LES FEUILLES D'ARBRES DANS L'ALIMENTATION DU BÉTAIF
nous citerons : le charme, le frêne, l'aune, le noisetier, le sapin, etc. C'est pour cette raison que M. Cornevin interdit d'une façon formelle la dépaissance des bourgeons et des jeunes feuilles. Quant aux vieilles feuilles, qui se détachent naturellement de l'arbre aux premiers froids, il ne faut point compter sur elles, les animaux se refusant toujours à les manger.
Pratiquement, l'utilisation des feuilles comme fourrage ne sera permise que dans la période qui s'étend de juillet à octobre. Plus tard, en septembre, la feuille ayant cessé physiologiquement de fonctionner, ne sera plus d'aucune utilité. On peut donc enlever, dès juillet et même étant donné la précocité de cette année, dès juin, les feuilles vertes, sans crainte de porter préjudice ni à l'arbre ni au bétail qui doit les consommer.
Dans cette cueillette, nous écarterons d'abord les feuilles que les animaux refusent, comme celles du châtaignier, ou encore celles qui jouissent de propriétés toxiques et vénéneuses, comme celles de l'if, du fusain, de l'allante, du laurier-rose, du sumac, du faux-ébénier. Nous laisserons également de côté les feuilles de noyer, ou celles de nerprun-alaterne, qui diminuent et tarissent même la sécrétion du lait.
Restent alors les espèces réellement comestibles qui sont : l'orme, le peuplier, le marronnier d'Inde, l'érable, le platane, le saule, l'acacia, le mûrier, le chêne, le noisetier, le micocoulier, le frêne, le bouleau, le sorbier, le charme, l'aune noir, le tilleul, les aiguilles de pins, les feuilles de vigne.
Si nous comparons la composition chimique et la richesse des feuilles avec celles des fourrages verts communs, on arrive, suivant M. Ch. Girard, à cette conclusion remarquable, que les feuilles constituent un fourrage supérieur à tous les fourrages cultivés. En exceptant les aiguilles de pin, les feuilles de platane et de bouleau, toutes les autres feuilles, au point de vue de leur richesse en azote, seraient supérieures à la luzerne verte. Peut-être cette conclusion est-elle un peu excessive; mais elle nous donne, par les durs temps que nous subissons, une indication précieuse et nous ouvre tout un horizon nouveau .
Dans tous les cas, il eût été téméraire de vouloir apprécier la valeur alimentaire d'un fourrage sur sa seule composition chimique. C'est pourquoi M. Ch. Girard a cherché à déterminer le coefficient de digestibilité des différentes feuilles, en les faisant consommer par les moutons. Des expériences nombreuses qu'il a entreprises sur ce sujet, il résulte que la dessiccation abaisse toujours le coefficient de digestibilité des feuilles.
Une seule essence fournit des feuilles non comestibles à l'état vert ; c'est l'aune. La cause de la répugnance des animaux provient d'un enduit glutineux qui recouvre les dites feuilles. De son côté, le pin fournit des feuilles qui, à l'état sec, ne peuvent jamais se consommer. A part ces deux exceptions, il reste établi que les feuilles sont consommées indifféremment à l'état vert et à l'état sec, bien qu'à l'état vert elles soient toujours beaucoup plus nutritives.
Le frêne à l'état sec, et surtout à l'état vert, est une des essences