‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 546 sur 691 · I. — La pluie · texte numérisé non relu

I. — La pluie

C'est avec un vérital)le soulagement que les cultivateurs ont salué, à la fin de la semaine dernière, la fin de cette période de sécheresse qui a causé tant de mal. Des pluies abondantes sont tombées dans presque toute la France ; sans cloute, elles ne sont pas encore suffisantes pour rendre à la terre le stock d'humidité qui lui est nécessaire en cette saison, mais elles ont sauvé bien des situations qui étaient compromises. Les betteraves, les racines fourragères, les semis de fourrages d'été, en ont principalement profité ; les céréales ont pu reprendre leur végétation arrêtée. Mais comme il est presque impossible qu'on rentre partout dans l'équilibre, la pluie a été accompagnée, dans quelques régions, notamment dans celle des Cévennes, d'orales violents et de grêle; des dégâts importants en ont été la conséquence. Cette transformation des conditions météorologiques ne fera pas disparaître les pertes si considérables déjà réalisées; mais elle arrêtera, on peut espérer, de nouveaux désastres qui étaient à redouter. II. — La sécheresse et les fourrages.

Aux mesures officielles que nous avons déjà signalées, prises dans le but de parer, autant que possible, aux effets désastreux de la sécheresse, s'ajoute une circulaire adressée par le Ministre des travaux publics aux administrateurs des Compagnies de chemins de fer, au sujet de l'abaissement temporaire du tarif de transport des fourrages :

« Mon attention a été appelée sur la situation fâcheuse dans laquelle vont se trouver les pays d'élevage, par suite de la sécheresse qui a compromis d'une manière assez sérieuse, la récolte des fourrages et des plantes nécessaires à l'alimentation du bétail. Pour remédier à celte situation, en ce qui concerne mon département, j'estime qu'il conviendrait de faciliter le transport des denrées pouvant servir à la nourriture des animaux (fourrages, sons, tourteaux, etc.).

« Je connais trop votre dévouement aux intérêts généraux du pays, pour n'être pas convaincu d'avance, que vous ne négligerez rien pour répondre à ces préoccupations. Je me plais donc à penser que vous voudrez bien consentir, à titre temporaire^ des réductions sur les prix de vos tarifs spéciaux, concernant le transport des fourrages, sons, etc.

« Je vous serai obligé de me faire connaître, sans retard, les dispositions que vous aurez résolu de prendre.

« Recevez, etc. Le tninistre des travaux publics, Viette.

M. Petit, vice-président de la Société d'agriculture de Meaux, nous adresse la lettre suivante, à la date du 18 mai :

« Cher Monsieur, je vois dans nos jardins, des plantes qui ont poussé abon- N" 1384. — TOMK I- DB 1893. — 27 mai.

damment malgré l'extrême sécheresse; ce sont les différentes variétés de rhubarbes. Ces plantes, en dehors d'une végétation très active, ont le mérite d'être très hâtives au printemps ; de plus, elles résistent l'hiver aux plus fortes gelées, et durent de longues années.

« Puisque les rhubarbes sont comestibles pour l'homme, ne le sont-elles pas, à plus forte raison, pour les bestiaux? Si l'iiomme se contente du pétiole, il pourrait se faire que le bétail acceptât la plante entière ; il pourrait se faire aussi que les rhubarbes, cultivées en grandes étendues, donnassent de très grandes masses fourragères au printemps, et des coupes très appréciables encore en seconde coupe et peut-être même en troisième récolte.

« On cherche quelquefois fort loin ce qu'on a bien près de soi.

« Je vous prie d'agréer, etc. A. Petit,

Viee-président à la Société d'agriculture de Meaux.

La circulaire de M. le Ministre de l'agriculture, que nous avons publiée il y a quelques semaines, a produit partout un excellent effet. Les professeurs départementaux d'agriculture ont rivalisé de zèle pour répandre, par toutes les méthodes, les instructions qui leur avaient été adressées. Nous avons reçu un certain nombre d'affiches, rédigées notamment par M. Alexandre, dans l'Oise, par M. Allard, dans la Haute-Saône, que les préfets ont fait apposer dans les communes rurales^ et qui ont répandu partout des notions nécessaires sur les plantes fourragères à semer sans retard. L'entrain avec lequel les professeurs départementaux ont répondu à l'appel qui leur était adressé mérite d'être signalé; il est tout à fait à leur honneur, et on ne saurait trop les encourager dans une voie qui est de la plus haute utilité, surtout pour les petits cultivateurs.

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