les fumiers plâtrés de ce qu'il est dans le lumier ordinaire. M. Chuard considère ce fait comme un inconvénient, puisque l'azote soluble est beaucoup plus exposé à être enlevé par lixiviation. A mon avis l'inconvénient n'existe que là où on' laisse écouler le purin ; mais n'est-il pas préférable, dans une exploitation bien tenue, de fixer l'azote par le plâtre et de retrouver dans le purin celui qui s'en va, au lieu de le laisser s'échapper dans l'atmosphère en pure perte? N'est-ce pas là peut-être l'explication, dans toute sa simplicité, du fonctionnement du plâtre dans les vignes?

En agriculture il est facile, par un simple labour, d'enfouir le fumier assez profondément pour le mettre directement à la disposition des racines des céréales et autres cultures. En viticulture il serait très difficile d'arriver aux racines les plus profondes de l'arbrisseau. L'opération serait très dispendieuse : qui sait si elle serait bonne; d'aucuns prétendent que le fumier enfoui trop profondément est nuisible; dans tous les cas il serait difficile de décider nos vignerons à opérer de la sorte. Chacun sait que le fumier ordinaire non plâtré, quand il est répandu dans la vigne, subit des pertes considérables, puisque le carbonate d'ammoniaque, forme sous laquelle l'azote s'y trouve, est des plus volatiles. Ce fumier est en outre mangé par les mauvaises herbes. Par le plâtrage on transforme ce carbonate d'ammoniaque en sulfate d'ammoniaque, lequel est soluble et tend à descendre dans le sol quand il est lavé par la pluie, pour se mettre tout seul et tout naturellement à la disposition des racines de la vigne.

N'est-ce pas là un avantage énorme et incontestable que nous pouvons obtenir par l'opération si simple et si peu coûteuse du plâtrage, et cet avantage n'est-il pas confirmé par les résultats prodigieux qui ont été obtenus ? On ne saurait donc reprocher au plâtre d'appauvrir le sol, son effet au contraire est de rendre actifs les éléments fertilisants qu'on lui confie.

Les expériences de M. Ghuard, qui sont du plus haut intérêt pour la question qui nous occupe, ne se bornent pas aux analyses ci-dessus relatées. Les trois meules de fumier étaient terminées lors des premiers essais; elles furent alors recouvertes de terre et un mois plus tard, c'est-à-dire ou bout de trois mois et demi, de nouveaux échantillons soumis à l'analyse ont donné le résultat singulier d'un dosage uniforme pour les trois tas de 0.35 pour 100 d'azote.

Le fumier plâtré au tas, qui dosait plus de 1 et demi pour 1000 d'azote de plus que le non plâtré un mois auparavant, était donc revenu au dosage moyen. M. Ghuard en conclut qu'il faut abandonner une pratique qui n'a pas l'utilité qu'on lui attribuait. Je ne saurais partager cette opinion. Il me semble que le résultat de ces essais si intéressants en tous points doit nous mener à des conclusions diamétralement opposées. Si le plâtre a la propriété de retenir l'azote pendant deux mois et demi, pourquoi ne pas conduire le fumier dans la vigne à ce moment; c'est du reste ce que Ion fait généralement, et la plupart des vignerons n'attendent même pas aussi longtemps. Le replâtrage dans la vigne, aussitôt que le fumier est répandu, est en outre une garantie contre les pertes ultérieures, ce qui est confirmé par les résultats que j'ai obtenus pratiquement, et dont il a été question au commencement de cet article.

On ne saurait en conséquence trop engager les viticulteurs à appliquer ce procédé de fumure dans leurs vignes. Oberlin,

à Bebleinhcim (Alsace).

V. Mode de représentation des résultats d'analyse. — 11 nous reste à examiner de quelle manière on pourra, sur les cartes agronomiques, tirer paj-ti des résultats fournis par l'examen physique et par l'analyse chimique du sol.

Dans tous les cas, il convient de faire accompagner la carte d'une légende détaillée, placée sur la même feuille ou sur une feuille annexe.

Chacun des endroits où ont été pris les échantillons sera désigné de façon bien apparente, sur la carte même, par un petit cercle et un numéro d'ordre; ce numéro sera reproduit sur la légende et l'on placera à côté tous les résultats des observations faites en cet endroit : proportion des éléments grossiers et de la terre fine, analyse chimique de la terre, analyse mécanique, degré d'humidité, profondeur du sol végétal, nature du sous- sol, etc.

Cette légende est la partie la plus essentielle de la carte agronomique. Bien des agronomes jugent même qu'elle est seule nécessaire et que la carte géologique à grande échelle, pourvue de ces numéros et de cette légende, fournit tous les renseignements utiles pour le cultivateur.

On peut cependant essayer de transporter sur la carte elle-même les résultats principaux des analyses, tont en évitant de la surcharger et de nuire à la clarté des teintes géologiques. Examinons successivement ce qui peut être fait pour les résultats de l'analyse physique et pour ceux de l'analyse chimique.

1. Les qualités physiques du sol peuvent être indiquées d'une manière simple par quelques lettres initiales, placées sur la carte à côté des cercles et des numéros d'ordre, qui correspondent aux prises d'échantillons. Les principaux éléments

étant le sable, V argile, le calcaire et Vhumus, seraient désignés par les initiales : s, a, c, h. La suppression de telle ou telle de ces lettres, lorsqu'il y a absence de l'élément qu'elle désigne, et le changement de place des lettres restantes (avec la convention de marquer par leur place relative la prédominance des uns et le rôle secondaire des autres) permettraient de distinguer un grand nombre de variétés de terrains (64). Par exemple, telle terre où domine le sable et où se trouvent, en quantités décroissantes, de l'argile, du calcaiie et de l'humus, serait définie par les lettres s a c h : telle autre, qui ne renferme pas de calcaire, mais seulement du sable avec de l'humus et peu d'argile, comme différentes terres de bruyère, serait représentée par s h a; un terrain argilo-calcaire serait désigné par a c.

On peut avoir un signe particulier pour faire connaître le degré dliumidité ou de sécheresse.

Mais, à vrai dire, ces indications ne sont pas de première importance pour le cultivateur; il y supplée aisément par son expérience personnelle : les observations qu'il fait, en différentes saisons de l'année, lui permettent même d'apprécier les qualités physiques du sol avec plus de sûreté que ne peut le faire en quelques instants le géologue ou l'agronome.

On peut donc douter qu'il y ait intérêt à faire figurer sur la carte ce genre de renseignements. Il suffit peut-être, dans la plupart des cas, de les inscrire dans la légende.

IL Les résultats de l'analyse chimique échappent, au contraire, complètement au cultivateur et ne sont révélés avec certitude que par les opérations délicates du laboratoire.

On sait que, parmi les substances que l'on cherche à doser dans les analyses, il en est quatre, dont l'influence paraît être prépondérante sur la fertilité des terres; ce sont : l'acide phosphorique, la potasse, l'azote et enfin le calcaire. L'acide sulfurique, la soude, la magnésie, la silice, le fer, le manganèse, le chlore et même le fluor ont un rôle moins bien défini et qui paraît beaucoup moins important. On pourra donc se borner à les inscrire dans la légende et ne se préoccuper que des quatre substances principales pour les faire figurer sur la carte. En se fondant sur les nombreuses observations culturales et sur les analyses correspondantes de MM. de Gasparin, Risler, Joulie, etc., on considère comme riches en acide phosphorique les terres qui en contiennent au-dessus de 1 pou 1,000; comme riches en /jouasse, les terres où l'attaque par les acides montre la

Présence de plus de 1 pour 1,000 de potasse ; comme riches en azote, celles où analyse démontre la présence de plus de 1 pour 1,000 d'azote total, c'est-à-dire soit à l'état de nitrates, soit à l'état de sels ammoniacaux, soit à l'état de combinaisons organiques, en un mot sous toutes les formes susceptibles de fournir des nitrates sous l'influence d'une suffisante quantité de calcaire. Pour le calcaire, il est plus difficile d'indiquer un chiffre, parce que la chaux ne doit pas seulement servir à la nutrition des plantes, mais aussi à la nitrification des matières azotées et à l'ameublissement du sol. On pourrait tenir pour suffisamment pourvues de chaux les terres légères, qui en renfermeraient 5 pour 1,000, tandis que les terres compactes en exigeraient peut-être jusqu'à 20 ou 25 millièmes. Il n'est donc guère possible de l'aire choix d'un nombre qui convienne à toutes les qualités des terres. Cependant, on peut dire, d'une façon générale, qu'une terre n'aura pas besoin d'amendements calcaires, si elle donne à l'analyse plus de 5 pour 100 de carbonate de chaux,

En résumé, les observations des agronomes ont conduit à cette conclusion, qu'il suffit de restituer au sol, par les fumiers de la ferme, l'acide phosphorique, la potasse, l'azote et la chaux enlevés par les récoltes, si le sol renferme plus de 1 pour 1,000 des trois premières substances et 5 pour 100 de calcaire. L'addition de ces substances en supplément, à titre d'engrais, aurait peu d'efficacité. ■ — Dans le cas, au contraire, où l'analyse a montré que certains de ces éléments font défaut dans le sol ou ne s'y trouvent qu'en proportion très iniérieure à ce qui vient d'être dit, on peut être certain que l'apport d'engrais ou d'amendements contenant les éléments appropriés produira une amélioration considérable dans la fécondité du sol.

Dès lors, on conçoit combien il peut être utile aux cultivateurs de savoir quels sont ceux de leurs champs qui possèdent assez de substances'fertilisantes et aux quels il suffit de les restituer chaque année par les fumiers produits sur la ferme

môme, — quels sont ceux où des engrais de tel ou tel genre seraient nécessaires pour suppléer au défaut naturel du sol.

La légende de la carte fournira ces renseignements pour les points où auront éié pris les échantillons analysés. Pour les points intermédiaires, dont le sol est de même nature géologique et par conséquent figure sur la carte par la même teinte conventionnelle, on sera fondé à croire que la composition est la même ou comprise entre celle des deux points analysés les plus voisins.

On peut cependant essayer ae traduire ces renseignements sur la carte môme, afin de les rendre plus facilement saisissables.

Plusieurs lentatives ont été faites dans ce sens sur les cartes communales. L'une d'elles surtout a captivé notre attention ; c'est celle de M. Garola dans ses cartes agronomiques communales d'Eure-et-Loir.

L'idée consiste à exprimer l'absence ou l'insuffisance de l'un des quatre éléments de fertilité par un système de hachures noires parallèles; ces hachures peuvent être superposées aux teintes géologiques, sans trop nuire à leur netteté. On pourra, par exemple, l'appliquer de la façon suivante.

Des hachures horizontales couvriront toute l'étendue du pays, où le sol végétal renferme moins de 5 pour 100 de calcaire; des hachures verticales feront connaître les régions où l'analyse a révélé moins de 1 pour 1,000 d'acide phosphorique ; des hachures inclinées de 45 degrés vers la droite, celles où l'on a trouvé moins de 1 pour 1,000 de potasse ; des hachures inclinées de 45 degrés vers la gauche, celles où le sol renferme moins de 1 pour 1,000 d'azote total.

La coexistence de hachures dans deux directions différentes avertira le cultivateur qu'il a besoin de fournir au sol, en cet endroit, les deux éléments correspondants. De même, trois ou quatre systèmes de hachures marqueront que les trois ou quatre éléments correspondants se trouvent en quantité insuffisante dans la région et devront être fournis par les engrais.

M. Garola a voulu aller plus loin ; en remplaçant les hachures noires par des hachures rouges de même aireclion, il a cherché à faire connaître les régions où la teneur en acide phosphorique, en potasse, ou en azote est inférieure à un demimillième et la teneur en calcaire inférieure à un millième. Ce surcroît de renseignements serait certainement utile ; nous craignons seulement qu'il rende la carte plus difficile à lire pour les cultivateurs, qui sont souvent à peine familiarisés avec les cartes topographiques.

Lorsque les mêmes systèmes de hachures couvrent tout le compartiment de la carte marqué de la même teinte géologique, cela indique clairement l'insuffisance de l'élément en question dans toute l'étendue de la formation désignée par cette teinte.

Dans le cas, au contraire, où tout le compartiment ne serait pas couvert, ce qui annoncerait des différences de composition notables en divers points de la même formation géologique, on serait conduit à attribuer ces différences à l'affleurement en ces divers points de plusieurs assises géologiques superposées, donnant naissance à des sols de composition variée, ou bien à penser qu'elles sont dues à l'action lente des eaux, à l'apport de certains éléments par des causes naturelles (éboulis, alluvions, poussières, etc ), ou aux modifications artificielles causées par la culture. Qu'on ait ou non trouvé l'explication plausible de semblables discordances, il ne faudrait les traduire sur la carte, au moyen des hachures, qu'après avoir suffisamment multiplié les analyses, pour pouvoir tracer avec sûreté les limites des terrains de composition différente.

A cette condition, le mode de représentation de M. Garola, simplifié comme nous venons de le dire, paraît devoir être réellement très utile aux cultivateurs; car la simple consultation de la carte agronomique ainsi complétée par les hachures, suffira pour faire connaître, en chaque endroit, s'il convient d'ajouter au sol telle ou telle substance fertilisante.

Nous n'avons plus que quelques mots à dire de la publication des cartes agronomiques, c'est-à-dire de leur reproduction à un grand nombre d'exemplaires, à un prix aussi peu élevé que possible.

Il s'agit, en effet, non pas seulement d'une œuvre de science, mais aussi d'une œuvre de vulgarisation. Il importe que la carte agronomique prenne place dans la mairie, dans l'école primaire, et, mieux encore, dans la maison du paysan, s'il était possible, afin que celui-ci la consulte fréquemment.

Suns entrer dans l'explication des procédés techniques usités pour la reproduction des caries, nous devons dire que cet art a fait de très grands progrès et que, mainlenant, on peut obtenir à peu de frais un assez grand nombre d'exemplaires' d'une feuille portant toutes les teintes et les autres signes nécessaires pour une carie agronomique à grande échelle. On ne risque plus aujourd'hui, comme cela est arrivé parfois pour les caries géologiques départementales, de voir la publication entravée par la question du prix de revient.

Pour peu qu'une commune ou un syndicat agricole garantisse au graveur la vente de 20 ou 30 exemplaires, le prix d'une carte communale au 1/10 000, dans les cas ordinaires, ne dépassera pas une dizaine de francs.

Il serait sensiblement moindre, si l'on pouvait compter sur la vente de bO à 60 exemplaires.

Dans ces conditions, on est en droit de penser que beaucoup de cultivateurs voudront faire cette petite dépense, pour trouver sur la carte des renseignements si utiles en vue de l'amélioration de leurs terres.

Conclusion. — En résumé, nous croyons que l'on peut entrer hardiment dans la phase d'exécution des cartes agronomiques à grande échelle, soit cantonales, soit communales. Tout est prêt pour ce grand travail.

D'une part, la carte géologique détaillée de la France, qui comprend déjà la plus grande partie du territoire, se poursuit avec une très grande activité; bientôt, presque tous les départements pourront être pourvus de la représentation géologique de leurs terrains.

D'autre part, les procédés d'analyse des terres ont été récemment perfectionnés et unifiés, de telle sorte que, désormais, les résultats fournis par tous les laboratoires agronomiques se prêteront à une interprétation commune.

On sait déjà, par les observations culturales, ce qu'il faut fournir à une terre de composition donnée, pour la mettre dans un bon état de fertilité. I-es observations, se multipliant aujourd'hui dans tout le pays, avec des bases de comparaison uniformes, ne tarderont pas à préciser mieux encore l'influence de la nature du sol et celle des engrais sur la qualité des récoltes, dans les différentes conditions climatériques.

Les cartes agronomiques bien faites, en révélant aux cultivateurs la composition de leurs terres et en leur permettant, par conséquent, de savoir ce qui leur manque et ce qu'il convient de leur donner pour en obtenir des rendements plus satisfaisants, leur rendront assurément des services beaucoup plus grands qu'ils ne peuvent le soupçonner encore aujourd'hui.

Aussi est-il bien à souhaiter que de sembables cartes se multiplient, encouragées par les municipalités, par les associations et par les particuliers, qui veulent aider au progrès de l'agriculture en France. Adolphe Garnot,

Membre de la Société nationale d'agriculture.

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