‹ Journal de l'agriculture (volume 3)Chapitre 589 sur 691 · PRÉSENTATION DES TRAITES APRÈS ÉCHÉANCES · texte numérisé non relu

PRÉSENTATION DES TRAITES APRÈS ÉCHÉANCES

Voici une question qui, sans rentrer dans le droit rural, présente pour les agriculteurs un intérêt particulier :

« Une traite, en règlement d'un fournisseur, a été annoncée pour une date déterminée ; le débiteur a la somme toute prête à l'échéance, personne ne se présente. La traite n'est présentée que quatre jours après l'échéance; le jour de la présentation, le débiteur qui ne l'attend plus est à ses affaires aux champs par exemple, et n'a pas laissé d'instruction à son domestique qui garde la maison (souvent dans les fermes, un domestique qui ne sait ni lire ni écrire). Quelques temps après, le débiteur apprend qu'il y a contre lui un protêt, en date du quatrième jour après l'échéance et dont aucune copie ne lui est laissée. Pour éviter toutes difficultés il paye au tireur de la traite le montant de cette traite, plus les frais du protêt. Est-il en droit de réclamer à l'huissier la restitution de ces frais ? »

Il est incontestable que la traite, n'ayant pas été présentée à l'échéance, ne pouvait faire l'objet d'un protêt (art. 161 et 162 du Code de Commerce) et que le protêt, fait le quatrième jour, était nul ; le débiteur pouvait donc refuser de rembourser au tiré les frais de ce protêt. Il a remboursé et veut se retourner contre l'huissier, le peut-il?

Il ne le peut que s'il y a eu faute de l'huissier à l'égard du tireur, et il n'aura pas contre l'huissier d'autres droits que ceux qu'aurait eus le tireur, à moins que l'huissier n'ait pas laissé copie du protêt, ce qui le mettrait sous le coup de l'article 1 76 du Code de Commerce qui édicté que les notaires et huissiers sont tenus, à peine de destitution, dépens, dommages-intérêts envers les parties, de laisser copie exacte des protêts; mais il sera probablement impossible de prouver, à rencontre de l'huissier, qu'il n'y a pas eu remise de la copie. L'huissier a mentionné certainement cette remise sur son original.

EuG. POUILLET,

ATocat à la Cour de Paris.

DISCOURS DE M. VIGER, MINISTRE DE L'AGRICULTURE

Lorsque dans une famille certains de ses membres sont victimes de l'adversité, n'est-ce pas un devoir pour les autres de les consoler dans leur détresse et de les aider à vaincre la mauvaise fortune? Eh bien! messieurs les agriculteurs de la Charente, parmi les enfants de la grande famille agricole française, vou s ê de ceux qui ont été particulièrement éprouvés : car, sans parler des tristesses amenées par les derniers accidents atmosphériques et dont nous avons tous été atteints, vous avez vu, depuis vingt ans, disparaître progressivement une des plus belles cultures de votre département, et il vous a fallu une énergie peu commune pour lutter contre le fléau qui tarissait la source principale de votre richesse, vous accablant de tous côtés.

Aussi me serais-je reproché de ne pas venir parmi vous pour m'entretenir de

qui mentent, pa

et particulièrement la déférence de celui qui représente les intérêts de l'agriculture dans la République.

Je dois avouer cependant que vous me rendez mon devoir bien doux à remplir par votre cordial accueil, auquel est particulièrement sensible un homme qui prise beaucoup moins les pompes officielles que l'affectueuse familiarité de la

démocratie basée sur la communauté des intérêts et sur le même amour de la patrie, quelle que soit la divergence de nos vues politiques. Et puis, comment ne pas faire trêve à nos dissentiments en voyant celte splemiide exposition, lea merveilles qu'elle renferme, le cadre magnifique où elle se trouve placée?

Les regards y sont alternativement sollicités par le riant paysage qui s'étend sous nos yeux du haut du promontoire où est située votre jolie promenade de Beanlieu, et par les produits si remarquables de votre concours général.

Gomme on comprend bien, en voyant se dérouler les méandres de la Charente au milieu de cette admirable vallée, l'amour passionné que chacun de ses habitants porte au coin de terre qui l'a vu naître et qu'il cultive de ses mains, malgré les déboires qu'il a éprouvés!

Mais si nous reportons la vue sur l'ensemble de l'exposition, nous puisons dans cet examen une consolante pensée: l'espoir dans l'avenir.

Malgré la sécheresse, malgré l'épizootie qui vient d'atteindre tant d'étables dans le Limousin et qui empêche nombre d'éleveurs de nous envoyer leurs animaux, malgré la proximité du concours d'Albi, nous avons encore 120 têtes d'animaux de race bovine de plus qu'en 1885, et plus de 60 refus ont dû être opposés pour déclarations tardives.

Les éleveurs les plus distingués de nos races du Sud-Ouest et du Midi se sont donné rendez-vous ici pour nous présenter les types les plus remarquables. Là ce sont les différentes variétés de la race d'Aquitaine : le Limousin à la robe rouge dont les qualités comme race do travail sont bien connues et dont la chair savoureuse est de plus en plus appréciée sur nos marchés, depuis que des éleveurs bien inspirés ont su résister au courant qui poussait quand même au croisement anglais et, se pénétrant des leçons de notre grand Baudement, ont perfectionné la race par une sélection aussi habile que persévérante.

Parmi ceux-ci, je tiens à citer un nom respecté entre tous par nos agriculteurs, mon prédécesseur au ministère de l'agriculture, M. Teisserenc de Bort, afin de rendre un respectueux hommage à la mémoire de cet éminent agronome et de cet homme de bien, dont les traditions sont brillamment continuées par son fils, que vous connaissez par ses travaux et ses surcès dans nos concours. M. Limousin, de Neuvic (Haute-Vienne), vient d'en obtenir un de premier ordre en nous présentant les plus beaux types de cette superbe race.

Ici les Garonnais, à la couleur de froment, nous font admirer les formes robustes et la puissante ossature du travailleur infatigable; bien que sa qualité de viande soit inférieure au Limousin, un croisement judicieux amène une amélioration notable dans sa conformation, ainsi qu'on peut le vérifier par l'examen des Limousins-garonuais exposés.

Plus loin nous voyons les beaux représentants des races vendéennes, sur les mœurs desquels M. de Sourdeval a écrit de si charmantes lignes en donnant un poétique tableau de la région du Bocage; M. Quinquarlet obtient le premier prix pour son superbe lot de Parthenais. Nous félicitons cet habile éleveur.

Près des Aubracs à la robe fauve, la jolie famille des Bazadais se fait remarquer par des sujets qui justifient l'éloge qu'en fait M. de Darapierre dans son travail sur les races bovines françaises, travail qu'on lit avec d autant plus de plaisir que le lettré délicat et l'éleveur progressiste y trouvent un plaisir et ua enseignement.

Gomment ne pas admirer aussi les Gascons au pelage nuancé de noir dont la ressemblance avec la race suisse de Schwitz a exercé depuis longtemps la sagacité des zootechniciens?

Quant aux Pyrénées, elles nous ont envoyé quelques spécimens des variétés de leurs races, qui font excellente figure au milieu des animaux de haute taille du Centre et du Sud-Ouest, et c'est M. Lascassies, d'Idron, dans les Hautes-Pyrénées, qui a été un des heureux vainqueurs du concours pour ses Béarnais.

Enfin, j'ai salué en passant de bons auxiliaires de l'agriculture dans la personne de quelques Salers à la robe brune, au large poitrail, dont nous avons récompensé un si beau modèle au concours général de Paris du mois de février dernier, présenté par un petit cultivateur, M. Couder.

Je comprends toute l'importance qu'on attache dans votre région à avoir de bons bœufs de travail, et je constate avec plaisir que vous les choisissez dans les meilleures espèces, et de préférence dans la race limousine dont l'aptitude est

plus en harmonie avec les exigences qu'elle doit remplir dans un pays ou l'on fait peu d'élevage, où le cultivateur veut surtout un aide pour le travail et un animal de vente facile ensuite pour la boucherie.

Les en graisseurs de la Charente se sont d'ailleurs très avantageusement signalés au concours général de Paris : car sur 180 bœufs gras exposés, 32 venaient de la Charente, et je me souviens encore du nom des Deplanche et des Valtau parmi les lauréats les plus souvent primés.

Il y a longtemps qu'Olivier de Serres disait en son naïf langage ', « Le bœuf est de facile entretcnement, despensant peu en son vivre ordinaire, mais le cheval est la beste de labourage de plus grande despeiise que nulle autre en son vivre. »

Enfin, nous admirons quelques Durham pure race qui nous permettent de rendre hommage aux noms deBakewell et des frères Colling; mais je n'y constate pas de croisements avec les races du Midi, et je vous en félicite. Autant certains croisements avec les races anglaises ont été utiles dans les contrées comme le Maine, où l'on a voulu faire de certaines races locales des animaux précoces pour la boucherie, dans les pays d'herbage ou d'engraissement, autant on aurait fait une œuvre mauvaise en s'adonnant à une pareillle méthode dans les régions où nous devons compter avant tout sur le travail des animaux.

Il ne faut pas en zootechnie passer trop rapidement, comme on le fait en France, de la période d'engouement à celle de proscription. Faisons du croisement durham là où il est utile et profitable; mais surtout sélectionnons nos belles races françaises avec intelligence là où nous devons leur demander d'être à la fois du bétail de rente et de travail.

Enfin, nous avons vu quelques lots de vaches laitières, notamment de cette précieuse et charmante race hollandaise, et à ce propos je dois féliciter les fondateurs d'industries laitières en Charente. Ces industries, en popularisant les traitements perfectionnés du lait par suite des découvertes modernes, ont rendu de grands services aux cultivateurs de la région.

On leur doit également un accroissement notable de l'effectil des vaches laitières; car ces industries agricoles servent de débouchés au lait des étables appartenant aux petits cultivateurs dans leur rayon. Tel est spécialemeat l'établissement de M. Boutelleau, près de Barbézieux, et j'adresse à cet habile agriculteur toutes mes félicitations pour sa féconde initiative

Les ovins sont représentés par un assez petit nombre d'individus, bien que leur effectif ait augmenté en Charente dans d'assez notables proportions depuis 1882, ce qui n'est pas un signe de prospérité agricole : car dans une contrée vouée jadis à la petite culture, cette augmentation décèle une certaine étendue de terres dont la surface est revenue à l'état de terrain de parcours. Nous devons pourtant adresser des éloges tout particuliers à M. Brel, d'Alvignac (Lot), qui a oJDtenu la prime d'honneur pour un lot de caussinards du Lot; cet intelligent et soigneux éleveur nous prouve cjue par la sélection on peut obtenir, même avec une race seconda'ire, des produits capables de rivaliser avec les races les plus perfectionnées.

Je n'aurais garde d'oublier un animal dont les qualités alimentaires ont inspiré à notre poète-gastronome Monselet un si spirituel sonnet, et je tiens à féliciter M. Pesserre qui a été primé pour ses porcs croisés craonnais-périgourdins.

La race chevaline est représentée par cent cinquante animaux environ, dont l'ensemble est extrêmement satisfaisant et représente l'élite de la production des grandes régions d'élevage du cheval, et notamment les Charcutes et la Vendée. La Charente y fournit un contingent de vingt- quatre sujets, dont dix-sept poulinières de demi-sang fort jolies.

Mais c'est surtout la Charente-Inférieure qui se fait remarquer par ses envois; le chiftVe n'en est pas moindre de soixante et la conformation indique les progrès réalisés dans l'élevage de la région du Marais, dont les herbages se sont améliorés par suite de travaux d'assainissement bien conduits; ce sont des résultats qui font honneur aux propriétaires de cette contrée, qui est maintenant en état de fournir, à la suite de croisements méthodiques et intelligents, d'excellentes bêtes de selle pour les remontes de notre cavalerie et des chevaux de trait léger pour notre artillerie. Salut aux lauréats du prix d'honneur MM. Pignon, Gauvreau etBlay!

Je vois aussi figurer dans le concours quelques étalons et des juments mulassières, ainsi que plusieurs baudets du Poitou. Je désirerais que cette exposition

fut plus nombreuse : car à côté des brillantes expositions chevalines et des résultats remarquables obtenus par l'amélioration des haras dans la région du Sud-Ouest, la production mulassière a le droit d'occuper une place fort importante. Le commerce d'exportation de nos mulets du Poitou, de la Vendée, des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Orientales a une grande importance, et, d'autre part, pour la guerre de montagne, pour les transports de l'armée, le mulet joue un rôle considérable dans la défense nationale. Aussi ai-jc rattaché à l'agriculture cette partie de l'élevage des bêtes de somme, sur la demande qui m'en a été faite au Sénat lors de la discussion de mon budget, et je réserve d'instituer des concours spéciaux de mulets, de baudets et de juments mulassières dans les régions appelées à produire ces animaux, afin d'augmenter la production en quantité et en qualité.

Mais s'il est nécessaire de ])roduire des animaux de boucherie, de travail ou de transport, que ferions-nous si nous n'avions un outillage perfectionné, capable de seconder, d'abréger, de faciliter le travail agricole? Tout le monde sait quels services ont rendus les diverses espèces de machines agricoles appliquées à la culture depuis plusieurs années, soit pour préparer le terrain destiné à la plantation de la vigne, soit pour le sarclage de cette culture, soit pour le binage des racines et des tubercules, soit pour les semis en lignes. Aussi ne saurions-nous féliciter trop sincèrement nos constructeurs dont l'exposition est supérieure de six cents numéros à celle de 1885.

Les produits exposés sont seuls en diminution, car au lieu de 500 le nombre des exposants est seulement de 320. Cette diminution est due surtout à la réduction de la production des fines eaux-de-vie de la Charente (jui fournissaient jadis un si important contingent; mais il ne faudrait pas en inférer que, suivant le dire de certains journaux, on ne trouve plus de cognac en Charente. Si dans les terres de groio^ dans les terrains calcaires, la replantalion des vignobles a été retardée par la difficulté de trouver un porte-greffe résistant à la chlorose, il n'en a pas été de môme dans d'autres terrains peu calcaires, même dans l'arrondissement de Cognac, où les cépages américains seuls viennent fort bien et se prêtent admirablement au greffage de la folie-blanche, du balzac et des autres plants produisant les vins les plus propres à la production des cognacs de haute qualité. La Charente peutdonc produire aujourd'hui unequantité de vins suffisante pour alimenter son important commerce de fines eaux-de-vie.

D'ailleurs, ce serait une erreur profonde de croire que la réserve de ce liquide est épuisée. Le petit propriétaire charentais, économe et sobre, a constitué dans ses caves un stock important de cette précieuse liqueur, et lorsqu'il a vu la production décroître, il a fait de sa cave le réservoir do ses économies en y emmagasinant son eau-de-vie, dont le prix croissant a constitué pour lui le plus fructueux des placements. Seulement, l'axe du commerce s'est déplacé, et seules les maisons importantes disposant de capitaux considérables ont pu fajre des acquisitions et des approvisionnements assez importants pour attendre que Ja récolte en vin soit devenue assez notable pour suffire aux exigences de la consommation des cognacs de haute marque. Actuellement, la reconstitution intégrale du vignoble charentais, même dans les terrains calcaires, n'est plus qu'une affaire de temps, grâce aux travaux des savants qui ont trouvé des ]:)orte-greffes américains ou hybrides de luituro à pouvoir y végéter avec force et à nourrir les greffons empruntés aux cépages les plus ordinairement employés.

Je rends hommage à la science des Couderc, des Millardet et de votre professeur, M. Ravaz, dont je suis les efforts avec attention, et j'ofï're mes remerciements, au nom des intérêts vitaux du pays, aux négociants de Cognac aussi intelligents que généreux qui ont prêté le concours de leur bonne volonté et l'appui de leurs capitaux à cette grande œuvre de la régénération du vignoble des Gharentes.

Mais je ne veux pas, messieurs, prolonger plus longtemps celte causerie, et je m'aperçois qu'en vous entretenant de ce qui touche à votre intéressante région, je me laisse entraîner loin des bornes de la concision qui devrait s'imposer même aux harangues ministérielles, quand il s'agit de distribuer des récompenses. Aussi bien ai-je hâte d'attribuer des distinctions? que méritent de si vaillants travaux, de si persévérants efforts.

Mathieu de Dombasle déclarait : « C'est dans ce genre d'études qu'on peut

dire : Nul homme n'est maître parce qu'il n'esl personne qui ne trouve chaque jour à faire de nouveaux progrès. » Travaillez donc, messieurs les agriculteurs, en cultivant la terre, à multiplier ses produits, et vous aurez bien mérité de la France et de la République.

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